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Posts from July 2007

“The Simpsons Movie”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 31.7.07 à 22h25
David Silverman (2007)

L’humour des Simpsons repose en partie sur un principe simple : si c’est énorme, il faut trouver encore plus énorme dans les cinq secondes qui suivent. Et ça marche vraiment bien, d’autant que le sens de l’observation des auteurs est vraiment très aiguisé. Ce film est un peu comme un épisode un peu plus long et encore un peu plus déjanté que d’habitude, sur un rythme assez ébouriffant : il y a des moments où il est impossible de capter toutes les plaisanteries tant visuelles qu’auditives. Une scène dans laquelle Bart traverse la ville nu en skateboard est très très réussie. Et les nombreux clins d’œil au fait que l’on se trouve au cinéma et non devant un écran de télé sont excellents.

J’aime particulièrement l’univers musical des Simpsons. Il y a d’ailleurs des références directes à la comédie musicale dans plusieurs épisodes (je me souviens notamment d’une scène courte mais excellente mettant en scène Stephen Sondheim… ainsi que d’une version comédie musicale de A Streetcar Named Desire dans laquelle la chanson finale s’appelle bien sûr “The Kindness of Strangers”). Rien de tel dans ce film, malheureusement… mais on se console avec une hilarante version a cappella pour cœur à quatre voix de “Spider-Pig” (une parodie de la chanson “Spider-Man”)… ou alors le générique de fin, qui semble une compilation de tous les thèmes musicaux de John Williams et Danny Elfman combinés.

Bien sûr, la quasi-totalité du public reste dans la salle pendant le générique de fin, car le plaisir continue…

Je prends mon premier Velib’ pour rentrer chez moi. C’est un peu intimidant au début, mais on s’habitue rapidement. Après un tour dans quelques rues peu passantes pour vérifier que “ça ne s’oublie pas”, je me lance dans la rue de Turbigo, puis place de la République (bon d’accord, à plus de minuit, mais quand même…) Mon seul problème, c’est que, même en troisième vitesse, je suis souvent en roues libres, et ce n’est pas très confortable, d’autant que les freins sont un peu faiblards. Peut-être mon vélo était-il déficient (le premier que j’avais pris pédalait complètement dans le vide) ? Belle invention en tout cas…


“Rigoletto”

Bayerische Staatsoper, Nationaltheater, Munich • 28.7.07 à 19h30
Verdi (1851). Livret de Francesco Maria Piave d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo.

Bayerisches Staatsorchester, Friedrich Haider. Mise en scène : Doris Dörrie. Avec Piotr Beczała (Le Duc de Mantoue), Carlos Alvarez (Rigoletto), Elena Moşuc (Gilda), Maurizio Muraro (Sparafucile), Elena Maximova (Maddalena)…

Rigoletto Chaque année, au mois de juillet, l’Opéra de Munich propose une œuvre différente chaque jour (parfois deux) dans le cadre du “Münchner Opernfestpiele”. C’est, à n’en pas douter, un exploit sur le plan logistique… et il y a fort à parier que le temps de répétition soit fort limité, voire inexistant, pour la plupart des productions.

Dire de cette production de Rigoletto qu’elle est surprenante sur le plan visuel est encore très loin de la réalité. On comprend assez vite que l’on se trouve sur… la Planète des Singes ! Rigoletto et sa fille sont des cosmonautes dont le vaisseau a atterri sur une planète peuplée par des singes, le Duc de Mantoue et sa cour. Petit plaisir intellectuel pour le metteur en scène, puisque le fait d’être humain est donc précisément ce qui rend Rigoletto “anormal” aux yeux des autres protagonistes. Rigoletto joue donc toute la pièce en combinaison de cosmonaute ; Gilda est attifée d’une coiffure à la Princesse Leia Organa (cf. Star Wars)… tandis que le Duc de Mantoue et sa cour portent de lourds maquillages simiesques.

Il semble que les tenues Louis Vuitton soient très appréciées dans cet univers : le décor du deuxième acte, censé figurer les appartement du Duc, est composé de versions géantes des motifs caractéristiques des produits de la marque française (le monogramme LV étant remplacé par SP [?]), ainsi que d’une malle géante renversée sur la scène. Je me demande si la maison Vuitton est au courant de ce détournement. Le décor de l’acte trois, très réussi sur le plan visuel, aurait presque l’air “normal” après toutes ces fantaisies. Le jeu sur les couleurs (noir/rouge) et l’évocation visuelle de la neige, puis de l’orage accompagnent parfaitement la progression dramatique.

Sur le plan musical, ce fut une très belle représentation. On regrette légèrement de ne pas avoir entendu Joseph Calleja, initialement prévu dans le rôle du Duc ; Piotr Beczała s’en sort très honnêtement, mais il manque une petite étincelle de génie. Le Rigoletto de Carlos Alvarez se distingue par la subtilité de son interprétation et par l’élégance de son timbre. Quant à Elena Moşuc, qui m’avait déjà beaucoup impressionné à Zurich dans Lucia (où elle donnait déjà la réplique à Piotr Beczała), elle fascine par la désarmante facilité avec laquelle les notes les plus aiguës semblent sortir sans effort aucun. Sa Gilda met la barre très haut.


“Götterdämmerung”

Metropolitan Opera House, New York • 21.7.07 à 18h
Richard Wagner (1876).

