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Posts from July 2006

“Elgar”

DVD • 30.7.06 à 21h

Elgar_1 Le metteur en scène Ken Russell a réalisé un nombre assez conséquent de films consacrés à des compositeurs. Si Mahler (1974) est un film cinématographique clairement présenté comme une évocation libre du compositeur, ce Elgar, en revanche, est une réalisation télévisuelle plus proche du registre du documentaire. Il fut d’ailleurs diffusé pour la première fois en 1962 dans la très sérieuse émission Monitor de la BBC, pour en célébrer le centième numéro.

Mais Russell ne se sent pas du tout contraint de s’en tenir aux seuls faits historiquement vérifiables. Il n’existait d’ailleurs à l’époque quasiment aucun travail sérieux sur la vie et la carrière d’Edward Elgar. Le résultat est donc bourré d’approximations et d’erreurs factuelles, mais cela ne lui enlève rien de sa force.

Elgar deviendra l’un des plus gros succès de la BBC, permettra à Russell d’acquérir ses galons de metteur en scène “sérieux”... et, surtout, sera à l’origine de la redécouverte d’Elgar, compositeur quasiment oublié dans son propre pays.


Marseille

29.7.06

Vport_1 Il y a de quoi s’émerveiller à New York, à Hong-Kong ou à Kyoto… mais parfois, on a à sa porte des paysages somptueux qui suscitent au moins autant d’émotion.


Alvin Ailey American Dance Theater

Archives Nationales, Hôtel de Rohan/Soubise, Paris • 27.7.06 à 22h

Night Creature (Alvin Ailey [1974], musique : Duke Ellington)
Solo (Hans van Manen [1997], musique : J.-S. Bach)
Love Stories (Judith Jamison, Robert Battle, Rennie Harris [2004], musique : Darrin Ross / Stevie Wonder)
Caught (David Parsons [1982], musique : Robert Fripp)
Revelations (Alvin Ailey [1960], musique : negro spirituals)

Dernière représentation parisienne de la légendaire compagnie Alvin Ailey, créée dans les années 1950… et expérience assez inoubliable. Les danseurs, extraordinaires d’expressivité et de versatilité, dégagent un enthousiasme communicatif qui ne peut que rendre heureux.

Night Creature évoque l’ambiance exquise, presque lascive, d’un jazz club… et révèle assez clairement l’une des influences qui ont contribué à façonner le style d’Alvin Ailey, celui de Jack Cole, un grand chorégraphe de comédie musicale à Broadway, qui eut également une énorme influence sur le légendaire Bob Fosse… dont je trouve le style pas totalement étranger à celui d’Ailey.

Solo, une pièce pour trois danseurs, contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, est une ébouriffante démonstration de virtuosité discrète. Love Stories est par certains côtés une version contemporaine de Night Creature. C’est aussi le ballet dans lequel j’ai eu le plus de mal à rentrer, même s’il s’achève sur une irrésistible apothéose.

Caught découle d’une idée géniale : utiliser une lumière stroboscopique, de manière à présenter ce qui apparaît comme une succession de clichés instantanés... agencés de telle sorte que le danseur (remarquable Clifton Brown) semble littéralement suspendu en l’air. Quand je dis que l’idée est géniale, le mot est faible. La mise en place exige une précision millimétrique. Malheureusement, il n’est pas possible de “faire le noir” dans une salle en plein air, même après la tombée de la nuit… et la lumière ambiante était telle que l’on voyait beaucoup trop les mouvements du danseur entre les éclairs du stroboscope. Du coup, l’essentiel de l’effet est perdu.

Revelations, enfin, est un peu la signature de la compagnie. Elle s’achève sur une scène pleine de lumière et d’énergie positive, conclusion parfaite à une superbe soirée.


Un coup pour rien…

26.7.06

Après moult tergiversations, j’avais finalement décidé d’aller voir le spectacle de la troupe Alvin Ailey dans le jardin des Archives Nationales, en partie après lu le compte rendu de zvezdo.

