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Posts from April 2006

“Ice Age”

DVD • 30.4.06 à 19h

Iceage Beaucoup plus réussi que le deuxième épisode, ce film, dont je me souviens pourtant que la bande annonce ne m’avait pas accroché du tout, fait rire abondamment grâce à une galerie de personnages très réussis tant sur le plan de l'animation que sur celui des dialogues, admirablement servis par les comédiens prêtant leurs voix, notamment John Leguizamo pour Sid le paresseux. On ne se lasse pas des péripéties de Scrat l’écureuil à la poursuite de son gland. Une scène d’anthologie montre les dodos (ou drontes) se préparer — fort maladroitement — à l’arrivée de l’ère glaciaire. Pas étonnant qu’ils aient disparu, se dit-on...


“Into the Woods”

Derby Playhouse, Derby • 29.4.06 à 19h30

Woods C’était la cinquième fois que je voyais Into the Woods, la comédie musicale de Stephen Sondheim (musique et paroles) et James Lapine (livret) créée à Broadway en 1987. L’idée originale à la base de cette œuvre consiste à mélanger plusieurs contes de fées (Cendrillon, Rapunzel, Jack et le haricot magique, Le Petit Chaperon rouge), auquel s’ajoute un cinquième conte écrit pour l’occasion, Le Boulanger et sa femme. À la fin du premier acte, tout semble aller pour le mieux et les personnages s’apprêtent à vivre heureux et à avoir beaucoup d’enfants. Mais les choses se gâtent dans le deuxième acte lorsque la femme du géant tué par Jack exige qu’on lui livre le coupable. Plusieurs personnages vont mourir... et les survivants devront comprendre que l’union fait la force pour venir à bout de leurs épreuves et pour envisager une nouvelle vie après l’épreuve.

La production du Derby Playhouse est de très honnête qualité. Elle se sent néanmoins plus à l’aise dans les passages comiques, qui sont tous très efficacement rendus, que dans les moments plus tristes du second acte, dont l’intensité émotionnelle reste sous-exploitée. On retrouve avec plaisir dans le rôle de la sorcière une Kim Criswell déchaînée — elle sera au Châtelet à l’automne dans le Candide mis en scène par Robert Carsen. Pas de maillon faible dans le reste de la distribution, qui sait à quel point le texte est important jusque dans ses moindres détails, pour le plus grand plaisir d’un public très attentif et manifestant une réelle (et rare) appréciation de l’œuvre.


“Liza With a Z”

DVD • 29.4.06 à 16h

Liza Ceux qui ne connaissent de Liza Minnelli que la dame un peu fatiguée qu’elle est devenue, avec ses prothèses aux deux hanches et à un genou et sa voix rocailleuse, ne savent peut-être pas qu’elle a été une superbe danseuse / chanteuse / comédienne. Grâce à une volonté de fer et à une discipline rigoureuse, elle s’est fait un nom très jeune, d’abord sur les scènes de New York — avec à la clé un premier Tony Award dès 1965, alors qu’elle n’avait pas 20 ans. Elle n’a que 26 ans lorsque, en 1972, elle acquiert le statut de star internationale en recevant l'Oscar pour son interprétation de Sally Bowles dans la version cinématographique de Cabaret. C’est cette même année que le légendaire et génial Bob Fosse concevra pour elle, avec la complicité de ses auteurs fétiches Fred Ebb et John Kander, une émission de télévision spectaculaire diffusée le 10 septembre 1972, Liza With a Z — qui sera récompensée par un Emmy Award. Ce DVD, issu d’un travail de restauration qui a pris six ans, permet de revivre ce moment électrique comme à l’époque. Liza With a Z a été filmé au Lyceum Theatre de New York, mais bénéficie d’une réalisation extrêmement innovante pour l’époque, grâce à l’utilisation de huit caméras, dont certaines filment selon des angles peu habituels. L’énergie de Minnelli est remarquable de bout en bout, en particulier pendant les deux grand numéros centraux, Ring Them Bells et Bye, Bye, Blackbird. Il y a aussi des moments plus intimes, pendant lesquels s’illustre les qualités de “raconteuse d’histoires en chansons” de celle qui était déjà devenue bien plus que la fille de Judy Garland et Vincente Minnelli.


