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Posts from June 2006

Récital E. Pahud / É. Le Sage

Théâtre du Châtelet, Paris • 12.6.06 à 20h

Emmanuel Pahud, flûte.
Éric Le Sage, piano.

Schumann : 3 Romances, op. 94 (originellement pour hautbois et piano)
Brahms : Sonate en mi bémol majeur, op. 120 n°2 (originellement pour clarinette et piano)
Poulenc : Sonate pour flûte et piano
Franck : Sonate en la majeur (originellement pour violon et piano)

“Hélène Grimaud, souffrante, est au regret de devoir annuler tous ses concerts prévus ce mois-ci.” C’est par cette phrase que le Châtelet avait prévenu depuis quelques jours le public des différents concerts prévus au mois de juin. Le récital du 12 juin a néanmoins été maintenu avec Éric Le Sage au piano.

Premier constat : écouter Emmanuel Pahud jouer “avec” sa flûte, c’est faire l’expérience d’une remarquable musicalité, toute en rondeurs, en nuances, en ruptures, aussi.

Deuxième constat : s’approprier un répertoire écrit pour d’autres instruments est un exercice qui atteint vite ses limites. La première partie manquait, du coup, singulièrement d’intérêt. La sublime sonate de Franck a mieux résisté à l’exercice, mais on ne pouvait s’empêcher de regretter l’absence du violon.

Troisième constat : Éric Le Sage souffre du double syndrome “du toucher français” (on voit bien les doigts s’enfoncer dans les touches, mais il n’en résulte aucun effet percussif) et “de l’accompagnateur réservé” (à aucun moment pendant deux heures le piano n’a occupé le premier plan sonore en compagnie de la flûte). Ce qui n’enlève rien à une très belle musicalité et à une technique irréprochable.

Quatrième constat : il faut savoir s’arrêter. Nous sommes partis au quatrième bis (après deux mouvements de la sonate de Carl Reineke et deux Phantasiestücke de Schumann transcrits pour flûte et piano). Si ça se trouve, le public est toujours dans la salle alors que j’écris ce billet...

Je conserverai néanmoins de ce récital le souvenir ému de la sonate de Poulenc, qui me rappelle beaucoup de souvenirs... de l’époque où j’avais encore quelques doigts...


“Doute”

Théâtre des Arts – Hébertot, Paris • 11.6.06 à 16h
Doubt, de John Patrick Shanley. Adaptation française : Dominique Hollier. Mise en scène : Roman Polanski. Avec Thierry Frémont (Père Flynn), Dominique Labourier (Sœur Aloysius), Noémie Dujardin (Sœur James), Félicité Wouassi (Mme Muller).

Cette pièce, à l’affiche à Broadway depuis mars 2005, a été distinguée notamment par le Pulitzer Prize et par quatre Tony Awards, dont celui de la meilleure pièce de l’année. Comme je n’ai pas réussi à la voir à New York (elle ferme ses portes le 2 juillet prochain), c’est avec beaucoup de plaisir que je l’ai découverte à Paris, dans une mise en scène hyper sobre de Roman Polanski.

Le texte de John Patrick Shanley, qui mérite parfaitement son titre, évoque la confrontation entre la directrice d’une école religieuse du Bronx dans les années 1960 et un prêtre qu’elle soupçonne d’avoir des tendances pédophiles. Il est écrit au millimètre, dans la meilleure tradition du théâtre anglo-saxon. Les niveaux de compréhension se multiplient au fur et à mesure de l’avancée de la pièce, qui s’achève sur une scène magnifique, jouée tout en nuance mais d’une violence intérieure inouïe.

La distribution est remarquable, surtout du côté féminin. Dans le rôle de Sœur Aloysius (qui a valu un Tony Award à sa créatrice à Broadway, Cherry Jones), Dominique Labourier m’a tout simplement scotché. Thierry Frémont semblait en meilleure forme que la dernière fois que je l'avais vu sur scène, mais ses intonations peuvent sans doute en dérouter certains.