Orchestre et Chœurs du Théâtre Mariinsky, Valery Gergiev. Production conçue par Valery Gergiev et George Tsypin. Avec Victor Lutsuk (Siegfried), Evgeny Nikitin (Gunther), Mikhail Petrenko (Hagen), Victor Chernomortsev (Alberich), Olga Sergeeva (Brünnhilde), Valeria Stenkina (Gutrune), Olga Savova (Waltraute), Zhanna Dombrovskaya, Lia Shevtsova, Nadezhda Serdyuk (Les Filles du Rhin), Elena Vitman, Svetlana Volkova, Tatiana Kravtsova (les Nornes).

Gotterdammerung Je dois reconnaître avoir éprouvé un certain bonheur lorsque les Dieux de la planification m’ont permis d’enchaîner Xanadu et Le Crépuscule des Dieux… qui ont d’ailleurs en commun leurs thèmes mythologiques.

On reconnaîtra à la troupe du Mariinsky un certain talent pour finir en beauté, avec une distribution nettement plus convaincante pour ce dernier épisode : le Siegfried de Victor Lutsuk a tout ce qu’on attend du ténor wagnérien (prestance, puissance) ; le Gunther d’Evgeny Nikitin et le Hagen de Mikhail Petrenko font montre d’une belle maîtrise… et la Brünnhilde d’Olga Sergeeva, qui avait pourtant semblé bien fatiguée à la fin de Siegfried, avait repris du poil de la bête.

Le grand bonheur de ce Crépuscule, encore une fois, c’est la direction musicale de Gergiev, qui tricote de jolies choses dans cette partition plus riche et harmoniquement plus complexe que les précédentes : lorsque reviennent les thèmes du renoncement à l’amour ou du Tarnhelm, par exemple, ils ne sont plus aussi dépouillés mais se parent de textures et de contre-chants assez enchanteurs. Même si on commence à percevoir une certaine lassitude dans l’orchestre, notamment chez les cuivres — après tout, ils ont joué deux cycles entiers imbriqués, soit huit soirs, en ne bénéficiant que d’un jour de repos —, on se dit que ce Ring à la sauce russe a vraiment des couleurs inhabituelles et enchanteresses.

Finalement, on s’était habitué à cette curieuse conception scénique et ces quatre géants qui changent de position, voire de tête, d’un acte à l’autre. La mise en scène de ce Götterdämmerung est particulièrement soignée, avec un très joli tableau à la fin de l’acte II, dans lequel on voit Hagen, Gunther et Brünnhilde “toper” au sujet de la mort de Siegfried pendant Gutrune et Siegfried, juste en-dessous d’eux, célèbrent leurs noces.

On reprochera seulement à la mise en scène de systématiquement lancer la fermeture du rideau avant la fin de la musique, ce qui, inévitablement, déclenche les applaudissements malgré les efforts de quelques-uns (dont moi) pour les contenir avec des chhhh. Les metteurs en scène modernes ont plutôt tendance à terminer sur un noir coïncidant avec la fin de la musique.

Je ne suis pas fâché de me débarrasser de mon voisin qui a passé les quinze heures de ce Ring à remuer, à tousser, à agiter ses jambes frénétiquement et même, pour ce Crépuscule, à ronfler. Bien après la fin de la représentation, je le retrouve par hasard dans un “deli” de la Sixième Avenue ! Nous avons échangé quelques mots alors que nous ne nous étions pas du tout parlé au Met.


“Xanadu”

Helen Hayes Theatre, New York • 21.7.07 à 14h
Livret : Douglas Carter Beane. Musique et lyrics : Jeff Lynne & John Farrar. D’après le film de Universal Pictures.

>> English-language account available here.

Mise en scène : Christopher Ashley. Avec Kerry Butler (Clio/Kira), Curtis Holbrook (Sonny [remplaçant]), Tony Roberts (Danny Maguire/Zeus), Mary Testa (Melpomene/Medusa), Jackie Hoffman (Calliope/Aphrodite)…

Xanadu est l’un des tout premiers films musicaux que j’aie vu au cinéma au début des années 1980 et, malgré tout ses défauts, il m’a assez fortement marqué. Mettant en vedette Olivia Newton-John dans le rôle d’une muse qui tombe amoureuse d’un humain et Gene Kelly (pour sa dernière apparition sur un grand écran), il est vrai que le film souffrait d’un scénario assez faible. Mais la bande son, écrite notamment par l’un des fondateurs de l’Electric Light Orchestra, Jeff Lynne, est vite devenue l’une de mes écoutes favorites.

L’idée de proposer une adaptation scénique d’un film assez généralement considéré comme un navet a d’abord été reçue comme une plaisanterie, à Broadway. Mais cette version fonctionne à merveille : la partition a été conservée pratiquement intacte et est interprétée presque exactement comme sur la bande son du film ; le livret, lui, se distancie de l’histoire du film en la racontant au deuxième degré avec force clins d’œil qui en font une très bonne comédie parodique. Le tout sagement calibré pour ne durer que 90 minutes sans entracte.

La distribution est impeccable, notamment la délicieuse Kerry Butler, découverte dans Hairspray, qui imite parfaitement les mimiques d’Olivia Newton-John avec une parodie d’accent australien très réussie. Ça ne vole pas haut, mais qu’est-ce qu’on rigole !


“Siegfried”

Metropolitan Opera House, New York • 20.7.07 à 18h
Richard Wagner (1876).

Orchestre et Chœurs du Théâtre Mariinsky, Valery Gergiev. Production conçue par Valery Gergiev et George Tsypin. Avec Leonid Zakhozhaev (Siegfried), Vasily Gorshkov (Mime), Alexei Tanovitsky (Wotan), Edem Umerov (Alberich), Mikhail Petrenko (Fafner), Zlata Bulycheva (Erda), Olga Sergeeva (Brünnhilde), Anastasia Kalagina (L’Oiseau).