Concert

Théâtre du Châtelet, Paris • 27.4.06 à 20h
The Gustav Mahler Jugendorchester, Claudio Abbado.

Schönberg : Pelléas et Mélisande
Mahler : Symphonie n°4 (Monica Bacelli, mezzo-soprano)

Abbado Dire de ce concert qu’il était mémorable serait très en-dessous de la réalité. Abbado, comme peut-être quelques autres rares chefs de sa génération (Haitink ? Masur ?), est plus qu’un chef d’orchestre ; c’est un véritable démiurge qui, en façonnant la matière sonore, crée pour ses auditeurs une expérience unique. À la tête de l’étonnant et virtuose Gustav Mahler Jugendorchester, il nous livre des visions sublimes du Pelléas de Schönberg, une œuvre bouleversante, et de la très étonnante quatrième de Mahler. Le jeu permanent sur les tensions de la musique et la dynamique très marquée contrastent avec l’impression de sérénité qui découle d’une maîtrise absolue de la grammaire musicale des compositeurs. Le résultat : de la musique qui donne l’impression d’ouvrir une porte vers un autre état de conscience. À la fin du Schönberg, la tension et l’émotion sont telles qu’il faut bien une quinzaine de secondes avant que les applaudissements ne démarrent. Enthousiasmant...


Pourquoi il faut aller voir le récital d’Audra McDonald au Châtelet le 30 mai ou le 1er juin

26.4.06

Audra Elle n’avait pas encore 24 ans lorsque, en 1994, elle recevait son premier “Tony Award” (l’équivalent new-yorkais des Molières français) pour son interprétation de Carrie Pipperidge dans la magnifique reprise de la comédie musicale Carousel de Rodgers & Hammerstein, mise en scène par Nicholas Hytner. Deux ans plus tard, elle était à nouveau distinguée pour sa prestation dans Master Class, la pièce de Terrence McNally, dans laquelle elle interprétait l’une des chanteuses se soumettant aux conseils de Maria Callas. Deux ans plus tard encore, à moins de 28 ans, elle remportait son troisième Tony Award pour son interprétation bouleversante de Sarah dans la comédie musicale Ragtime, de Stephen Flaherty & Lynn Ahrens, inspirée du roman éponyme de E. L. Doctorow. En 1999, elle tenait le premier rôle d’une comédie musicale écrite pour elle, Marie Christine, une transposition de la tragédie de Médée dans la Louisiane de la fin du 19ème siècle. En 2004, à 33 ans, elle était distinguée par un quatrième Tony Award pour sa prestation dans le reprise de la pièce (non musicale) A Raisin in the Sun (dans laquelle apparaissait aussi, pour l’anecdote, un certain Sean Combs, alias... Puff Daddy).

Audra McDonald est l’une des figures les plus remarquables du Broadway d’aujourd’hui. Sa solide formation classique lui permet d’aborder le répertoire de la comédie musicale avec une extraordinaire et enthousiasmante facilité. S’y ajoutent des qualités d’interprète remarquables et un goût jamais pris en défaut. Elle chante magnifiquement Gershwin... mais elle a su également se faire le chantre de la “jeune” génération de compositeurs qui cherchent à percer à Broadway tout en renouvelant un peu le genre... comme par exemple Michael John LaChiusa, l’auteur de Marie Christine. Elle semble réussir tout ce qu’elle entreprend ; sans nul doute, c’est par un travail acharné qu’elle parvient à mettre aussi bien en valeur son talent et ses qualités naturelles.

Elle est aussi régulièrement invitée à se produire avec les orchestres les plus prestigieux, et c’est ainsi que je l’ai vue, par exemple, chanter en soliste avec le New York Philharmonic dirigé par John Adams dans un programme qui regroupait un florilège d’œuvres de Charles Ives, une sélection de “classiques” du répertoire du ragtime, ou encore des œuvres du Maestro Adams lui-même. On attend avec impatience le prochain rôle d’Audra à Broadway, celui de Lizzie dans la reprise de la comédie musicale 110 in the Shade de Schmidt & Jones, originellement créée en 1963, inspirée de la pièce The Rainmaker de N. Richard Nash.  Ce sera dans un an environ.