Concert

Théâtre du Châtelet, Paris • 10.6.06 à 20h
Orchestre de Paris, P. Boulez.

Ravel : Daphnis et Chloé, ballet intégral
Chœur de l’Orchestre de Paris. Didier Bouture et Geoffroy Jourdain, chefs de chœur.

Bartók : Le Château de Barbe-Bleue
avec Jessye Norman (Judith), Peter Fried (le Duc Barbe-Bleue), Frigyes Funtek (récitant).

Un superbe Daphnis et Chloé, grâce à la remarquable plasticité des pupitres de l’Orchestre de Paris, mais aussi à la conduite de Boulez qui, malgré sa précision quasi-millimétrique, semble permettre plus que d’autres à l’orchestre de s’épanouir dans cette musique baignant dans une sorte de poésie permanente. Quel bonheur, aussi, d’entendre Le Château de Barbe-Bleue, une œuvre trop peu jouée. Quelle surprise lorsque les trompettistes soufflent dans leur instrument sans jouer de note pour évoquer le vent qui souffle. “Jessye Norman, c’est la classe”, me dit ma voisine. Elle a raison.


“Dracula – Éternel sera l’amour”

Théâtre du Trianon, Paris • 9.6.06 à 20h30

Musique : Lix Norman. Textes : Thierry Sforza, d'après l'œuvre de Bram Stoker. Avec Lix Norman, Ellia Palazzi, Laurent Pratt, Marie Galey, Zycki. Mise en scène : Alain Williams. Chorégraphie : Kriss Firmin. Costumes: Magali Bécart.

Certains auteurs de comédie musicale semblent fascinés par Dracula. C’est ainsi que, sur castalbumdb.com, on recense pas moins de cinq versions différentes dans quatre langues (anglais, allemand, espagnol, tchèque). Le site marchand footlight.com propose neuf CD de spectacles nommés Dracula. On en trouve plusieurs autres sur le site soundofmusic.de, dont une en tchétchène !

En se limitant à Broadway, Dracula the Musical (musique : Frank Wildhorn) n’a tenu l’affiche que cinq mois à la fin de l’année 2004. Curieusement, il suivait de peu Dance of the Vampires (un import allemand que j’avais vu à Stuttgart ; musique : Jim Steinman), qui a tenu à peine trois mois à la fin 2002, et précédait Lestat (musique : Elton John), qui a fermé ses portes il y a quelques jours après seulement deux mois de représentations.

Le théâtre musical français est parfois capable du meilleur (Ali Baba, La Guinguette a rouvert ses volets) mais aussi, beaucoup plus fréquemment, du pire. Il faut reconnaître à ce Dracula l’honnêteté de se présenter comme un “spectacle musical” et non comme une œuvre théâtrale, c’est-à-dire dotée d’une histoire compréhensible avec des personnages à la psychologie clairement définie et qui, si possible, vivent un “voyage” au cours de la pièce. Car ce spectacle ne répond à aucune des ces définitions.

Ce qui est frappant, c’est la réelle implication de tous ceux qui, sur scène, interprètent avec une passion et un sérieux remarquables des paroles du type “Mon pacte avec Satan a satiné mon âme” ou qui situent la Transylvanie “au-delà des dunes”. Le format du spectacle, qui n’est qu’un enchaînement de numéros chantés-dansés, ne facilite pas la compréhension de l’histoire... ni d’ailleurs le fait qu’une bonne partie des paroles soit incompréhensible compte tenu d’une sonorisation dont l’intelligibilité n’est de toute évidence pas la priorité première.

Il faut arriver armé d’un bon souvenir du roman de Bram Stoker pour espérer comprendre quelque chose à l’histoire... Et encore a-t-elle été largement simplifiée puisqu’on n’y retrouve pas le personnage de Van Helsing, par exemple.

