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Posts from May 2007

Concert

Salle Pleyel, Paris • 30.5.07 à 20h
Orchestre de Paris, Paavo Järvi.

Sibelius : concerto pour violon (Lisa Batiashvili, violon)
Chostakovitch : symphonie n°7

Le concerto de Sibelius donnait des signes avant-coureurs très positifs tant était délicieuse la couleur de l’orchestre. Lisa Bathiashvili tire de son violon un son plein et charnu, magnifique dans l’aigu, bouleversant dans le grave… mais elle adopte un parti pris stylistique qui ne me convainc pas : ce n’est pas la brume qui se dissipe lentement au-dessus des pinèdes finlandaises que son jeu évoque, mais plutôt une fête tzigane autour d’un feu de joie. Sa manie de transformer les notes pointées en doubles voire triples points est agaçante.

Je n’hésite pas à parler de génie pour décrire le festin musical auquel nous a ensuite invité Paavo Järvi. Sa lecture de la septième de Chostakovitch, dont j’ai accumulé une petite vingtaine d’enregistrements, mérite tous les qualificatifs que j’avais utilisés il y a trois mois au sujet de cette autre œuvre de Chostakovitch, et bien d’autres encore. Enfoncé, Mariss Jansons. À plusieurs pieds sous terre.

Järvi nous présente une vision d’une clarté, d’une intensité, d’une cohérence époustouflantes. Le propos est tellement abouti qu’il relève presque de la révélation mystique. Le chef estonien n’hésite pas à étirer beaucoup les tempi mais, ce qui produit chez Eschenbach un résultat proche de l’affectation ou de la prétention construit au contraire avec Järvi une tension dramatique parfaitement gérée, jamais relâchée, qui traverse le discours de part en part comme un fil rouge.

Et l’orchestre ! En état de grâce, il répond avec une plasticité étonnante à toutes les inflexions du maestro. Les bois sont tous plus fascinants les uns que les autres. Les cuivres répondent au quart de tour, dans un ensemble immaculé.

On se laisse porter, haletant et fasciné. On pleure, on frissonne. On vérifie du regard auprès de son voisin que l’on n’est pas seul à avoir l’impression de vivre un moment exceptionnel. On se laisse porter jusqu’aux mesures finales dans une transe de bonheur. Et on se dit que la vie est belle.


Concert

Salle Pleyel, Paris • 11.5.07 à 20h

Maurice Ravel :
– Sonate n°2 pour violon et piano
– Berceuse (violon et piano)
Tzigane (violon et piano)
– Sonate n°1 pour violon et piano
– Trio pour violon, violoncelle et piano

Renaud Capuçon, violon
Gautier Capuçon, violoncelle
Frank Braley, piano

Joli programme, dont l’interprétation ne m’a pas enthousiasmé. La technique est là mais, malgré les mimiques à la limite du supportable de Frank Braley et de Gautier Capuçon, on a du mal à se laisser emporter par la musique pourtant si envoûtante de Ravel.

Le magnifique Trio fut le clou du concert, mais on aurait aimé vibrer un peu plus…


“La Mala Educación”

DVD • 8.5.07 à 21h30

La Mauvaise Éducation. Pedro Almodóvar (2004). Avec Gael García Bernal (Ángel/Juan/Zahara), Fele Martínez (Enrique Goded), Daniel Giménez Cacho (Padre Manolo)…

Educacin J’ai vu la quasi-totalité des seize films réalisés par Almodóvar depuis 1980 (date de Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón)… mais je n’avais pas eu le temps d’aller voir La Mala Educación, l’avant-dernier film du réalisateur espagnol à ce jour. Lacune maintenant réparée.

Les ambiances d’Almodóvar sont toujours fascinantes. Tout repose sur le jeu des quelques personnages centraux, qui bénéficient généralement d’un excellent travail d’écriture. Dans ce film, on note aussi avec bonheur les multiples clins d’œil à l’atmosphère du film noir et/ou du thriller, soutenus par la remarquable partition d’Alberto Iglesias, qui fournit encore une fois un écrin sonore idéalement adapté au film. La scène la plus frappante du film sur le plan visuel est accompagnée par le “Kyrie” de la Petite Messe Solennelle de Rossini : un régal !

Presque pas de personnages de femmes, qu’Almodóvar peint pourtant toujours si bien, dans ce film… mais on se délecte malgré tout des personnages à facettes multiples et des effets de perspective créés par l’imbrication assez maligne de trois époques différentes, ainsi que par la superposition de la réalité et de la fiction. Construction très originale ; réalisation comme d’habitude assez magistrale.


