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Posts from January 2007

Concert

Salle Pleyel, Paris • 31.1.07 à 20h
Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach

Mahler : symphonie n°6, “Tragique”

Difficile, une fois encore, de rester mesuré dans mes propos tant cette sixième symphonie de Mahler a été lumineuse. Bien plus qu’une expérience “Tragique”, c’est à un parcours héroïco-initiatique auquel l’Orchestre de Paris et son chef titulaire nous ont conviés.

J’ai cherché vainement des signes de la prétendue froideur analytique d’Eschenbach. C’est vrai qu’il a l’air lugubre… mais il a su dégager dans cette étonnante partition de très convaincantes lignes de force, pleines d’énergie mélodique et harmonique. Le monumental quatrième mouvement a été le plus somptueux : malgré la longueur et les fausses résolutions permanentes, Eschenbach maintient le cap, le mouvement, la tension jusqu’à la résolution finale — sans grandiloquence, sans effets faciles. Il faut une maîtrise époustouflante pour maintenir l’allant sans aucun signe de faiblesse ou de perte de rythme.

Si la neuvième de Mahler est parfois décrite comme un adieu au Monde, la sixième donne au contraire l’impression d’être le début de quelque chose, comme une naissance ou une métamorphose. C’est peut-être l’acte de naissance de la musique du 20ème siècle.

Un crétin s’est encore senti obligé de crier “Bravo !” moins d’une seconde après la dernière note. J’aurais pu l’étrangler.


“Journal d’un disparu” / “Le Château de Barbe-Bleue”

Palais Garnier, Paris • 28.1.07 à 14h30
Orchestre de l’Opéra national de Paris, Gustav Kuhn. Conception : La Fura dels Baus et Jaume Plensa. Mise en scène : Alex Ollé et Carlos Padrissa de La Fura dels Baus.

Journal d’un disparu de Leoš Janáček (1921). Orchestration de Gustav Kuhn. Avec Michael König (l’homme), Hannah Esther Minutillo (la femme)…

Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók (1918). Livret de Béla Balázs. Avec Willard White (Barbe-Bleue), Béatrice Uria-Monzon (Judith), Maurice Bénichou (voix enregistrée du prologue).

Ça y est, je suis à court de superlatifs. Non seulement les deux œuvres présentées sont superbes (le Janáček bénéficiant grandement de la riche et généreuse orchestration de Gustav Kuhn), mais la conception scénique des artistes de La Fura dels Baus est à couper le souffle. Dans Barbe-Bleue, les effets visuels se multiplient mêlant projections, écrans multiples, effets de lumière, sosies… sans compter bien sûr l’effet final, qu’il vaut mieux ne pas révéler.

Dans les deux pièces, l’interprétation est d’une remarquable intensité dramatique, que ce soit sur la scène ou dans la fosse. Magnifique !


“Si tu mourais”

Comédie des Champs-Élysées, Paris • 27.1.06 à 21h
Une pièce de Florian Zeller.
Mise en scène : Michel Fagadau. Avec Catherine Frot, Robin Renucci, Bruno Putzulu, Chloé Lambert.

Je crois que je paierais pour entendre Catherine Frot lire l’annuaire du téléphone. C’est une comédienne exemplaire, que j’ai observée avec fascination pendant toute la représentation.

Il faut dire qu’elle sert un très joli texte écrit par le jeune et talentueux auteur français Florian Zeller qui, de toute évidence, a lu David Mamet, Edward Albee… et même Tennessee Williams. Il a un réel sens de la construction, de la tension, de l’intrigue psychologique.

Une femme dont le mari vient de mourir découvre des écrits qui la conduisent à penser qu’il la trompait. Fantasme ? Réalité ? Elle cherche à savoir, tout en revivant sous une lumière nouvelle les dernières conversations qu’elle a eues avec son mari. Se libère-t-elle de ses démons… ou bien sombre-t-elle au contraire complètement ? À la fin, Zeller laisse son héroïne comme en équilibre instable, prête à basculer d’un côté ou de l’autre.

Pas étonnant que cette pièce se retrouve à l’affiche de la Comédie des Champs-Élysées, où Michel Fagadau nous permet régulièrement de découvrir le magnifique répertoire dramatique anglo-saxon. Mise en scène sobre et efficace comme il en a l’habitude. Catherine Frot est très bien entourée avec Robin Renucci et Chloé Lambert. J’ai un peu plus de mal à m’habituer aux intonations de Bruno Putzulu, qui sonnent comme des sforzandos (tout le souffle au début de la phrase, plus rien à la fin) et qui donnent une musicalité vraiment peu naturelle à ses répliques.

Belle expérience théâtrale, donc : cent minutes de tension savamment entretenue ; belle écriture pleine de promesses ; superbe interprétation.


Concert

Théâtre du Châtelet, Paris • 27.1.06 à 16h
Orchestre Pasdeloup et Orchestre National de Jazz, Didier Benetti.
Corinne Talibart, soprano. Kristian Paul, baryton. Franck Cassard, ténor.

“Music-Hall sur Seine” : extraits de Toi c’est moi (Moïses Simons), Un Bon Garçon (Maurice Yvain), Trois Jeunes Filles… nues ! (Raoul Moretti), Eugène le Mystérieux (Jean-Michel Damase), Au Soleil du Mexique (Maurice Yvain), Mimi Broadway (Francis Ellis), New Moon & Roses de France (Sigmund Romberg), La Margotton du Bataillon (Casimir Oberfeld), Mariette (Oscar Straus), Chasseur d’images (Georges Van Parys), La Maréchale sans gêne (Pierre Petit).

