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Posts from October 2007

“Siegfried”

Royal Opera House, Londres • 31.10.07 à 17h
Richard Wagner (1876)

Mise en scène : Keith Warner. Direction musicale : Antonio Pappano. Avec John Treleaven (Siegfried), Lisa Gasteen (Brünnhilde), John Tomlinson (Wanderer/Wotan), Gerhard Siegel (Mime), Peter Sidhom (Alberich), Phillip Ens (Fafner), Catherine Wyn-Rogers (Erda), Ailish Tynan (l’Oiseau de la forêt).

Ça se confirme : j’ai vraiment du mal à me passionner pour Siegfried, avec ses répétitions et ses longueurs. Par chance, c’est dans ce volet de la Tétralogie que Keith Warner déploie le plus d’idées intéressantes. Sa mise en scène est remarquable non seulement en ce qu’elle colle au texte, mais aussi par son attention à la musique.

Dans le prologue, on voit Mime élever Siegfried : il commence par confier une minuscule épée à une main qui sort d’un landeau, tout en jouant le rôle du méchant dragon qui s’approche du bébé pendant que le leitmotiv de Fafner se fait entendre à l’orchestre. Puis on le voit éduquer un Siegfried adolescent (il écrit notamment “E=MP3” sur le décor qui sert de tableau noir… un clin d’œil plutôt amusant)… avant que n’apparaisse Siegfried adulte, joué par John Treleaven.

Le hic, c’est que Treleaven n’a pas vraiment la voix pour chanter Siegfried, rôle ardu s’il en est. Il souffre beaucoup dans les deux premiers actes et tous les passages “héroïques” sont ratés. Le reste de la distribution, en revanche, s’en sort très bien, y compris John Tomlinson, qui peut davantage se lâcher que dans Walküre puisque son rôle est considérablement plus court dans ce volet.

On apprécie particulièrement la direction attentive et expressive de Pappano, qui fait ressortir des motifs que l’on n’entend pas toujours. Il insiste particulièrement sur la récurrence du motif de Fafner dans le premier acte.

Le dernier acte, interminable, est pourtant très réussi : Tomlinson réussit sa sortie en beauté ; Treleaven semble plus en confiance ; on retrouve la magnifique Brünnhilde de Lisa Gasteen, à l’aise dans tous les registres de son personnages. La mise en scène, à la fois sobre et élégante, est d’une grande efficacité, même si certains choix laissent interrogateur (Wotan “tue” Erda avec sa lance).

À la fin, c’est clair : la fin des Dieux est en marche.


“Fiddler on the Roof”

Savoy Theatre, Londres • 30.10.07 à 19h30
Musique : Jerry Bock. Lyrics : Sheldon Harnick. Livret : Joseph Stein.

[For technical reasons, my English-language account will be available in a few days only.]

Mise en scène :  Lindsay Posner. Chorégraphie : Jerome Robbins (recréée par Sammy Dallas Bayes). Direction musicale : Jae Alexander. Avec Henry Goodman (Tevye), Beverley Klein (Golde), Frances Thorburn (Tzeitel), Alexandra Silber (Hodel), Natasha Broomfield (Chava), Julie Legrand (Yente), Simon Delaney (Motel), Damian Humbley (Perchik), Michael Conway (Fyedka)…

La production de Fiddler on the Roof que j’avais vue il y a quelques mois à Sheffield a reçu un accueil critique tellement favorable qu’elle a été transférée à Londres. Elle a subi quelques modifications au passage, notamment parce que le théâtre de Sheffield est en auditorium, alors que le Savoy Theatre est un théâtre à l’italienne classique (d’ailleurs superbement reconstruit dans son style originel art déco après un incendie il y a une quinzaine d’années).

Autre modification de taille : la production de Sheffield s’était autorisée à ne pas reprendre la chorégraphie originale de Jerome Robbins. Or celle-ci est tellement intrinsèquement liée à l’œuvre (comme la mise en scène de Michael Bennett est indissociable de A Chorus Line) qu’elle a été réintégrée dans cette version londonienne. (Robbins est mort depuis longtemps, mais il y a quelques disciples qui parcourent le monde pour recréer sa chorégraphie à la demande.)

C’est toujours une très jolie présentation de ce qui est sans conteste un chef d’œuvre de la comédie musicale. La pièce repose largement sur les épaules du comédien qui joue le rôle principal de Tevye, ici tenu avec beaucoup de maestria par Henry Goodman. Comme tous ses prédécesseurs, il doit combattre la tentation de trop tirer la couverture à lui, mais il s’en sort très correctement.

Dommage que le public ne soit pas plus nombreux : il ne doit pas y avoir beaucoup de productions d’une telle qualité à Londres en ce moment…


Exposition Louise Bourgeois

Tate Modern, Londres • 30.10.07 à 13h30

Louise Bourgeois est née en 1911 en France puis elle a vécu toute sa vie adulte aux États-Unis. Mais son œuvre semble profondément ancrée dans ses années d’enfance. C’est un bonheur d’entendre sa voix sur l’audioguide proposé par le musée. On y sent une femme volontaire (au délicieux accent français), dont la voix assurée contraste avec la difficulté apparente à mettre des mots sur ses créations.