“L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato”

Palais Garnier, Paris • 7.5.07 à 19h30
“Création chorégraphique” de Robyn Orlin sur l’ode pastorale de Haendel. Orchestre et Chœur des Arts Florissants, William Christie. Avec Kate Royal (soprano), Toby Spence (ténor), Roderick Williams (basse), Eric Price (soliste du Tölzer Knabenchor). Et Nicolas Le Riche, Yann Bridard, Alice Renavand, …

J’étais prévenu, donc je savais que je m’aventurais en terre risquée. La chorégraphie est en effet un grand méli-mélo de n’importe quoi qui donne en permanence dans l’humour potache mal contrôlé ; il y a bien quelques belles images vers la fin, mais il y a longtemps que l’on ne fait plus vraiment attention à ce qui se passe sur la scène… Les rares fois où j’ai réussi à comprendre le lien entre les visuels et l’œuvre, je n’en ai été que plus consterné par l’indigence de la lecture de la chorégraphe.

Mais — car il y a un mais — cette représentation a été pour moi une révélation sur le plan musical. La partition de Haendel m’a absolument scotché de bonheur. La musique se fait tour à tour bondissante, mélancolique, colorée… Le Messie n’est pas loin ; l’un des thèmes fait assez furieusement penser à l’“Hallelujah”. C’est d’ailleurs aussi le moment où la chorégraphie est regardable.

Magnifique interprétation par les Arts Florissants, sous la direction d’un William Christie touché par la grâce. Le chœur, assis aux premiers rangs, se lève et se retourne vers la salle pour chanter — je n’ai pas réussi à voir s’il y avait un retour vidéo de Christie quelque part. Chacune de ses interventions m’a donné la chair de poule tellement les ensembles étaient expressifs. Très jolies choses également du côté des solistes — les deux hommes, en particulier, sont remarquables… et le garçon est épatant : il se lance dans les difficultés techniques avec une bravitude un courage dont il est toujours récompensé.

Bref, ça valait largement le coup malgré tout. Si seulement mon voisin de droite avait pu s’empêcher de crier au scandale (à voix basse à sa femme) toutes les trente secondes, mon bonheur aurait été parfait.


“Merrily We Roll Along”

Derby Playhouse, Derby (UK) • 5.5.07 à 19h30
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : George Furth. D’après la pièce originale de George Kaufman et Moss Hart.

>> English-language account available here.

Mise en scène : Karen Louise Hebden. Direction musicale : Andrew Synnott. Avec Glyn Kerslake (Frank Shepard), Glenn Carter (Charley Kringas), Eliza Lumley (Mary Flynn), Julie-Alanah Brighten (Gussie Carnegie), Cheryl McAvoy (Beth Spencer), Michael Beckley (Joe Josephson)

Merrily Trois amis se lancent dans la vie les yeux pleins d’étoiles et le cœur plein de projets. Mais voilà, les rêves ne se réalisent pas toujours : les choix deviennent compromis, voire compromissions. À la fin, l’amitié n’a pas résisté ; elle a cédé la place au malaise et à l’amertume.

Jusque-là, rien que de très habituel. Mais ce qui fait la particularité de Merrily, c’est que l’histoire est racontée… à l’envers. En d’autres termes, la pièce se termine au moment où les trois amis viennent de se rencontrer et rêvent ensemble à leur brillant avenir commun. Les spectateurs savent que tout ça va mal tourner, puisqu’ils viennent de voir la suite ; les personnages, eux, n’en ont aucune idée. Cela rend leur enthousiasme bouleversant.

Chaque production de Merrily We Roll Along que je vois me touche un peu plus que la précédente. Avec l’âge, bien sûr, on prend conscience de ce que vivent les protagonistes de la pièce, et de ce que les rêves d’enfance sont souvent faits pour rester cela, des rêves. Du coup, le dénouement n’en est que plus touchant.

La force de cette production du Derby Playhouse (qui nous avait déjà proposé de très bonnes productions de Company et de Into the Woods) est son travail en profondeur sur la psychologie des personnages. Tant pis pour l’orchestration réduite à six instruments, qui appauvrit un peu la partition de Sondheim. L’effet dramatique, lui, est superbe.


“À la Recherche de Josephine”

Opéra-Comique, Paris • 4.5.07 à 20h01 (sic)

Spectacle musical de Jérôme Savary. Avec Nicolle Rochelle (Josephine).

Je savais que je prenais un risque. La première partie de ce spectacle de Savary est à périr d’ennui. Même si on y présente de la bonne musique, jouée et chantée par un ensemble talentueux (reconnaissons au moins ce mérite à Savary), on y sombre sous la lourdeur d’un texte pédant et prétentieux, la faiblesse de la construction, le n’importe quoi de la mise en scène… et les pitreries de Michel Dussarrat, que j’aime bien mais qui ne s’est pas renouvelé depuis trente ans.