Délicieuse idée que ce concert conçu et présenté par Christophe Mirambeau, donnant à entendre des pages oubliées de l’âge d’or du théâtre musical français, avec quelques excursions dans un répertoire plus récent (Eugène le Mystérieux)… le tout dans le théâtre qui abrité une partie de ces spectacles. Certaines parties d’orchestre ne sont pour ainsi dire jamais sorties de chez l’éditeur depuis la création des œuvres !

L’Orchestre Pasdeloup, en grande forme, traite ce répertoire de divertissement avec respect et en fait joliment ressortir les rythmes et les couleurs. Malheureusement, à l’exception du toujours fiable Franck Cassard, les solistes ont beaucoup de mal à projeter et à se faire comprendre, quand ils ne se prennent pas les pieds dans les syncopes.

Le choix d’associer l’Orchestre National de Jazz est relativement incompréhensible. L’ONJ, de toute évidence, n’est pas du tout dans son élément dans ce répertoire qu’il ne connaît pas. La Conga de Toi c’est moi, qui fait l’objet de leur première intervention / improvisation / recréation, est totalement méconnaissable. Les interventions suivantes sont à l’avenant. Ce mélange des genres n’est absolument pas convaincant.


“Le Jongleur de Notre-Dame”

Opéra de Metz • 26.1.07 à 20h30
Jules Massenet (1902). Livret de Maurice Léna.

Orchestre national de Lorraine, Jacques Mercier. Mise en scène : Jean-Louis Pichon. Avec Florian Laconi (Jean), Alain Fondary (Frère Boniface), Philippe Kahn (Le prieur)…

Superbe ! Je n’ai jamais bien compris pourquoi Massenet avait été relégué au rang de compositeur de second ordre alors qu’il y a de réels bijoux dans sa production. (J’ai récemment découvert son étonnant concerto pour piano — ainsi que nombre de petites pièces pour piano seul — dans un enregistrement d’Aldo Ciccolini qui est vraiment à recommander.)

Le Jongleur de Notre-Dame est une œuvre magnifique, dont le livret est inspiré d’un fabliau médiéval. Il s’agit d’une simple et émouvante histoire de dévotion religieuse au 14ème siècle. L’écriture du livret est remarquable par son économie de moyens et l’absence totale de circonvolutions… au point que le troisième acte se conclut presque trop vite et aurait pu supporter quelques longueurs supplémentaires.

La partition est très originale et se caractérise par un recueillement presque contemplatif et par une texture orchestrale peu commune, riche en instruments à vent et en cordes graves, utilisant des harmonies et des rythmes inhabituels. Tous les rôles chantés sont de surcroît des rôles d’hommes, ce qui n’est pas pour me déplaire compte tenu de ma prédilection pour les timbres masculins.

Cette production, créée à Saint-Étienne, met magnifiquement en valeur la beauté de l’œuvre. La mise en scène est un modèle de sobriété respectueuse et s’appuie sur des décors et des lumières très réussis. L’orchestre national de Lorraine, en grande forme, donne à entendre les beautés multiples de la partition avec révérence et inspiration, sous la baguette assurée de Jacques Mercier.

Le ténor Florian Laconi est enthousiasmant dans le rôle-titre de Jean le jongleur. Il a une belle voix ample et expressive qu’il utilise avec un goût très sûr. Les deux autres rôles principaux sont un peu en retrait : la voix de basse de Philippe Kahn évoque la douceur du velours, mais sa diction est épouvantable, comme s’il avait la bouche pleine ; quant au baryton Alain Fondary, il a trop de problèmes avec la justesse et avec les quelques difficultés techniques de son rôle pour que l’on puisse vraiment se laisser entraîner par une voix pourtant fort séduisante.

Mais, dans l’ensemble, ce fut une expérience magnifique, qui mériterait bien mieux qu’une salle au tiers vide et qui semblait sous anesthésie générale. Ah… et si vous allez jamais à l’Opéra de Metz, n’oubliez pas votre masque à gaz : les effluves de tabac qui envahissent la salle pendant l’entracte sont épouvantables.

Il a commencé à neiger pendant que je dînais : j’avais oublié combien il est magique de voir la neige tomber… un plaisir dont nous sommes privés depuis bien longtemps à Paris. J’avais déjà eu l’occasion pendant la semaine de voir la ville de Stuttgart complètement recouverte par la neige et baignée d’un soleil magnifique.


“Les Contes d’Hoffmann”

Opéra Bastille, Paris • 25.1.07 à 19h30
Jacques Offenbach (1881). Livret de Jules Barbier.

Orchestre de l’Opéra national de Paris, Marc Piollet. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Janez Lotrič (Hoffmann), Ekaterina Gubanova (La muse / Nicklausse), Franck Ferrari (Lindorf, Coppélius, Dr Miracle, Dapertutto), Sumi Jo (Olympia), Annette Dasch (Antonia), Nancy Fabiola Herrera (Giulietta),…

Nouvelle hécatombe à Bastille : Rollando Villazon et Patricia Petibon, qui devaient jouer les rôles d’Hoffmann et d’Olympia, sont malades. Villazon est remplacé au pied levé par Janez Lotrič qui, nous dit-on, n’est arrivé que le matin et n’a donc pas eu beaucoup de temps pour se familiariser avec la mise en scène. Quant à Olympia, c’est Sumi Jo qui s’y colle.