Siegfried Siegfried n’est pas l’épisode le plus captivant du Ring. Il ne se passe pas grand’ chose ; on y parle beaucoup, avec d’ailleurs moult répétitions… Il faut donc une interprétation au cordeau pour soutenir l’attention.

Hélas, c’est toujours loin d’être le cas avec une distribution très limite pour la lourdeur des rôles wagnériens. Si Brünnhilde et Wotan s’en sortent à peu près, Mime et, malheureusement, Siegfried lui-même sont très irréguliers, capables du meilleur comme du pire à quelques instants d’écart. Il reste le superbe Fafner de Mikhail Petrenko et une très solide Erda, mais ce sont les rôles les plus courts. En outre, la souffleuse a été mise à rude épreuve, notamment dans le troisième acte : à croire que plus personne ne se souvenait de son rôle.

Dans la fosse, au contraire, c’est toujours un grand bonheur, avec un Gergiev qui donne à la musique de Wagner des colorations ultra-romantiques presque slaves. Compte tenu de la qualité de ce qu’il y avait sur scène, j’aurais bien écouté une version sans voix, pour une fois.


“Hairspray”

AMC Loews 34th Street 14, New York • 20.7.07 à 12h15
Adam Shankman (2007).

Hairspray Nous avons la chance de vivre une période faste pour le film musical. Après Chicago en 2002, The Phantom of the Opera en 2004, The Producers en 2005 puis Dreamgirls en 2006… et en attendant Sweeney Todd dans quelques mois et Nine un peu plus tard en 2008, voici qu’on nous propose une version cinématographique de la comédie musicale Hairspray. Et c’est un petit bonheur.

Hairspray est originellement inspirée du film-culte éponyme de John Waters de 1988 mettant en vedette l’acteur travesti Divine. Dotée d’une partition de Marc Shaiman, elle a ouvert ses portes à Broadway en 2002 et a été récompensée par le Tony Award de la meilleure comédie musicale en 2003. Elle est toujours à l’affiche à ce jour et semble bien partie pour tenir la distance encore quelque temps.

Cette nouvelle version cinématographique parvient à préserver tout le charme et l’humour de la version scénique sans pour cela faire du théâtre filmé. Elle est pleine d’énergie, avec des scènes musicales particulièrement bien réalisées. Et John Travolta relève avec brio le défi du rôle travesti d’Edna Turnblad, tenu à la scène par Harvey Fierstein lors de la création de la comédie musicale à Broadway.

Hairspray repose en partie sur le charisme de son personnage principal, une jeune-fille bien en chair qui bouscule les tabous du Baltimore du début des années 1960 en se battant pour l’intégration des noirs… et pour l’acceptation des gros ! La jeune Nikki Blonsky relève parfaitement le défi. L’actrice du film original de John Waters, Ricki Lake, tient d’ailleurs un tout petit rôle dans ce nouveau film (ainsi que Jerry Stiller, qui jouait le rôle de son père).

Le reste de la distribution est excellent, de la superbe Velma Von Tussle de Michelle Pfeiffer à l’émouvant Wilbur Turnblad de Christopher Walken, en passant par les délicieux Zac Efron et Elijah Kelley dans les rôles des deux garçons charmeurs Link et Seaweed ou encore la magnifique Motormouth Maybelle de Queen Latifah.

Difficile de ne pas sortir avec un sourire rivé au visage…

Parmi les bandes-annonces diffusées au début de la séance, celle du premier volet de la trilogie His Dark Materials inspirée par les romans de Philip Pullman.  Le premier film s’appellera The Golden Compass et non Northern Lights et sortira au mois de décembre.


“Mary Poppins”

New Amsterdam Theatre, New York • 19.7.07 à 20h
D’après l’œuvre de P. L. Travers et le film des Studios Walt Disney. Musique et lyrics originaux : Richard M. Sherman et Robert B. Sherman. Livret : Julian Fellowes. Nouvelles chansons, musique et lyrics additionnels : George Stiles et Anthony Drewe. Co-conçu par Cameron Mackintosh.

>> English-language account available here.

Mise en scène : Richard Eyre. Mise en scène et chorégraphie : Matthew Bourne. Avec Megan Osterhaus (Mary Poppins [remplaçante]), Gavin Lee (Bert), Daniel Jenkins (George Banks), Rebecca Luker (Winifred Banks), Cass Morgan (Bird Woman), Janelle Anne Robinson (Mrs. Corry)…

Mary Poppins est, sur le papier, le matériel idéal pour une comédie musicale à grand spectacle. Et pourtant, cette adaptation du film de Walt Disney, qui retourne par ailleurs aux sources littéraires du personnage pour enrichir l’histoire, ne convainc pas totalement. Une première version, qui a ouvert ses portes à Londres fin 2004, paraissait bien sombre. La version remaniée, qui se joue à Broadway depuis novembre 2006, a été largement enrichie en moments gais et colorés, mais sans résoudre pour cela tous les problèmes de l’œuvre.

Je continue à rester réservé sur les qualités de ce Mary Poppins, par ailleurs doté d’une distribution de bonne tenue et d’une très belle production, remarquable notamment pour ses visuels très réussis et parfois fort spectaculaires. Je ne peux m’empêcher de penser que ces réserves proviennent en bonne partie d’une partition qui reste inégale et qui n’est mise en valeur ni par les orchestrations du pourtant talentueux William David Brohn, ni par la prise de son peu naturelle, ni encore par la composition de l’orchestre, dans lequel violons et altos ont été éliminés au profit de synthétiseurs au son… synthétique.

