Récital Susan Graham
Concert

Concert

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 21.2.08 à 20h
Wiener Philharmoniker, Valery Gergiev

Verdi : La Forza del destino, ouverture
Liszt : Les Préludes, poème symphonique
Tchaïkovski : symphonie n°5

Début laborieux, avec une ouverture déjà pas naturellement légère-légère, à laquelle Gergiev rajoute des tonnes d’effets dynamiques dont la nécessité est douteuse. Même le tuba se déchaîne et survole le reste de l’orchestre comme un bateau qui corne en sortant du port. C’est pompeux et indigeste, à la limite du supportable (Verdi, bien sûr, en partage largement la faute). Heureusement, ça s’arrange déjà nettement avec le Liszt, une petite pièce sympathique et captivante jouée avec un très joli sens du récit musical culminant en un final dont la monumentalité retenue est spectaculaire. La qualité musicale de l’orchestre laisse sans voix.

La deuxième partie atteint des sommets : Gergiev semble communier avec la musique de Tchaïkovski comme peu de chefs actuels (pour s’en convaincre, il suffit d’écouter, puis de réécouter, avant de réécouter encore — car il est impossible de s’arrêter — le DVD récemment édité de son Eugène Onéguine du Met). Il a d’ailleurs gravé avec les mêmes Wiener Philharmoniker un très bel enregistrement de cette 5ème symphonie, digne de rivaliser avec les enregistrements de légende comme celui de Dorati. Ce qu’il fait de cette symphonie est tout simplement saisissant tellement il parvient à donner caractère, sens et chromatisme à une musique d’une richesse intrinsèque limitée. La force de sa vision… associée à la qualité sidérante de l’exécution… rend l’expérience particulièrement euphorisante, notamment dans les deux premiers mouvements et dans la marche inéluctable vers la résolution finale.

Le tuba, cependant, reste en sur-régime jusqu’à la fin. Particularité acoustique de la salle ?

Comments

palpatine

Tiens, j'ai justement reçu hier le coupon du TCE pour réserver pour les passages du philarmonique viennois l'année prochaine (avec un Gergiev, un Ozawa, et un jesaisplusqui) : c'est "un peu" cher. -_-; (bon, vais me tater...)

Laurent

> C’est que je serais presque jaloux : je n’ai pas encore reçu le courrier du TCE…

Ça vaut le coup d’entendre les Wiener au moins une fois. Paradoxalement, c’est beaucoup plus facile de les voir en tournée qu’à Vienne, où tous les concerts sont pris d’assaut, notamment les concerts sur abonnement.

Philippe Delaide

Laurent. J'y étais aussi et ai été moins convaincu que vous sur la 5ème de Tchaikovski que j'ai trouvé brouillonne avec un Gergiev qui s'est perdu dans les méandres de cette symphonie diablement complexe. Si vous le permettez, je ne suis pas d'accord sur le fait que cette symphonie soit limitée. Je pencherais plutôt sur le fait qu'au contraire, elle soit très riche et piège presque systématiquement les chefs qui n'arrivent pas à trouver la clé des changements d'harmonie, de tonalité et surtout de rythme qui fourmillent dans cette symphonie. Seul Mravinsky a réussi a déjouer tout cela en restituant toute la puissance de l'œuvre avec une approche plastique extrêmement classique mais avec une rigueur rythmique implacable.

Laurent

> C’est amusant, tout le monde semble trouver Gergiev brouillon sauf moi. C’est vrai qu’on ne comprend rien aux tremblements de ses mains mais, personnellement, ce que ces tremblements produisent possède une force, une évidence, un impact que je ne trouve quasiment inégalés… surtout lorsqu’il est à la tête d’orchestres aussi ductiles et maniables que la Philharmonie de Vienne ou le LSO.

Je n’ai pas écouté la version Mravinsky récemment, mais je me souviens avoir décidé après une écoute comparative que je trouvais Dorati un peu plus convaincant dans les grandes symphonies de Tchaïkovski. J’aurais peut-être un avis différent aujourd’hui. Ce qui est curieux, c’est que je trouve que Gergiev s’inscrit assez logiquement dans la tradition d’un Mravinsky, avec son sens de la ligne mélodique combiné à un goût marqué pour les contrastes très expressifs. Une tradition qu’on retrouve aussi, à y réfléchir, chez les Järvi père et fils, avec peut-être un côté légèrement plus analytique chez le fils.

Je n’arrive pas à m’empêcher de trouver le langage harmonique de Tchaïkovski un peu limité… même s’il est, paradoxalement, l’un des compositeurs qui me font le plus vibrer (les mélodies, la sincérité des émotions, …)

(Quel plaisir, de pouvoir confronter des impressions de concert… Merci beaucoup pour ce commentaire.)

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