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Posts from August 2006

Madonna : “Confessions Tour”

Palais Omnisport de Paris–Bercy • 31.8.06 à 20h30

Madonna_1 Fascinante opportunité de voir en chair et en os (pour la première fois) l’une des plus extraordinaires créations de l’entertainment business. De Madonna Louise Ciccone, je ne connaissais que les grands succès de la décennie 1980, jusqu’à l’album I’m Breathless de 1990, petit bijou dans lequel on trouve aussi bien le superbe “Vogue” que… trois chansons de Stephen Sondheim. Quinze ans plus tard, l’album Confessions on a Dance Floor, décidément assez réussi, me donne envie d’en (sa)voir plus.

Spectacle généreux tant en durée qu’en décibels, d’un engagement sympathique quoique pas très subtil (la subtilité n’a jamais été la spécialité de la Madonne), réglé au millimètre au point de manquer parfois un peu de spontanéité, ce Confessions Tour se distingue avant tout par un professionnalisme à toute épreuve.

Dans le tableau d’ouverture, une gigantesque boule “disco” descend sur scène ; Madonna y pénètre par le dessous à travers une trappe ; la boule s’ouvre alors comme pour éclore, fournissant à la vedette l’occasion d’une entrée en scène particulièrement spectaculaire. Les visuels, très travaillés, s’appuient largement sur les bonnes vieilles recettes du théâtre — trappes, tournette, etc. — et utilisent aussi beaucoup des vidéos très travaillées. La troupe qui entoure Madonna est d’une qualité irréprochable. Les danseurs / acrobates sont à couper le souffle.

Bref, on en a plein les yeux et plein les oreilles, pour un spectacle qui parvient à soutenir l’attention sans faiblir pendant plus de deux heures. Certes, on aimerait un son un peu moins saturé, ou encore un accompagnement musical un peu moins “préprogrammé”… Mais comment ne pas être séduit par une femme qui, à 48 ans et un an à peine après un très sérieux accident de cheval, parvient encore à dégager autant d’énergie ? Ce spectacle doit être à peu près aussi épuisant qu’un marathon, et pourtant à aucun moment on ne perçoit la moindre baisse de régime.

Madonna est bel et bien une bête de scène. Malgré ses provocations devenues quasiment incontournables, elle propose un spectacle finalement assez “chic et classe”, incontestablement placé très haut sur l’échelle du divertissement et du professionnalisme. On en a pour son argent.


Miscellanées

28.8.06

> Il semble que de nombreux visiteurs arrivent sur ce blog en faisant une recherche sur “sabots en plastique” ou même simplement sur “sabots” ! Cela grâce à mon billet du 17 juillet dernier dans lequel j’évoquais le succès des sabots Crocs à New York. Eh bien, le magazine British Airways de ce mois-ci nous apprend que la relève fourbit ses armes : les Dopie Shoes attaquent !

>  Le numéro du New Yorker daté du 21 août contient un très intéressant article de Justin Davidson (le critique musical de Newsday) consacré à l’art de la direction d’orchestre et intitulé “Measure for Measure” (une référence shakespearienne, comme dans 25% des titres de la presse anglo-saxonne). On y évoque la diversité des styles des “grands” chefs. J’y relève notamment cette citation du violoncelle solo de l’Orchestre Philharmonique de New York (je traduis à ma manière) :

“Le pire que puisse faire un jeune chef, c’est d’arriver devant le Philharmonique de New York et dire à quel point il est honoré d’être ici. Les chefs d’orchestre doivent donner l’impression d’être extrêmement sûrs d’eux. Nous avons une conception profondément ancrée de la façon dont une œuvre doit être jouée ; nous savons comment la rendre naturelle à l’oreille ; que le chef perde le contrôle ne serait-ce qu’un instant et nous prendrons le dessus. Il m’arrive de manipuler certains chefs. Je peux accélérer ou ralentir le tempo si je ne ressens pas suffisamment d’intensité en provenance du podium. Je n’ai aucune patience avec les faibles personnalités.”

Le reste est à l’avenant. L’article n’est malheureusement pas disponible en ligne.

> Nous apprenons ici (via Cronaca) que l’on a retrouvé au Château de Windsor des traces de la fameuse table ronde des chevaliers du même nom. Voilà qui ancre dans l’histoire la délicieuse comédie musicale Camelot.

> Haggis : lorsque j’ai vu ce nom au buffet du petit-déjeuner de mon hôtel à Édimbourg dimanche, j’ai tout de suite repensé à l’inoubliable sketch de Jacques Bodoin, “La Panse de brebis farcie” (qui se partageait un 45 tours avec la non moins inoubliable “Table de multiplication”). Je n’ai donc pas pu résister à la tentation de goûter enfin ce plat typiquement écossais. Bien m’en a pris, car c’est succulent. Ce n’est rien d’autre qu’une sorte de hachis très goûteux, plein de condiments de toutes sortes.