L’affaire ne commençait pas très bien, vu que j’avais dû quitter mon bureau climatisé et braver la chaleur tropicale de début d’après-midi pour aller chercher mon billet à la Fnac.

Un quart d’heure environ avant le début de la représentation, vers 21h40, les bourrasques de vent commencent. Elles sont assez violentes : on s’en prend plein les yeux ; les machinos ouvrent le rideau, qui offre trop de prise au vent ; les pendrillons et le cyclo sont bien secoués. On nous annonce que le début du spectacle est retardé pour attendre que le vent se calme un peu.

Dix minutes plus tard, on demande aux quatre premiers rangs (dont je suis) d’abandonner leurs places parce qu’il va pleuvoir (la salle est couverte, mais les premiers rangs restent exposés)... et parce que les techniciens souhaitent descendre la perche d’avant-scène, à laquelle sont fixés des taps faisant office de manteau de scène. Bien que tout ait l’air particulièrement bien arrimé, la manœuvre est salutaire, car une barre de métal servant à lester les taps tombe bruyamment sur la scène !

Le temps passe et certains commencent à manifester leur impatience. Moi qui suis d’habitude plutôt zen, je m’engueule avec une dame qui commence à s’en prendre aux ouvreurs, à dire que c’est un scandale (qu’il y ait un orage ?)... et je finis par la traiter à voix bien haute de grosse hystérique. Heureusement, je vois des visages approbateurs autour de moi, car je me suis sans doute un peu trop emporté (elle n’était pas si grosse).

Finalement, le vent étant tombé et la pluie s’étant quasiment arrêtée, on nous annonce que le spectacle démarrera à 23h avec un programme raccourci à une heure. Parfait ! Sauf qu’une autre grosse hystérique descend devant la scène et organise la claque pour réclamer l’annulation du spectacle ! Elle réussit à mobiliser un vingtaine d’excités, mais ça a l’air de décontenancer totalement les organisateurs. J’envisage bien de mener la contre-révolution, mais mon courage me fait défaut. Annonce : “À la demande générale, nous annulons le spectacle.”

Quelle demande générale ? Autour de moi, tout le monde est consterné. Comme souvent, la majorité impuissante et bêtement silencieuse s’est laissé dicter sa loi par une minorité de crétins excités. Nous sommes nombreux à quitter tristement les lieux, bien obligés de constater que la pluie s’est quasiment arrêtée et qu’il n’y a plus de vent. À supposer que le séchage de la scène ait été efficace, rien ne s’opposait réellement à ce spectacle réduit. (Je serais l’assureur du spectacle, je rechignerais pas mal à prendre en charge, du coup.)

En rentrant, j’ai repris une place pour demain. Espérons que les circonstances seront plus favorables… et que les crétins resteront chez eux.


Prom n°13 via Internet

24.7.06

Le coup d’envoi des Proms 2006 a été donné il y a dix jours exactement. En attendant d’assister à deux des concerts sur place (la Prom n°47 et la Prom n°65), je profite de la mise en ligne des enregistrements par la BBC : les concerts peuvent être écoutés pendant une semaine après chaque représentation.

Ce soir, je me régale de la première partie de la Prom n°13, qui s’est tenue hier dimanche 23 juillet à 19h. Le BBC National Orchestra of Wales, dirigé pour la dernière fois par Richard Hickox, a interprété :
- l’ouverture de concert In the South (1904) d’Edward Elgar (1857-1934) ;
- la remarquable Colour Symphony (1922) d’Arthur Bliss (1891-1975).


“What the Universe Tells Me”

DVD • 23.7.06 à 18h

Mahler3 Un documentaire assez réussi sur la troisième symphonie de Mahler. Divers experts (dont Henry-Louis de La Grange) apportent leurs lumières sur la genèse et la construction de la symphonie, s’appuyant en bonne partie sur les indications données par Mahler dans son manuscrit, et en particulier sur les titres des mouvements, finalement supprimés par le compositeur pour rendre un peu de liberté à sa propre musique.