Personnages Au début de sa carrière, on est fasciné par ses “personnages”, sculptures conçues indépendamment les unes des autres, mais destinées à être vues en groupes. Outre l’invention formelle, nourrie notamment par l’utilisation de matériaux “trouvés”, on y reconnaît déjà le thème de la famille (au sens très large), qui traverse l’œuvre de Bourgeois, ainsi que l’utilisation d’un langage d’inspiration géométrique pour représenter ce qui est décrit comme des sujets humains. (La photo ne provient pas de l’exposition.)

Cell À l’autre extrémité de sa carrière, les “cellules” sont des installations complexes aux dimensions parfois monumentales, qui retiennent l’attention autant par leur vocabulaire original et homogène à la fois que par leur capacité à nous “parler”. De quoi, on n’en est jamais très sûr, mais il est difficile de rester indifférent.

Entre les deux, des sculptures qui explorent une grande variété de matières et de formats, mais qui ont en commun la récurrence de formes organiques, généralement lisses et sphériques, que les commentateurs décrivent comme des appendices sexuels un peu difficiles à catégoriser. Peut-être… mais j’aime aussi à penser que ces formes sont comme la fenêtre que Bourgeois nous ouvre sur un monde où ces références sexuelles ne sont pas forcément pertinentes, un monde dans lequel elle vit avec une intensité remarquable depuis 95 ans, celui de l’enfance.


Petite promenade architecturale dans la City

30.10.07

Cranes L’inconvénient d’habiter à Paris, c’est que l’architecture y est quasiment devenue un art paléohistorique. À part quelques grands travaux de ci de là, on cherche vainement la frénésie qui semble s’emparer de Londres ou de New York quand il s’agit de renouveler un peu le paysage urbain. C’est peut-être la malédiction d’une ville qui a connu une véritable vision urbanistique avec Haussmann : on n’ose plus rien changer. Londres, au moins, est tellement imparfaite qu’il n’y a aucune hésitation à avoir. Il suffit, pour s’en convaincre, de constater le nombre ahurissant de grues visibles sur cette photo prise depuis la Tate Modern (où l’on voit aussi le “Millenium Bridge” de Norman Foster — le premier pont à être construit à Londres en plus d’un siècle — et, en bas, tapie dans l’ombre, la fameuse Maman de Louise Bourgeois).

Mon appareil photo ne semble plus faire le point correctement : désolé pour la qualité des clichés.

881 Mes pas me mènent d’abord à un bâtiment de Richard Rogers (le co-concepteur de Beaubourg avec Renzo Piano) : le 88 Wood Street, achevé en 2001 après (semble-t-il) huit ans de construction. Le bâtiment est complètement ouvert sur l’extérieur grâce à sa façade en verre ultra-transparent, qui révèle notamment un très attrayant atrium. Marque de fabrique de Rogers, les ascenseurs extérieurs accrochés à la façade sont spectaculaires.

882 Derrière la façade, des éléments d’infrastructure (escaliers, tuyaux) sont peints en jaune. À l’extérieur du bâtiment, les conduits de climatisation sont peints en bleu (pour l’entrée d’air) et en rouge (pour la sortie). Du côté de Wood Street, une petite rue où se côtoient déjà beaucoup de styles architecturaux (dont une église de Wren), la façade reste relativement modeste et ne fait que huit étages. Mais lorsqu’on s’éloigne de l’avant, le bâtiment se surélève une première fois jusqu’à 14 étages, puis une deuxième fois jusqu’à 18 étages : de profil, il ressemble à un escalier à trois marches.

De Wood Street, l’on peut se rendre en une dizaine de minutes sur le site du nouveau projet de Richard Rogers : le 122 Leadenhall. Le bâtiment, qui doit être terminé en 2010, sera (pendant quelques mois) le plus haut bâtiment de Londres avec ses 225 mètres, dépassant un peu le tenant du titre, la Tower 42, ancien QG de NatWest, qui ne mesure que 183 mètres. Il ne devrait pas conserver ce titre bien longtemps puisque la Bishopsgate Tower, en construction sur une parcelle voisine, devrait se hisser jusqu’à 288 mètres. Un autre bâtiment, le “tesson de verre”, conçu par Renzo Piano, devrait dépasser les 300 mètres, mais sa construction n’a toujours pas commencé et ne semble plus très sûre.

122 Une visite au site du futur 122 Leadenhall réserve une surprise de taille, car le bâtiment qui occupe actuellement le terrain est en train d’être démoli… du bas vers le haut ! Cela est dû aux particularités de sa conception, car les étages sont “accrochés” à un cœur central.  (Sur la photo à droite, le bâtiment à l’arrière-plan est la Tower 42.)

Lloyds Compte tenu de contraintes diverses (notamment pour préserver la vue sur Saint-Paul), le bâtiment de Rogers aura la forme d’un triangle rectangle dont un tout petit côté serait posé au sol, ce qui lui vaut déjà le surnom de “râpe à fromage”. Il aura un air de famille évident avec son grand frère du 88 Wood Street… ou, d’ailleurs, avec le bâtiment des Lloyd’s, également conçu par Richard Rogers, qui se trouve… de l’autre côté de la rue.

