“The Wizard of Oz”
“The Dark Knight”

“Elaine Stritch: At Liberty”

Shaw Theatre, Londres • 2.8.08 à 20h

Stritch Écrit par John Larh et Elaine Stritch. Mise en scène : George C. Wolfe. Direction musicale : Rob Bowman.

À plus de 80 ans, Elaine Stritch est considérée comme l’une des légendes vivantes de Broadway. Sa carrière commence au milieu des années 1940 (elle se fait rapidement remarquer dans le rôle de Melba, la journaliste snob, dans la reprise de Pal Joey en 1952) et atteint une sorte de sommet avec le rôle de Joanne dans Company, l’un des premiers gros succès de Stephen Sondheim, en 1970. Sa carrière ne se cantonne pas au théâtre puisqu’elle joue aussi le rôle principal de la série britannique Two’s Company pendant quatre saisons.

Fin 2001, Stritch crée un one-woman show autobiographique, At Liberty, au Public Theater de New York. Le spectacle est donné ensuite à Broadway (où je le vois au printemps 2002) et à Londres (où je le revois à l’automne 2002) avant d’être édité en DVD. Six ans plus tard, Elaine Stritch reprend le spectacle pour quelques représentations seulement au petit Shaw Theatre de Londres. C’est pour moi un pélerinage incontournable.

Car ce spectacle est un bonheur. Pas tellement parce qu’il est touchant de voir une comédienne légendaire de 83 ans encore aussi pleine d’énergie raconter sa vie et sa carrière. Pas tellement parce que le spectacle sait fréquemment se faire nostalgique et qu’il est d’une honnêteté savamment orchestrée, notamment au sujet de la vie sentimentale de Stritch ou encore de son alcoolisme chronique (elle dit être sobre depuis 20 ans). Mais plutôt parce qu’il est écrit au cordeau, d’une virtuosité diabolique. Il n’y a aucune variation dans le texte, que Stritch dit à chaque représentation exactement de la même façon (aux petits trous de mémoire près). Dès la première scène, une version de la chanson “There’s No Business Like Show Business” entrecoupée d’une douzaine d’anecdotes, on est scotché par le rythme et la qualité de l’écriture. Peu après, on est à nouveau fasciné par la virtuosité des enchaînements lorsque Stritch raconte ses allées et venues entre New York et New Haven une semaine de 1952 alors qu’elle était simultanément la doublure d’Ethel Merman dans Call Me Madam et titulaire d’un second rôle dans la reprise de Pal Joey.

Les sommets émotionnels sont orchestrés avec maestria. Le premier arrive à la fin du premier acte, lorsque Stritch fait sienne la plus touchante des chansons de Noël Coward, “If Love Were All”, la complainte de celui ou de celle qui a passé sa vie à distraire les autres et qui est bien décidé à en tirer le bonheur qu’il n’a pas trouvé dans ses poursuites amoureuses. Le second, c’est le bis qu’interprète Stritch avant que le rideau ne se referme définitivement (pas d’applaudissements interminables ni de rappels sans fin), la chanson “Something Good”, écrite par Richard Rodgers pour la version cinématographique de The Sound of Music.

C’est de la très belle ouvrage, infiniment touchante… avec de magnifiques épisodes musicaux grâce aux six musiciens dirigés par Rob Bowman. Stritch est l’une des dernières représentantes d’une certaine génération de comédiens — elle vit d’ailleurs à l’année dans un hôtel, comme beaucoup des monstres sacrés disparus de Broadway. La générosité avec laquelle elle se livre est absolument irrésistible. On voudrait que ça dure encore et encore…

Comments

gvgvsse sur l ile de Krk

la formule 'aux petits trous de memoire pres' est ambigue. a-t-elle vraiment des trous de memoire ? ou au contraire ceux-ci sont-ils artificiels et font partie du spectacle ?

Laurent

> Ce sont de vrais trous de mémoire. Elle n’est plus toute jeune et il y a trop peu de représentations pour qu’elle se remette le texte parfaitement en tête… d’autant qu’elle le dit à un rythme très soutenu et qu’il est donc assez “facile” de “sécher” sur un enchaînement.

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