En attendant, le public parisien aura l’immense chance de pouvoir admirer le talent de cette remarquable jeune femme lors de deux récitals donnés au Châtelet le 30 mai et le 1er juin. Il serait impardonnable de ne pas y être...

Addendum : les commentaires du New York Times sur le récital d’Audra McDonald à Carnegie Hall le 29 avril.


“As Time Goes By” (Saison 3)

DVD • 24.4.06

Time_2 Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus que Judi Dench est un trésor national anglais, cette série en est la démonstration éblouissante. Quant à moi, je n’avais pas autant ri depuis longtemps... Curiosité : le personnage de Mrs. Flack qui apparaît dans cette série est interprété par Vivienne Martin, une figure historique de la scène musicale londonienne. Les années sont passées, mais le visage est toujours parfaitement reconnaissable.


“Lady and the Tramp”

DVD • 22.4.06 à 22h

Le premier Disney à avoir été réalisé en Cinemascope, Lady and the Tramp (1955) est universellement reconnu comme un classique. La qualité de l’animation est excellente, et on se régale de la galerie de portraits de chiens de toutes les nationalités. On retrouve avec plaisir la voix de Peggy Lee... également auteur des chansons du film.


“À Voix et à vapeur”

Théâtre Darius Milhaud, Paris • 21.4.06 à 21h

Christian Dupouy et Luc Carpentier sont deux anciens des Caramels fous. En plus petite formation, qu’ils ont nommée Les Versatiles, ils proposent un tour de chant construit sur la formule qui a fait le succès des Caramels : le détournement de chanson. L’écriture est incisive, ciblée : les paroles sont parfois meilleures que celles d’origine... et presque toujours beaucoup plus marrantes. L’interprétation est de qualité. J’avoue avoir encore plus apprécié le talent de leur comparse, Jean-Marc Daniel, qui leur sert de présentateur et qui “meuble” les intervalles entre les chansons avec des textes assez virtuoses bourrés de jeux de mots, comme par exemple une ode remarquable à la Criée de Lorient.


“As Time Goes By” (Saison 2)

DVD • 20.4.06

Rien à dire : la deuxième saison est encore plus plaisante que la première. On rit souvent... et à gorge déployée. C’est au cours de cette saison qu’apparaît pour la première fois le personnage de Penny, interprété avec truculence par Moyra Fraser, la Mme Dubonnet du film The Boy Friend de Ken Russell, très librement adapté de la célèbre comédie musicale anglaise éponyme.


“Götterdämmerung”

Royal Opera House, Londres • 17.4.06 à 16h

Antonio Pappano, direction. Mise en scène : Keith Warner. Avec Lisa Gasteen (Brünnhilde), John Treleaven (Siegfried), John Tomlinson (Hagen), Peter Coleman-Wright (Gunther), Emily Magee (Gutrune), Peter Sidhom (Alberich), Mihoko Fujimura (Waltraute), Catherine Wyn-Rogers, Yvonne Howard, Marina Poplavskaya (les Nornes), Sarah Fox, Heather Shipp, Sarah Castle (les Filles du Rhin).

Gasteen Et un Crépuscule de plus, après ceux de Liège à l’automne 2004, Paris en février et avril derniers,  ainsi que celui de Cologne en mars.

La qualité musicale de cette version est remarquable. La partition de Wagner est magnifiquement servie par l’orchestre placé sous la baguette d’Antonio Pappano. La distribution est uniformément excellente, avec toutefois un maillon faible : le Siegfried de John Treleaven, qui était carrément exécrable dans le premier acte, puis un peu meilleur dans le deuxième... et presque acceptable dans le troisième. Pour le reste, on ne sait à qui distribuer le plus de lauriers. On retrouve avec plaisir l’excellente Waltraute de Mihoko Fujimara, déjà vue dans la version Wilson au Châtelet. Le Hagen de John Tomlinson est tout simplement enthousiasmant. Les Nornes sont à couper le souffle. Quant à la Brünnhilde de Lisa Gasteen, elle mêle avec bonheur une puissance toute wagnérienne et une subtilité expressive totalement maîtrisée. Dommage que la mise en scène du final mette l’émotion musicale au second plan au profit d’une succession d’images scéniques relativement incompréhensibles, voire incongrues... sauf sans doute dans la tête du metteur en scène lui-même... Ce n’est malheureusement pas le seul moment de la soirée où la mise en scène paraît difficile à suivre. Il y a pourtant des moments où elle sait être inspirée, quasi poétique, mais elle manque d’homogénéité et de suite dans les idées.