30 Un pâté de maisons plus loin, on tombe nez à nez avec ce qui est aujourd’hui sans conteste le plus beau bâtiment de Londres… et qui risque bien de le rester même lorsque tous les projets en cours seront achevés : le fameux Cornichon (“Gherkin”) de Norman Foster. De son nom officiel 30 St. Mary Axe, ce bâtiment est un triomphe : sa forme rassurante et lisse, la façon dont la ville se reflète dans les deux tons de sa façade… le Cornichon est aujourd’hui à Londres ce que le Chrysler Building est à New York.

Barbican Je finis ma promenade en traversant le complexe du Barbican, un exemple intéressant de régénération urbaine de la fin des années 1960, sur un site qui était resté largement détruit au lendemain de la seconde guerre mondiale. Le Barbican contient un grand nombre d’unités d’habitation, dont trois tours de 123 mètres chacune. Comme toute l’architecture en béton de cette période, il a assez mal vieilli… mais je suis frappé de voir à quel point tout est propre et impeccablement entretenu.

Le Barbican a notamment souffert d’être construit sur une dalle surélevée, comme le quartier de la Défense, ce qui l’a coupé de la ville environnante. Il n’y a qu’une façon convaincante de construire dans la ville : en laissant les bâtiments prendre racine directement dans la chair urbaine environnante.

 Le foisonnement de chantiers dans la City fait que deux populations se côtoient sans interagir du tout dans le quartier : celle des “City Boys” (très masculine, où l’on s’interpelle en se disant “Hello, buddy!”) et celle des “Construction Workers” (encore plus masculine, où l’on s’adresse la parole comme partout ailleurs à Londres, en se disant “Hi, mate!”).

En complément : une cinquantaine de photos ici.


“All About My Mother”

Old Vic, Londres • 29.10.07 à 19h30
Samuel Adamson, d’après le film de Pedro Almodóvar

Mise en scène : Tom Cairns. Avec Lesley Manville (Manuella), Mark Gatiss (Agrado), Diana Rigg (Huma Rojo), Colin Morgan (Esteban), Joanne Froggatt (Rosa), Charlotte Randle (Nina), Eleanor Bron (la mère de Rosa), Michael Shaeffer (Lola)…

L’idée d’adapter Todo sobre mi madre d’Almodóvar à la scène peut paraître surprenante, même si la scène tient une place importante dans le scénario du film. Au début, d’ailleurs, on trouve un peu poussifs tous les changements de décors rendus nécessaires par les nombreux changements de lieux.

Et puis on se laisse progressivement envahir par l’atmosphère (des bribes de la musique d’Alberto Iglesias ont été conservées) et par ce monde de femmes de caractère unies par des histoires pas banales. Le personnage central de Manuela est joué magnifiquement par Lesley Manville, qui est éblouissante. Et Mark Gatiss est immensément touchant dans le rôle du travesti Agrado, qui crevait déjà l’écran dans le film.

On est heureux aussi de retrouver Diana Rigg, connue surtout en France pour avoir été la belle brune Emma Peel dans The Avengers (Chapeau melon et bottes de cuir). C’est à elle que revient de conclure la pièce avec un monologue de Noces de sang de Lorca qui tire littéralement les larmes des yeux.

Avant la pièce, je trouve dans un magasin le DVD de la saga télévisuelle consacrée à Richard Wagner par Tony Palmer dans les années 1980, dont la distribution se lit comme un “who’s who” du théâtre anglais : Richard Burton (dans le rôle titre), Laurence Olivier, John Gielgud, Ralph Richardson, Vanessa Redgrave, Gemma Craven… et dont la bande sonore est dirigée par Georg Solti. Au dos, on peut lire : “Contains strong sex and nudity.” Dans une biographie de Wagner ?


“Tim Burton’s The Nightmare Before Christmas” en 3D

Vue West End, Londres • 29.10.07 à 15h30
Henry Selick (1993)

Il y a 14 ans, un film d’animation imaginé par Tim Burton enthousiasmait le public par son inventivité et par la qualité de sa réalisation. C’est la partition du film qui marqua le début de mon admiration pour le travail de Danny Elfman.

On nous propose aujourd’hui de revoir le film en trois dimensions. Oh, rien de tape-à-l’œil du genre objets qui sortent de l’écran pour venir menacer les spectateurs… mais seulement un effet de volume rendu aux décors et aux personnages. C’est fait sobrement et ça donne au film une nouvelle jeunesse.

Le logo Disney 3D avant et après le film est somptueux.


“Die Walküre”

Royal Opera House, Londres • 28.10.07 à 15h
Richard Wagner (1870)

Mise en scène : Keith Warner. Direction musicale : Antonio Pappano. Avec John Tomlinson (Wotan), Lisa Gasteen (Brünnhilde), Plácido Domingo (Siegmund), Eva-Maria Westbroek (Sieglinde), Rosalind Plowright (Fricka), Stephen Milling (Hunding), Geraldine McGreevy (Gerhilde), Elaine McKrill (Ortlinde), Claire Powell (Waltraute), Rebecca de Pont Davies (Schwertleite), Irène Theorin (Helmwige), Sarah Castle (Siegrune), Clare Shearer (Grimgerde), Elizabeth Sikora (Rossweisse).