> Via On An Overgrown Path, enfin, cet article assez terrifiant sur l’épuisement programmé des possibilités mélodiques, harmoniques et rythmiques de la musique.


Concert

Usher Hall, Édimbourg • 27.8.06 à 21h30
Royal Scottish National Orchestra, Claus Peter Flor
Bruckner : Symphonie n°7

Usher2 Je pensais quitter Édimbourg en apothéose avec cette 7ème de Bruckner, mais la représentation ne fut pas totalement à la hauteur de mes espérances.

J’ai trouvé le Royal Scottish National Orchestra un gros cran en-dessous de son confrère de la BBC, dont la sixième d’hier était impeccable. Beaucoup d’attaques peu précises, des pupitres qui ne donnent pas l’impression de s’écouter entre eux… et, surtout, des cors épouvantables (le corniste qui joue dans le couloir du métro parisien à Concorde est bien meilleur).

En outre, Claus Peter Flor n’a pas donné l’impression d’avoir une vision très homogène de la symphonie : il a pris le premier mouvement de manière quasi métronomique, sans jamais respirer, avec de gros recouvrements pas jolis du tout entre les phrases. À l’opposé, dans les deuxième et troisième mouvements, il multiplie les ruptures de tempo, dépassant plusieurs fois les limites du mauvais goût. C’est curieusement dans le dernier mouvement — pris très vite, trop vite pour l’orchestre — qu’il a commencé à marquer des pauses salutaires.

Du coup, impression très mitigée, même s’il y a eu de très beaux moments, notamment dans le deuxième mouvement. Je n’arrive pas à décider quel Adagio est le plus sublime entre celui de la sixième et celui de la septième…

Beaucoup de choses à observer, ce soir : déjà, plusieurs spectateurs qui s’endorment dans mon champ de vision ! Ensuite, la masse de cheveux absolument incroyable de Claus Peter Flor — il doit faire la fortune d’un fabriquant de laque. Du coup, j’ai été hypnotisé de grands moments par cette tignasse improbable… un peu comme je l’étais la veille par le fait que Donald Runnicles tienne sa baguette de la main gauche (je sais, c’est bizarre, mais je trouve cela très perturbant).

Le podium du chef est surélevé, comme pour compenser la petite taille de Flor. Plusieurs musiciennes de l’orchestre sont assises sur deux chaises empilées l’une sur l’autre et scotchées l’une à l’autre, comme pour prendre de la hauteur. Le violon soliste, lui, est sur une banquette de piano. Au milieu de la représentation, je me suis rendu compte qu’il n’y a pas un seul homme parmi les seconds violons (et il n’y a qu’une femme ou deux parmi les premiers…)


“Putting It Together”

C –1 Theatre, Édimbourg • 27.8.06 à 18h30
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Par la troupe du Kenspeck Theatre de l’Université de Warwick.

Merci Monsieur Beethoven d’avoir écrit une huitième symphonie relativement brève, car cela m’a permis, moyennant un petit sprint pas trop fatiguant, d’assister à un spectacle qui n’était pas à mon programme, mais dont les critiques semblaient trop bonnes pour le laisser passer.

Putting It Together est une “revue” bâtie autour des chansons de Stephen Sondheim, généralement considéré comme l’auteur de comédies musicales le plus brillant des années 1960 à 1990 environ. Ce génie se retourne d’ailleurs contre lui dans toutes les tentatives pour construire un spectacle de type “cabaret” ou “revue” en sortant ses chansons de leurs œuvres d’origine, car elles sont tellement conçues pour s’insérer à un moment spécifique, dans un contexte spécifique, que l’extraction leur porte un assez grand préjudice.

Mettre en valeur les chansons de Stephen Sondheim exige deux choses : ne pas se laisser désorienter par la complexité de son écriture musicale d’une part, et interpréter ses lyrics avec “intelligence”, en en comprenant les méandres et les nuances. Mission accomplie pour cette talentueuse troupe de neuf jeunes comédiens / chanteurs (l’œuvre est écrite pour cinq, mais on s’adapte), qui sont généralement assez remarquables. Malgré quelques difficultés dans l’aigu, je pense que l’interprétation de “Sooner or Later” par Claire Kenning (qui a signé également la mise en scène) surpasse celle de Madonna. Et il y a deux ou trois autres exemples d’interprétations qui frôlent la perfection.

Si seulement le chef d’orchestre / premier clavier avait un peu potassé ses partitions avant la représentation, ce spectacle aurait été tout simplement parfait.


Concert

Usher Hall, Édimbourg • 27.8.06 à 17h30
Scottish Chamber Orchestra, Charles Mackerras
Beethoven : Symphonie n°8.

Ce deuxième concert Beethoven confirme l’excellente impression que j’avais retirée de ma première exposition au Scottish Chamber Orchestra. Rien à dire, c’est de la belle ouvrage.