Prochain Crépuscule : Toronto à l’automne.


“Ice Age: the Meltdown”

Vue West End, Londres • 16.4.06 à 19h25

Meltdown Je ne fais pas les choses dans l’ordre car je n’ai pas encore vu le premier épisode. Dans l’ensemble, ce film a du mal à tenir la longueur malgré quelques réelles trouvailles absolument géniales : bien sûr, tout ce qui concerne Scrat, l’écureuil préhistorique perpétuellement à la recherche d’un gland qui finit toujours par lui échapper... y compris alors qu’il franchit les portes du paradis (sur un très bel extrait du Spartacus de Khatchaturian) ; Ellie, la mammouth dotée de la voix de Queen Latifah, convaincue qu’elle est un opossum ; une scène hilarante où Sid, le mégathérium dont la voix est celle de John Leguizamo, est vénéré comme le Dieu du Feu par une tribu de congénères en délire... mais surtout, pour les amateurs de comédie musicale, 90 secondes de bonheur absolu grâce à une scène musicale désopilante dans laquelle les vautours interprètent “Food, Glorious Food!”, la chanson d’ouverture de la comédie musicale Oliver! de Lionel Bart, inspirée bien sûr d’Oliver Twist, avec un final grandiose à la Busby Berkeley.

Dommage que le reste du film soit très inégal et verse tour à tout dans le sentimentalement correct, l’écologiquement correct, etc. alors que c’est justement dans l’impertinence que se trouvent les meilleures idées humoristiques.


“The Musical of Musicals – the Musical!”

Sound Theatre, Londres • 15.4.06 à 20h

J’avais manqué ce petit bijou à New York et suis très heureux d’avoir pu le voir à Londres dans le cadre d’une série limitée de représentations. Le principe est simple : un même petite histoire (elle ne peut pas payer son loyer ; il va venir à son secours) est racontée cinq fois dans cinq mini comédies musicales, chacune écrite à la manière de l’un des monstres sacrés de Broadway, en l’occurrence Richard Rodgers & Oscar Hammerstein II (ce qui donne Corn), Stephen Sondheim (A Little Complex), Jerry Herman (Dear Abby), Andrew Lloyd Webber (Aspects of Junita) et John Kander & Fred Ebb (Speakeasy).

La virtuosité des parodies est à couper le souffle. Non seulement on reconnaît instantanément le style et le type d’écriture de chacun des auteurs, mais quasiment chaque phrase est une citation directe, indirecte, ou détournée de l’une de leurs œuvres... ou un jeu de mots, en général sans complexe. C’est d’ailleurs ce qui réserve The Musical of Musicals à un public relativement averti, car si les saynètes sont sans doute amusantes indépendamment de toute mise en contexte, c’est la quantité et la qualité des clins d’œil qui créent l’hilarité. Il y avait longtemps que je n’avais pas autant ri au théâtre.

La distribution est absolument impeccable (on retrouve notamment avec plaisir Susannah Fellows et Joanna Ampil) et parvient à garder tout au long de la représentation un rythme effréné qui rend l’avalanche de gags et de clins d’œil encore plus savoureuse.


“Mack & Mabel”

Criterion Theatre, Londres • 15.4.06 à 15h

Mack & Mabel fait partie de ces échecs qui refusent de mourir et dont on monte régulièrement de nouvelles productions. Après avoir connu des succès remarquables à Broadway avec Milk and Honey (1961, 543 représentation), Hello, Dolly! (1964, 2844 représentations) puis Mame (1966, 1508 représentations), le légendaire Jerry Herman connaîtra deux échecs successifs avec Dear World, une adaptation de La Folle de Chaillot (1969, 132 représentations), puis avec Mack & Mabel (1974, 66 représentations), une histoire basée sur les amours du réalisateur de films muets Mack Sennett, inventeur des Keystone Kops et des Bathing Beauties, et de son égérie Mabel Normand. Ce n’est qu’en 1983 que Jerry Herman renouera avec le succès grâce à son adaptation en comédie musicale de La Cage aux folles.