Évidemment, il faut supporter les images de volcans en éruption et d’oiseaux prenant leur envol, mais elles ne sont au fond pas si mal adaptées à ce qui, semble-t-il, animait Mahler lorsqu’il composait. Le DVD contient également une dizaine de mini-documentaires d’environ cinq minutes chacun, qui apportent des éclairages complémentaires sur le sujet... et qui sont presque plus intéressants que le documentaire principal.


“Москва, Черемушки”

Coliseum (English National Opera), Londres • 22.7.06 à 19h30
Moscow, Cheryomushki, Chostakovitch. Orchestre et troupe du Théâtre Mariinski, V. Gergiev.

Heureux Londoniens ! Pendant une dizaine de jours, les troupes de ballet et d’opéra du Théâtre Mariinski leur proposent un festival entièrement consacré à Chostakovitch, avec notamment des bijoux comme The Golden Age ou Katerina Ismaïlova.

Moscow, Cheryomushki est une opérette satirique de 1958 sur la crise du logement dans la région de Moscou, lorsque Khroutchev faisait démolir les vieux immeubles de la la ville tandis que la désorganisation des administrations publiques ralentissait la construction des immeubles — fort laids — censés accueillir les personnes déplacées. Quand on connaît un peu les difficultés que Chostakovitch a rencontrées avec le régime soviétique, il est étonnant que cette œuvre soit passée entre les mailles du filet… même si le régime de Khroutchev était un peu plus tolérant à l’égard de la création artistique.

La partition de Moscow, Cheryomushki est truffée d’airs sympathiques et bondissants, caractéristiques d’une capacité à écrire de la musique simple mais pas simpliste. C’est un bonheur total que d’entendre cette musique interprétée aussi bien par un orchestre et une troupe qui débordent de talent et d’énergie. Gergiev est vraiment une force centrale de notre monde musical. Il prendra dans quelques mois la direction musicale du London Symphony Orchestra. Encore du bonheur en perspective…


“Turandot”

Royal Opera House, Londres • 22.7.06 à 13h
Giacomo Puccini (1926).

Direction : Stefan Soltesz. Mise en scène : Andrei Serban. Décor : Sally Jacobs. Avec Audrey Stottler (Turandot), Yu Qiang Dai (Calaf), Susan Gritton (Liù), Arutjun Kotchinian (Timur), Quentin Hayes (Ping), Nikola Matisic (Pang), Robert Murray (Pong),...

Turandot

Cette production de Turandot est, me semble-t-il, au répertoire du Royal Opera depuis les années 1970 et est considérée comme un classique indémodable. Sans doute à juste titre. Malgré un certain manque de subtilité (les chanteurs se retournent presque toujours vers le public pour chanter), la mise en scène est respectueuse de l’œuvre et la met joliment en valeur. Pour une fois, nous échappons avec un certain plaisir à la transposition en hôpital psychiatrique ou à une Turandot secrètement lesbienne et follement amoureuse de Liù.

J’avoue : j’adore la partition de Turandot... et c’est un véritable festin musical que nous a proposé l’orchestre du Royal Opera, sous la baguette experte de Stefan Soltesz. Les trompettes étaient particulièrement saisissantes.

Cette représentation est la dernière d’une série au cours de laquelle ont alterné deux distributions, celle d’aujourd’hui étant sur le papier la moins “prestigieuse” (c’est Ben Heppner qui jouait Calaf dans l’autre). Mais la Turandot d’Audrey Stottler était fort convaincante, malgré des aigus un peu laborieux... et le Calaf de Yu Qiang Dai tout à fait remarquable. C’est un peu étonnant de voir un “vrai” Chinois au milieu de cette chinoiserie passée à la moulinette de la comedia dell’arte (l’inspiration originalle de Turandot est une pièce de Carlo Gozzi)... surtout qu’en fermant les yeux, on a un peu l’impression d’entendre un ténor de l’école italienne du type Pavarotti. Distribution impeccable pour le reste, avec en particulier une Liù magnifique et un trio Ping-Pang-Pong très réussi.

