“All About My Mother”
Exposition Louise Bourgeois

Petite promenade architecturale dans la City

30.10.07

Cranes L’inconvénient d’habiter à Paris, c’est que l’architecture y est quasiment devenue un art paléohistorique. À part quelques grands travaux de ci de là, on cherche vainement la frénésie qui semble s’emparer de Londres ou de New York quand il s’agit de renouveler un peu le paysage urbain. C’est peut-être la malédiction d’une ville qui a connu une véritable vision urbanistique avec Haussmann : on n’ose plus rien changer. Londres, au moins, est tellement imparfaite qu’il n’y a aucune hésitation à avoir. Il suffit, pour s’en convaincre, de constater le nombre ahurissant de grues visibles sur cette photo prise depuis la Tate Modern (où l’on voit aussi le “Millenium Bridge” de Norman Foster — le premier pont à être construit à Londres en plus d’un siècle — et, en bas, tapie dans l’ombre, la fameuse Maman de Louise Bourgeois).

Mon appareil photo ne semble plus faire le point correctement : désolé pour la qualité des clichés.

881 Mes pas me mènent d’abord à un bâtiment de Richard Rogers (le co-concepteur de Beaubourg avec Renzo Piano) : le 88 Wood Street, achevé en 2001 après (semble-t-il) huit ans de construction. Le bâtiment est complètement ouvert sur l’extérieur grâce à sa façade en verre ultra-transparent, qui révèle notamment un très attrayant atrium. Marque de fabrique de Rogers, les ascenseurs extérieurs accrochés à la façade sont spectaculaires.

882 Derrière la façade, des éléments d’infrastructure (escaliers, tuyaux) sont peints en jaune. À l’extérieur du bâtiment, les conduits de climatisation sont peints en bleu (pour l’entrée d’air) et en rouge (pour la sortie). Du côté de Wood Street, une petite rue où se côtoient déjà beaucoup de styles architecturaux (dont une église de Wren), la façade reste relativement modeste et ne fait que huit étages. Mais lorsqu’on s’éloigne de l’avant, le bâtiment se surélève une première fois jusqu’à 14 étages, puis une deuxième fois jusqu’à 18 étages : de profil, il ressemble à un escalier à trois marches.

De Wood Street, l’on peut se rendre en une dizaine de minutes sur le site du nouveau projet de Richard Rogers : le 122 Leadenhall. Le bâtiment, qui doit être terminé en 2010, sera (pendant quelques mois) le plus haut bâtiment de Londres avec ses 225 mètres, dépassant un peu le tenant du titre, la Tower 42, ancien QG de NatWest, qui ne mesure que 183 mètres. Il ne devrait pas conserver ce titre bien longtemps puisque la Bishopsgate Tower, en construction sur une parcelle voisine, devrait se hisser jusqu’à 288 mètres. Un autre bâtiment, le “tesson de verre”, conçu par Renzo Piano, devrait dépasser les 300 mètres, mais sa construction n’a toujours pas commencé et ne semble plus très sûre.

122 Une visite au site du futur 122 Leadenhall réserve une surprise de taille, car le bâtiment qui occupe actuellement le terrain est en train d’être démoli… du bas vers le haut ! Cela est dû aux particularités de sa conception, car les étages sont “accrochés” à un cœur central.  (Sur la photo à droite, le bâtiment à l’arrière-plan est la Tower 42.)

Lloyds Compte tenu de contraintes diverses (notamment pour préserver la vue sur Saint-Paul), le bâtiment de Rogers aura la forme d’un triangle rectangle dont un tout petit côté serait posé au sol, ce qui lui vaut déjà le surnom de “râpe à fromage”. Il aura un air de famille évident avec son grand frère du 88 Wood Street… ou, d’ailleurs, avec le bâtiment des Lloyd’s, également conçu par Richard Rogers, qui se trouve… de l’autre côté de la rue.

30 Un pâté de maisons plus loin, on tombe nez à nez avec ce qui est aujourd’hui sans conteste le plus beau bâtiment de Londres… et qui risque bien de le rester même lorsque tous les projets en cours seront achevés : le fameux Cornichon (“Gherkin”) de Norman Foster. De son nom officiel 30 St. Mary Axe, ce bâtiment est un triomphe : sa forme rassurante et lisse, la façon dont la ville se reflète dans les deux tons de sa façade… le Cornichon est aujourd’hui à Londres ce que le Chrysler Building est à New York.

Barbican Je finis ma promenade en traversant le complexe du Barbican, un exemple intéressant de régénération urbaine de la fin des années 1960, sur un site qui était resté largement détruit au lendemain de la seconde guerre mondiale. Le Barbican contient un grand nombre d’unités d’habitation, dont trois tours de 123 mètres chacune. Comme toute l’architecture en béton de cette période, il a assez mal vieilli… mais je suis frappé de voir à quel point tout est propre et impeccablement entretenu.

Le Barbican a notamment souffert d’être construit sur une dalle surélevée, comme le quartier de la Défense, ce qui l’a coupé de la ville environnante. Il n’y a qu’une façon convaincante de construire dans la ville : en laissant les bâtiments prendre racine directement dans la chair urbaine environnante.

 Le foisonnement de chantiers dans la City fait que deux populations se côtoient sans interagir du tout dans le quartier : celle des “City Boys” (très masculine, où l’on s’interpelle en se disant “Hello, buddy!”) et celle des “Construction Workers” (encore plus masculine, où l’on s’adresse la parole comme partout ailleurs à Londres, en se disant “Hi, mate!”).

En complément : une cinquantaine de photos ici.

Comments

klari

Entièrement d'accord.
Londres a un charme, une énergie bien particulière qu'on ne retrouve pas de ce côté -ci..

Laurent

> Je suis bien d’accord… et c’est une caractéristique très difficile à définir et à expliquer.

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