On monte de plusieurs degrés dans l’échelle du bonheur avec cette Walküre infiniment plus réussie que le Rheingold de début de cycle.

Je crois que je pourrais aller voir la Valkyrie uniquement pour entendre le prélude du premier acte (dans lequel on entend le leitmotiv de Donner, introduit à la fin de Rheingold, enfler et se développer de manière absolument jouissive) et les dernières mesures du deuxième acte, lorsque la musique s’emballe au moment où Wotan, furieux, s’apprête à partir à la poursuite de Brünnhilde qui vient de lui désobéir.

Le premier acte est un bonheur. Il faut dire qu’avec le Siegmund de Plácido Domingo (déjà entendu à Washington), la Sieglinde d’Eva-Maria Westbroek (déjà entendue à Aix) et le Hunding de Stephen Milling (déjà entendu, mais en Fafner, à Florence), on touche à la perfection. Pappano semble être sorti de sa torpeur et la musique se hisse à des sommets — j’aurais bien aimé, cependant, que mon voisin évite de me proposer ses jumelles pile au moment de l’arrivée du printemps.

Le deuxième acte commence avec un éclat de rire car Brünnhilde chante sa note aiguë sur “Hojotoho - ho” comme en réaction à un coup de lance que Wotan fait mine de lui donner dans le ventre. Puis vient le monologue de Fricka, sublimement interprété par Rosalind Plowright, que Keith Warner choisit de faire jouer comme une crise de nerfs et non comme la complainte digne d’une déesse vexée. On retrouvera Fricka, savourant sa victoire, dans la dernière image de l’acte — une idée déjà vue à Lisbonne dans la mise en scène de Graham Vick. La mise en scène, très présente, est beaucoup plus convaincante que dans Rheingold. Warner suit le texte de très près et l’enrichit intelligemment par ses choix scéniques. On est surpris, cependant, que les deux premiers actes soient joués dans le même décor alors que Rheingold nous avait habitués à des décors différents pour chacun des lieux où se situe l’action.

Le troisième acte commence en demi-teinte avec une chevauchée des Valkyries assez ridicule : les huit sœurs de Brünnhilde apportent des têtes de chevaux squelettiques sur un matelas et s’agitent devant une grande paroi blanche. Zut, le metteur en scène est clairement à court d’idées. Lorsque Wotan arrive, la paroi blanche se met à tourner sur elle-même et elle va nous donner le tournis jusqu’à la fin. Mais on n’y prête guère attention, car la dernière confrontation de Wotan et Brünnhilde est rien moins que superbe. Certes, le Wotan de John Tomlinson peine parfois un peu (beaucoup) dans les aigus ; mais dès qu’il est dans son registre de confort, la voix est chaude et envoûtante. Lisa Gasteen est tout simplement époustouflante dans le registre moins héroïque de cette fin d’acte : Pappano lui déroule un vrai tapis de velours, sur lequel elle s’épanouit totalement, dans les passages les plus romantiques. Ça promet pour la fin de Götterdämmerung (enfin, ça ne sera pas une surprise, je l’ai déjà vu).

C’est curieux, il y a un sosie de Domingo parmi les spectateurs. Pendant Das Rheingold, je pensais que c’était lui… mais aujourd’hui, il a bien fallu se rendre à l’évidence puisque le vrai Domingo était sur scène. Il a un frère jumeau ?


Concert

Barbican Hall, Londres • 27.10.07 à 19h30
London Symphony Orchestra, André Previn.

Prokofiev : symphonie n°5
Gubaidulina : In tempus praesens (Anne-Sophie Mutter, violon)

Très belle symphonie de Prokofiev, qui met en valeur la palette de timbres et de couleurs du LSO et, surtout, sa capacité à jouer dans un ensemble parfaitement coordonné et équilibré. Il faut dire qu’il est mené de main de maître par un André Previn qui, s’il est diminué physiquement (il dirige assis), reste d’une précision diabolique dans sa direction.

Impression plus mitigée pour l’œuvre de Gubaidulina, dont c’est la création au Royaume-Uni. Rien de ce que j’avais entendu de la compositrice russe jusqu’à présent ne m’avait fait forte impression. Cela se confirme avec cette pièce qui, si elle offre occasionnellement de jolies fulgurances, donne surtout l’impression d’être un patchwork sans logique de fragments un peu aléatoires. Du coup, c’est tout sauf captivant.

Mais Mutter est fascinante malgré le manque d’attrait de l’œuvre : elle imprime à tout ce qu’elle fait une autorité, un sens de l’évidence musicale, qui ne peuvent que laisser admiratif.

Drôle d’impression de regarder Mutter et Previn et de se dire qu’ils ont été mariés…


“Parade”

Donmar Warehouse, Londres • 27.10.07 à 14h30
Musique et lyrics : Jason Robert Brown. Livret : Alfred Uhry. Co-conçu par Harold Prince.

>> English-language account available here.

