Previous month:
February 2006
Next month:
April 2006

Posts from March 2006

“The Slipper and the Rose”

DVD • 28.3.06 à 23h

Slipper_1 L’histoire de Cendrillon a inspiré, outre le chef d’œuvre animé de Walt Disney (c’était en 1950), bien d’autres incarnations. Ainsi, par exemple, les célèbres Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II, les rois du Broadway des années 1940 et 1950, ont-ils écrit une version musicale destinée à la télévision, diffusée pour la première fois en 1957, et dont le rôle titre était tenu par une certaine Julie Andrews, alors toute jeunette. (Des “remakes” seront réalisés en 1965 avec Lesley Ann Warren et en 1997 avec la chanteuse Brandy.)

Le film The Slipper and the Rose constitue une autre incarnation du conte de Perrault. Daté de 1976 et mettant en vedette Richard Chamberlain dans le rôle du Prince, il s’articule autour de chansons des célèbres frères Sherman (Richard M. et Robert B.), également à l'origine des partitions de Mary Poppins, Le Livre de la jungle, Les Aristochats, Chitty Chitty Bang Bang et de la comédie musicale de Broadway Over Here!... mais aussi auteurs de la chanson “It’s a Small World (After All)”, la rengaine diffusée à Disneyland dans l’attraction du même nom, qu’il est impossible de se sortir de la tête pendant environ un mois après chaque visite. Le film est très original et rappelle par certains côtés le Peau d’âne de Jacques Demy, avec son ambiance de conte de fées en décor contemporain. Il est un peu long, aussi... mais on se laisse facilement emporter par son côté féerique et par les magnifiques paysages autrichiens qui lui servent de décors.


“Götterdämmerung”

Opéra de Cologne • 26.3.06 à 16h
Gürzenich-Orchester Köln, Markus Stenz. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Patrick Kinmonth. Lumières : Manfred Voss. Avec Albert Bonnema (Siegfried), Jayne Casselman (Brünnhilde), Samuel Youn (Gunther), Oskar Hillebrandt (Alberich), Philip Kang (Hagen), Regina Richter (Gutrune), Laura Nykänen (Waltraute), Dalia Schaechter, Viola Zimmermann, Machiko Obata (les Nornes), Ausrine Stundyte, Viola Zimmermann, Joslyn Rechter (les Filles du Rhin).

Casselman Environ vingt minutes avant la fin de Götterdämmerung, après la mort de Siegfried, puis de Gunther, Brünnhilde entame son monologue final. Jayne Casselman, déjà remarquée la semaine dernière dans Die Walküre, vient à l’avant-scène tandis que le rideau s’abaisse. Les instants qui ont suivi appartiennent à la catégorie de ces moments inoubliables qui ne peuvent exister qu’au théâtre. La douleur de Brünnhilde est palpable, sa voix est pleine d’expression, parfaitement maîtrisée, puissante, ronde, belle. L’accord avec l’orchestre est remarquable. La tension monte, l’attention des spectateurs est intense. Et puis le rideau remonte, et Carsen le magicien nous offre un sublime visuel final tandis que Brünnhilde s’enfonce dans le brasier et que la scène recule, laissant place à un espace vide, vierge, l’après-Crépuscule. L’orchestre, somptueux, joue les accords finaux. On reste sans voix, la gorge nouée, des larmes dans les yeux.


“Call Me Madam”

DVD • 25.3.06 à 22h
De Walter Lang (1953). Avec Ethel Merman, Donald O’Connor, Vera-Ellen, George Sanders.

Callmemadam Call Me Madam
est avant tout un succès de Broadway assis sur une partition du légendaire Irving Berlin, qui tiendra l’affiche pour 644 représentations d’octobre 1950 à mai 1952 et qui sera couronné par quatre Tony Awards. Cette adaptation cinématographique a aujourd’hui essentiellement le statut d’une curiosité, mais elle n’est pas sans vertu. En premier lieu, elle donne l’occasion de voir Ethel Merman, l’une des stars mythiques de l’âge d’or de Broadway, dont les apparitions cinématographiques resteront rares (sans doute à juste titre... une bête de scène ne se transforme pas nécessairement en étoile de l’écran). Le film permet aussi d’apprécier deux des comédiens les plus talentueux de l’histoire du film musical : Donald O’Connor et Vera-Ellen. Leurs duos sont époustouflants de grâce, presque aussi touchants que les célèbres duos du couple Fred Astaire - Ginger Rogers. Mais ils arrivaient sans doute trop tard pour connaître la gloire... et la carrière de Vera-Ellen sera courte en raison d’une santé précaire. Il reste que la partition d’Irving Berlin contient de nombreux petits bijoux, au premier rang desquels “It’s a Lovely Day Today”, que les orchestrations somptueuses mettent joliment en valeur.


“Witness for the Prosecution”

DVD • 23.3.06 à 22h
Billy Wilder (1957), d’après la pièce d’Agatha Christie. Avec Charles Laughton, Marlene Dietrich, Tyrone Power, Elsa Lanchester, Una O’Connor...