Quel plaisir de voir la variété du public de Covent Garden ! Tous les âges, tous les looks y sont représentés. La direction actuelle semble faire de gros efforts pour “ouvrir” le plus possible la maison. Une représentation de Turandot, il y a quinze jours, a d’ailleurs été diffusée sur une quinzaine d’écrans géants disposés aux quatre coins de la Grande-Bretagne.


En transe…

21.7.06

Poulenc J’avais oublié l’effet que les concertos de Poulenc ont sur moi. J’ai passé la soirée en transe à écouter le concerto pour deux pianos, que j’avais trop négligé ces derniers temps. Le “son Poulenc”, avec ses couleurs si particulières, me fascine. Idéal pour marquer la séparation entre la semaine de travail et le week-end…


L’invasion des sabots en plastique

17.7.06

Sabots_1 Au secours ! Ils sont déjà partout à New York ! Je propose de mettre en place un dispositif de veille sanitaire extrêmement réactif afin d’annihilier dans l’œuf toute tentative de nidification de ce côté de l’Atlantique.


Les métamorphoses de Manhattan

16.7.06

8and46 New York semble posséder une capacité infinie à se réinventer sans cesse, à n’être à chaque visite ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même. Les vieux immeubles (pas toujours très beaux, il faut bien le reconnaître) ont tendance à disparaître chaque fois qu’un promoteur réussit à racheter tout un pâté de maison. Cela vient de se produire à l’intersection de la 8ème avenue et de la 46ème rue ouest : il ne reste plus qu’un grand espace vide. Le “block” du côté sud de la même 46ème rue semble en bonne voie de connaître le même sort si l’on doit en juger par le nombre de commerces fermés et de maisons condamnées.

Times_2 Un peu plus au sud, le New York Times construit son nouveau siège, toujours sur la 8ème avenue, entre la 40ème et la 41ème rues ouest, face à l’imposant et laid terminal routier. C’est un choix courageux de s’installer à la limite ouest du périmètre “nettoyé” (certains diraient “aseptisé”) que les maires successifs se sont efforcés d’établir autour de Times Square. Le bâtiment, conçu par Renzo Piano, se trouve dans un état de construction très avancé. Il dégage incontestablement une impression de rigueur et de sérieux qui sied merveilleusement à cette institution new-yorkaise — parfois chahutée — qu’est le Times. La transparence semble également avoir été l’un des leitmotive de la conception du bâtiment.

Oldtimes_1 Incidemment, en visitant la vénérable New York Public Library (le bâtiment historique à l’intersection de la 5ème avenue et de la 42ème rue), je suis tombé sur une représentation de l’immeuble dans lequel le Times installa son siège en 1904, donnant ainsi à ce qui n’était alors connu que comme “Longacre Square” le nom qu’on lui connaît aujourd’hui : Times Square. Bien que le Times l’ait quitté depuis longtemps (son siège se situe actuellement dans un immeuble de la 43ème rue... en attendant de gagner le nouveau bâtiment de Piano), l’immeuble est encore là. Il s’appelle maintenant One Times Square et sert en quelque sorte de panneau d’affichage géant. Ce qu’on en distingue est de toute façon méconnaissable car la couverture extérieure a été complètement refaite lorsque le Times a cédé l’immeuble en 1961. C’est de cet immeuble que l’on fait descendre chaque 31 décembre la boule lumineuse qui marque le passage d’une année à l’autre.

Tkts Times Square est d’ailleurs peut-être de tous les quartiers de New York celui qui semble changer le plus vite. Cette impression est vraisemblablement due au renouvellement rapide des panneaux publicitaires. Une zone au nord de Times Square, délimitée par la 7ème avenue, Broadway et les 46ème et 47ème rues, est actuellement en travaux. C’est là que se dressaient depuis 1973 les barraques pas très élégantes du tkts, cette autre institution new-yorkaise qui propose des billets de spectacle à tarif réduit (généralement de 50%) pour le soir-même. Les guichets du tkts sont déplacés temporairement au rez-de-chaussée de l’hôtel Marriot Marquis pendant qu’un nouvel aménagement est construit : les futurs guichets seront nichés sous un gigantesque escalier ne conduisant à nulle part...

