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Posts from September 2007

Concert

Salle Pleyel, Paris • 30.9.07 à 16h
Ensemble Modern Orchestra, Pierre Boulez.

Mark Andre (né en 1964) : … auf… II (2007)
Varèse (1883-1965) : Amériques (1929)
Enno Poppe (né en 1969) : Obst (2006)
Matthias Pintscher (né en 1971) : towards Osiris (2005)
Boulez (né en 1925) : Notations (I, VII, IV, III, II) (1980-1998)

Très intéressant concert qui m’a permis de découvrir le remarquable Ensemble Modern Orchestra placé sous la direction toujours assurée d’un Pierre Boulez étonnant.

La pièce de Mark Andre, qui a pour but de “transposer en musique le motif de la résurrection du Christ”, semble avant tout une exploration des sonorités inhabituelles que l’on peut tirer des instruments de l’orchestre. Beaucoup d’archets, notamment, parmi les percussions, qui frottent là où ça les chatouille. Le résultat est plus rigolo à regarder qu’à écouter.

Amériques de Varèse semble après cela d’un étonnant classicisme. L’orchestre joue magnifiquement. Les sonorités, l’équilibre des masses orchestrales, la dynamique : tout est superbe.

La pièce d’Enno Poppe se compose de quatre mouvements “qui sont comme quatre fruits posés sur une coupe”. J’ai surtout accroché au deuxième mouvement, “paraphrase d’un motif pendulaire de tierce mineure, qui glisse, filtré par des instrumentations différentes, vers l’octave inférieure par degrés de vingt-cinq quarts de ton descendants ; il se dilue alors dans une écriture d’accords pour y disparaître.” Cette espèce de glissade dans un puits sans fond m’a fasciné.

towards Osiris de Matthias Pintscher est un avant-goût d’une pièce en cours de composition, inspirée par Joseph Beuys. La pièce, créée par les Berliner Philharmoniker, est assez captivante. On y perçoit un sens de la construction, de la “finalité”, qui est moins apparent chez les deux autres jeunes compositeurs.

Fin en apothéose avec cinq Notations pour orchestre de Boulez. Ces petites vignettes musicales sont étonnantes, notamment la numéro II, d’ailleurs reprise en bis, qui est d’une magnifique sauvagerie dans les timbres et dans le rythme.

Au début du concert, Boulez entre en scène pour trouver un pupitre vide. Il est obligé de ressortir pour aller chercher les partitions. Il me semble que la même scène s’est produite lorsque je l’ai vu diriger la huitième symphonie de Mahler à Berlin récemment.

À la sortie du concert, je me précipite pour prendre un Vélib’ à une station encore correctement achalandée que me recommande le site www.viteunvelib.fr, qui est vraiment bien fait. Il y a de la concurrence, mais je parviens à prendre un vélo… que j’échange quinze minutes plus tard car il ne “tient” pas la troisième vitesse. Je rentre chez moi par le chemin des écoliers : un peu plus d’une heure en tout dans le joli temps d’automne de cette fin septembre. Je passe par mon relais Cityssimo et suis heureux de voir qu’une station Vélib’ est en construction pile devant. Bilan Vélib’ du mois de septembre : 30 trajets, 560 minutes, 3 euros. Je me dis que les automobilistes vont finir par créer des sociétés secrètes pour jeter des sorts aux vélibiens lors de cérémonies vaudoues endiablées car le comportement de 95% des cyclistes est consternant.


“Iphigénie en Tauride”

Royal Opera House, Londres • 29.9.07 à 19h
Christoph Willibald Gluck (1779). Livret de Nicolas-François Guillard, d’après Guymond de la Touche et Euripide.

The Orchestra of the Age of Enlightenment, Ivor Bolton. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Susan Graham (Iphigénie), Simon Keenlyside (Oreste), Paul Groves (Pylade)…

J’ai eu un mal fou à m’intéresser à cette partition plate, jouée de manière monocorde par The Orchestra of the Age of Enlightenment, dont l’effectif ne me semble pas adapté à la taille de la salle. Même lorsque la musique se déchaîne, on entend à peine la différence.

Susan Graham n’est pas une tragédienne née : son jeu manque de vigueur et d’intensité. Cela se remarque d’autant plus que, face à elle, Simon Keenlyside campe un remarquable Oreste. Il est bien accompagné par un Paul Groves également très engagé.