Ce n’est donc pas qu’il n’y ait pas de talent dans cette aventure... mais ce qu’on distingue est bien mal employé.


“C.R.A.Z.Y.”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 5.6.06 à 22h

Un film attachant grâce à une galerie de portraits solidement campés et à une reconstitution minutieuse du design, des habitudes vestimentaires et des ambiances musicales des années 1960 et 1970. Le vieillissement des acteurs au cours du temps est remarquable. Cette attention permanente au détail a sans doute un peu distrait le réalisateur car le film manque un peu de rythme et a tendance à s'éparpiller. Une scène d’anthologie provoque de nombreux éclats de rire dans la salle... mais elle ne dure malheureusement que quelques minutes.

C’est en tout cas la première fois que je vois un film en français sous-titré en français... et c’est bien utile, car l’accent canadien n’est pas toujours très facile à suivre pour une oreille inexpérimentée.


“Volver”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 5.6.06 à 11h50.

Du grand Almodóvar, même si je suis sorti moins bouleversé qu’après Hable con ella ou Todo sobre mi madre. (Je suis en retard... Je n’ai toujours pas vu La mala educación.) Penelope Cruz et Carmen Maura crèvent littéralement l’écran dans cette histoire de femmes courageuses et hautes en couleur.

Dans le générique de fin, on relève cette ligne, dans la composition de l’orchestre : “Fagot : Julie Andrews”. The mind reels... comme disent nos amis anglo-saxons.


“Signé Vénus”

Théâtre de la Renaissance, Oullins • 3.6.06 à 20h30
One Touch of Venus (1943). Musique de Kurt Weill, lyrics de Ogden Nash, livret de S. J. Perelman et Ogden Nash d’après le roman The Tinted Venus de F. J. Anstey, lui-même inspiré par La Vénus d’Ille de Prosper Mérimée.

Orchestre de l’Opéra National de Lyon, Scott Stroman. Mise en scène : Jean Lacornerie. Chorégraphie : Philippe Chevalier. Décors : Bruno de Lavenère. Costumes : Robin Chemin. Lumières : Laurent Queyrut. Avec Hélène Delavault (Vénus), Gilles Vajou (Rodney), Florence Pelly (Molly), Jacques Verzier (Savory), Gilles Bugeaud, Jean-Pierre Descheix,...

Il faut louer l’Opéra de Lyon de nous proposer — même dans un théâtre “de banlieue” — cette pièce musicale de Kurt Weill, dont les autorités musicologiques françaises s’entêtent à ignorer l’intégralité de l’œuvre composée après son départ d’Europe. Kurt Weill a toujours souhaité écrire de la musique qui “parle” à son public. Arrivé aux États-Unis, il s’est naturellement tourné vers la comédie musicale et a composé une série de petits chefs d’œuvre méconnus en collaboration avec d’éminents personnages de la scène littéraire américaine.

One Touch of Venus, créé en octobre 1943, tiendra l’affiche pour 567 représentations à Broadway... un chiffre très impressionnant pour l'époque. L’œuvre marquera le premier “premier rôle” d’une certaine Mary Martin, destinée à devenir l’une des stars légendaires de la scène new-yorkaise des années 1940 à 1960. L’intrigue nous conte sur le ton de la comédie les aventures d’une statue de Vénus accidentellement amenée à la vie par un coiffeur. On y écorche au passage le milieu de l’art contemporain (déjà...) et le goût immodéré de certains pour les lotissements suburbains.

Cette production lyonnaise fait honneur à l’œuvre sur plusieurs plans. En premier lieu, on découvre un orchestre étonnamment à l’aise dans une partition très éloignée du style musical auquel il est habitué. La direction précise et stylée du chef Scott Stroman y est sans doute pour beaucoup.