Les producteurs de Broadway expliquent régulièrement que l’on peut diminuer le nombre de musiciens dans les fosses sans modification significative de la qualité du son. C’est peut-être vrai pour certains spectacles, mais c’est grossièrement faux pour une œuvre comme Mary Poppins. C’est en outre assez choquant de constater qu’une grosse production qui doit payer un personnel considérable à chaque représentation mégote sur le salaire d’un ou deux musiciens supplémentaires. Cette évolution est peut-être celle qui m’inquiète le plus pour l’avenir du théâtre musical à New York.


“Legally Blonde”

Palace Theatre, New York • 18.7.07 à 20h
Musique et lyrics : Laurence O’Keefe & Nell Benjamin. Livret : Heather Hach. D’après le roman d’Amanda Brown et le film de la MGM.

>> English-language account available here.

Mise en scène et chorégraphie : Jerry Mitchell. Avec Laura Bell Bundy (Elle Woods), Richard H. Blake (Warner Huntington III), Christian Borle (Emmet Forrest), Orfeh (Paulette), Michael Rupert (Professor Callahan)…

C’est toujours un peu triste lorsque le seul point fort d’un spectacle est son décor, mais c’est réellement le cas ici : le décor de David Rockwell passe son temps à virevolter, à glisser, à se reconfigurer en tous sens… et c’est réellement spectaculaire.

Pour le reste : zéro pointé pour la musique, des lyrics à périr d’ennui… et un livret très mal fichu, qui “saute” d’une scène à l’autre sans prendre le temps de vraiment s’arrêter sur les dénouements comiques et sans aucun sens de la transition. Je suis sûr que le film (que je n’ai pas vu) aurait pu fournir des idées plus efficaces.

Évidemment, le reste du public a adoré…


“The Fantasticks”

Jerry Orbach Theater, New York • 18.7.07 à 14h
Livret et lyrics : Tom Jones. Musique : Harvey Schmidt.

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Mise en scène : Tom Jones. Avec Stuart Marland (El Gallo), Anthony Fedorov (Matt), Whitney Bashor (Luisa), John Deyle (The Boy’s Father), Martin Vidnovic (The Girl’s Father), Tom Jones (The Old Actor [sous le nom Thomas Bruce]), Robert R. Oliver (Mortimer), Nick Spangler (The Mute).

Cette charmante petite comédie musicale, inspirée par Les Romanesques d’Edmond Rostand, a tenu l’affiche pendant 42 ans “Off-Broadway” avant que sa production originale ne ferme ses portes en 2002. Mais il n’aura fallu attendre que quelques années pour qu’une nouvelle production apparaisse. Logée dans le tout petit Jerry Orbach Theater (qui porte le nom d’un comédien qui jouait dans la production originale de 1960 et qui est devenu une star), elle recrée parfaitement le charme de la version originale.

Il faut savoir se laisser porter par le charme diffus de cette œuvre, qui repose sur pas grand’ chose : une partition toute en douceur jouée par un piano et une harpe, une petite histoire poético-métaphorico-onirique, un décor très simple se composant d’une scène de comedia dell’arte, d’une malle et de quelques rares accessoires… le contraste entre les deux jeunes premiers romantiques et les autres rôles plus comiques. Quand la mayonnaise prend, comme ici, c’est un véritable enchantement.


“Gypsy”

City Center, New York • 17.7.07 à 19h
Livret : Arthur Laurents. Musique : Jule Styne. Lyrics : Stephen Sondheim.

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Mise en scène : Arthur Laurents. Direction musicale : Patrick Vaccariello. Avec Patti LuPone (Rose), Boyd Gaines (Herbie), Laura Benanti (Louise), Leigh Ann Larkin (June), Tony Yazbeck (Tulsa), Marilyn Caskey (Electra), Alison Fraser (Tessie Tura), Nancy Opel (Miss Cratchitt/Mazeppa)…

Il y a un an, la diva Patti LuPone s’attaquait (enfin) à l’un des rôles cultes du répertoire de la comédie musicale, la redoutable Mama Rose, héroïne de Gypsy, une œuvre écrite en 1959 par Arthur Laurents, Jule Styne et Stephen Sondheim. Le résultat, vu au Festival de Ravinia, avec le Chicago Symphony Orchestra et une mise en scène au cordeau de Lonny Price, était magnifique.

Je m’attendais donc à retrouver le même enthousiasme en allant voir cette nouvelle production représentée au City Center de New York pendant quelques semaines avant, paraît-il, de s’envoler pour Londres.

Hélas ! Si le reste de la distribution s’en sort plutôt très bien, Patti LuPone semble abandonnée à elle-même par une mise en scène sans rigueur et d’une épouvantable prétention, pourtant signée par le librettiste de l’œuvre, Arthur Laurents. Du coup, tous les défauts bien connus de la diva reviennent au galop : prononciation défaillante, rythme incontrôlé, changements d’humeur permanents et relativement incohérents, etc. Elle termine même sa chanson “Rose’s Turn”, véritable crise de nerf qui constitue le clou du spectacle, par un cri qui entre directement au palmarès du mauvais goût théâtral.