Cette version, mise en scène par Robert Carsen, a été co-produite par les opéras de San Francisco et de Chicago. Carsen enferme l’action dans une boîte noire qui, une fois la tragédie résolue par l’intervention de Diane, monte doucement pour laisser entrer la lumière éblouissante de “l’extérieur” (un procédé dont il est coutumier). Au début du premier acte, les protagonistes, habillés de noir, inscrivent sur les murs les noms des personnages qui ont noué la tragédie : Agamemnon, Clytemnestre, Iphigénie, Oreste. Puis il ne se passe plus grand’ chose : on ne peut pas dire que la mise en scène aide à fixer son attention lorsque la musique ne parvient pas à captiver.

Je crois bien que j’avais préféré Orlando.


“Bad Girls, the Musical”

Garrick Theatre, Londres • 29.9.07 à 15h
Musique et lyrics : Kath Gotts. Livret : Maureen Chadwick & Ann MacManus.

>> English-language account available here.

Mise en scène : Maggie Norris. Avec Sally Dexter (Yvonne Atkins), Laura Rogers (Helen Stewart), Caroline Head (Nikki Wade), David Burt (Jim Fenner), Helen Fraser (Sylvia “Bodybag” Hollamby), Nicole Faraday (Shell Dockley), Amanda Posener (Denny Blood), Julie Jupp (Julie Saunders), Rebecca Wheatley (Julie Johnston), Chris Grierson (Justin Mattison), Emily Aston (Rachel Hicks), Camilla Beeput (Crystal Gordon), Maria Charles (Noreen Biggs)…

Badgirls Drôle d’idée que de baser une comédie musicale sur la série télé anglaise Bad Girls, qui fut diffusée sur la chaîne ITV de 1999 à 2006 et qui avait la particularité de se dérouler dans une prison pour femmes. (Il semble qu’elle soit diffusée en France sur la chaîne AB1 sous le titre Les Condamnées).

On se laisse séduire au premier abord par une écriture efficace comme celle d’une bonne sitcom, par les personnages hauts en couleur, par une partition qui se laisse écouter et par quelques bonnes idées de mise en scène reposant sur des projections.

Mais il en faudrait un peu plus pour que le spectacle soit totalement convaincant. Les passages au premier degré sur les états d’âme des prisonnières sont un peu difficiles à prendre sérieusement… et le niveau général des comédiens/chanteurs laisse un peu à désirer pour un spectacle du West End londonien.


Concert

Salle Pleyel, Paris • 28.9.07 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Myung-Whun Chung.

Dvořák : symphonies n°8 et 9.

Après avoir présenté les symphonies n°6 et 7 la semaine dernière (au cours d’un concert où j’ai tout bêtement oublié de me rendre alors que j’avais un billet…), le Philhar, qui fête ses 70 ans, nous proposait donc de poursuivre avec les symphonie n°8 et 9.

Bon, j’adore la huitième. J’en aurais presque oublié la conduite presque absente de Chung, dont on se demande par moments si son esprit accompagne son corps sur le podium. Mais les musiciens sont en forme, et le résultat est très réussi. La neuvième est spectaculaire. Chung oscille comme souvent entre le “un peu trop lent” et le “un peu trop rapide”, le tout restant toujours un peu trop métronomique, mais les musiciens sont survoltés. Pendant le deuxième mouvement, je me souviens de l’un de mes professeurs de piano, hautboïste de son premier instrument, qui me disait toujours à quel point jouer le solo de cor anglais de cette symphonie le rendait heureux. Je le comprends. Ça ne vaut pas ça ou ça, mais ça permet de finir la semaine en beauté.

Pierre Bergé évidemment à la place d’honneur pour applaudir le maestro Chung. Les musiciens ont tombé la cravate : victoire ! Leur tenue intégralement noire leur va superbement. Les femmes, évidemment, n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur un style unique de tenue et ça part dans tous les sens. Gâteau en carton-pâte et force bouquets à l’occasion du 70ème anniversaire. On remet un bouquet à un monsieur entré comme altiste “confirmé” à la création de l’orchestre en 1937 : il doit avoir un âge canonique…


“Cabaret”

Folies-Bergère, Paris • 26.9.07 à 20h
John Kander (1966). Lyrics de Fred Ebb. Livret de Joe Masteroff, d’après John Van Druten et Christopher Isherwood. Adaptation : Jacques Collard (livret) et Éric Taraud (lyrics).