Un autre point fort de cette production est la mise en scène pleine d’imagination de Jean Lacornerie, à qui l’on devait déjà, entre autres, la délicieuse version française de Of Thee I Sing (intitulée Pour toi, baby). Il y a bien quelques moments où le manque de moyen semble l’emporter sur l’inventivité, mais le résultat reste de qualité. J’ai particulièrement apprécié l’utilisation de projections pour remplacer les deux ballets (“Forty Minutes for Lunch” dans le premier acte et “Venus in Ozone Heights” dans le second).

On apprécie également l’adaptation en français (René Fix pour le livret, Hélène Delavault pour les lyrics), plutôt bien tournée. Mais c’est la distribution qui réserve les meilleures surprises de la soirée. On retrouve avec plaisir Gilles Vajou et Jacques Verzier, remarqués notamment dans la très belle version de Sugar à l’opéra de Liège, ainsi que leur comparse Florence Pelly, vue pour la dernière fois dans Secret Défense à Vincennes. On apprécie aussi de retrouver Gilles Bugeaud, l’un des piliers de la compagnie Les Brigands, dont la voix est reconnaissable les yeux fermés et dont les talents de comédien sont mis en valeur par la diversité des “petits rôles” qui lui sont confiés. On peut s’interroger, en revanche, sur le choix d’Hélène Delavault, dont le style très lyrique n’est pas nécessairement adapté à une partition de comédie musicale. Mais, curieusement, on finit par s’habituer à ce côté un peu décalé, qui ne convient pas si mal au personnage d’une statue qui prend vie.


“Pacific Overtures”

Haymarket Theatre, Leicester • 2.6.06 à 19h30

Overtures Cette œuvre de Stephen Sondheim (musique) et John Weidman (livret) date de 1976, mais elle n’a jamais été autant représentée que depuis quelques années. Pacific Overtures illustre l’ouverture du Japon au monde occidental après 250 ans de repli sur lui-même à l’époque de l’empereur Meiji. C’est une œuvre très innovante sur le plan formel et dotée d’une bonne dose d’humour malgré son propos historique et presque pédagogique.

Paul Kerryson, le directeur artistique du Haymarket Theatre de Leicester, est l’un des spécialistes de Sondheim, dont il a mis en scène à peu près toutes les œuvres. Il propose une lecture très fidèle du texte et met en valeur les passages comiques (“Chrysanthemum Tea”, “Welcome to Kanagawa”) pour le plus grand plaisir du public. Le final, “Next”, qui illustre le chemin parcouru en un siècle par le Japon à partir de son ouverture, est particulièrement poignant.

Cette production constitue ma troisième rencontre avec Pacific Overtures, après la sublime production du Donmar Warehouse de Londres (elle-même importée du Chicago Shakespeare Theater) en 2003 et la reprise de l’œuvre à Broadway début 2005, sous la conduite d’un metteur en scène japonais.

Je profite de mon passage à Leicester pour aller voir le chantier du futur Performing Arts Centre, conçu par l’architecte Rafael Viñoly, qui devrait pouvoir accueillir le public à partir de 2008. Le Haymarket Theatre, notamment, s’y installera. La conception est assez frappante, avec des structures totalement apparentes derrière une façade en verre. La construction semble bien avancée ; la plupart des structures en béton ont été montées.


Récital Audra McDonald (bis)

Théâtre du Châtelet, Paris • 1.6.06 à 20h

Difficile de résister à une deuxième visite. La salle n’est pas beaucoup plus pleine, mais l’atmosphère est plus électrique. Susan Graham est dans le public... Audra est superbe d’un bout à l’autre : aucune faute de goût ; la grande classe. Par rapport à la première représentation, des chansons annoncées au programme réapparaissent, notamment “Soon It’s Gonna Rain”, tirée de la comédie musicale The Fantasticks (celle qui a donné au monde la chanson “Try to Remember”, utilisée pour la publicité d’une marque de café) et “Will He Like Me?”, extraite de la comédie musicale She Loves Me.