Mise en scène et chorégraphie : Rob Ashford. Direction musicale : Thomas Murray. Avec Bertie Carvel (Leo Frank), Lara Pulver (Lucille Frank)…

En 1913, Leo Frank, un juif originaire de Brooklyn installé en Géorgie, est accusé d’avoir tué une fille de 13 ans. Il est condamné à mort. La veille de son exécution, le gouverneur de Géorgie commute sa peine en prison à vie, convaincu que certaines des preuves utilisées contre lui ont été fabriquées. La décision provoque la colère d’une partie de la population, et Leo Frank est lynché. L’émotion provoquée par l’affaire s’étend à l’ensemble du pays et rappelle un peu l’affaire Dreyfus. On ne sait toujours pas précisément aujourd’hui si Frank était coupable ou innocent, même si de nombreux éléments font plutôt pencher la balance du côté de l’innocence.

Parade raconte cette histoire subtile qui évoque, outre bien sûr l’antisémitisme, les difficultés du Sud américain encore humilié par la Guerre de Sécession au début du 20ème siècle… en y mêlant de manière intéressante un personnage noir, principal accusateur de Frank, qui se retrouve en situation de former une alliance objective avec ceux, pourtant racistes, qui cherchent à accabler Frank.

Parade fut créé originellement à Broadway en décembre 1998… pour fermer deux mois plus tard, faute de public. Je n’avais, du coup, pas pu le voir. Il sera récompensé par deux Tony Awards plusieurs mois après avoir fermé ses portes. C’est le Donmar Warehouse de Londres qui donne aujourd’hui à la pièce sa première production britannique.

On savait déjà l’œuvre remarquable grâce au CD de la production originale. La partition du “jeune” compositeur Jason Robert Brown (auteur notamment de The Last Five Years) est superbe : dès la première chanson, “The Old Red Hills of Home”, on a la chair de poule. S’y ajoute une mise en scène inspirée et particulièrement fluide de Rob Ashford, qui était chorégraphe assistant de la production originale à New York. C’est de la très belle ouvrage d’un bout à l’autre. La distribution, pourtant constituée essentiellement d’inconnus, est époustouflante (sauf dans son incapacité à “rendre” l’accent du sud si caractéristique).

Même si je ne ressens pas un enthousiasme illimité pour les “jeunes compositeurs” qui prétendent réinventer la comédie musicale, force est de constater que Brown et Uhry ont écrit une pièce qui a tout d’un classique. Un classique sombre, bien entendu, mais un classique quand même. Il faut espérer que Londres saura donner à Parade la chance que New York lui a refusée.

Je suis impressionné de voir que Lara Pulver, qui joue la femme de Leo Frank, Lucille, est encore en train de pleurer à chaudes larmes pendant les saluts. Jouer la pièce huit fois par semaine doit finir par lui peser si elle vit son rôle de manière aussi intense…


“Das Rheingold”

Royal Opera House, Londres • 26.10.07 à 19h30
Richard Wagner (1869).

Direction musicale : Antonio Pappano. Mise en scène : Keith Warner. Avec John Tomlinson (Wotan), Philip Langridge (Loge), Peter Sidhom (Alberich), Rosalind Plowright (Fricka), Emily Magee (Freia), Franz-Josef Selig (Fasolt), Phillip Ens (Fafner), Catherine Wyn-Rogers (Erda), Gerhard Siegel (Mime), Will Hartmann (Froh), Peter Coleman-Wright (Donner), Sarah Fox (Woglinde), Heather Shipp (Wellgunde), Sarah Castle (Flosshilde).

Et c’est parti pour le Ring de Keith Warner, dont j’avais déjà vu le Crépuscule il y a 18 mois. Le Wotan de ce cycle devait être interprété par Bryn Terfel, qui s’est malheureusement décommandé. Il est remplacé par John Tomlinson, qui a une autorité et une voix parfaitement adaptées au rôle. Il donne cependant parfois l’impression de prendre un tout petit peu trop son temps pour poser sa voix et “faire joli”.

La mise en scène de Keith Warner est assez fatigante à regarder, même si elle est riche et recèle quelques bonnes voire très bonnes idées. Mais elle est aussi trop sombre et trop complexe pour convaincre totalement. On sent le metteur en scène qui pense… trop.

Ce qui m’a le plus surpris, dans cette représentation, c’est l’espèce d’apathie qui semble s’être abattue sur les musiciens comme sur les chanteurs. Les tempos sont un peu lents ; le spectre des nuances est très resserré ; certains des accents que j’attends toujours avec une certaine trépidation sont à peine audibles. On dirait que Pappano cherche à dérouler la partition comme une grande phrase sans heurt… ce qui est assez déroutant.

Du coup, les chanteurs aussi semblent en état de léthargie. Et c’est dommage, parce que ça casse un peu la performance d’un Philip Langridge, par exemple, dont on se dit qu’il pourrait être autrement plus percutant en Loge.

J’espère un peu que tout ce petit monde va se réveiller pour la suite…


Concert

Opéra Bastille, Paris • 23.10.07 à 20h
Orchestre de l’Opéra National de Paris, Georges Prêtre.