Mise en scène : Sam Mendes et Rob Marshall, recréée par BT McNicholl. Avec Fabian Richard (le Maître de Cérémonies), Claire Pérot (Sally Bowles), Catherine Arditi (Fraulein Schneider), Pierre Reggiani (Herr Schultz), Geoffroy Guerrier (Clifford Bradshaw), Patrick Mazet (Ernst Ludwig), Virginie Perrier (Fraulein Kost)…

Reprise aux Folies-Bergère de la comédie musicale Cabaret après une pause estivale. La production m’a fort aimablement fait parvenir une invitation, ce qui m’a permis de revoir un spectacle dont j’avais dit tout le bien que j’en pensais lors de ma première visite.

Impression positive confirmée, voire renforcée, par cette deuxième visite. La troupe semble pleine d’une énergie renouvelée. La représentation, tirée au cordeau, permet d’admirer l’habileté de la mise en scène de Sam Mendes : rythme général, utilisation de l’espace, enchaînements, images superposées, langage des lumières,… une réelle virtuosité scénique qui contribue nettement à créer du sens et de l’émotion.

Une toute petite réserve, toujours, sur le “Emcee” de Fabian Richard, qui ne possède pas le charisme et la profondeur trouble du créateur du rôle dans cette version, Alan Cumming. J’ai été, en revanche, beaucoup plus convaincu que lors de ma première visite par la Sally Bowles de Claire Pérot, dont la crise de nerfs finale (lors de la chanson “Cabaret”) m’a beaucoup impressionné. J’avais un peu volontairement évité Catherine Arditi lors de ma première visite (à l’époque, elle ne jouait pas les mardis soirs), mais force est de constater que sa Fraulein Schneider est poignante, malgré ses limitations vocales. Parmi les autres rôles, c’est sans doute la Fraulein Kost de Virginie Perrier qui fait la plus forte impression.

C’est donc sous de bons auspices que ce petit chef d’œuvre du répertoire entame sa deuxième saison parisienne. Les temps changent bel et bien à Paris, où le théâtre musical est en plein renouveau.


“Ariane et Barbe-Bleue”

Opéra Bastille, Paris • 24.9.07 à 19h30
Paul Dukas (1907). Livret de Maurice Maeterlinck.

Mise en scène : Anna Viebrock. Direction musicale : Sylvain Cambreling. Avec Deborah Polaski (Ariane),
Julia Juon (la Nourrice), Willard White (Barbe-Bleue)…

J’ai suspendu temporairement mon boycott de Sylvain Cambreling afin d’entendre cette œuvre particulièrement peu représentée et que l’Opéra de Paris a la bonne idée de nous refaire découvrir pour le centenaire de sa création. C’est une partition au riche langage harmonique, qui semble regarder tantôt du côté de Debussy, tantôt du côté de Wagner.

La production de l’Opéra de Paris est désespérante tant elle semble caricaturer tout ce qu’est devenue la maison ces derniers temps. On n’a même plus la force d’être agacé par ce décor laid et déprimant, remake en pire de celui du Kát’a Kabanová de Marthaler. Le pauvre Dukas n’a donc le droit d’être représenté dans sa patrie qu’à condition de passer sous les fourches caudines du Regietheater dans ce qu’il a de plus réducteur, de plus caricatural et de plus stérile.

Et, pour remonter le niveau, on nous met dans la fosse un chef cérébral et hyper-analytique, incapable de trouver le moindre moment de plaisir débridé dans une partition qui foisonne pourtant de petits bonheurs. Pour s’en convaincre, malheureusement, on ira écouter le bel enregistrement de l’œuvre par le BBC Symphony Orchestra paru chez Telarc il y a deux mois environs.

La distribution, heureusement, remonte un peu le niveau d’ensemble. Deborah Polaski n’est pas toujours totalement à l’aise, mais elle fait de jolis efforts… et elle est en bonne compagnie sur scène, notamment grâce à la Nourrice très convaincante de Julia Juon.