Dear World comme Mack & Mabel ont des partitions magnifiques et ont été créées par des distribution de rêve (Angela Lansbury pour l’un, Bernadette Peters et Robert Preston pour l’autre). Les enregistrements de l’un comme de l’autres sont de petits bijoux. Mais dans les deux cas, le public n’a pas été sensible à des livrets peu aboutis et à des personnages un peu énigmatiques. Si Dear World n’a pas souvent revu la lumière du jour, Mack & Mabel, au contraire, est régulièrement repris, réécrit, retouché... dans l’espoir de corriger les défauts de la version originale. À chaque fois, Jerry Herman annonce invariablement que c’est la version définitive.

Londres avait déjà eu droit en 1995 à une magnifique production de Mack & Mabel avec Howard McGillin et Caroline O’Connor dans les rôles titres... ainsi que la merveilleuse Kathryn Evans dans le rôle de Lottie. Malheureusement, le public n’était toujours pas au rendez-vous.

Voici donc qu’on nous propose une nouvelle version, mise en scène par John Doyle, le metteur en scène anglais qui élimine progressivement les musiciens du royaume de la comédie musicale en confiant aux comédiens le soin de jouer la musique eux-mêmes. Il l’a fait pour Sweeney Todd, l’un des chefs d’œuvre de Stephen Sondheim actuellement à l’affiche à Broadway. Il l’a refait pour Company, au autre chef d’œuvre de Sondheim, pour l’instant à Cincinnatti... mais annoncé à Broadway pour novembre. Il l’a fait, enfin, pour ce Mack & Mabel, qui a tourné en Grande-Bretagne assez longtemps avant de s’installer à Londres.

Le résultat est médiocre. La musique de Jerry Herman ne se prête pas du tout à ce mauvais traitement. On ne peut s’empêcher de penser aux merveilleuses orchestrations de Philip J. Lang pour la version originale de Broadway. Quel gâchis. Et puis, il est vraiment agaçant de voir les comédiens se promener en permanence avec leurs intruments. L’ouverture, inexplicablement déplacée au début du deuxième acte, est presque douloureuse à écouter tant les talents musicaux des comédiens sont disparates.

MackmabelCe qui rachète partiellement cette production, c’est la qualité de l’interprétation des deux rôles principaux, tenus par David Soul (oui, celui de Starsky & Hutch) et Janie Dee, l’une des comédiennes anglaises les plus attachantes, que j’avais déjà vue dans la superbe production de My One and Only. David Soul, en particulier, fait montre de remarquables qualités de comédien, même s’il atteint rapidement ses limites du côté du chant. Par chance, il est le seul sur scène à être dispensé de jouer de la musique… ce qui est assez cohérent avec le concept sous-jacent de la mise en scène, car toute l’histoire n’est qu’une vaste réminiscence racontée du point de vue de Sennett.

Les modifications apportées au livret fonctionnent plutôt bien. En particulier, la fin de la pièce, qui a toujours été un moment difficile à cause de la déchéance et de la mort de Mabel Normand, a été considérablement allégée, et ça ne marche pas si mal.

Mais on ressort franchement déçu par le manque d’éclat d’une production conçue pour tourner et finalement peu adaptée au West End. Tout cela n’a pas empêché Jerry Herman de déclarer une fois de plus que cette version était la version définitive. Pourvu que la suppression des orchestres ne devienne pas la norme en matière de comédie musicale...


“As Time Goes By” (Saison 1)

DVD • 14.4.06

Time_1La BBC est connue et reconnue pour la qualité de ses séries. “As Time Goes By”, diffusée de 1992 à 2002, est un petit bijou. L’écriture est remarquable : ils se sont aimés il y a près de quarante ans et ont été séparés par la guerre de Corée. Ils se retrouvent fortuitement et, bien que le temps les ait changés et durcis, ils ne résistent pas longtemps à l’attraction qui les avait unis à l’origine. Les deux personnages centraux, Jean et Lionel, sont interprétés avec un talent fou par Judi Dench et Geoffrey Palmer, en osmose totale. L’humour est typiquement britannique, abondant, irrésistible. On rit beaucoup, on est ému, aussi. On tombe vite sous le charme. On ne peut plus s’arrêter.