Diffusion sur BBC Radio 3 (que l’on peut écouter sur Internet) le 26 septembre.


“Honk!”

C –1 Theatre, Édimbourg • 27.8.06 à 12h45
Musique : George Stiles. Livret et lyrics : Anthony Drewe. Troupe du Royal Holloway Music Theatre.

Après le festival officiel, voici donc une tranche de “Fringe”, le “Off” édimbourgeois. Honk! est une charmante comédie musicale inspirée par le conte du Vilain Petit Canard, dans une adaptation de George Stiles et Anthony Drewe, qui sont aussi les auteurs de la version scénique de Mary Poppins actuellement à l’affiche à Londres. J’avais vu Honk! deux fois à Londres au National Theatre tellement j’avais été conquis par la fraîcheur de l’œuvre et de la mise en scène.

Une troupe d’étudiants dans un petit théâtre n’a bien entendu pas les moyens de rivaliser avec une grosse production d’une maison subventionnée… mais le charme et l’émotion restent intacts, même s’il y a des hauts et des bas.


Concert

Usher Hall, Édimbourg • 26.8.06 à 21h30
BBC Scottish Symphony Orchestra, Donald Runnicles
Bruckner : Symphonie n°6

Donc, comme je le disais, en parallèle de l’intégrale Beethoven par Mackerras, le Festival d’Édimbourg propose aussi cette année l’intégrale Bruckner (sans la 0 et la 00). Contrairement à l’intégrale Beethoven, ils s’y mettent à six orchestres et neuf chefs. Et il y a du beau monde : Stéphane Denève pour la 4, Ingo Metzmacher pour la 5, Herbert Blomstedt pour la 8, Jiri Belohlavek pour la 9, etc.

Cette sixième, dirigée par Donald Runnicles, était tout simplement splendide. Ce n’est pas, me semble-t-il, la plus jouée des symphonies de Bruckner. Et pourtant, quelle écriture ! Runnicles opte pour une lecture très romantique, un peu à l’opposé des interprétations quasi-cubistes de Bruckner, qui donnent parfois l’impression de donner à entendre plusieurs œuvres en même temps tellement certains chefs cherchent à isoler tous les plans sonores.

Il faut dire que le BBC Scottish Symphony Orchestra est une formation étonnante, d’une grande homogénéité, dotée de cordes d’une belle expressivité et de cuivres presque parfaits techniquement. Et l’acoustique de Usher Hall est idéale pour Bruckner. Résultat magnifique. L’Adagio est à mourir de bonheur. Les dernières mesures des premier et troisième mouvements sont orgastiques. Dommage que ce soit aussi court.

Diffusion sur BBC Radio 3 (que l’on peut écouter sur Internet) le 20 septembre.


Concert

Usher Hall, Édimbourg • 26.8.06 à 17h30
Scottish Chamber Orchestra, Charles Mackerras
Beethoven : Symphonie n°7

Usher1 Les neuf symphonies de Beethoven par Charles Mackerras en neuf concerts pour 10 livres (environ 15 euros) chacun, c’est ce que propose cette année le Festival d’Édimbourg. (Il y a aussi les symphonies de Bruckner, mais c’est pour plus tard.) C’est l’excellent Scottish Chamber Orchestra qui joue les huit premières ; le Philharmonia prendra le relais pour la 9ème.

Charles Mackerras est sans conteste l’un des grands chefs de notre temps (ses enregistrements de Janacek suffisent presque à lui conférer cette distinction). Sa bio nous révèle qu’il est simultanément “Conductor Laureate” du Scottish Chamber Orchestra, “Conductor Emeritus” du Welsh National Opera, “Principal Guest Conductor” du Philharmonia Orchestra et… tenez-vous bien… “Principal Guest Conductor Emeritus” du San Francisco Opera.

Sa 7ème (ma symphonie préférée de Beethoven) est impeccable : elle a du souffle, de l’ampleur, de la classe. L’alchimie entre l’orchestre et son chef est tangible. Du premier rang, on “sent” que les musiciens ont envie de se dépasser pour Sir Charles. (On voit aussi la blessure causée par la mentonnière de la titulaire du premier pupitre des seconds violons : zvezdo aurait eu du mal.)


Des orchestres sans musiciens ?

22.8.06

La convention collective des musiciens des orchestres de Broadway spécifie que, sauf cas particuliers, un nombre minimal de musiciens, variable selon les théâtres, doit impérativement être utilisé (et rémunéré) par les producteurs de spectacles musicaux. La reconduction de cette disposition a été l'un des points durs de la dernière renégociation de cette convention collective, en 2003. Le syndicat des musiciens, le "Local 802" a fini par appeler à la grève, causant l'annulation de toutes les représentations pendant quatre jours, avant que le maire de New York, Michael Bloomberg, n'intervienne pour jouer les médiateurs. Le conflit s'était alors résolu en acceptant de légères diminutions de ces nombres minima.