Bonne surprise à la sortie : la station Vélib’ du boulevard Richard-Lenoir est presque pleine, alors que je ne me suis pas du tout pressé de sortir. Le public de l’Opéra ne serait-il pas fanatique de vélo ? Cinq minutes plus tard, j’assiste à un incident qui aurait dû, en toute logique, coûter la vie à une cycliste inconsciente et qui n’a été évité que grâce à un réflexe presque miraculeux d’un automobiliste. Je me réjouis intérieurement d’être plus prudent que 95% des autres cyclistes que j’observe autour de moi.


“Capriccio”

Palais Garnier, Paris • 23.9.07 à 14h30
Richard Strauss (1942). Livret de Clemens Krauss et Richard Strauss.

Mise en scène : Robert Carsen. Direction musicale : Harmut Haenchen. Avec Solveig Kringelborn (la Comtesse), Olaf Bär (le Comte), Charles Workman (Flamand), Tassis Christoyannis (Olivier), Jan-Hendrik Rootering (La Roche), Doris Soffel (Clairon)…

Je crois bien que Capriccio est, parmi les opéras du 20ème siècle, celui qui me transporte le plus. Cette partition est un sublime émerveillement d’un bout à l’autre, surtout quand elle est confiée au merveilleux Harmut Haenchen, qui m’avait déjà enthousiasmé dans la même œuvre à Amsterdam il y a un peu plus d’un an. La musique n’est qu’une succession de vagues voluptueuses qui prennent littéralement aux tripes.

Et puis il y a cette hallucinante mise en scène de Robert Carsen, déjà vue en 2004 avec Renée Fleming dans le rôle principal : Carsen s’y amuse, comme souvent (Les Contes d’Hoffmann, Tosca), à  créer de vertigineuses mises en abîme en mettant une scène sur la scène. C’est époustouflant de virtuosité et c’est d’une efficacité dramatique sans égal, notamment dans les derniers instants de la scène finale, qui ont encore une fois déclenché aujourd’hui chez moi d’incontrôlables manifestations lacrymales.

Distribution solide sans être inoubliable : la Comtesse de Solveig Kringelborn est attachante ; elle se débat  cependant avec des aigus un peu fins et on aimerait la voir plus perturbée dans la scène finale. Très belle performance de Charles Workman dans le rôle de Flamand. On retrouve une fois de plus Jan-Hendrik Rootering, apparemment abonné au rôle de La Roche : il a fait sensation dans son grand air, qui était d’une belle intensité. Déception en revanche du côté de la Clairon de Doris Soffel, qui manque d’envergure vocale.

Les ensembles sont magnifiques : le trio du sonnet, l’octuor, l’air des huit valets… Tous sont conduits avec un panache irrésistible par Harmut Haenchen. Quelle musique somptueuse !


“Le Roi Lion”

Théâtre Mogador, Paris • 22.9.07 à 20h
Musiques et paroles : Elton John. Musique et paroles additionnelles : Lebo M, Mark Mancina, Jay Rifkin, Julie Taymor, Hans Zimmer. Livret : Roger Allers et Irene Mecchi. Adaptation du livret et des paroles : Stéphane Laporte.

Mise en scène : Julie Taymor. Chorégraphie : Garth Fagan. Direction musicale : Raphaël Sanchez. (Distribution inconnue : j’ai oublié de prendre la feuille volante qui faisait office de programme.)

Lionking J’avais dit (ici) combien la perspective de voir cette comédie musicale à Paris me réjouissait. S’agissant d’une avant-première (la première avant-première publique, semble-t-il), je me garderai de commentaires spécifiques. J’ai prévu de revoir le spectacle début novembre.

Difficile de décrire à quel point cela me semble martien de voir une production parisienne de cette comédie musicale que j’ai vue deux fois à New York (1998, 2003) et une fois à Londres (1999). La société Stage Entertainment France n’a pas lésiné sur les moyens pour mettre le Théâtre Mogador aux normes techniques exigées par le spectacle et pour garantir à cette production une qualité professionnelle.

Le résultat sera-t-il à la hauteur de ces ambitions ? La première représentation est prometteuse…


“Aux deux Colombes”

La Pépinière Opéra, Paris • 18.9.07 à 21h
Sacha Guitry (1948).

Mise en scène : Pierre-Laurent Cochet. Avec Pierre-Laurent Cochet, Virginie Pradal, Paule Noëlle, Catherine Griffoni, Anne-Marie Mailfer.

On les a dans ses bras
Puis un jour sur les bras
Et bientôt sur le dos.