“Chantons dans le placard”

Le Tango, Paris • 11.4.06 à 20h30

Placard C’est une très intéressante idée qu’a eue Michel Heim —  le “papa” des Caramels Fous  — de brosser une rétrospective des visions de l’homosexualité dans la chanson populaire française à travers une petite comédie à trois personnages écrite avec sa verve habituelle. Chanson interlope d’avant-guerre, chanson cryptée à clé, chanson comique à l’humour douteux, chanson engagée, chanson confession, ... tous les styles sont représentés et commentés. Le propos est éclairant sans être lourd, pédagogique sans être pompeux. Et qu’est-ce qu’on rigole !

Il faut dire que la pièce est confiée à trois valeurs sûres des scènes parisiennes, dont les noms ne seront pas étrangers aux familiers de feu le Piano Zinc, déjà évoqué dans une note récente : Denis d’Arcangelo (dont l’alter ego, Madame Raymonde, est un peu l’anti-Charlène Duval), Benoît Romain et l’excellent Patrick Laviosa, l’un des tout meilleurs pianistes-accompagnateurs de la place de Paris (qui nous montre ici qu’il sait aussi jouer la comédie).


“The Murder of Sherlock Holmes”

DVD • 10.4.06 à 22h30

MswCe téléfilm est le “pilote” de la série Murder She Wrote (inexplicablement intitulée Arabesque en France), diffusé pour la première fois en 1984. C’est le début d’une grande aventure qui durera douze saisons, jusqu’en 1996, et fera d’Angela Lansbury, son héroïne, une superstar mondiale.

Ce que le public de la télévision y a gagné, celui de Broadway l’a perdu car Lansbury, après une carrière hollywoodienne assez fournie, est devenue l’une des grandes dames de la scène new-yorkaise dans les années 1960 et 1970. Nominée quatre fois pour le Tony Award de la meilleure comédienne de “musical”, elle remportera la récompense... quatre fois (pour Mame en 1966, Dear World en 1969, Gypsy en 1975 et Sweeney Todd en 1979). Par contraste, elle a été nominée près de vingt fois aux Emmy Awards sans jamais gagner la moindre statuette !

On trouve dès cet épisode inaugural les ingrédients qui feront le succès de la série, en particulier une Jessica Fletcher en jeune veuve moderne qui fait son jogging tous les matins et qui assume son attachement à sa petite ville du Maine tout en se sentant parfaitement à l'aise partout où le hasard la conduit... précisément au moment où un meurtre mystérieux, inévitablement confié au policier local aux facultés plus que limitées, requiert les capacités de déduction remarquables de la romancière.


“Götterdämmerung”

Théâtre du Châtelet, Paris • 7.4.06 à 17h30
Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach. Mise en scène, Robert Wilson. Avec Nikolaj Andrej Schukoff (Siegfried), Dietrich Henschel (Gunther), Kurt Rydl (Hagen), Sergei Leiferkus (Alberich), Linda Watson (Brünnhilde), Christine Goerke (Gutrune)...

Nouvelle visite au dénouement de cette Tétralogie wilsonienne après une première impression très favorable en février. Évidemment, le fait d'avoir vu entre temps la magnifique version de l'Opéra de Cologne donne quelques points de comparaison supplémentaires.

Premier constat : la mise en scène de Wilson est faite pour être vue de face. Pas de chance pour ceux qui sont relégués sur les côtés. J’ai eu l’impression que les lumières étaient encore plus travaillées que la dernière fois. Elles constituent sans conteste le point fort de cette mise en scène.

Deuxième constat : la direction d’Eschenbach est d’une grande élégance. Mais elle manque parfois un peu de caractère et de dynamique. Dès la première scène et le trio des Nornes, on ressent une certaine impression de monotonie. On aimerait aussi des tutti qui “pètent” un peu plus. Il est vraisemblable que l'acoustique de la salle n’aide pas beaucoup dans ce domaine.