(Il est d'ailleurs assez passionnant de se plonger dans la lecture de l'accord. Il se trouve ici.)

Le syndicat des producteurs (la "League") considère que le coût des orchestres à Broadway devient prohibitif... et que des alternatives existent. Il est vrai que les musiciens sont plutôt bien payés : au minimum environ 6 000 dollars par mois, sans compter les avantages sociaux et toutes les majorations prévues par l'accord... Mais la vie à New York est chère, et les musiciens sont généralement d'excellente qualité. Le coût minimum d'un orchestre devient, du coup, relativement élevé... ce qui contribue à expliquer (mais il y a beaucoup d'autres raisons) que même un spectacle qui engrange 500 000 dollars de recette hebdomadaire se trouve de plus en plus souvent en-deçà de son point mort d'exploitation... sans même commencer à parler de l'amortissement de l'investissement de départ, rarement inférieur à 10 millions de dollars par les temps qui courent.

L'accord négocié en 2003 arrive à expiration en 2007... mais il contient une clause précisant que les minima de nombres de musiciens, eux, restent valables jusqu'en 2013.

Le Local 802 continue à défendre becs et ongles le principe d'une musique jouée en direct par des musiciens de haut niveau. Mais les doutes commencent à s'insinuer... d'autant que l'on évoque de plus en plus des machines capables de reproduire le son d'un orchestre de manière tellement fidèle que la différence ne serait pas perceptible. Ce sont les "orchestres virtuels".

Un billet récent de Pliable sur son excellent blog On An Overgrown Path cite un article qui évoque le sujet des orchestres virtuels... et permet d'écouter un exemple de ce que permet cette technologie. Je ne sais si c'est parce que je sais que le son n'émane pas d'un véritable orchestre, mais je trouve cet exemple très peu convaincant : son synthétique (bien que vraisemblablement échantillonné), impression d'un jeu mécanique, etc. L'expérience est un peu plus concluante lorsque l'on va visiter le site de la Vienna Symphonic Library, l'autre fabricant cité dans l'article, sur lequel on peut écouter de nombreux exemples. Mais, là aussi, on reste sur sa faim. Les attaques sont relativement convaincantes, mais pas les tenues, qui manquent vraiment de naturel ; les cas les moins convaincants sont les morceaux vraiment lents, comme l'Adagio de Barber. En outre, on n'échappe pas à l'impression que tout cela reste un peu mécanique et sans âme.

Ce n'est pas pour autant que l'on doit cesser de craindre pour le futur de la musique "live". La plupart des producteurs français de spectacles musicaux se sont assis sur le sujet depuis longtemps... et il faut reconnaître que, pour certains types de musique hautement synthétiques, la différence est sans doute peu audible. Les producteurs de spectacles musicaux continueront à mettre en avant la complexité croissante de l'équation économique à laquelle ils se trouvent confrontés. La combinaison de considérations artistiques et de légitimes arguments économiques présente un redoutable défi.

En attendant, on pourra s'émerveiller (ou non) devant... ce violon qui joue tout seul (via The Well-Tempered Blog).


Dans l’ombre de Nadia, Lili

20.8.06

Bra posait récemment la question des femmes composi… trices. Il est vrai qu’à part Hildegard Von Bingen (et encore, c’est parce que son nom est rigolo), Alma Mahler et Clara Schumann, je serais bien en peine de donner d’autres noms, à part quelques contemporaines bien connues (Gubaidulina, Saarihao).

Lili_boulanger En me promenant dans un magasin de disques récemment, j’ai aperçu ce CD (Chandos 9745) bardé d’auto-collants d’à peu près tous les magazines de musique européens. Lili Boulanger ? Tout le monde connaît Nadia Boulanger, qui semble avoir enseigné à la moitié des compositeurs vivants (dont Charles Strouse, dont je parlais ici, qui évoque encore son séjour à Paris avec des étoiles dans les yeux). Mais Lili (1893-1918) ? Eh bien, c’était la sœur de Nadia, emportée à 24 ans par la maladie de Crohn, première femme à avoir remporté un Premier Grand Prix de Rome en 1913 avec sa cantate Faust et Hélène (Nadia avait remporté un Second Prix cinq ans auparavant).

C’est sans un peu tarte-à-la-crème que de le dire, mais il est probable que le sens de l’urgence engendré par la conscience d’une fin prochaine ait déclenché chez Lili une sorte d’irrépressible ferveur créatrice. C’est en tout cas l’impression que l’on retire de l’écoute de ce CD, qui donne à entendre :

  • la cantate Faust et Hélène,
  • deux des trois psaumes mis en musique par Lili Boulanger,
  • deux pièces assez déchirantes écrites au crépuscule de sa vie : D’un matin de printemps et D’un soir triste (curieusement placées dans l’ordre inverse sur le disque).