Il semble donc que Patti LuPone soit, comme une autre diva bien connue des scènes de Broadway, Bernadette Peters, totalement tributaire de son metteur en scène. Que la mise en scène soit resserrée et intelligente, et la comédienne se montrera sous son meilleur jour, capable de transcender l’œuvre et de toucher son public par la subtilité de sa prestation. Que la mise en scène se montre sans esprit et sans rigueur, et les mauvais tics reviendront au galop, engloutissant la performance sous la vulgarité.


“Seussical”

Lucille Lortel Theatre, New York • 17.7.07 à 10h30
Musique : Stephen Flaherty. Lyrics : Lynn Ahrens. Livret : Lynn Ahrens et Stephen Flaherty. D’après les personnages et les histoires du “Docteur Seuss”.

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Produit par Theatreworks USA. Mise en scène et chorégraphie : Marcia Milgrom Dodge. Avec Shorey Walker (The Cat in the Hat), Michael Wartella (JoJo), Brian Michael Hoffman (Horton the Elephant), Karen Weinberg (Gertrude McFuzz), Kelly Felthous (Mayzie La Bird), Ebony Marshall-Oliver (Sour Kangaroo/Young Kangaroo)…

Seussical Cette comédie musicale s’inspire des livres pour enfants de Theodor Geisel, alias “Doctor Seuss”, qui, à ma connaissance, ne sont pas très connus en-dehors des pays anglophones, en partie parce qu’ils comportent non seulement des dessins, mais aussi des textes rimés assez sophistiqués, dont le mélange de naïveté et de poésie serait sans doute assez difficile à transposer dans d’autres langues.

Lorsque Lynn Ahrens et Stephen Flaherty, les auteurs de Ragtime, se sont attelés à une version scénique et musicale de l’univers de Seuss pour Broadway, on s’attendait à ce qu’ils créent l’événement de la saison 2000-2001. Mais ce fut un relatif flop : 200 représentations à peine, et aucune récompense. J’ai vu le spectacle en mai 2001, à deux semaines de la dernière… et j’avais passé un assez bon moment, d’autant que les nombreux enfants présents dans la salle semblaient bien accrocher.

Comme c’était prévisible, le spectacle est ensuite devenu un classique des théâtres régionaux et des troupes d’amateurs, y compris scolaires, un peu partout aux États-Unis. Il revient à New York par un curieux biais : une saison de représentations au petit Lucille Lortel Theatre (300 place) proposée par la compagnie Theatreworks USA… gratuitement, car tous les coûts sont pris en charge par des sponsors. C’est une version réduite du spectacle qui est donnée, puisqu’elle dure environ une heure et quart sans entracte. Le public est essentiellement constitué de groupes d’enfants de différentes colonies de vacances de la région de New York.

Curieusement, malgré les qualités réelles de cette production très professionnelle, il était évident que les enfants ne “rentraient” pas dans l’histoire… et moi non plus. Comme si la petite taille de la production, plutôt que de favoriser l’intimité entre les spectateurs et la scène, jouait au contraire contre le spectacle en en révélant les faiblesses. Car il est vrai que l’histoire reste trop simpliste, sans jamais prendre le temps de nous en faire aimer les protagonistes. En outre, la comédienne qui joue le rôle crucial du “Cat in the Hat” a un air beaucoup trop sérieux — elle ressemble à une institutrice un peu coincée — pour faire naître la magie qui aiderait le spectacle à décoller. Un coup pour rien.


“Avenue Q”

John Golden Theatre, New York • 16.7.07 à 20h
Musique et lyrics : Robert Lopez et Jeff Marx. Livret : Jeff Whitty, d’après un concept original de Robert Lopez et Jeff Marx.

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Mise en scène : Jason Moore. Avec Howie Michael Smith (Princeton, Rod), Aymee Garcia (Kate Monster, Lucy the Slut, …), David Benoit (Nicky, Trekkie Monster, Bear, …), Jennifer Barnhart (Mrs. T., Bear, …), Evan Harrington (Brian), Ann Sanders (Christmas Eve), Haneefah Wood (Gary Coleman), Jonathan Root, Matt Schreiber.

Avenueq J’ai déjà dit (ici) tout le bien que je pensais de cette comédie musicale qui, sans être parfaite, réussit à renouveler le genre tant sur la forme (par l’utilisation inattendue et virtuose de marionnettes) et sur le fond (en abordant des thèmes totalement nouveaux comme, par exemple, la “Schadenfreude” — le plaisir que nous procure malgré nous le malheur des autres).

Voilà quatre ans qu’Avenue Q, récipiendaire du Tony Award de la meilleure comédie musicale en 2004, tient l’affiche à Broadway. J’avais très envie de revoir le spectacle après avoir vu la version londonienne il y a quelque temps. Je n’ai pas été déçu. Si la distribution a été totalement renouvelée (à une exception près), la pièce garde sa fraîcheur et son attrait. En attendant une version française ?

Après le spectacle, je passe devant The Town Hall (qui est une salle de spectacle, contrairement à ce que son nom pourrait laisser entendre) et je vois… Marc Kudisch, vedette de The Witches of Eastwick, qui sortait d’un concert consacré aux chansons des opérettes de Romberg, Friml, Herbert et d’autres… et auquel j’avais d’ailleurs envisagé d’assister avant de lui préférer Avenue Q.


Top of the Rock

New York • 16.7.07 à 16h

Topoftherock Le “GE Building” — autrefois appelé “RCA Victor Building” —, dont l’adresse officielle est 30 Rockefeller Plaza, est l’un des gratte-ciel les plus célèbres de New York. C’est le point focal du Rockefeller Center (celui que l’on voit si on lève les yeux en regardant la statue dorée de Prométhée)… et gageons que la frise qui surmonte son entrée doit se retrouver parmi les photos de tous les touristes qui visitent la Grosse Pomme.