Hearst1 Hearst2 Si l’on remonte un peu vers le nord et que l’on regagne la 8ème avenue dont nous étions partis, on tombe, au coin de la 57ème rue ouest, sur la Hearst Tower, siège de l’un des grands groupes de presse américains. Le bâtiment, qui vient d’être achevé, a été conçu par Norman Foster et présente la particularité remarquable d’avoir été “posé” sur le bâtiment d’origine, dont la façade a été conservée. Sort intéressant pour un bâtiment qui avait été conçu comme la base d’un gratte-ciel jamais construit pour cause de crise économique. Quoi qu’on pense de sa cohabitation avec son ancêtre, le bâtiment de Foster est racé, élégant... et la juxtaposition des motifs triangulaires crée l’impression d’un irrésistible mouvement ascendant.

Hearst Le hasard faisant parfois bien les choses, je suis aussi tombé à la New York Public Library sur une peinture du Hearst Building originel.


“The Drowsy Chaperone”

Marquis Theatre, New York • 15.7.06 à 20h
Musique et lyrics : Lisa Lambert et Gerg Morrison. Livret : Bob Martin et Don McKellar. Mise en scène : Casey Nicholaw. Avec Bob Martin (Man in Chair), Sutton Foster (Janet Van De Graaff), Troy Britton Johnson (Robert Martin), Beth Leavel (The Drowsy Chaperone), Danny Burstein (Aldolpho), Lenny Wolpe (Feldzieg), Jennifer Smith (Kitty), Georgia Engel (Mrs. Tottendale), Noble Shropshire (Underling), Eddie Korbich (George), Jason Kravits et Garth Kravits (les gangsters), Stacia Fernandez (Trix) [“understudy”–remplaçante].

Drowsy Un concentré de bonheur. The Drowsy Chaperone commence dans le noir, sans ouverture. Une voix : “Je hais le théâtre.” La voix appartient au personnage de “Man in Chair”, un homme passablement maniéré qui vit parmi les 33 tours de ses comédies musicales fétiches. Il propose au public de partager avec lui l’écoute de la comédie musicale The Drowsy Chaperone, censée avoir été créée en 1928 au Morosco Theatre (l’un des quatre théâtres détruits dans les années 1980 pour construire l’hôtel Marriot Marquis, dont le Marquis Theatre fait partie !)

“Man in Chair” met le 33 tours de The Drowsy Chaperone sur son tourne-disques... et le spectacle commence à prendre vie autour de lui alors que le décor de son appartement se transforme de manière assez spectulaire. Le narrateur nous guide à travers les scènes et les personnages, nous parle des vedettes censées avoir créé la pièce... sans jamais interagir avec eux, bien sûr, sauf lorsqu’il interrompt le spectacle en levant l’aiguille de son tourne-disques.

Le narrateur communique remarquablement son attachement pour une forme de spectacle qui privilégie le divertissement sans céder à la tentation du spectaculaire. Il reconnaît volontiers que l’intrigue de The Drowsy Chaperone ne tient pas toujours la route, que les comédiens sont parfois plus guidés par leur ego que par leur rôle... mais il est évident qu’il prend à l’expérience un grand plaisir qu’il parvient parfaitement à nous faire partager.

On se laisse facilement entraîner par l’humour de l’écriture et par les moments d’émotion du monologue de “Man in Chair”. La partition est un petit bijou de musique “à la manière des années 20”. La distribution est superbe, à l’exception possible de Sutton Foster, dont je n’ai jamais compris la fascination qu’elle semble exercer sur le public. J’ai particulièrement apprécié la performance de Beth Leavel, que j’avais déjà trouvée superbe dans 42nd Street. Mais on se rend vite compte que c’est la qualité de l’interprétation du rôle de “Man in Chair” par Bob Martin qui est le socle sur lequel tout se construit.

J’avais beaucoup écouté le CD du spectacle ces dernières semaines et y avait pris tellement de plaisir que je craignais d’être déçu par le spectacle. Bien au contraire, ce fut une magnifique surprise.