Après trois écoutes, je suis toujours fasciné par une musique qui combine des moments d’intense recueillement dans lesquels Lili Boulanger s’inscrit en quelque sorte dans la tradition de la musique “française” et des passages totalement illuminés, quasiment mystiques, qui ne ressemblent à rien de connu (bien qu’il y ait des accents très nettement wagnériens à la fin de Faust et Hélène). C’est une musique “qui porte”, oscillant en permanence entre tension et résolutions, et qui semble se nourrir d’harmonies que l’on ne rencontre pas tous les jours.

À l’exception de l’intelligibilité des textes français, qui n’est pas parfaite, cet enregistrement est un parfait bonheur. On y retrouve notamment le ténor Bonaventura Bottone, que je me souviens avoir vu à Covent Garden dans la production très médiocre de la comédie musicale Sweeney Todd. Mais on s’y régale surtout de la voix de la basse Jason Howard, excellent Méphisto dans Faust et Hélène.

Un petit coup de déprime ? Écoutez le Psaume 24. Effet garanti !

Mais pourquoi cette musique n’est-elle jamais programmée dans nos augustes salles de concert ?


“The Boy Friend”

Open Air Theatre, Regent’s Park, Londres • 19.8.06 à 20h
Musique, lyrics et livret : Sandy Wilson. Mise en scène : Ian Talbot. Décors et costumes : Paul Farnsworth. Chorégraphie : Bill Deamer. Direction musicale : Catherine Jayes. Avec Rachel Jerram (Polly), Joshua Dallas (Tony), Anna Nicholas (Madame Dubonnet), Steven Pacey (Percival Browne), Ian Talbot (Lord Brockhurst), Jennifer Piercey (Lady Brockhurst), Claire Carrie (Hortense), Summer Strallen (Maisie), Selina Chilton (Dulcie), Haley Flaherty (Fay), Helen Owen (Nancy),…

Boyfriend L’une des plus belles comédies musicales américaines des années 20 a été écrite… en 1953, par un Anglais, Sandy Wilson. The Boy Friend est un hommage magnifique à l’époque où Broadway pouvait se régaler de petits délices comme No, No, Nanette ou Funny Face. Toutes les conventions de l’époque y sont reprises avec amour, avec juste ce qu’il faut de second degré. La partition est un petit bijou regorgeant de charlestons, tangos, fox-trots… et autres rythmes irrésistibles. La production américaine de The Boy Friend, en 1954, fera d’ailleurs une star d’une certaine Julie Andrews.

Sur la Côte d’Azur, Madame Dubonnet dirige une école préparant les jeunes-filles anglaises de bonne famille à leur entrée dans le monde. Mais, sous ses dehors un peu sévères, elle cache un cœur en or qui permettra finalement à tout le monde, elle-même y compris, de trouver l’âme sœur avant la fin de la pièce.

Il n’y a qu’un mot pour décrire cette production du théâtre en plein air de Regent’s Park : délicieuse. Pas une faute de goût et du bonheur à haute dose, grâce à une distribution excellente, un orchestre qui sait se lâcher, et une chorégraphie pleine d’invention. Les accents français de Madame Dubonnet (excellente Anna Nicholas, déjà vue dans le rôle d’une autre Française, Solange La Fleur, dans Follies au Royal Festival Hall il y a quelques années) et de sa bonne, Hortense, sont à mourir de rire.

La météo étant assez capricieuse à Londres ce week-end, il a fallu retarder pas mal le début du troisième acte en raison de la pluie (rien n’est couvert dans ce théâtre, pas même la scène). J’ai admiré le flegme légendaire de nos amis britanniques, très éloigné des réactions hystériques provoquées par la pluie récemment à Paris. Il a plu trois fois pendant le troisième acte, en particulier pendant la dernière scène, et je dois dire que j’ai éprouvé un mélange d’admiration et de reconnaissance en voyant les comédiens continuer comme si de rien n’était. On pouvait sentir aussi la reconnaissance du public, tellement était palpable l’enchantement collectif provoqué par ce petit bijou.


“Beautiful Thing”

Sound Theatre, Londres • 19.8.06 à 15h

Je devais voir une matinée de la comédie musicale Avenue Q, mais l’horaire en ayant été déplacé de 15h à 17h, ce qui ne m’arrangeait guère, j’ai préféré me faire rembourser et en profiter pour aller voir le chant du cygne du Sound Theatre (où j’avais vu récemment The Musical of Musicals, the Musical), qui va bientôt fermer ses portes car le bâtiment qui l’abrite va purement et simplement être démoli.

Avant d’être un adorable petit film très émouvant [IMDB], Beautiful Thing est une pièce de théâtre tout aussi adorable et tout aussi émouvante de l’Anglais Jonathan Harvey. Elle est servie ici par une distribution de qualité, dans une mise en scène qui s’accomode fort bien de l’espace plus que réduit de ce tout petit théâtre.