Je suis toujours assez impressionné par les remplacements de dernière minute… d’autant que Lotrič, d’après son site, a chanté Hoffmann pour la dernière fois il y a deux ans ! Franchement, ça ne se voit pas. Son Hoffmann est très bon, même si je trouve sa voix trop maniérée, parfois à la limite de la vulgarité, surtout dans les aigus. Mais la projection est excellente et les nombreuses difficultés techniques de la partition passent presque inaperçues.

J’ai vu cette mise en scène de Robert Carsen il y a presque six ans pour la première fois (avec, déjà, Sumi Jo en Olympia) et ce fut pour moi le début d’une longue histoire d’amour toujours en cours avec le travail du metteur en scène canadien. Je me souviens encore des frissons (pour ne pas dire plus) qu’avait occasionnés la découverte des décors des deuxième et troisième actes. J’avais dit alors que c’était la plus belle mise en scène d’opéra que j’aie vue… et je crois que c’est toujours vrai. Carsen joue si bien avec l’idée du théâtre dans le théâtre (comme dans sa Tosca de l’Opéra des Flandres… et je ne parle pas de la fin de son Capriccio à Garnier) ! Je me réjouis d’avoir au moins trois autres mises en scène de Carsen à mon programme dans les mois qui viennent.

Excellent travail par ailleurs de Marc Piollet dans la fosse… et très bonnes prestations des chanteurs, avec des mentions spéciales pour le superbe Franck Ferrari, qui fait des étincelles avec les quatre méchants, et pour la magnifique Ekaterina Gubanova (sans doute privée d’une partie des applaudissements qu’elle mériterait car elle vient saluer dans le costume de la Muse alors que c’est dans le rôle de Nicklausse qu’elle brille… Je ne suis pas sûr du tout que le public la reconnaisse).

J’ai mis du temps à “entrer” dans Les Contes d’Hoffmann. C’est un livret très atypique… et les modifications apportées à la structure de l’œuvre et à l’ordre des tableaux au cours du temps sont perturbantes. Ma première exposition à l’œuvre, dans une mise en scène assez ratée de Louis Erlo à l’Opéra de Lyon en 1993 (dans des décors de Philippe Starck, avec Natalie Dessay en Olympia et… Lisette Malidor en Stella), ne fut pas concluante du tout. Mais, depuis, mon appréciation de l’œuvre a considérablement progressé, et chaque nouvelle expérience est plus satisfaisante que la précédente.

Un autre très bon épisode d’une saison décidément très réussie à l’Opéra de Paris.


“La pietra del paragone”

Théâtre du Châtelet, Paris • 24.1.07 à 19h30
Gioachino Rossini (1812). Livret de Luigi Romanelli.

Direction musicale : Jean-Christophe Spinosi. Mise en scène : Giorgio Barberio Corsetti et Pierrick Sorin. Avec Sonia Prina, Jennifer Holloway, Laura Giordano, François Lis, José Manuel Zapata, Joan Martín-Royo, Christian Senn, Filippo Polinelli.

Il semble que j’aille à l’encontre de l’opinion majoritaire : en dépit de sa mise en scène superbement inventive, je n’ai été emporté ni par l’œuvre (la première commande passée à Rossini par La Scala), ni par l’interprétation. La partition connaît de jolis moments de grâce, mais je l’ai trouvée irrégulière et, surtout, interprétée avec un sérieux excessif par un Ensemble Matheus dont le son est un peu sec et assez peu équilibré (certains instruments ne ressortent pas du tout lorsqu’ils portent la mélodie, par exemple).

La mise en scène mérite à elle seule le prix du billet : un immense écran coupé en trois montre des montages d’images filmées sur scène. En général, il s’agit de surimposer les comédiens (qui jouent sur fond bleu) sur les images de maquettes de décors. On est donc confronté à une image construite de toutes pièces, mais dont tous les constituants sont bien réels et présents sous nos yeux. Les metteurs en scène en profitent pour multiplier les clins d’œil (un avion qui passe à l’arrière plan, une crêpe qui se prête à de remarquables exercices de voltige, une balle de tennis capricieuse…) et pour installer une bonne humeur qui rend l’expérience vraiment plaisante.

Mais…


Cinq choses…

23.1.07

L’ami (?) zvezdo me refile cette chaîne. J’ai bien envisagé de faire comme si je ne voyais pas, mais bon… puisque vous ne savez rien de moi, ça ne devrait pas être très compliqué de trouver cinq choses à vous dire. Voyons…