Le résultat d’ensemble est malgré tout très réussi. Malgré le démarrage difficile, les scènes clés sont au rendez-vous : la visite de Waltraute à Brünnhilde, celle d’Alberich à Hagen, la confrontation Brünnhilde / Siegfried / Gunther / Gutrune / Hagen, le monologue de Brünnhilde à la fin. Mais l’émotion finale est très en-dessous de celle ressentie à Cologne.

Rendez-vous dans une dizaine de jours pour la version du Royal Opera House de Londres...


“Back to the Future”

DVD • 5.4.06 à 21h30
De Robert Zemeckis (1985). Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd,...

Je n’avais pas vu ce film à sa sortie et n’en connaissais pas grand chose à part l’attraction mouvementée qu’il a inspirée au parc Universal Studios à Orlando. J’ai été très impressionné par la qualité du scénario, bourré d’idées originales et de trouvailles. Les histoires de voyage dans le temps sont souvent délicates d’un point de vue logique, et il est aisé pour un scénariste de se prendre un peu les pieds dans le tapis. Pas ici. La réalisation, en revanche, n’est pas particulièrement remarquable. Michael J. Fox ne joue pas très bien et ses intonations sont souvent un peu fausses.


“Le Calife de Bagdad”

Opéra-Comique, Paris • 3.4.06 à 20h

Opéra-Comique de François-Adrien Boïeldieu, livret de Claude Saint-Just d’Aucourt, créé en 1800 à la Salle Favart. Orchestre OstinatO, Jean-Luc TIngaud. Avec Martial Defontaine (Isauun), Liliana Faraon (Zétulbé), Marie-Thérèse Keller (Lémaïde), Patricia Samuel (Késie), Olivier Podesta (Yemaldin) et le Chœur Paris-Consort.

En première partie : Boïeldieu
- Ouverture de Ma Tante Aurore
- Concerto pour harpe et orchestre (Isabelle Perrin, harpe)

On ne peut qu’être reconnaissant à l’Orchestre OstinatO de nous permettre de revivre l’instant d’une soirée un répertoire français totalement tombé aux oubliettes. La première partie du concert n’avait que peu d’intérêt ; un bouche-trou inutile. Quant au Calife, on se laisse volontiers prendre au charme d’un livret plein d’humour et auquel les chanteurs ont rendu justice. La partition, sans être remarquable, se laisse écouter et, là aussi, la qualité de l’interprétation par les chanteurs est au rendez-vous. C’est l’orchestre qui laisse le plus à désirer : en dépit de la somme de talent rassemblée au sein de l’orchestre OstinatO, les musiciens — les cordes en particulier — manquent d’homogénéité et ne donnent jamais l’impression de jouer d’une seule voix. Une expérience très intéressante malgré tout.


“So This is Paris”

DVD • 2.4.06 à 20h
De Richard Quine (1955). Avec Tony Curtis, Gene Nelson, Paul Gilbert, Gloria DeHaven,...

Paris Intéressante curiosité, ce film musical raconte la virée de trois marins américains en permission à Paris. Les décors "français" sont à mourir de rire, que ce soit Le Havre, où débarquent les marins, la ferme où leur taxi rend l'âme, ou encore, bien sûr, Paris. La partition de Phil Moody et Pony Sherrell a des hauts et des bas, mais elle est rendue particulièrement attrayante par les magnifiques orchestrations d'un Henry Mancini encore tout jeune. La meilleure scène est de loin celle où Gloria DeHaven chante l'immortelle chanson de Jimmy McHugh et Dorothy Fields, "I Can't Give You Anything But Love, Baby" sur la scène du nightclub typiquement parisien, avec un accent français à couper au couteau. Il y a quelques autres bons moments dans la première moitié du film, notamment un grand solo chanté/dansé de Gene Nelson dans les rues de Paris... mais la deuxième moitié sombre vite dans l'ennui. On y remarque cependant un Tony Curtis qui semble savoir chanter, alors que son apparition sur scène il y a quelques années dans une tournée américaine de Sugar, la comédie musicale inspirée de Some Like it Hot, avait nettement donné l'impression inverse. Peut-être était-il doublé...