Histoire de deux garçons qui tombent amoureux dans une banlieue anglaise de type HLM assez peu propice à ce type d’émoi, Beautiful Thing utilise abondamment des chansons de Mama Cass (dont “Sing For Your Supper”, une chanson tirée de la comédie musicale The Boys from Syracuse  de Rodgers & Hart). Le premier acte s’achève également sur une chanson de comédie musicale (utilisée aussi dans le film) : “You Are Sixteen”, tirée de The Sound of Music, de Rodgers & Hammerstein… dont une nouvelle production est en préparation à Londres.


Concert (Prom 47)

Royal Albert Hall, Londres • 18.8.06 à 19h30
London Symphony Orchestra, V. Gergiev.

Chostakovitch : L’Âge d’or (extraits)
Schnittke : Concerto pour alto (Yuri Bashmet)
Tchaïkovsky : Symphonie n°6, “Pathétique”.

Cimg2405 Mes rencontres récentes avec Gergiev (ici, ici, ou encore ici) ayant été assez enthousiasmantes, j’attendais ce concert avec une certaine impatience, d’autant que le programme avait mis mes gènes russes en éveil. Eh bien, sans parler de déception, le concert n’a pas été tout à fait à la hauteur de mes attentes.

La sélection de sept “numéros” du ballet L’Âge d’or a permis d’entendre la variété des styles de la partition, de la superbe “Danse de la Diva” à l’entracte du deuxième acte, dans lequel Chostakovitch brode autour de la chanson “Tea For Two” de Vincent Youmans (tirée de la comédie musicale No, No, Nanette de 1925). Mais déjà, par endroits, Gergiev flirte aux limites du bon goût tellement il use et abuse des ruptures dans les tempos.

Rien à dire sur le concerto de Schnittke, superbement interprété par son dédicataire et créateur, Yuri Bashmet.

Dans la symphonie de Tchaïkovsky, Gergiev prend le premier mouvement tellement lentement que les musiciens ont du mal à garder la tension. Des accélérations un peu arbitraires de ci de là ne sont pas du meilleur effet. Le deuxième mouvement est plus satisfaisant, avec son côté un peu désarticulé provenant des cinq temps par mesure. C’est le troisième mouvement qui m’a le plus dérouté. Gergiev l’a pris tellement vite que les musiciens en ont fréquemment perdu les pédales : les cors étaient souvent en retard (et pas qu’un peu), et les cordes étaient totalement détimbrées ; plus aucune couleur dans le son de l’orchestre, sauf dans les dernières mesures, prises sagement à un tempo un peu plus raisonnable. Difficile, du coup, d’entrer dans le dernier mouvement, dont le pathos était néanmoins joliment rendu.


Découverte

17.8.06

Saygun1Saygun2 À part une petite mention furtive chez David il y a quelque temps, je n’avais jamais entendu parler du compositeur turc Ahmed Adnan Saygun (1907-1991). Je viens de découvrir avec beaucoup d’intérêt deux (enfin trois) CD édités chez CPO.

L’un regroupe les deux premières symphonies de Saygun, interprétées par la Philharmonie du Land de Rhénanie-Palatinat (Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz), sous la baguette d’Ari Rasilainen. L’autre propose sur deux CD ses quatre quatuors à cordes, interprétés par l’étonnant Quatuor Danel (dont je suis en train de découvrir parallèlement une superbe intégrale des quatuors de Chostakovitch, que je recommande chaudement [label Fuga Libera]).

Saygun semble avoir été l’un des “compositeurs d’état” choisis pour accompagner la rénovation de l’état turc conduite par Atatürk. À cette fin, il a eu l’occasion de se former à la musique “occidentale”, notamment à Paris auprès de Vincent d’Indy. Il fut également marqué par une rencontre avec Bartók, grand spécialiste de l’intégration de motifs d’inspiration folklorique.

La musique de Saygun réalise une synthèse entre les canons occidentaux et l’influence de la musique populaire turque. Que ce soit dans les symphonies ou dans les quatuors, on sent que le respect des formes traditionnelles cède progressivement la place à une inspiration de plus en plus libre, nourrie de motifs rythmiques et harmoniques peu habituels dans la musique occidentale.

Je suis particulièrement touché par le troisième quatuor, de forme très libre, qui est à la fois éthéré, élégiaque, onirique… très expressif et coloré, combinant une légèreté de ton avec une certaine gravité récurrente.


En passant par LA

15.8.06

Malgré mon passage éclair à Los Angeles, j’ai pris le temps :

  • de photographier sous toutes les coutures le Walt Disney Concert Hall, un petit chef d’œuvre de l’architecte Frank Gehry, qui était encore en construction lors de ma précédente visite,
  • de visiter (merci Fran) les studios de la Fox… ou ce qu’il en reste… avec notamment ce petit bout de rue de New York construit spécialement pour le tournage de Hello, Dolly!