Qui ça ? Les femmes, bien sûr. 2007 marque le cinquantenaire de la mort de Sacha Guitry ; espérons que cela nous permettra d’entendre beaucoup de ces répliques ciselées qui marient le bonheur de la forme (une scansion ensorcelante) et un art consommé de l’épigramme spirituelle et innocemment cruelle.

Au deux Colombes est une œuvre de maturité, l’une des dernières écrites pour la scène par Guitry. Croyant sa femme morte, il a épousé en secondes noces la sœur de celle-ci… jusqu’à ce que la disparue réapparaisse. Situation inhabituelle : il a donc deux épouses. Laquelle garder ?

Pierre-Laurent Cochet dit le texte de Guitry avec une nonchalance savamment étudiée, mais on aimerait voir ses yeux briller un peu plus du bonheur d’être le gardien de répliques aussi affûtées. Ses partenaires l’accompagnent avec un joli sens du tempo. Difficile cependant de ne pas imaginer ce que donnerait le rôle de la bonne, Angèle, avec la gouaille d’une Pauline Carton…

Alors que je me rends au théâtre, des touristes m’arrêtent pour me demander comment se rendre au Hard Rock Café. Mais pourquoi ?? Je me console en poursuivant ma dégustation d’une désormais célèbre madeleine au roquefort de chez Fauchon.

Record battu : quatre locations de Vélib’ aujourd’hui.


“Marius et Fanny”

Opéra de Marseille • 14.9.07 à 20h
Vladimir Cosma (création). Livret : Michel Langliney, Jean-Pierre Lang, Michel Rivgauche, Antoine Chalamel, Michel Arbatz, Vladimir Cosma, d’après Marius et Fanny de Marcel Pagnol.

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille, Jacques Lacombe. Mise en scène : Jean-Louis Grinda. Avec Sébastien Guèze (Marius), Karen Vourc’h (Fanny), Jean-Philippe Lafont (César), Marc Barrard (Panisse), Éric Huchet (Escartefigue), Isabelle Vernet (Honorine), Bruno Comparetti (Monsieur Brun), Antoine Garcin (Piquoiseau)…

J’attire généralement des regards condescendants lorsque je me risque à avouer que j’aime beaucoup des compositeurs comme Michel Legrand, Claude Bolling ou Vladimir Cosma. Le phénomène consistant à isoler la musique “sérieuse” de la musique “légère” ou — pour utiliser le mot effroyable utilisé dans les médiathèques — “fonctionnelle” est d’ailleurs sans doute beaucoup plus marqué en France que dans d’autres pays.

Bref, Vladimir Cosma est-il capable d’écrire un opéra ? Après avoir assisté à cette représentation, la réponse est un “oui” catégorique. Car c’est une partition remarquable qu’il nous propose pour mettre en musique cette aventure typiquement marseillaise. Certes, on y entend beaucoup d’influences, notamment celle de Poulenc, mais on est rapidement conquis par les orchestrations envoûtantes et par une belle capacité à tisser de longs thèmes mélodieux qui mettent parfaitement en valeur les voix d’opéra.

Je n’ai pas pu assister à l’une des représentations mettant en vedette le couple Alagna/Gheorghiu, mais Sébastien Guèze (surtout) et Karen Vourc’h n’ont pas à rougir de leurs prestations. Guèze rappelle d’ailleurs un peu Alagna physiquement. Dans les rôles secondaires, on retrouve avec plaisir Jean-Philippe Lafont (même si on lui aurait su gré d’apprendre un peu mieux son rôle — les surtitres peuvent être cruels) dans une distribution dominée par l’irrésistible voix de Marc Barrard, qui incarne un merveilleux Panisse.

L’interprétation par les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille est superbe sous la direction assurée de Jacques Lacombe. Malheureusement, le Chœur semble beaucoup moins à l’aise, notamment dans les passage syncopés.

La mise en scène de Jean-Louis Grinda repose sur de très belles images, mais elle accumule les “carafes”, des moments où il ne se passe rien pendant plusieurs secondes, voire dizaines de secondes. C’est symptomatique d’une direction d’acteurs qui se contente de mettre le livret en espace… et qui se retrouve sans idée dans les passages purement instrumentaux. Du coup, l’effet dramatique des deux fins d’actes s’en trouve nettement diminué.