  • L’arithmétique est formelle : j’ai été conçu en mai 1968. L’histoire officielle est muette sur les circonstances précises de l’événement. Mais si vous mettez bout à bout les initiales de mon premier prénom, de mon second prénom et de mon nom de famille, vous obtenez le nom usuel du N, N-diéthyllysergamide, substance chimique évoquée paraît-il dans une célèbre chanson des Beatles traitant d’une jeune fille dont le prénom est aussi celui d’une héroïne de Donizetti.
  • J’ai longtemps pensé que je mourrais à 33 ans. Allez savoir pourquoi.
  • Je suis totalement incapable d’avoir une opinion tranchée sur quoi que ce soit (sauf dans le cadre professionnel, lorsque je suis payé pour). Mon cerveau refuse obstinément d’accepter les certitudes et les dogmes, fussent-ils énoncés avec la conviction la plus éclatante. Tant et si bien que, lorsque j’entends quelqu’un énoncer un avis trop tranché, j’ai assez systématiquement tendance à prendre le contre-pied, histoire de montrer qu’il y a souvent plusieurs façons de regarder un sujet. Du coup, parler avec moi peut être assez agaçant.
  • Lorsque j’ai joué la Rhapsody in Blue (version piano seul) en public, j’ai été bissé pour la première et la dernière fois de ma vie. Puis, j’ai arrêté de travailler sérieusement le piano. Mais j’ai eu l’occasion d’exorciser mes fantasmes en accompagnant un spectacle musical au piano : pendant deux mois, quatre soirs par semaine, je quittais le bureau à 19h30, passais chez moi troquer mon costume contre un jeans et un t-shirt noirs et je me dirigeais vers un petit théâtre du 11ème arrondissement.
  • J’ai vu la production parisienne de la comédie musicale La Cage aux Folles au Théâtre Mogador 15 fois en entier et 2 fois partiellement à l’automne 1999. Il y a peut-être eu 25 représentations au total. La production a été interrompue lorsque le théâtre a brusquement fait faillite (je n’y suis pour rien).

Concert

Salle Pleyel, Paris • 23.1.07 à 20h
Orchestre Colonne, Laurent Petitgirard.

Brahms : concerto pour piano n°2 (Kun Woo Paik, piano)
Nigg : Million d’oiseaux d’or
Scriabine : Poème de l’extase

J’avais déjà entendu le pianiste coréen Kun Woo Paik en concert il y a un an environ et j’avais beaucoup apprécié alors sa façon d’attaquer le clavier du piano, dont il faisait un véritable instrument de percussion. Je dois reconnaître cependant que son style est un peu moins convaincant dans Brahms que dans Bartók… et que ce concerto m’a laissé sur une impression plus mitigée, d’autant qu’il y a eu quelques fausses notes, et que l’Orchestre Colonne ne semblait pas très assuré.

Deuxième partie plus remarquable. La pièce Million d’Oiseaux d’Or, de Serge Nigg (82 ans, présent dans la salle), a été créée en 1981 au Symphony Hall de Boston par l’Orchestre du Capitole de Toulouse sous la direction de Michel Plasson, le commanditaire de l’œuvre. Elle évoque un univers sonore très particulier, très riche, assez captivant… pas très éloigné d’ailleurs de celui du très étrange mais fascinant Poème de l’extase de Scriabine. L’orchestre semblait beaucoup plus à l’aise que dans la première partie et le résultat fut tout à fait convaincant.


“L’importance d’être Constant”

Théâtre Antoine, Paris • 21.1.07 à 15h30
The Importance of Being Earnest, Oscar Wilde (1895).

Adaptation et mise en scène : Pierre Laville. Avec Loránt Deutsch (Algernon Moncrieff), Frédéric Diefenthal (Jack Worthing), Macha Méril (Lady Bracknell), Gwendoline Hamon (Gwendolen Fairfax), Marie-Julie Baup (Cecily Cardew), Claire Magnin (Miss Prism), Patrick Delage (les valets Lane et Merriman), Yves Gasc (le chanoine Chasuble).

Earnest Un régal !

La pièce de Wilde est un petit bijou de l’art de la comédie et Pierre Laville, comme il l’avait déjà fait récemment avec L’Éventail de Lady Windermere, fait un sans-faute avec sa version fidèle et rythmée, qui ne cherche pas à “réinventer” l’œuvre tout en lui donnant un joli coup de frais avec une distribution remarquable.

Car c’est une merveilleuse distribution qu’a assemblée Laville : elle met parfaitement en valeur la verve comique de Wilde sans jamais en faire trop. J’avais beaucoup de doutes quant à Lorànt Deutsch, que je n’avais pas du tout aimé dans Amadeus. Bien que ses intonations restent parfois un peu curieuses, sa diction s’est considérablement améliorée et ses répliques font mouche à coup sûr. J’ai été particulièrement impressionné par Marie-Julie Baup, dont la Cecily Cardew, solidement campée, est un régal. [Je suis persuadé d’avoir déjà vu cette comédienne (sa voix est très singulière), mais rien dans sa bio (à part Amadeus) ne m’est familier.] Et puis il y a Macha Méril dans le rôle mythique de Lady Bracknell, marqué notamment par les interprétations mythiques d’Edith Evans et de Judi Dench. Elle l’aborde avec une maîtrise parfaite et nous régale de ses répliques savoureusement ciselées.


“Don Giovanni”

Opéra Bastille, Paris • 20.1.07 à 19h30
Mozart (1787). Livret de Lorenzo da Ponte.