“Curtains”

Ahmanson Theatre, Los Angeles • 13.8.06 à 19h30
Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb, John Kander & Rupert Holmes. Livret : Rupert Holmes, d’après un concept original de Peter Stone. Mise en scène : Scott Ellis. Chorégraphie : Rob Ashford. Avec David Hyde Pierce (Lieutenant Frank Cioffi), Debra Monk (Carmen Bernstein), Karen Ziemba (Georgia Hendricks),…

Curtains John Kander et Fred Ebb sont des légendes de Broadway. Ce sont notamment les auteurs de Cabaret (1966), Chicago (1975) ou encore Kiss of the Spider Woman (1993). Ils avaient depuis longtemps dans leurs cartons un projet de comédie musicale, Curtains, dont l’intrigue démarre avec un meurtre commis sur la scène d’un théâtre à la fin d’une représentation d’une comédie musicale. (Oui, la pièce de théâtre dans la pièce de théâtre a toujours été un sujet porteur.) L’inspecteur de police local débarque : il est bien sûr fasciné par le théâtre et va boucler tout le monde dans le théâtre, le temps d’élucider le meurtre.

Fred Ebb et Peter Stone (le librettiste) sont morts avant qu’une production de Curtains ne voie le jour. John Kander s’est donc associé à un nouveau collaborateur, Rupert Holmes, pour achever l’œuvre et la montrer au public. C’est ainsi qu’une production a été montée à Los Angeles, avec sans doute l’espoir de la transférer ultérieurement à New York.

Je suis arrivé avec le désir très fort d’aimer Curtains. Mais mon souhait n’a été réalisé qu’à moitié. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une œuvre intelligente, largement au-dessus de la moyenne actuelle, mais il lui manque des moments forts et, en particulier, deux ou trois chansons inoubliables. Le livret est de surcroît assez faible et a occasionnellement recours à un type d’humour quasiment potache. La distribution est solide, mais il manque sans doute quelques personnalités fortes qui brûlent les planches.

Curtains est une œuvre attachante, mais elle est loin d’égaler les gros succès de Kander et Ebb. Il faut reconnaître que cette version n’est pas aidée par une mise en scène assez fade et un chorégraphie peu inspirée (j’avais pourtant apprécié la chorégraphie d’Evita à Londres, qui est du même Rob Ashford).


“Gypsy”

Festival de Ravinia (Illinois) • 12.8.06 à 19h30
Musique : Jule Styne. Lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Arthur Laurents. Mise en scène : Lonny Price. Chicago Symphony Orchestra, Paul Gemignagni. Avec Patti LuPone (Rose), Jack Willis (Herbie), Jessica Boevers (Louise).

Gypsy Demandez à des amateurs de comédie musicale quelles sont les “meilleures” comédies musicales de tous les temps, et il y a des chances que Gypsy figure dans le trio de tête, si ce n’est à la première place. Créée originellement en 1959, Gypsy raconte de manière romancée l’enfance et les premiers succès de Gypsy Rose Lee (1911-1970), l’une des grandes vedettes d’un genre théâtral aujourd’hui disparu que l’on appelait le “burlesque” et dont le strip-tease était l’une des composantes principales. Plus exactement, Gypsy se concentre sur Rose, la mère de Gypsy Rose Lee, une mère dominatrice et ambitieuse, qui pousse ses filles à réaliser les rêves qu’elle-même n’a jamais pu concrétiser.

Gypsy a une partition signée de Jule Styne, l’un des plus grands génies de Broadway, des lyrics du brillant Stephen Sondheim et un livret du non moins brillant Arthur Laurents. Le rôle de Rose a été créé par Ethel Merman, l’un des derniers grands monstres sacrés de Broadway. Ce n’est pas un rôle facile à reprendre : la dernière production new-yorkaise, avec Bernadette Peters dans le rôle principal, n’a pas eu le succès escompté bien qu’elle fût de qualité.

Ravinia C’était donc avec une certaine trépidation que je me suis rendu à Ravinia, dans la banlieue nord de Chicago, où se tient tous les étés un festival en plein air faisant une place à la musique, à la danse, au cinéma, etc. (Il existe des équivalents à Tanglewood, dans la banlieue de Boston, et à Wolf Trap, dans la banlieue de Washington.) J’avais bon espoir, car cette production de Gypsy était confiée à des personnes talentueuses : le metteur en scène Lonny Price et la diva Patti LuPone (célèbre avant tout par sa prestation dans Evita, comme je le rappelais ici).

Le résultat était tout simplement splendide. J’ai eu la chance (merci Harriet) de voir le spectacle en plein milieu du troisième rang, alors qu’il y a 4000 places assises à Ravinia, plus le double sur les pelouses environnantes, d’où on ne voit d’ailleurs quasiment rien. La très bonne surprise de la soirée est venue de l’interprétation sans faute du Chicago Symphony Orchestra, dans une partition pourtant écrite dans un idiome qui ne lui est pas totalement familier ; il faut sans doute y voir en partie la touche du génial Paul Gemignani, l’un des grands chefs de comédie musicale, dont je disais d’ailleurs un mot ici.