“Panique à bord”

Vingtième Théâtre, Paris • 12.9.07 à 21h30
Musique : Patrick Laviosa. Livret et lyrics : Stéphane Laporte.

Mise en scène : Agnès Boury. Chorégraphie : Caroline Roëlands. Avec Christine Bonnard, Vincent Heden, Ariane Pirie, Angélique Rivoux, Gilles Vajou, Jacques Verzier.

Panique Cette farce maritime et musicale est pleine de petits bonheurs : la délicieuse partition de Patrick Laviosa, la mise en scène malicieuse d’Agnès Boury parfaitement complétée par la chorégraphie pleine d’idées de Caroline Roëlands et, surtout, une qualité d’interprétation sans faille grâce à une brochette de ce qui se fait de mieux sur les scènes musicales parisiennes.

Le livret de Stéphane Laporte n’est pas un modèle de construction, même s’il parvient à modeler des personnages sympathiques et truculents. Notre bonheur serait total si les lyrics évitaient de faire rimer “remettre” et “connaître”.


Concert

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 11.9.07 à 20h
Orchestre Philharmonique d’Israël, Zubin Mehta.

Mahler : symphonie n°7

Mehta Intéressante série de septièmes de Mahler : après Barenboim et la Staatskapelle de Berlin en avril, puis Tilson Thomas et le San Francisco Symphony il y a quelques jours, voici donc une troisième interprétation menée par Zubin Mehta à la tête de l’Orchestre Philharmonique d’Israël.

Avec Mehta, pas de fanfreluches inutiles. On est au royaume du “no nonsense”, dans une interprétation qui surprend d’abord un peu par sa sagesse relative. Mehta privilégie une approche d’ensemble cohérente, avec des solos joués avec une certaine modestie, sans démonstration de virtuosité de la part des musiciens, qui semblent carburer avant tout au plaisir de jouer ensemble.

Mehta étonne par sa capacité à trouver de longues et belles lignes mélodiques là où d’autres interprétations peuvent donner l’impression d’enchaîner de petits fragments moins logiquement liés les uns aux autres. Il prend généralement son temps, comme pour mieux explorer la partition, même s’il se lâche quand même un peu dans les dernières mesures.

On ne peut qu’être impressionné par cette constance et cette détermination à rester les pieds sur terre. Ça ne produit pas du tout les mêmes effets que la conduite plus démonstrative et quand même plus jubilatoire d’un Tilson Thomas, mais c’est assez convaincant.

Et c’est l’occasion de retrouver un blogueur prolixe en cette rentrée musicale.

Fiasco Vélib’ après la représentation : la station située en face du théâtre est vide ; je bats sans doute le record de la plus grande distance jamais parcourue dans Paris sans voir une seule station et me retrouve, toujours à pied, à la Madeleine ; je décide de me fier aux indications disponibles sur le mini-site pour téléphone portable grâce à la géolocalisation, mais les quelques vélos disponibles aux stations voisines sont tous déraillés, déjantés ou bloqués. Je finis par trouver un vélo rue de Naples, dans un quartier à haute densité blogosphérique. Je suis mon instinct en arrivant dans mon quartier et me gare un peu avant d’arriver chez moi : j’ai eu raison, les trois stations plus proches de chez moi sont pleines. Il y a encore quelques réglages à faire pour que le système soit totalement au point. J’aurais gagné une heure en rentrant en métro…


“Merrily We Roll Along”

Signature Theatre, Arlington (Virginie) • 9.9.07 à 14h

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Deuxième visite à cette jolie production. L’occasion d’admirer les jolis costumes de Robert Perdziola et de confirmer les inconvénients de l’absence de sonorisation. Mais pas de doute : Merrily We Roll Along est une œuvre poignante sur le plan dramatique et formidablement entraînante sur le plan musical.


“Merrily We Roll Along”

Signature Theatre, Arlington (Virginie) • 8.9.07 à 20h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : George Furth. D’après la pièce originale de George Kaufman et Moss Hart.

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Mise en scène : Eric Schaeffer. Chorégraphie : Karma Camp. Direction musicale : Jon Kalbfleisch. Avec Will Gartshore (Franklin Shepard), Erik Liberman (Charley Kringas), Tracy Lynn Olivera (Mary Flynn), Tory Ross (Gussie Carnegie), Bayla Whitten (Beth), Christopher Bloch (Joe Josephson)…

J’avais déjà dit quelques mots de cette œuvre émouvante lorsque je l’avais vue à Derby il y a quatre mois. Merrily We Roll Along est une évocation poignante de l’impossibilité de revenir en arrière et de remettre en cause certains de nos choix.