Mahler : symphonie n°1

J’ai manqué la première partie du concert, au cours de laquelle était jouée la 2ème symphonie de Schubert. Ma voisine m’a indiqué à mon arrivée qu’elle n’avait pas été enthousiasmée.

Puis vient une première de Mahler très réussie, dirigée avec une autorité et un charisme étonnants par Georges Prêtre. Le premier mouvement est particulièrement magnifique, tour à tour élégiaque, pastoral, épique. Prêtre mène la symphonie à son monumental dénouement avec une belle détermination. Le final est d’une grande noblesse et d’une élégance éclatante.

À l’entracte, ma voisine m’avait confié que, “à une époque, Georges Prêtre était tellement beau et charismatique que nous étions toutes amoureuses de lui”. Ce n’est pas difficile à croire. Elle me dit que son mari jouait dans l’orchestre de l’Opéra, mais elle n’a pas le temps de me dire à quel pupitre. Lorsque les huit cornistes se lèvent à la fin, je la vois qui écrase une larme. Peut-être son mari était-il corniste ?


“The Ritz”

Studio 54, New York • 21.10.07 à 14h
Terrence McNally (1975)

Mise en scène : Joe Mantello. Avec Rozie Perez (Googie Gomez), Kevin Chamberlin (Gaetano Proclo), Brooks Ashmanskas (Chris), Patrick Kerr (Claude Perkins), Ashlie Atkinson (Vivian Proclo), David Turner (Duff), Lucas Near-Verbrugghe (Tiger), Lenny Venito (Carmine Vespucci), Billy Magnussen (Michael Brick [understudy/remplaçant]),…

On connaît surtout Terrence McNally pour des pièces comme Love! Valour! Compassion! ou Master Class, ou encore pour le livret de comédies musicales (Kiss of the Spider Woman, Ragtime). Parmi ses œuvres de jeunesse figure The Ritz, une comédie qui connut un franc succès lors de sa création en 1975.

Un homme tente d’échapper aux pulsions meurtrières de son beau-frère mafieux et demande à un chauffeur de taxi de le déposer là où personne ne songera à venir le chercher. Il se retrouve, sans tout de suite bien le comprendre, dans un sauna gay où il va côtoyer un chubby chaser qui le poursuit de ses ardeurs et une chanteuse porto-ricaine de seconde zone qui rêve de devenir une star de Broadway,… entre autres personnages hauts en couleur.

Bien entendu, l’idée est moins nouvelle, voire choquante, qu’il y a 32 ans, mais une comédie bien écrite reste une comédie bien écrite… et cette nouvelle production la met particulièrement en valeur : mise en scène au cordeau, interprétation impeccable, notamment de la part du délicieux Kevin Chamberlin dans le rôle principal.

Petite curiosité du casting : la présence parmi les comédiens d’un dénommé Marc Anthony Donais, alias Ryan Idol, qui a derrière lui une longue carrière dans l’industrie du film pornographique.


“Lucia di Lammermoor”

Metropolitan Opera, New York • 20.10.07 à 20h
Donizetti (1835). Livret de Salvadore Cammarano, d’après Sir Walter Scott.

Direction musicale : James Levine. Mise en scène : Mary Zimmerman. Avec Annick Massis (Lucia), Mariusz Kwiecien (Enrico), Marcello Giordani (Edgardo), John Relyea (Raimondo), Stephen Costello (Arturo), Michael Myers (Normanno).

C’est donc Annick Massis qui reprend le flambeau de cette Lucia après Natalie Dessay. La mise en scène de Mary Zimmerman est relativement classique et s’appuie sur des visuels particulièrement léchés.

La distribution est solide, mais c’est Annick Massis qui se distingue avec sa Lucia tout en fragilité et en langueurs. Si on ressent une forme d’appréhension qui semble l’empêcher de se lâcher complètement, on ne peut qu’être fasciné par la beauté et la fluidité de la ligne mélodique et par la pureté des aigus. Autour d’elle, on remarque l’Edgardo puissant mais fâché avec les tenues de Marcello Giordani, le superbe Raimondo de John Relyea et l’Enrico assuré de Mariusz Kwiecien, qui en fait des tonnes mais plutôt à bon escient.

Dans la fosse, c’est le bonheur tant James Levine semble prendre plaisir à donner vie à la très belle partition de Donizetti, tout en démontrant un respect total des chanteurs. On pourrait difficilement rêver mieux.


“Young Frankenstein”

Hilton Theatre, New York • 20.10.07 à 14h [avant-première]
Musique et lyrics : Mel Brooks. Livret : Mel Brooks et Thomas Meehan. D’après le scénario du film du même nom, de Gene Wilder et Mel Brooks.

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Mise en scène et chorégraphie : Susan Stroman. Avec Matthew LaBanca (Frederick Frankenstein [understudy/remplaçant]), Megan Mullally (Elizabeth), Sutton Foster (Inga), Shuler Hensley (Le Monstre), Andrea Martin (Frau Blucher), Fred Applegate (L’Ermite), Christopher Fitzgerald (Igor)…

Mel Brooks avait créé l’événement il y a quelques années en adaptant son film The Producers en comédie musicale. Il vient de faire de même pour un autre de ses films, Young Frankenstein. Les recettes sont à peu près les mêmes : une partition qui ressemble tellement aux classiques de Broadway que l’on se demande parfois si l’on n’a pas déjà entendu certaines chansons ; un humour débridé plein de clins d’œil et sans aucun complexe.