“The Lieutenant of Inishmore”

Lyceum Theatre, New York • 15.7.06 à 14h
Une pièce de Martin McDonagh. Mise en scène : Wilson Milan. Avec Domhnall Gleeson (Davey), Peter Gerety (Donny), Brian Avers (Padraic) [“understudy”–remplaçant], Jeff Binder (James), Alison Pill (Mairead), Andrew Connolly (Christy), Dashiell Eaves (Joey), David Wilson Barnes (Brendan).

Inishmore Mais comment nettoient-ils le décor entre les représentations ?

Depuis dix ans, l’auteur anglo-irlandais Martin McDonagh multiplie les comédies noires comme The Beauty Queen of Leenane, The Cripple of Inishmaan ou, plus récemment, The Pillowman. Dans The Lieutenant of Inishmore, Padraic, lieutenant autoproclamé d’une faction dissidente de l’IRA, est interrompu au milieu d’une séance de torture par un appel de son père, qui lui annonce que son meilleur ami est malade. Son meilleur ami, en réalité, est son chat... et il n’est pas malade, mais mort, tué par d’autres partisans de l’IRA qui veulent faire revenir Padraic chez lui. La suite n’est qu’une vaste escalade dans la violence. Il y a tellement de sang sur scène à la fin que les comédiens ont du mal à ne pas glisser.

La pièce de McDonagh est tout sauf une analyse politique de la question irlandaise. C’est avant tout une comédie extrêmement bien écrite (avec une fin très réussie), qui exploite à merveille l’idée d’un personnage principal capable à la fois de tuer à tour de bras et de s’effondrer en sanglots lorsqu’il apprend la mort de son chat bien-aimé. C’est du grand-guignol de premier choix... même si la mise en scène en rajoute sans doute un peu trop au rayon “gore”. Les répliques sont de l’orfévrerie comique... comme lorsque l’un des personnages, au milieu d’une scène extrêmement violente, fait remarquer à celui qui lui pointe une arme sur la tempe avec l’intention assez claire de le tuer, que sa dernière phrase ne veut rien dire.

Je dois dire que j’ai été scotché par l’interprétation de Brian Avers dans le rôle de Padraic. C’est un “understudy” pour cinq des rôles de la pièce, c’est-à-dire qu’il doit être capable, à chaque représentation, de remplacer — parfois avec une demie-heure de prévenance — l’un des comédiens qu’il “couvre” en cas d’indisponibilité. Arriver à jouer de manière aussi réussie un rôle aussi difficile en n’en étant pas le titulaire relève à mon sens d’un talent vraiment précieux. Bravo !


“[title of show]”

Vineyard Theatre, New York • 14.7.06 à 20h
Musique et lyrics : Jeff Bowen. Livret : Hunter Bell. Mise en scène : Michael Berresse. Avec Hunter Bell (Hunter), Susan Blackwell (Susan), Heidi Blickenstaff (Heidi), Jeff Bowen (Jeff).

Tos [title of show] est un petit spectacle à quatre personnages, remarqué pour la première fois au “New York Musical Theatre Festival” en 2004. Le propos est simple : il traite des angoisses de deux auteurs de comédie musicale qui ont trois semaines pour écrire une œuvre originale pour le New York Musical Theatre Festival. Auto-référentiel ? À peine...

Le concept est amusant. Le traitement, plein d’humour et d’auto-dérision, rend les personnages très attachants, d’autant que l’interprétation par les auteurs eux-mêmes est de très bonne qualité. Certes, le texte — surtout au début — est bourré d’allusions à l’histoire et à l’actualité de la comédie musicale qui ne sont décryptables que par une fraction très limitée du public... mais c’est justement cette fraction du public qui semble s’être précipitée pour voir le spectacle.

La faiblesse intrinsèque de [title of show] provient de l’épuisement assez rapide du concept central (une comédie musicale sur deux auteurs en train d’écrire cette même comédie musicale) après la première demie-heure. Mais elle n’empêche pas de passer une très bonne soirée en compagnie de personnages que l’on ne peut s’empêcher de trouver fort sympathiques.