Le GE Building est doté d’un observatoire panoramique qui a rouvert au public fin 2005 après avoir été fermé près de vingt ans. Du sommet de ce qui s’appelle maintenant le “Top of the Rock” (“Rock” comme “Rockefeller”, bien sûr), on retrouve les vues à couper les souffle qui font la magie de New York. Le bâtiment est légèrement plus bas que l’Empire State Building, mais il est mieux placé pour regarder vers le nord et Central Park.

Ce qui distingue aussi le “Top of the Rock” de l’observatoire de l’Empire State Building, c’est qu’il s’étend sur trois étages, tous dotés de terrasses en plein air, et que la vue est bien moins encombrée par les parois de sécurité, d’immenses surfaces vitrées dotées d’interstices bien pratiques pour glisser l’objectif des appareils photos. En outre, le dernier étage — qui est carrément le toit du bâtiment — offre une vue totalement dégagée : pas de parois de sécurité en effet ; les candidats au suicide se retrouveraient un étage plus bas sur la terrasse du niveau inférieur.

L’impression de dominer la ville est bien plus forte que du haut de l’Empire State Building, où l’on est toujours plus ou moins derrière un grillage. Je ne sais pas si les guides touristiques continuent à indiquer l’observatoire de l’Empire State comme une étape obligatoire, mais celui du GE Building constitue une alternative plus que valable…


Museum of Modern Art

New York • 16.7.07 à 14h

Moma Je ne me lasserai jamais du somptueux bâtiment du Japonais Yoshio Tanigucci dans lequel est désormais logé le MoMA. La pureté des lignes et la simplicité géométrique des espaces créent à la fois un sentiment d’harmonie paisible et un écrin discret pour les œuvres exposées.

Le MoMA propose actuellement une exposition rétrospective consacrée au sculpteur Richard Serra, dont les œuvres, que l’on voit un peu partout, sont déjà des classiques de l’art contemporain. Je me souviens en particulier d’une exposition au Musée Bilbao de Guggenheim, où étaient présentées plusieurs de ses “Torqued Ellipses”, dont l’une se trouve dans le jardin du MoMA pour cette exposition. (Les œuvres sont réparties entre deux étages du musée et le jardin.)

Les sculptures de Richard Serra ont un côté rassurant malgré leur monumentalité. C’est peut-être dû à leurs courbes, ou à ce côté parfaitement lisse… ou encore à l’air de famille qu’elles entretiennent entre elles. En les côtoyant… ou en y pénétrant, puisque plusieurs d’entre elles s’ouvrent à la promenade… on se sent presque apaisé, serein.

Le musée propose aussi une micro-exposition consacrée à la police de caractères Helvetica, qui fête cette année son cinquantième anniversaire. Cette célébration sera l’occasion de beaucoup de réjouissances dans le petit monde du design graphique. (Je n’ai pas encore réussi à voir le documentaire événement qui a été réalisé par Gary Hustwit pour l’occasion et donc quelques images sont projetées dans l’exposition.)

Difficile de se promener à la boutique du MoMA sans avoir envie d’acheter la moitié des articles exposés…


“The Witches of Eastwick”

Signature Theatre, Arlington (Virginie) • 15.7.07 à 14h
Livret et lyrics : John Dempsey, d’après le roman de John Updike et le film Warner Bros. Musique : Dana P. Rowe.

>> English-language account available here.

Mise en scène : Eric Schaeffer. Direction musicale : John Kalbfleisch. Avec Marc Kudisch (Darryl Van Horne), Emily Skinner (Alexandra Spofford), Christiane Noll (Jane Smart), Jacquelyn Piro Donovan (Sukie Rougemont), Karlah Hamilton (Felicia Gabriel), Harry A. Winter (Clyde Gabriel), James Gardiner (Michael Spofford), Erin Driscoll (Jennifer Gabriel)…

Witches Cette comédie musicale anglaise a été créée à Londres en 2000 mais n’a pas rencontré à l’époque le succès escompté. Et pourtant, cette comédie est un petit régal, dans la droite ligne du film de 1987 avec Jack Nicholson, Cher, Michelle Pfeiffer et Susan Sarandon. Il est d’autant plus curieux qu’il ait fallu aussi longtemps pour que le spectacle soit donné aux États-Unis. C’est le Signature Theatre d’Arlington, dans la banlieue de Washington, qui a la très bonne idée de s’y coller, sept ans plus tard.

Et le résultat est plus que convaincant, malgré toutes les petites imperfections de l’œuvre. Eric Schaeffer démontre avec une certain maestria que l’on peut faire de grandes choses dans un tout petit théâtre… à condition de disposer, comme c’est le cas, d’une distribution en or. Marc Kudisch, en particulier, incarne à la perfection le personnage démoniaque de Darryl Van Horne. Je ne suis pas un inconditionnel de Kudisch, mais il est tout simplement génial dans cette production. Il est d’ailleurs excellemment entouré par ses trois comparses féminines, qui sont toutes des “calibres” de la scène musicale.

On se demande s’il va falloir attendre à nouveau sept ans pour que ce spectacle connaisse sa prochaine aventure. Il mériterait pourtant que les choses s’accélèrent un peu…


“Die Walküre”

Metropolitan Opera House, New York • 14.7.07 à 18h
Richard Wagner (1870).