Orchestre de l’Opéra national de Paris, Michael Güttler. Mise en scène : Michael Haneke. Avec Peter Mattei (Don Giovanni), Christine Schäfer (Donna Anna), Arpiné Rahdjian (Donna Elvira), Luca Pisaroni (Leporello), Aleksandra Zamojska (Zerlina), Shawn Mathey (Don Ottavio), David Bizic (Masetto), Mikhail Petrenko (Il Commendatore)…

Sur le plan musical, cette représentation a constamment oscillé entre le sublime et le divin. Sur la scène, on ne sait à qui décerner le plus de lauriers : à Peter Mattei, qui semble né pour chanter Don GIovanni ; à la sublime Christine Schäfer, dont la Donna Anna tout en douleur contenue était déchirante ; à Luca Pisaroni, à Arpiné Rahdjian, à Shawn Mathey… tous excellents. Seules réserves : la Zerlina d’Aleksandra Zamojska était un peu irrégulière malgré de très jolis aigus cristallins… et le Masetto de David Bizic manquait de présence. Mais ce sont des détails. Et dans la fosse : le paradis ! Michael Güttler avait bien sûr la chance de diriger une partition magnifique, mais il a façonné un son d’une beauté extraordinaire, tout en rondeurs, en suavité, en velours… en jouant sur la dynamique de manière exquise. On est bien loin (et on ne s’en plaindra pas) des platitudes empruntées de la version vue l’an dernier au Théâtre des Champs-Élysées.

Et la fameuse mise en scène de Michael Haneke, me demanderez-vous ? Ça commence mal, très mal, avec si peu de lumière qu’on ne distingue rien. Et c’est agaçant. Sauf que c’est assez bien soutenu par le texte, dans lequel le thème de l’obscurité revient de manière récurrente. Bon. On découvre ensuite que l’action a été transposée à l’époque contemporaine : Don Giovanni est une sorte de “golden boy” que l’on imagine en déficit d’amour-propre et vraisemblablement shooté à la cocaïne, s’adonnant sans retenue à toutes sortes de comportements autodestructeurs. On commence à sentir quelques dérives. Le décor (magnifique) ressemble à l’intérieur d’une tour de la Défense ou des Docklands. Pourquoi pas… sauf que, si l’on est prêt à accepter que Don Giovanni s’y livre à ses frasques nocturnes avec sa collègue Donna Anna restée avec lui après la fermeture des bureaux… on comprend nettement moins bien pourquoi son père le Commandeur semble habiter l’un des bureaux… ou encore pourquoi Donna Anna semble elle aussi passer tout son temps dans l’un des bureaux après le meurtre de son père (elle veille le cadavre ?)

Puis on surmonte ces petites objections en notant que la mise en scène de Haneke est d’une intensité dramatique remarquable pour une scène d’opéra. Les intentions sont clairement lisibles, remarquablement cohérentes. C’est du vrai théâtre avec des vrais personnages et de vraies situations dramatiques. Il y a de vraies tensions, joliment gérées, joliment résolues. C’est plutôt intelligent… et l’on s’apprête à accepter les quelques bizarreries inexpliquées… jusqu’à la scène de la mort de Don Giovanni. Je ne m’étendrai pas pour ne pas déflorer la chute, mais la transposition que fait Haneke de la fin de Don Giovanni est d’une inacceptable trivialité, totalement à côté de la plaque. Ce n’est plus Da Ponte ; c’est le scénario d’un épisode de Columbo. Du coup, non, décidément non, on n’adhère pas.

Heureusement, il reste la musique. Les scènes finales, comme le reste, sont rien moins que sublimes.


Concert

Salle Pleyel, Paris • 17.1.07 à 20h

Orchestre de Paris, Marek Janowski.
Bruckner : symphonie n°6

J’ai manqué la première partie du concert pour raisons professionnelles. Dommage, il paraît que le Dutilleux (Correspondances, chanté par Sandrine Piau) était superbe.

L’Orchestre de Paris a donné de la sixième symphonie de Bruckner une interprétation d’une virtuosité époustouflante. L’acoustique hyper-analytique de la Salle Pleyel permet une plongée étonnante dans le complexe enchevêtrement des plans sonores, et le verdict est clair : maîtrise parfaite des différents pupitres, en particulier des cuivres. Marek Janowski, qui dirige sans partition, est clairement aux commandes.

Patrick s’indignait hier d’avoir à supporter les quintes de toux de ses voisins, surtout dans une salle à l’acoustique aussi impitoyable. Je le comprends. (On se consolera en lisant cette note d’un blog dont le nom devrait faire plaisir à un célèbre carnettiste amateur de narvals [via On a Pacific Aisle]). On assiste depuis quelque temps à un autre phénomène tout aussi angoissant : les applaudissements qui démarrent à peine posée la dernière note de l’œuvre. Pas le temps de profiter de la réverbération, de laisser retomber la tension en douceur : quelques excités, sans doute animés du désir crétin de montrer qu’ils savent que c’est fini, se précipitent et cassent l’ambiance. Ça m’énerve beaucoup.

Enfin, c’était une bien belle symphonie quand même.


“La Fille du régiment”

Royal Opera House, Londres • 14.1.07 à 15h
Gaetano Donizetti (1840). Livret de Jules-Henry Vernoy de Saint-Georges et Jean-François-Alfred Bayard.

Direction musicale : Bruno Campanella. Mise en scène : Laurent Pelly. Avec Natalie Dessay (Marie), Juan Diego Flórez (Tonio), Felicity Palmer (la Marquise de Berkenfeld), Alessandro Corbelli (Sulpice)… et Dawn French (la Duchesse de Crackentorp).