L’équipe du sympathique Signature Theatre d’Arlington, près de Washington, nous propose une fois de plus une production de bonne qualité, dont la mise en scène s’illustre par une richesse et une profondeur de vision remarquables. La salle se trouve dans une configuration différente de celles de mes dernières visites (ici et ) et s’organise autour d’une scène circulaire sur laquelle ne figurent que trois objets : un immense escalier, un piano et une porte monumentale… le tout baigné de lumières très colorées assez inhabituelles.

Belles prestations d’ensemble de la distribution et de l’orchestre. Comme souvent au Signature Theatre (bien qu’une exception ait été faite pour The Witches of Eastwick), l’œuvre est donnée sans sonorisation. C’est un choix courageux mais sans doute un peu contestable compte tenu de l’écriture musicale et, surtout, de la formation vocale des comédiens, qui les prépare peu à cette configuration.


“C’est toujours ça de pris !”

Théâtre de l’Île Saint-Louis Paul Rey, Paris • 5.9.07 à 21h
Textes et mise en scène : Stéphane Ly-Cuong. Avec Vanessa Hidden. Tristan Michel, piano.

Ctcdp Ce petit spectacle charmant rend hommage, nous dit l’affiche, à Marie Dubas, Yvette Guilbert et Yvonne Printemps. En réalité, il rend hommage à une époque où la chanson française s’écoutait autant pour ses interprètes, pour sa musique et pour ses textes. Des textes qui réservent de petites délices comme “La rue du désir fut barrée / Par les gravats de notre amour” (“Le Tango stupéfiant”, l’un des succès de Marie Dubas) ou qui font rimer “respiration” avec “fluxion” (“Quand on vous aime comme ça”, l’un des succès d’Yvette Guilbert).

Les quelques chansons choisies, liées par des textes amusants, sont interprétées avec un mélange de mutinerie et de grâce éthérée par la très attachante Vanessa Hidden, dont la belle voix lyrique est particulièrement appropriée aux chansons associées à Yvonne Printemps, comme “C’est la Saison des amours”, un extrait de l’opérette Les trois Valses sur lequel s’ouvre le spectacle, ou encore le sublime (le mot est faible) “Les Chemins de l’amour” de Poulenc et Anouilh, qui est sans conteste le sommet de la représentation.

(“Disclosure” : Stéphane Ly-Cuong est un très bon ami (mais j’ai payé ma place !))


Concert

Royal Albert Hall, Londres • 2.9.07 à 19h
San Francisco Symphony, Michael Tilson Thomas.

(Prom n°65)
Mahler : symphonie n°7

Il fallait bien cela pour se remettre d’un Bělohlávek froidement cérébral. Avec Tilson Thomas, la musique de Mahler est au contraire vibrante et pleine de couleurs. Le premier et le dernier mouvements sont donnés avec un panache totalement décomplexé : les dernières mesures, en particulier, donnent des frissons. Les trois mouvements centraux, plus introspectifs, sont très joliment interprétés. Si la première “Nachtmusik” est racée et pleine de caractère, la seconde est plus crépusculaire, plus languissante. On ne s’ennuie jamais, même si cette symphonie se laisse un peu moins facilement apprivoiser que d’autres. Rien à voir avec la conduite bien plate d’un Barenboim il y a quelques mois à Berlin.

Hasard amusant, les musiciens du San Francisco Symphony logent à l’Intercontinental, comme moi. Il me semblait bien avoir entendu parler de “Mahler sieben” (pourquoi en allemand, je l’ignore) dans la salle de fitness pendant l’après-midi. Et puis, ce soir, je me retrouve dans l’ascenseur avec plusieurs musiciens qui vont prendre l’autocar qui doit les emmener au Royal Albert Hall. Une dame entre au troisième étage ; à peine les portes se sont-elles fermées qu’elle se met à crier “I forgot my violin!” et commence à appuyer sur à peu près tous les boutons en paniquant. Ses collègues sont hilares. Quant à moi, je me demande comment un musicien peut bien oublier son instrument au moment d’aller rejoindre le lieu du concert…


“The Boy Friend”

Open Air Theatre, Regent’s Park, Londres • 1.9.07 à 20h
Livret, musique et lyrics : Sandy Wilson.

