Peut-on applaudir n’importe quand ?
“La Damnation de Faust”

Concert

Théâtre du Châtelet, Paris • 27.6.06 à 20h
Les Musiciens du Louvre–Grenoble, Marc Minkowski

Gluck : Orphée et Eurydice, extraits orchestraux.
Berlioz : Les Nuits d’été (Jessye Norman, soprano)
Purcell : Dido and Æneas. Avec Jessye Norman (Didon), Russell Braun (Énée), Felicity Palmer (La Magicienne), Erin Wall (Belinda), Philippe Jaroussky, etc.

Lorsque Jessye Norman, impériale, entame “When I am laid in earth, May my wrongs create / No trouble in thy breast; / Remember me, but ah! forget my fate”, il se produit l’un de ces moments rares, magiques, intenses et fugitifs qui font que, d’un coup, on oublie que l’on se trouve depuis deux heures dans une salle surchauffée et que son fauteuil est secoué toutes les dix secondes par les mouvements de jambes de son voisin de derrière. Norman est Didon, délaissée, outragée, meurtrie, mourante. La communion est parfaite. On aimerait pouvoir saisir l’instant pour le revivre encore et encore. Mais il faudra se contenter d’un souvenir ému. C’est la beauté du spectacle vivant.

Ce sera le clou d’un Dido and Æneas fort agréable, bien mené par un Minkowski parfaitement dans son élément. On se régale de la prestation de Felicity Palmer, malgré son vibrato hors de contrôle. J’ai une affection infinie pour Palmer depuis que je l’ai vue (et revue) sublimer le rôle de Madame de Croissy dans les Dialogues des Carmélites de Nagano/Zambello à Bastille. (Je l’ai aussi vue s’attaquer courageusement au rôle de Mrs. Lovett dans la comédie musicale Sweeney Todd, dans la production ratée du Royal Opera House de Londres.) Il y avait aussi Philippe Jaroussky, que le public semble adorer avant même qu’il ouvre la bouche... et la délicieuse Emmanuelle Goizé, l’impayable libraire du film Jeanne et le garçon formidable, qui est aussi l’une des permanentes de la compagnie Les Brigands.

La première partie était beaucoup moins réussie, avec un Berlioz qui semblait totalement étranger à la phalange de Minkowski... au point de sonner carrément faux par moments. Ce qui n’a pas empêché Jessye Norman d’être sublime. Elle vit son texte, le danse presque par moments, pousse l’interprétation dans des recoins inexplorés... sans se départir jamais de sa classe naturelle.

Je démontre sans doute mon ignorance totale de certains domaines musicaux en révélant que je découvre à l’instant l’existence de versions inattendues (mais plutôt réussies) du “When I Am Laid in Earth”, l’une par la chanteuse pop Alison Moyet, l’autre par une formation dénommée le Modern Jazz Quartet. Merci iTunes.

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