Fille La dernière fois que La Fille du régiment s’est arrêtée à Covent Garden, c’était il y a quarante ans avec Joan Sutherland et Luciano Pavarotti…

Cette nouvelle production de La Fille du régiment est un triomphe. Triomphe d’une œuvre mineure, peut-être, mais triomphe quand même. Laurent Pelly se régale à mettre en scène cette histoire de la cantinière amoureuse du jeune Tyrolien… et le résultat est irrésistible : on rit beaucoup, tout en se régalant des morceaux de bravoure qui sont éparpillés dans la partition.

Natalie Dessay (dont c’est la prise de rôle) s’en donne à cœur joie. Pour être honnête, je la trouve beaucoup plus irrésistible dans un rôle comique comme celui de Marie que dans le rôle de Lucia, où son énergie débordante semble parfois un peu incompatible avec le personnage qu’elle incarne.

Juan Diego Flórez reste plus sobre (c’est le rôle qui le veut), mais il fait des merveilles avec sa voix : ses deux grands airs sont tout simplement sublimes. Le public de Covent Garden est sous le charme, lui fait des ovations répétées Il faut dire qu’il est beau, le bougre, ce qui ne gâte rien.

Mais le succès de la production doit aussi beaucoup à Felicity Palmer, qui est une hilarante Marquise de Berkenfeld. Elle en fait des tonnes, mais toujours intelligemment et sans contresens. Elle n’est d’ailleurs pas sans rappeler par moment sa compatriote Felicity Lott, avec qui elle partage un merveilleux prénom.

Performance tout aussi irréprochable de la part d’Alessandro Corbelli dans le rôle du gentil Suplice (à qui est adressé cette réplique dans le deuxième acte : “C’est un suplice, Sulpice !”).

Petite (enfin, grosse) cerise sur le gâteau, le rôle parlé de la Duchesse de Crackentorp est tenu par Dawn French, la moitié du duo French & Saunders, qui n’apparaît qu’à deux reprises, mais ne quitte jamais la scène sans avoir provoqué des spasmes de rire dans la salle. Elle est celle dont le français est le moins clair, mais qu’importe, on se tord de rire. Au début du deuxième acte, alors qu’elle se met d’accord sur le mariage avec la Marquise de Berkenfeld, elle ajoute, passant soudain en anglais (avec surtitre en français) : “Et ne lésinez pas sur les fontaines de chocolat !” Effet garanti.

Direction d’orchestre irréprochable de Bruno Campanella, qui fait de fort belles choses avec toutes ces marches, et qui traite cette partition légère avec beaucoup de respect. Joli décor… lumières bien étudiées (malgré des péripéties lors du deuxième acte)… mise en scène et distribution idéales. On imagine difficilement comment faire mieux.

(Cette production est co-produite par le Staatsoper de Vienne, où Dessay, Flórez et Palmer seront accompagnés par… Montserrat Caballé dans le rôle de la Duchesse de Crackentorp et Carlos Álvarez dans celui de Sulpice ! Ça donne envie d’y retourner !)


“The Enchanted Pig”

Young Vic, Londres • 13.1.07 à 19h30

Musique : Jonathan Dove. Paroles : Alasdair Middleton. Mise en scène : John Fulljames.

Enchanted_pig Le programme évite soigneusement de qualifier ce spectacle d’opéra, mais c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit. Jonathan Dove en a d’ailleurs écrit déjà une vingtaine, dont Flight, créé à Glyndebourne en 1998. Variation sur le thème de La Belle et la bête inspirée du folklore roumain, The Enchanted Pig étonne à la fois par la qualité de sa partition (qui, plus d’une fois, rappelle Kurt Weill), l’humour de ses paroles (qui rappellent un peu Stephen Sondheim) et l’inventivité assez décalée de la mise en scène, pleine de trouvailles inhabituelles.

La qualité de la création théâtrale à Londres est décidément assez bluffante…


“Coram Boy”

National Theatre (Olivier), Londres • 13.1.07 à 14h

De Helen Edmundson, d’après le roman Coram Boy (Les Enfants volés, en français) de Jamila Gavin. Mise en scène : Melly Still. Musique : Haendel et Adrian Sutton.

Coram_boy C’est du très joli théâtre que nous propose le National Theatre avec cette adaptation scénique d’un roman “pour enfants” récompensé par le Whitbread Award en 2000. Je mets “pour enfants” entre guillemets car il me semble que certaines des péripéties sont un peu violentes pour des enfants.

Le point de départ est réel. En 1741, l’hospice pour enfants abandonnés de Thomas Coram ouvre ses portes à Londres. Sa vocation est d’éviter que les bébés non désirés ne soient cruellement abandonnés au bord des routes. Parmi ceux qui soutiennent le projet, on trouve le peintre William Hogarth, mais aussi Haendel : c’est lorsque son Messie fut joué dans la chapelle de l’hospice en 1750 que l’œuvre acquit sa popularité.

C’est sur cette base historique que la pièce est construite. 1742 : Otis Gardiner va de ville en ville pour proposer aux mères désespérées de conduire leur bébé à l’hospice de Coram moyennant un peu d’argent. En réalité, il tue les bébés et les enterre, avec la complicité de son fils débile Meshak. Parallèlement, le fils aîné de la riche famille Ashbrook, Alexander, se découvre une passion irrésistible pour la musique. Mais son père est formel : Alexander doit assumer son rôle de fils aîné ; il fait enlever tous les instruments de musique du domaine. Désespéré, Alexander s’enfuit… mais après avoir couché avec une lointaine cousine, Melissa, la seule qui ait compris son amour de la musique. Lorsque Melissa mettra au monde leur fils, il sera remis à Otis Gardiner, mais sauvé par Meshak, qui va le conduire à l’hospice de Coram. Entre temps, Alexander s’est mis sous la protection de Haendel, qui a reconnu son génie naturel. Les bases sont posées pour un dénouement à la fois spectaculaire et sentimental.