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Mise en scène : Ian Talbot. Co-metteur en scène et chorégraphie : Bill Deamer. Avec Anna Nicholas (Madame Dubonnet), Claire Carrie (Hortense), ? (Percival Browne), Rachel Jerram (Polly Browne), Richard Reynard (Tony), Kate Nelson (Maisie), Chris Ellis-Stanton (Bobby Van Heusen), Ian Talbot (Lord Brockhurst), Margaret Tyzack (Lady Brockhurst)…

Reprise cet été de l’excellente production de cette délicieuse comédie musicale dont j’avais déjà dit beaucoup de bien l’an dernier. Je n’ai rien à rajouter à ce que j’écrivais alors : c’est le spetacle parfait, léger, enjoué, sans prétentions excessives… un petit concentré de bonheur qui rend heureux, tout simplement. Et pas de pluie, cette année ; le spectacle a pu se dérouler sans la moindre interruption.


“The Lord of the Rings”

Theatre Royal Drury Lane, Londres • 1.9.07 à 14h
Livret et lyrics : Shaun McKenna et Matthew Warchus. Musique : A. R. Rahman, Värttinä, avec Christopher Nightingale.

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Mise en scène : Matthew Warchus. Chorégraphie : Peter Darling. Avec James Loye (Frodo Baggins), Peter Howe (Sam Gamgee), Malcolm Storry (Gandalf), Michael Therriault (Gollum/Sméagol), Laura Michelle Kelly (Galadriel), Jérôme Pradon (Strider/Aragorn), Steven Miller (Boromir), Jon Tsouras (Legolas [understudy/remplaçant]), Alex Bonnet (Arwen [understudy/remplaçante]), Sévan Stephan (Gimli), Ben Evans (Merry [understudy/remplaçant]), Stuart Neal (Pippin [understudy/remplaçant]), Terence Frisch (Bilbo Baggins), Jennie Dale (Rosie [understudy/remplaçante]), Brian Protheroe (Saruman), Andrew Harvis (Elrond), Michael Hobbs (Treebeard)…

Lotr Curieuse idée que de transformer la saga du Seigneur des anneaux en comédie musicale. Ou plutôt, d’ailleurs, en spectacle musical, car on y chante assez peu, même si la musique est toujours présente.

Le spectacle a commencé sa vie à Toronto, où j’avais prévu de le voir. Mais il a fermé ses portes plus vite que prévu, ce qui me l’a fait manquer de peu. Voilà un peu plus de deux mois qu’une version retravaillée a ouvert ses portes à Londres.

Même si on se trouve assez loin des canons de la comédie musicale, le spectacle est très réussi sur le plan visuel. Il s’appuie sur une débauche de moyens : “tournette” découpée en 17 compartiments autonomes, effets spéciaux spectaculaires, distribution nombreuse… Le premier acte est à couper le souffle sur le plan visuel : outre trois disparitions inattendues, la bataille avec le Balrog qui laisse Gandalf pour mort à la fin du premier acte est le plus bel effet que j’aie vu dans un théâtre.

Comment enchaîner là-dessus ? Justement, c’est le problème. La suite ne parvient pas à maintenir le même rythme. On finit par se lasser des mouvements permanents de la tournette, et l’histoire est un peu trop dense pour que l’on se sente parfaitement à l’aise dans les deuxième et troisième actes.

Il faut reconnaître à la distribution un certain engagement, notamment à ceux qui portent des noms de médicaments : Boromir, Legolas, Sargenor Aragorn (un Jérôme Pradon doté d’un accent très curieux), qui se ressemblent tous de loin et qui n’ont plus grand’ chose à faire dans cette version allégée. J’ai beaucoup aimé James Loye, qui joue le rôle de Frodo avec le bon décalage : il est plus savoureux qu’Elijah Wood (le Frodo des films) dans le rôle du Hobbit confronté à des événements totalement en rupture avec son monde habituel. Et le Gollum de Michael Therriault est remarquable.

Ça ne ressemble à rien de connu, c’est un peu trop long, mais ça se laisse regarder. Pour le plaisir des yeux surtout.