Orchestre et Chœurs du Théâtre Mariinsky, Valery Gergiev. Production conçue par Valery Gergiev et George Tsypin. Avec Oleg Balashov (Siegmund), Gennady Bezzubenkov (Hunding), Alexei Tanovitsky (Wotan), Mlada Khudoley (Sieglinde), Olga Sergeeva (Brünnhilde), Larissa Diadkova (Fricka), Zhanna Dombrovskaya, Irina Vasilieva, Natalia Evstafieva, Lyudmila Kanunnikova, Tatiana Kravtsova, Lyubov Sokolova, Elena Sommer, Elena Vitman (les Valkyries).

Walkre Petite amélioration de la qualité vocale d’ensemble dans ce deuxième volet, même s’il reste des points faibles, à commencer par les trois protagonistes du premier acte (Siegmund, Sieglinde, Hunding), irréguliers et poussifs. Ça s’arrange au deuxième acte, avec la superbe Fricka de Larissa Diadkova et un Wotan très efficace sur le plan dramatique à défaut d’être toujours irréprochable sur le plan vocal.

La qualité première de cette production du Mariinsky devient évidente au deuxième acte : un travail de fond sur le texte doublé d’une lecture en profondeur mais sans chichi de la partition. Jamais je n’avais vu/entendu le dilemme de Wotan aussi bien exprimé.

Reste la Brünnhilde d’Olga Sergeeva. Son seul péché, mais il est de taille, est d’être absolument incapable d’accrocher les deux notes aiguës du cri de guerre des Valkyries, qu’elle remplace par une espèce de jappement assez repoussant. Le reste est de très belle facture. Qu’en penser au global ? Difficile de décider.

Le décor fait de plus en plus penser à un épisode de la série originale Star Trek. On ne peut pas dire que ce soit à côté de la plaque, mais ça surprend. Le lever de rideau du troisième acte a provoqué des gloussements dans la salle tellement le visuel est curieux. Nul doute que nous allons nous y habituer progressivement.


“110 in the Shade”

Studio 54, New York • 14.7.07 à 14h
Livret : N. Richard Nash, d’après sa pièce, The Rainmaker (Le Faiseur de pluie). Musique : Harvey Schmidt. Lyrics : Tom Jones.

>> English-language account available here.

Mise en scène : Lonny Price. Direction musicale : Paul Gemignani. Avec Audra McDonald (Lizzie Curry), Steve Kazee (Starbuck), Christopher Innvar (File), John Cullum (H. C. Curry), Chris Butler (Noah Curry), Bobby Steggert (Jimmy Curry), Carla Duren (Snookie)…

110 Cette comédie musicale fut l’une des seules aventures à Broadway du duo Harvey Schmidt et Tom Jones, surtout connus du grand public pour avoir écrit la comédie musicale The Fantasticks (dont est tirée la chanson “Try to Remember”), représentée 42 ans sans interruption de 1960 à 2002 “Off-Broadway”, c’est-à-dire dans un théâtre de moins de 500 places.

110 in the Shade est l’adaptation de la pièce The Rainmaker, créée en 1954, devenue aussi en 1956 un film avec Burt Lancaster et Katharine Hepburn. La comédie musicale, quant à elle, date de 1963. C’est l’auteur de la pièce, N. Richard Nash, qui a écrit le livret de la version musicale, qui est donc assez proche de sa source. En deux mots, il s’agit de Lizzie, une jeune-fille célibataire soi-disant pas très belle qui tient la maison de son père et de ses frères en espérant secrètement que le shérif du coin ait le courage de faire le premier pas. Arrive Starbuck, un poète à la tête bourrée de rêves, qui promet de faire venir la pluie pour soulager la sécheresse en cours moyennant cent dollars…

La Roundabout Theatre Company nous propose une nouvelle production de 110 in the Shade pour un nombre limité de représentations à Broadway. Il y a de nombreuses raisons de se montrer enthousiasmé par cette aventure : l’œuvre elle-même est ravissante ; la mise en scène de Lonny Price est bourrée d’intelligence et d’esprit… et le rôle principal de Lizzie est tenu par l’étonnante, l’incomparable, la merveilleuse Audra McDonald, qui joue aussi bien qu’elle chante… à moins que ça ne soit le contraire. Un concentré de bonheur.


“Das Rheingold”

Metropolitan Opera House, New York • 13.7.07 à 20h
Richard Wagner (1869).

Orchestre et Chœurs du Théâtre Mariinsky, Valery Gergiev. Production conçue par Valery Gergiev et George Tsypin. Avec Alexei Tanovitsky (Wotan), Eduard Tsanga (Donner), Yevgeny Akimov (Froh), Vasily Gorshkov (Loge), Larissa Diadkova (Fricka), Tatiana Borodina (Freia), Zlata Bulycheva (Erda), Nikolai Putilin (Alberich), Andrey Popov (Mime), Evgeny Nikitin (Fasolt), Mikhail Petrenko (Fafner), Zhanna Dombrovskaya (Woglinde), Lia Shevtsova (Wellgunde), Nadezhda Serdyuk (Flosshilde).

Rheingold Cette production du Ring, que Gergiev fait tourner depuis 2003, arrive enfin à New York dans le cadre du Lincoln Center Festival. Si elle est incontestablement plus belle à regarder que les photos que j’avais vues ne le laissaient présumer, les visuels, qui évoquent un monde poético-mythologique, ne sont pas évidents à décrypter.