Exposition “Full House”

The Whitney Museum of American Art, New York • 14.7.06 à 14h30

Le Whitney, le musée new-yorkais consacré à l’art contemporain américain, fête son 75ème anniversaire cette année (et se pose de plus en plus de questions métaphysiques sur ce qu’est l’art “américain” dans notre monde sans frontières). À cette occasion, il propose une exposition mettant en valeur quelques pièces issues de son fonds, organisées autour de quelques thèmes fédérateurs.

Je me suis surtout attardé à l’étage consacré à Edward Hopper, l’artiste de loin le plus représenté dans la collection permanente du Whitney en raison de la dation effectuée par sa veuve. Un assez grand nombre d’œuvres de jeunesse, dont une large partie réalisée à Paris, permet de voir émerger progressivement le style très caractéristique de Hopper.

Office De sa “maturité”, les conservateurs ont choisi d’exposer surtout des œuvres très connues. Les scènes urbaines ne cesseront jamais de me fasciner : dans Office at Night, par exemple, nous assistons à une scène qui semble tout droit sortie d’un film noir, et dont nous serions les témoins presque par accident. Mais l’histoire de ces deux personnages reste bien mystérieuse. Que font-ils dans ce bureau ? Préparent-ils un mauvais coup ? Serions-nous les témoins d’une liaison extra-conjugale ? Toutes nos questions, bien sûr, restent sans réponse.

Movie_1 Dans l’une des salles, la toile New York Movie, elle aussi porteuse d’une histoire bien mystérieuse, est entourée d’une trentaine d’esquisses et de dessions préparatoires. C’est tout l’intérêt d’une aussi vaste collection de pouvoir ainsi replonger l’œuvre dans le contexte de sa création.

Parmi les autres pièces exposées, on remarque particulièrement The Ballad of Sexual Dependency, un diaporama de 45 minutes en musique de Nan Goldin (dont le titre est emprunté à la comédie musicale The Threepenny Opera), dont les juxtapositions d’images sont particulièrement prégnantes.


Exposition Zaha Hadid

Guggenheim Museum, New York • 14.7.06 à 10h30

Hadid Née à Baghdad en 1950, installée à Londres, Zaha Hadid est la seule femme a avoir reçu (en 2004) le Pritzker Prize, généralement décrit comme “le Prix Nobel d’architecture”. Le Guggenheim propose une rétrospective de son travail, installée dans le magnifique bâtiment de Frank Lloyd Wright.

On y découvre d’abord les nombreux dessins de Hadid, considérée au début de sa carrière comme une “architecte sur papier”, dont les dessins n’avaient que peu de chance de se transformer en réalisations concrètes tant ils semblaient défier les lois de l’architecture et de la physique. C’est que Zaha Hadid semble considérer que l’architecte a le devoir de s’affranchir des angles droits, des surfaces planes... et plus généralement de tout ce qui évoque un quelconque statisme. Elle se voit comme une architecte du mouvement... et ses dessins sont d’ailleurs frappants en ce qu’ils s’affranchissent d’un point de vue unique et représentent les édifices simultanément sous plusieurs angles différents. Pas étonnant, donc, que Hadid ait pu passer pour une illuminée.

Et pourtant, lorsqu’elle remporte un concours pour concevoir un club de loisir à Hong-Kong en 1982, Zaha Hadid commence à être prise au sérieux. Ses réalisations sont aujourd’hui nombreuses ; ses projets, encore plus. Il est toujours délicat de présenter les réalisations d’un architecte dans le cadre d’une exposition... et le défi est encore plus grand quand il est évident que, comme c’est le cas pour Hadid, ces réalisations ne peuvent être totalement comprises “qu’en vrai” dans leur infinie plasticité. On est d’ailleurs frappé par le nombre très élevé de dessins et d’études que l’équipe de Zaha Hadid réalise pour chacun de ses projets : le point de vue unique n’a pas de sens pour une architecte pour qui tout est mouvement.