Le résultat est fort distrayant, et il y a fort à parier que ce spectacle va connaître un grand succès. La mise en scène est pleine d’invention et les nombreux décors et effets spéciaux, très réussis. La distribution est déchaînée, avec notamment une prestation hilarante de la comédienne Andrea Martin. Je regrette seulement de n’avoir pas pu voir Roger Bart, le titulaire du rôle-titre, un comédien de premier plan que j’aime vraiment beaucoup.
 


“The Glorious Ones”

Mitzi E. Newhouse Theatre, New York • 19.10.07 à 20h [avant-première]
Livret et lyrics : Lynn Ahrens. Musique : Stephen Flaherty. D’après le roman de Francine Prose.

>> English-language account available here.

Mise en scène et chorégraphie : Graciela Daniele. Avec Marc Kudisch (Flaminio Scala), Natalie Venetia Belcon (Columbina), Jeremy Webb (Francesco Andreini), Erin Davie (Isabelle Andreini), Julyana Soelistyo (Armanda Ragusa), David Patrick Kelly (Pantalone), John Kassir (Dottore).

Glorious_ones Lynn Ahrens et Stephen Flaherty ont donné au monde la comédie musicale Ragtime, l’une des dernières grandes œuvres du 20ème siècle. Contrairement à d’autres, ils ne prétendent pas réinventer le genre mais cherchent à lui donner une nouvelle voix qui se nourrit de l’histoire de Broadway autant qu’elle l’enrichit d’idées nouvelles.

Cette petite œuvre bien plus intimiste que Ragtime évoque une troupe de Commedia dell’arte qui se produit dans les rues en Italie à la fin du 16ème siècle et au début du 17ème siècle. Ni complètement conventionnelle, ni complètement conceptuelle, elle rend hommage à ceux qui sont présentés comme les inventeurs de la comédie moderne.

La mise en scène de Graciela Daniele, pleine d’invention, place l’action sur l’estrade en bois des troupes de Commedia dell’arte. La distribution, impeccable, est menée par le désormais incontournable Marc Kudisch, dont l’autorité naturelle convient parfaitement au personnage un peu mégalo de Flaminio Scala. La partition de Flaherty & Ahrens a la coloration particulière des précédentes créations du duo — les atmosphères musicales rappellent d’ailleurs parfois un peu Ragtime.

À une époque où Broadway ressemble de plus en plus à un agrégat de concerts de variété sur-amplifiés, c’est un soulagement et un véritable plaisir de voir une création aussi attachante.


“Becoming Jane”

À bord du vol A0 001 • 19.10.07
Julian Jarrold (2007).

Avec Anne Hathaway (Jane Austen), James McAvoy (Tom Lefroy), Maggie Smith (Lady Gresham), Julie Walters (Mrs. Austen), James Cromwell (Reverend Austen), Laurence Fox (Mr. Wisley), Ian Richardson (Judge Langlois),…

Ce film imagine ce qu’aurait pu être la rencontre de la jeune Jane Austen et du séduisant Tom Lefroy et les raisons pour lesquelles leur amour contrarié aurait pu être le catalyseur de la carrière littéraire de Jane, qui est morte célibataire. Le scénario est écrit à la manière d’un roman de Jane Austen (qui se terminerait en demi-teinte), et le résultat est drôlement réussi. J’adore cette atmosphère de campagne anglaise, ces costumes, cette langue élégante et racée. Et puis Anne Hathaway et James McAvoy sont magnifiques : ils sont beaux à mourir et ils crèvent complètement l’écran. Les seconds rôles sont aussi superbement distribués, avec notamment des prestations à étouffer de bonheur de Julie Walters et de Maggie Smith.

Lors de l’embarquement, une femme est escortée par une hôtesse vers l’avion. Une jeune-fille à côté de moi dit à ses (grands-?)parents : “C’est Ophélie Winter !”. Une dame qui écoute la conversation ajoute : “Elle est tellement mal peignée qu’on ne la reconnaît pas.” Question : mais qui est Ophélie Winter ?


Concert

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 18.10.07 à 20h
Orchestre National de France, Daniele Gatti.

Bartók : concerto pour violon n°2 (Laurent Korcia, violon)
Boulez : Notations VII, pour orchestre
Stravinsky : Le Sacre du Printemps

Les très bonnes surprises arrivent généralement lorsqu’on les attend le moins. On ne m’avait pas dit le plus grand bien de Gatti (qui deviendra le directeur musical de l’ONF à compter de septembre prochain) et je m’attendais donc à un concert moyen. Que nenni ! Ce concert électrique fut pour moi de loin le plus excitant de ce début de saison.

On commence avec le somptueux concerto de Bartók, interprété par un Laurent Korcia étonnant. La technique est époustouflante, le son est charnu… et la musicalité ne fait pas les frais des difficultés techniques. Gatti et l’Orchestre fournissent la base solide sur laquelle s’épanouit le riche et fascinant discours musical du soliste. Je trouve la réaction de la salle incroyablement mesurée, mais quelques efforts parviennent malgré tout à obtenir un bis non identifié mais d’une virtuosité décapante.