Il faut du culot pour présenter sur une scène de théâtre une histoire qui tisse autant de fils avant de les réunir, et dont les proportions sont aussi épiques. Mais la mission est accomplie haut la main sur la scène de l’Olivier Theatre, une grande scène circulaire dotée d’un ascenseur/tournette très sophistiqué, qui se prête parfaitement à l’exercice.

La mise en scène fait la part belle à la musique, de Haendel ou écrite à la façon de Haendel par Adrian Sutton, jouée en direct par un orchestre de sept musiciens et par un chœur magnifique. Du coup, c’est presque à un film que l’on assiste, avec ses changements d’atmosphères et ses transitions très étudiées. L’émotion est souvent très forte, notamment à la fin du premier acte lorsque sont déterrés les squelettes des bébés enterrés par Gardiner et qu’il est condamné à être pendu, le tout sur fonds de musique particulièrement oppressante. J’ai eu beaucoup de mal à retrouver mes esprits alors que la lumière s’était rallumée pour l’entracte.

C’est le Messie de Handel, bien sûr, qui clôture la pièce, juste après une scène sous-marine particulièrement époustouflante. Du théâtre vraiment très inventif.


Concert

Salle Pleyel, Paris • 12.1.07 à 20h
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Matthias Bamert.

Roussel : Le Festin de l’araignée (suite d’orchestre)
Dukas : La Péri
Ravel :
Shéhérazade (ouverture de féerie)
Shéhérazade (mélodies pour mezzo-soprano et orchestre, Anne Sofie von Otter).

Ce concert était dédié à Armin Jordan, qui aurait dû le diriger et qui en avait conçu le programme. On y reconnaît bien sûr le goût de Jordan pour cette musique française qu’il a si bien servie au cours de sa carrière.

Très belle performance de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, particulièrement à l’aise dans ce répertoire… même si on frôle par moment l’excès de révérence. Très belle prestation également d’Anne Sofie von Otter, parfaitement à l’aise stylistiquement dans le sublime Shéhérazade de Ravel, qui fut le clou de la soirée.


Concert

Salle Pleyel, Paris • 10.1.07 à 20h
Orchestre de Paris, Yakov Kreizberg.

Mozart : concerto pour violon et orchestre n°3, “Strasbourg” (Julia Fischer, violon)
Chostakovitch : symphonie n°11, “l’Année 1905”

Kreizberg Elle est jeune, elle est charmante et elle a une technique irréprochable, mais je n’ai pas ressenti le début d’une ombre d’émotion en écoutant Julia Fischer interpréter ce charmant concerto de Mozart (pas plus que l’incontournable Sarabande de Bach [les violonistes n’ont donc qu’un seul bis à leur répertoire ?] ou la pièce de Paganini jouées en bis).

Je m’en suis voulu d’avoir failli à ma discipline consistant à écouter les œuvres au moins une fois avant les concerts, car la onzième symphonie de Chostakovitch n’est pas facile d’accès du tout. Composée de quatre mouvements enchaînés, elle a été écrite pour commémorer le cinquantième anniversaire de la “première révolution russe” de 1905… même si elle est fatalement influencée par le monde tel qu’il était lors de sa composition. Elle utilise des couleurs orchestrales assez inhabituelles pour brosser des “tableaux”, chaque mouvement étant doté d’un titre. Le résultat fait beaucoup penser à de la musique de film.

L’Orchestre de Paris a donné de cette œuvre pas banale une interprétation stupéfiante, que ce soit par la capacité à créer des atmosphères orchestrales envoûtantes ou par la qualité des interprétations individuelles. L’inoubliable solo de cor anglais qui ouvre le quatrième mouvement était tout simplement sublime.

C’était, je crois, la première fois que je voyais ce jeune chef russe de 47 ans à l’œuvre. Je n’oublierai pas ce nom !


Il arrive…

10.1.07

Roilion Quelle surprise, tout à l’heure, de voir cette affiche sur une colonne Morris ! On savait bien que Stage Entertainment France avait annoncé la version française de cette comédie musicale pour la rentrée 2007 au Théâtre Mogador, mais ça fait quand même un drôle d’effet d’en voir la concrétisation de manière aussi visible. (Je dois admettre, de surcroît, que j’adore ce dessin.)

The Lion King
est une comédie musicale inspirée par le dessin animé éponyme des studios Disney. Le coup d’audace génial a consisté à en confier la conception et la mise en scène à une artiste en provenance des scènes alternatives expérimentales, Julie Taymor, connue notamment pour son travail sur les masques, et de lui donner carte blanche. Le résultat, sur scène à New York depuis l’automne 1997 et à Londres depuis 1999, ressemble à tout sauf à un dessin animé transposé sur scène. C’est un spectacle à couper le souffle sur le plan visuel, dont la qualité a été assez unanimement saluée par une critique pourtant assez méfiante à l’idée que Disney puisse se mêler de faire du théâtre.

Julie Taymor a depuis fait de très belles choses, dont une remarquable production de La Flûte enchantée pour le Metropolitan Opera.