Pour le reste, c’était la perfection : distribution uniformément parfaite, mise en scène idéale, avec une Patti LuPone survoltée et charismatique à souhait, nous proposant une Rose haute en couleurs, humaine et vulnérable (une interprétation dont la créatrice du rôle, Ethel Merman, n’était pas capable). Un très grand moment de théâtre musical.


“Studio”

Theatre Building Chicago • 12.8.06 à 9h
Musique, lyrics et livret : Charles Strouse. Mise en scène : Steve Scott.

Charles Strouse est un personnage historique de Broadway. Comme compositeur, il a connu de gros succès (Bye Bye Birdie en 1960, Golden Boy en 1964, Applause en 1970 et surtout Annie en 1977) mais aussi un assez grand nombre de flops (Dance a Little Closer, Rags, Nick and Nora), qui pourtant ont tous en commun de posséder des partitions magnifiques.

Strouse nourrit depuis quelques années un projet pour lequel il a décidé d’écrire le livret et les lyrics en plus de la musique. Studio est l’histoire d’un jeune-homme qui a organisé un petit récital pour rendre hommage à son grand-père compositeur de comédies musicales. Il y rencontre une jeune-fille qui a retrouvé le livret d’une œuvre inachevée de son grand-père. Ils commencent à lire l’œuvre et à l’interpréter en se faisant aider des gens qui passent par là. Petit à petit, l’œuvre prend vie sur scène. Mais elle est inachevée, et la “pièce dans la pièce” se termine abruptement. Le jeune-homme rend alors un dernier hommage à son grand-père en improvisant une fin qui lui permettra, au passage, d’affirmer son identité au sein d’une famille qui a du mal à l’accepter tel qu’il est. La jeune-fille, avec qui il a pourtant beaucoup d’atomes crochus, ne lui tombe pas dans les bras à la fin car elle reste fidèle à son fiancé : “he doesn’t get the girl, but he gets the song”, conclut joliment le livret.

On sent que Charles Strouse a mis beaucoup de lui-même dans Studio, qu’il peaufine et réécrit depuis plusieurs années. Ce seul point suffit à rendre l’expérience très touchante, d’autant que la qualité moyenne de la distribution était excellente. Difficile d’imaginer quel avenir peut avoir Studio. Il s’agissait ici d’une “lecture” dans le cadre d’un petit festival visant à donner leur chance à des œuvres nouvelles, mais deux productions régionales ont déjà eu lieu… et on peut imaginer qu’il y en ait bien d’autres.

Nous avons pu discuter un peu avec Charles Strouse après la représentation. C’est un homme absolument adorable, dont l’insécurité est touchante pour un homme de 78 ans qui a contribué à écrire quelques pages particulièrement marquantes de l’histoire de la comédie musicale.


“Do Black Patent Leather Shoes Really Reflect Up?”

Theatre at the Center, Munster (Indiana) • 11.8.06 à 20h
Musique et lyrics : James Quinn et Alaric Jans. Livret : John R. Powers, d’après son roman du même titre. Mise en scène : William Pullinsi.

Shoes Cette petite comédie musicale évoque les souvenirs que son librettiste, John R. Powers, a gardés de son éducation dans les établissements catholiques de Chicago. C’est une œuvre sans prétention, dotée d’une bonne dose de nostalgie et d’humour, ainsi que d’une partition très agréable. Une tentative de production à Broadway a fait un énorme flop en 1982 (5 représentations et 15 avant-premières), mais c’est dans les petits théâtres régionaux que Black Patent Leather Shoes a trouvé sa place.

Le titre se réfère au conseil donné par les sœurs aux élèves féminines : ne portez pas de chaussures vernies, car elles réfléchissent ce qu’il y a au-dessus. Il y en a d’ailleurs d’autres dans la pièce : ne portez pas de colliers de perles, car elles réfléchissent ce qu’il y a en-dessous. Et n’acceptez pas d’invitation à dîner dans un restaurant où les nappes sont blanches, car cela rappelle trop les draps d’un lit aux hommes ; or les hommes n’ont que deux appétits : la faim et le sexe ; lorsqu’ils ont satisfait l’un, ils ont envie de satisfaire l’autre ; c’est pour ça que beaucoup de viols ont lieu à proximité d’un restaurant…

Le Theatre at the Center est le seul théâtre de l’Indiana qui emploie des comédiens professionnels du syndicat “Equity”. Il se considère d’ailleurs comme un théâtre du Grand Chicago. Il s’agit bien sûr d’un petit théâtre, aux petits moyens, ce qui porte un peu préjudice à la partition, qui est l’élément le plus intéressant de l’œuvre (le CD qui préseve la version Broadway avec la plupart des comédiens originaux est très prisé). Les comédiens sont généralement bons, voire très bons, avec une mention spéciale pour Iris Lieberman, qui joue la sœur Lee de manière particulièrement truculente.