Dans la courte pièce de Boulez, Gatti démontre un réel sens de l’architecture musicale. Regardant à peine la gigantesque partition placée devant lui, il compose un univers sonore d’une réelle beauté et d’une grande cohérence. De quoi conférer à l’œuvre de Boulez un statut de “classique”…

Puis c’est une expérience quasi-mystique que nous proposent ensuite l’ONF et Gatti avec un Sacre d’une irrésistible sauvagerie. Gatti n’est peut-être pas un grand visionnaire, mais c’est un architecte impeccable et méticuleux qui, sans partition, se régale à modeler la performance d’un Orchestre que Kurt Masur lui lègue dans une forme éblouissante. Il n’y aura pas pas le moindre accroc dans la prestation d’un orchestre chauffé à blanc : tout est parfaitement en place, les ruptures sont parfaitement gérées, les quelques respirations ménagées dans la partition sont tellement pleines de tension qu’elles n’en rendent le tout que plus haletant. Vraiment magnifique.


Concert

Salle Pleyel, Paris • 17.10.07 à 20h
Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach.

Dvořák : concerto pour violoncelle (Yo-Yo Ma, violoncelle)
Hindemith : symphonie en mi bémol

Je n’ai pas du tout été captivé par le concerto de Dvořák, que j’aime pourtant beaucoup. Eschenbach attaque un peu trop lentement et accélère parfois sans motivation évidente : la partition de Dvořák ne s’y prête pas vraiment. Quant à Yo-Yo Ma, que le public adore avant qu’il n’ait joué la moindre note, le son sec qui sort de son instrument est sans chaleur et sans ardeur. Par moments, il est même noyé par l’orchestre. Je soupçonne une faille acoustique de Pleyel… jusqu’au deuxième bis, que Ma (?) joue non sur son instrument, mais sur celui du premier violoncelle solo de l’Orchestre. Un magnifique son rond, ample et chaleureux emplit alors la salle. Ah ! si on avait eu cela dans Dvořák !

À l’opposé, la symphonie d’Hindemith, que j’entendais en concert pour la première fois (ce n’est pas tous les jours que l’on entend quelque chose d’inhabituel en concert), est un régal. D’un son très “américain”, elle met lourdement à contribution l’harmonie et les cuivres, qui s’en sortent comme des chefs. Je retrouve l’enchantement qui m’avait envahi lorsque j’ai vu Cardillac il y a deux ans. Ce n’est pas de la musique d’un grand niveau de sophistication, mais elle compense en rythme, en bravoure, en énergie pure ce qui lui manque peut-être en originalité. Eschenbach semble plus dans son élément et fait moins de chichis ; l’orchestre donne une prestation magnifique.


“Roméo et Juliette”

Opéra Bastille, Paris • 15.10.07 à 19h30
Création chorégraphique de Sasha Waltz sur la symphonie dramatique d’Hector Berlioz.

Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris, Valery Gergiev.
Chanteurs : Ekaterina Gubanova (mezzo-soprano), Yann Beuron (ténor), Mikhaïl Petrenko (basse).
Danseurs : Aurélie Dupont (Juliette), Hervé Moreau (Roméo), Nicolas Paul (Père Laurence)…

Curieux spectacle, pas totalement convaincant, d’une chorégraphe qui semble avoir du mal à mener ses idées jusqu’au bout. La chorégraphie, parcellaire, semble faite de bribes isolées les unes des autres, ce qui, au minimum, rentre en opposition avec la partition. C’est d’ailleurs dans une scène où Roméo, ayant vraisemblablement appris la mort de Juliette, danse son désespoir — sans musique — que la chorégraphique est la plus marquante. J’ai aimé le jeu récurrent sur les équilibres plus ou moins instables… mais c’est le seul fil rouge que l’on trouve à cette scénographie totalement en noir et blanc (costumes, décor, lumière…)

Mais la véritable vedette de la soirée, c’est la partition envoûtante de Berlioz. Grâce à un Gergiev époustouflant, je suis réconcilié avec Berlioz. Quel souffle ! Quelle palette expressive ! L’orchestre, totalement en résonance avec la vision du chef, nous régale d’une interprétation incandescente. Les musiciens applaudissent d’ailleurs généreusement Gergiev lorsqu’il vient saluer. Très belles prestations aussi des chanteurs et des choristes, ce qui fait de ce spectacle un vrai grand beau moment de musique.

Pourquoi diantre fait-on débuter à 19h30 un spectacle qui dure 1h40 ? À croire que les spectateurs de l’opéra n’ont pas de vie professionnelle…


Dessay, 2ème

14.10.07

Je ne voudrais pas donner l’impression de faire une fixation sur elle, mais l’interview de Natalie Dessay par Charlie Rose vaut le détour (c’est en anglais) :

Évidemment, la question est de savoir si elle est aussi bonne comédienne qu’elle souhaiterait l’être…

[via My Favorite Intermissions]