La société Stage Entertainment France, désormais propriétaire du Théâtre Mogador, est la filiale d’une société néerlandaise détentrice des droits d’adaptation et d’exploitation de Lion King pour l’Europe hors Royaume Uni. Elle l’a déjà exploitée dans plusieurs pays. C’est bien entendu la copie conforme de la version originale qui sera présentée (comme pour le Cabaret actuellement aux Folies-Bergère), dans un format vraisemblablement un peu réduit, même si le Théâtre Mogador est plus grand qu’il n’y paraît au premier regard. Des travaux d’adaptation sont programmés afin de permettre au théâtre d’accueillir une production qui repose sur une imposante machinerie scénique.

Il semble que la première représentation soit prévue le 2 novembre 2007. Le site officiel du spectacle se trouve ici.


Concert

Salle Pleyel, Paris • 9.1.07 à 20h

(Je recommence cette note à zéro alors qu’elle était terminée parce que typepad est devenu indisponible pile au moment où j’enregistrais. Du coup, je raccourcis.)

London Symphony Orchestra, Colin Davis.
Mozart :
– Symphonie n°35 “Haffner”
– Concerto pour piano n°22 (Emanuel Ax, piano)
Elgar : Enigma Variations

Cdavis Très joli concert d’un LSO en grande forme, dirigé par celui qui n’est plus son chef titulaire depuis quelques jours (il a passé les rênes à Valery Gergiev le 1er janvier). Son remarquablement homogène, élégant, tout en rondeur…

… qui sied admirablement à Mozart. Dans le concerto, Emanuel Ax fait de très jolies choses. Son Andante, en particulier, est ravissant. Ce n’est pas un interprète de premier plan, mais il donne une jolie couleur à son jeu et forme un bel ensemble avec l’orchestre. (En bis, il jouera la plus facile des valses de Chopin — celle que même moi je joue sans problème.)

Magnifique interprétation, ensuite, des Enigma Variations, l’une de mes œuvres fétiches, que j’ai beaucoup (mais vraiment beaucoup) écoutée à une époque, notamment dans un enregistrement du Philharmonia Orchestra dirigé par l’autre Davis (Andrew). Le LSO nous donne à entendre une version magnifique d’élégance et de retenue — évitant avec soin une emphase que la musique d’Elgar attire parfois à tort.

Dès l’exposition du thème et l’entrée des contrebasses (frissons garantis), on sent qu’on est parti pour un sacré voyage. La fameuse neuvième variation (“Nimrod”) est jouée sublimement, dans un lent et majestueux crescendo d’une grande expressivité. La douzième variation (“B.G.N.”), dans laquelle ce sont les violoncelles qui s’approprient le thème, est à l’origine de manifestations lacrymales irrépressibles. À partir de là, c’est la montée vers l’extase finale : Davis conserve jusqu’à la fin une forme de tension qui rend la résolution finale d’autant plus irrésistible.


Orhan Pamuk

8.1.07

Pamuk Le New Yorker daté des 25 décembre 2006 et 1er janvier 2007 publie la conférence prononcée par Orhan Pamuk lorsque lui a été remis le Prix Nobel de littérature. Il y parle à la fois de sa vocation d’écrivain et de sa relation avec son père.

Je ne résiste pas au plaisir d’en citer deux extraits, que je trouve superbes (désolé, je n’ai pas le courage de traduire en français) :

A writer is someone who spends years patiently trying to discover the second being inside him, and the world that makes him who he is. When I speak of writing, the image that comes first to my mind is not a novel, a poem, or a literary tradition; it is the person who shuts himself up in a room, sits down at a table, and, alone, turns inward. Amid his shadows, he builds a new world with words. This man — or this woman — may use a typewriter, or profit from the ease of a computer, or write with a pen on paper, as I do. As he writes, he may drink tea or coffee, or smoke cigarettes. From time to time, he may rise from his table to look out the window at the children playing in the street, or, if he is lucky, at trees and a view, or even at a black wall. He may write poems, or plays, or novels, as I do. But all these differences arise only after the crucial task is complete — after he has sat down at the table and patiently turned inward. To write is to transform that inward gaze into words, to study the worlds into which we pass when we retire into ourselves, and to do so with patience, obstinacy, and joy.

Plus loin, vers la fin :

The question we writers are asked most often, the favorite question, is: Why do you write? I write because I have an innate need to write. I write because I can’t do normal work as other people do. I write because I want to read books like the ones I write. I write because I am angry at everyone. I write because I love sitting in a room all day writing. I write because I can partake of real life only by changing it. I write because I want others, the whole world, to know what sort of life we lived, and continue to live, in Istanbul, in Turkey. I write because I love the smell of paper, pen, and ink. I write because I believe in literature, in the art of the novel, more than I believe in anything else. I write because it is a habit, a passion. I write because I am afraid of being forgotten. I write because I like the glory and interest that writing brings. I write to be alone. Perhaps I write because I hope to understand why I am so very, very angry at everyone. I write because I like to be read. I write because once I have begun a novel, an essay, a page I want to finish it. I write because everyone expects me to write. I write because I have a childish belief in the immortality of libraries, and in the way my books sit on the shelf. I write because it is exciting to turn all life’s beauties and riches into words. I write not to tell a story but to compose a story. I write because I wish to escape from the foreboding that there is a place I must go but — as in a dream — can’t quite get to. I write because I have never managed to be happy. I write to be happy.