Et si j’entends encore une fois la “vamp” (série d’accords généralement joués en introduction d’un morceau) qui sert de “underscore” (musique de fond) à la quasi-totalité des dialogues du premier acte, je suis bon pour l’asile psychiatrique.

Après l’entracte, on nous propose — trop brièvement, à mon goût — une recréation de quelques tableaux de la Revue nègre, qui fit de Josephine Baker la chérie du Tout-Paris. L’intérêt historique et musical est évident, mais on aurait aimé quelque chose de plus abouti. C’est le moins qu’on puisse dire.

Lorsqu’on voit Savary arriver avec sa trompette pendant les saluts, on comprend qu’on n’est pas près de se coucher. Et c’est reparti pour un quart d’heure d’autocongratulation et de culte à l’ego hors de contrôle du maître des lieux. On apprend avec une certaine surprise (le mot est faible) que le spectacle va à Broadway. Alors là, je dois dire que j’en reste sans voix. Et j’attends avec une certaine impatience de lire la critique du New York Times.

Au passage, Savary commet une inexactitude en prétendant qu’aucun spectacle français n’a été donné à Broadway depuis Irma la Douce. C’est faux : il y a eu La Grosse Valise de Robert Dhéry. (Les Misérables ne compte pas vraiment car la version qui a été jouée à New York avait été créée à Londres.)


Concert

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 3.5.07 à 20h
Orchestre National de France, Kurt Masur.

Mahler : symphonie n°9

Masur Difficile de décrire l’état dans lequel je me trouvais à l’issue de ce concert. Le début avait pourtant un petit côté mécanique, métronomique. Et puis, petit à petit, une sorte de tristesse profonde et douloureuse s’est installée. Le quatrième mouvement, bouleversant de part en part, a été carrément déchirant dans les derniers instants. Difficile, en effet, de ne pas mettre en parallèle l’image d’un Kurt Masur diminué par la maladie et ces dernières mesures jouées lentissimo, qui évoquent une sorte de chant du cygne de la part de Mahler : les cordes, en permanence à la limite de la rupture de tension, n’en finissent pas d’égréner leurs notes douloureuses ; leur plainte va mourir dans le silence qui, imperceptiblement, finit par s’installer.

Avec un final aussi poignant, les applaudissements n’arrivent presque pas à démarrer. Mon compagnon de concert et moi-même éprouvons du mal à nous joindre à l’ovation qui salue et l’orchestre et son chef. Masur mettra longtemps à se retourner vers le public, laissant le début des applaudissements pour les musiciens, à qui il adresse des signes d’amour et de remerciement. Comme Rostropovitch il y a quelques mois, il prend la partition de la symphonie et la montre comme pour indiquer que c’est à elle que reviennent les acclamations.


“Spider-Man 3”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 1.5.07 à 21h
Sam Raimi (2007). Avec Tobey Maguire (Peter Parker/Spider-Man), Kirsten Dunst (Mary Jane Watson), James Franco (Harry Osborn/New Goblin), Thomas Haden Church (Flint Marko/Sandman), Topher Grace (Eddie Brock/Venom), Rosemary Harry (May Parker)…

Ma carte UGC Illimité n’avait pas vu la lumière du jour depuis un bon moment et je me suis dit qu’il était temps de lui éviter la dépression nerveuse.

J’avoue une faiblesse marquée pour la série des Spider-Man, d’autant que je suis fan de Tobey Maguire depuis The Cider House Rules (adaptation du roman éponyme de John Irving) et le magnifique Wonder Boys. Dans l’ensemble, ce troisième épisode est assez réussi : pas facile de faire un film en adaptant une bande dessinée sans trop casser les codes inhérents au genre. L’équilibre à trouver entre une forme de réalisme incontournable lorsqu’on filme des comédiens bien réels et le monde sans règle d’une bande dessinée a dû donner pas mal de fil à retordre aux scénaristes, qui s’en sortent honorablement… sauf peut-être eu égard à la banalité assez crasse de certains dialogues. Comme dans le deuxième épisode, de bonnes doses d’humour viennent apporter une agréable respiration entre les scènes d’action truffées d’effets spéciaux.

Inutile de préciser que j’ai été particulièrement sensible aux nombreuses vues de New York qui, plus que dans les deux premiers épisodes, est un personnage du film à part entière. On voit Times Square plusieurs fois, ainsi que de nombreuses façades de théâtres. J’ai cru défaillir de bonheur lorsque Mary Jane se produit dans une comédie musicale imaginaire intitulée Manhattan Memories dans laquelle elle chante la chanson “They Say it’s Wonderful” tirée de Annie Get Your Gun de Irving Berlin en descendant un somptueux escalier devant un décor qui scintille de mille lumières.