“The History Boys”

Broadhurst Theatre, New York • 13.7.06 à 20h
Une pièce d’Alan Bennett. Mise en scène : Nicholas Hytner. Avec Richard Griffiths (Hector), Stephen Campbell Moore (Irwin), Samuel Barnett (Posner), Dominic Cooper (Daikin),...

Hboys La pièce The History Boys a triomphé à Londres, où je n’avais pas réussi à la voir, avant d’être importée à Broadway dans sa mise en scène et avec sa distribution originelles. Elle vient d’être récompensée par six Tony Awards, dont celui de la meilleure pièce de la saison, celui du meilleur premier rôle masculin pour Richard Griffiths et celui du meilleur second rôle féminin pour Frances de la Tour.

C’est une pièce dont on sort impressionné par la virtuosité de l’écriture, mais aussi assez perturbé. Car cette histoire de quelques garçons que l’on prépare à passer les examens d’entrée des établissements prestigieux de Cambridge et d’Oxford dans un lycée anglais des années 1980 n’évoque pas seulement le style peu orthodoxe de leur professeur Hector, convaincu de l’inutilité d’un enseignement ne visant qu’à bourrer des crânes. Elle touche aussi au sujet de la sexualité de ces adolescents et de l’ambiguïté de leurs relations avec leurs professeurs — sujet délicat s’il en est, surtout sur une scène américaine.

Bien plus encore que l’écriture, c’est la qualité de l’interprétation qui laisse pantois. Les comédiens qui interprètent les deux lycéens Posner et Daikin, Samuel Barnett et Dominic Cooper, sont sidérants. Barnett, en particulier, est merveilleux de bout en bout — y compris lorsqu’il est amené à chanter à deux ou trois reprises durant la pièce. Vers la fin, les lycéens interprètent une version harmonisée de la chanson “Bye, Bye, Blackbird” dans un moment d’émotion intense : inoubliable.


“Hello, Dolly!”

Paper Mill Playhouse, Millburn (New Jersey) • 13.7.06 à 14h
Musique et lyrics : Jerry Herman. Livret : Michael Stewart. D’après la pièce The Matchmaker de Thornton Wilder. Avec Tovah Feldshuh (Dolly Gallagher Levi), Walter Charles (Horace Vandergelder),...

Dolly Hello, Dolly!, dont la production originale remonte à 1964, est sans doute l’une des comédies musicales les plus connues de tous les temps. Elle a fait la fortune de Jerry Herman, également à l’origine de Mame et de Mack & Mabel. J’avais vu Hello, Dolly! en français au Châtelet (en 1992 avec Nicole Croisille) et en espagnol à Madrid, mais — curieusement — jamais dans sa version originale en anglais.

Fidèle à ses habitudes, le Paper Mill Playhouse de Millburn propose une production riche et haute en couleurs. Le choix de Tovah Feldshuh (une comédienne dont le dernier spectacle à Broadway était un one-woman show sur Golda Meir) pour jouer le rôle-titre peut étonner compte tenu de l’état de sa voix. Il est vrai que le rôle de Dolly est inextricablement lié à Carol Channing, la créatrice du rôle en 1964, dont la voix laisse aussi beaucoup à désirer. Mais Channing est un personnage haut en couleur, dont le charisme est tel qu’on en oublie tout de suite ces petits détails. Feldshuh, malheureusement, n’est pas de la même veine.

Du coup, le spectacle, qui ne peut fonctionner que s’il est porté par une star charismatique, manque sérieusement d’assise et sombre vite dans l’ennui, même s’il y a quelques très jolis moments, comme l’arrivée de Dolly au restaurant Harmonia Gardens, qui est le moment où retentit l’immortelle chanson-titre.

Je vais toujours au Paper Mill Playhouse pour des représentations de l’après-midi, généralement prises d’assaut par des bataillons d’autocars déversant par douzaines les occupants de toutes les maisons de retraite du coin. J’ai donc l’habitude du ballet de canes et déambulateurs. C’était néanmoins la première fois que je voyais aussi un monsieur tirer sa bouteille d’oxygène sur un chariot à roulettes derrière lui !