Musicalement, c’est surtout le jeu de l’orchestre qui se distingue. Gergiev fait ressortir des traits que l’on n’entend que rarement et il accentue parfois beaucoup les contrastes. Lors de l’arrivée des géants, la grosse caisse frappe tellement fort qu’elle doit de temps en temps y laisser sa peau…

Du côté des chanteurs, on reste très circonspect. À part les deux géants remarquables d’Evgeny Nikitin (il était déjà Fasolt à Aix l’an dernier) et de Mikhail Petrenko (il était le Hunding impeccable d’Aix cette année) et des prestations correctes de quelques autres, dont Wotan, le niveau général n’est pas très enthousiasmant. J’ai été particulièrement consterné par l’Alberich de Nikolai Putilin, qui a pourtant salué en dernier sous les acclamations du public new-yorkais : incapable de tenir ses notes, au demeurant souvent fausses, il se mettait purement et simplement à aboyer par moments.


“Curtains”

Al Hirschfeld Theatre, New York • 12.7.07 à 20h
Livret : Rupert Holmes. Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb. Concept et livret original : Peter Stone. Lyrics supplémentaires : John Kander et Rupert Holmes.

>> English-language account available here.

Mise en scène : Scott Ellis. Chorégraphie : Rob Ashford. Direction musicale : David Loud. Avec David Hyde Pierce (Lieutenant Frank Cioffi), Debra Monk (Carmen Bernstein), Karen Ziemba (Georgia Hendricks), Jason Danieley (Aaron Fox), Edward Hibbert (Christopher Belling), Jill Paice (Niki Harris), Megan Sikora (Bambi Bernét), Ernie Sabella (Sidney Bernstein)…

Cette comédie musicale était encore inachevée lorsque le librettiste, Peter Stone, puis le lyriciste, Fred Ebb, sont décédés. Rupert Holmes (l’auteur de l’irrésistible Mystery of Edwin Drood) fut chargé de terminer le travail avec le compositeur John Kander afin de présenter l’œuvre au public. Ce qui fut fait il y a un an à Los Angeles. Le compte-rendu que j’en faisais à l’époque était mitigé. Le duo Kander & Ebb a en effet produit tellement de chefs d’œuvre que l’on met naturellement la barre très haut.

Je ne pensais pas que les producteurs de ce spectacle décideraient de l’amener à New York compte tenu de l’accueil critique mitigé à Los Angeles. Ils l’ont pourtant fait… et je dois reconnaître avoir passé un excellent moment. Le spectacle n’a pourtant que peu changé. Mais il semble y avoir un peu plus d’énergie, d’autant que le théâtre, plus petit que celui de Los Angeles, permet une meilleure proximité avec la scène.

Cette histoire d’un policier chargé d’enquêter sur le meurtre de la star féminine d’un spectacle musical en préparation, et qui va profiter de l’enquête pour apporter de sérieuses améliorations au spectacle, est avant tout une comédie mâtinée d’un hommage appuyé au monde du théâtre. La partition, sans être inoubliable, contient de jolis passages, notamment la chanson “Show People”, consacrée à l’envie que suscitent chez les autres ceux qui consacrent leur vie au théâtre… ou bien encore le grand numéro “A Tough Act to Follow”, qui culmine en une émouvante évocation des films musicaux hollywoodiens (ma voisine a essuyé une larme exactement au même moment que moi).

Je me suis surpris à penser plusieurs fois durant la représentation que le niveau d’excellence des comédiens de Broadway est sans égal dans les autres pays. David Hyde Pierce, qui a d’ailleurs reçu le “Tony Award” du meilleur comédien de comédie musicale il y a quelques semaines, mène le jeu avec un sens impressionnant du “timing”. La mise en scène semble d’ailleurs un peu plus serrée et plus efficace que lorsque j’avais vu le spectacle à Los Angeles.

Les spectateurs de l’Al Hirschfeld Theatre ressortent enchantés. La “vraie” comédie musicale a encore de beaux jours devant elle… et c’est tant mieux.


“Harry Potter and the Order of the Phoenix”

Regal E-Walk Stadium 13, New York • 12.7.07 à 14h10

David Yates (2007). Scénario : Michael Goldenberg, d’après le roman de J. K. Rowling. Avec Daniel Radcliffe (Harry Potter), Ralph Fiennes (Voldemort), Gary Oldman (Sirius Black), Michael Gambon (Dumbledore), Imelda Staunton (Dolores Umbridge), Alan Rickman (Snape), Helena Bonham Carter (Bellatrix Lestrange), Maggie Smith (McGonagall), Emma Thompson (Sybil Trelawney)…

On retrouve avec plaisir la crème de ce que l’Angleterre fait de mieux en matière de talent dramatique dans ce cinquième épisode de la saga des Harry Potter. Le scénario commence à se répéter beaucoup par rapport aux films précédents, même si on n’est pas fâché d’éviter la série d’animaux plus ou moins monstrueux qui semblait être devenue obligatoire dans les épisodes précédents. L’expérience reste agréable grâce à la réalisation impeccable, avec peut-être quand même une réserve pour la photographie un peu trop stylisée, qui pare les images d’un grain sombre assez peu avenant (inutile de nous rappeler de manière aussi peu subtile que nous sommes dans un univers de conte de fée).

Je me suis régalé du rôle de premier plan donné à Imelda Staunton, vue pour la dernière fois sur scène lors de ce concert. C’est une comédienne exceptionnelle, qui prend visiblement un plaisir immense à donner corps au délicieux personnage de Dolores Umbridge.