Witness Étonnant ! Le scénario, basé sur la pièce d’Agatha Christie, est un bijou autant par la qualité des dialogues, imprégnés d'un humour “pincé” typiquement anglais, que par le nombre de rebondissements qui s’accumulent dans les dix dernières minutes. La réalisation de Billy Wilder est un bonheur (l’entrée hors champ de Marlene Dietrich, le flash-back sur la rencontre Power/Dietrich, les jurés qui tournent simultanément la tête,...) Quant aux acteurs, on ne sait qui donne la prestation la plus remarquable. Je crois que c’est le Sir Wilfrid de Charles Laughton qui m’a le plus emballé. Mais Marlene Dietrich, dans le rôle de la froide Christine Vole, ou encore Una O’Connor, dans celui de l’irrésistible gouvernante écossaise, sont tout aussi époustouflantes.


Concert +

Cité de la Musique, Paris • 22.3.06 à 20h
London Sinfonietta, Brad Ludman. Akram Khan Company.

Steve Reich :
- Sextet, pour percussions, pianos et synthétiseurs
- Different Trains, pour quatuor à cordes et bande magnétique
- Variations pour vibraphones, pianos et cordes

Un bien intéressant concert, autour d’un compositeur que je trouve attachant. Sextet est peut-être l’œuvre la plus “abordable”, au cours de laquelle on prend en outre un plaisir certain à observer les percussionnistes à l’œuvre. Different Trains fascine surtout par le parallélisme entre la partition du quatuor et les bruits et fragments de voix de la bande enregistrée.

KhanQuant aux Variations, dont c’était la création française, elles ont été conçues avant tout comme support à une création chorégraphique de la compagnie Akram Khan. J’ai été fasciné par le travail des trois danseurs... dont on nous dit que la chorégraphie est en partie inspirée par une danse indienne traditionnelle, le kathak.


“Die Walküre”

Opéra de Cologne • 19.3.06 à 16h
Gürzenich-Orchester Köln, Markus Stenz. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Patrick Kinmonth. Lumières : Manfred Voss. Avec Thomas Mohr (Siegmund), Dieter Schweikart (Hunding), Albert Dohman (Wotan), Kirsten Blanck (Sieglinde), Jayne Casselman (Brünnhilde), Dalia Schaechter (Fricka)...

De mieux en mieux. Si Rheingold souffrait de quelques faiblesses de distribution, cette Walküre est irréprochable sur le plan vocal. Le Siegmund de Thomas Mohr est tout en puissance et l'alchimie avec Sieglinde (Kirsten Blanck) est palpable. La Fricka de Dalia Schaechter tient délicieusement tête au nouveau Wotan d'Albert Dohman, bien plus solide que le Wotan du jour précédent. Entre tous, c'est peut-être la Brünnhilde de Jayne Casselman qui est la plus remarquable.

On admire à nouveau la finesse de l'interprétation du Gürzenich-Orchester, sous la baguette assurée de Markus Stenz, son chef titulaire. La palette expressive de l'orchestre est remarquable. Quel plaisir de voir les cornistes, dont la moyenne d'âge semble ne pas excéder de beaucoup 20 ans, revenir dans la fosse pendant les entractes pour répéter leurs traits.

La mise en scène de Robert Carsen continue à tirer le fil déroulé petit à petit dans Das Rheingold. Wotan, qui semble être à la tête d'une sorte de junte paramilitaire, habite maintenant le palais que les géants lui ont construit. Les visuels restent très léchés.

La qualité de l'attention du public est sans équivalent dans nos salles parisiennes. On sent que les spectateurs sont là pour la musique et non parce qu'il est de bon standing "d'aller à l'opéra".


“Das Rheingold”

Opéra de Cologne • 18.3.06 à 19h30
Gürzenich-Orchester Köln, Markus Stenz. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Patrick Kinmonth. Lumières : Manfred Voss. Avec Phillip Joll (Wotan), Miljenko Turk (Donner), Hauke Möller (Froh), Hubert Delamboye (Loge), Oskar Hillebrandt (Alberich), Johannes Preißinger (Mime), Andreas Hörl (Fasolt), Dieter Schweikart (Fafner), Dalia Schaechter (Fricka), Machiko Obata (Freia), Anne Pellekoorne (Erda), Ausrine Stundyte (Woglinde), Regina Richter (Wellgunde) et Joslyn Rechter (Floßhilde).

Rheingold Plus j’entends les opéras de Wagner et plus je les trouve superbes... surtout lorsqu’ils joués comme ici par le très subtil Gürzenich-Orchester Köln et chantés par une distribution globalement très correcte, même si le Fasolt d’Andreas Hörl était vraiment mauvais et si le Wotan de Phillip Joll n’était pas complètement convaincant vocalement.

Robert Carsen, pour une fois, n’a pas choisi un de ces visuels épurés dont il a la spécialité. Son Rheingold est plus proche de Chéreau que de Wilson. Le rideau s’ouvre sur un nuage de fumée — le Rhin, pense-t-on — qui, une fois dissipé, révèle une décharge au sein de laquelle errent les Filles du Rhin, en haillons. Mais les tableaux suivants sont des petits bijoux de composition et bénéficient tous d’une lumière somptueuse. La mise en scène, comme toujours, est irréprochable. Carsen assume ses partis pris et mène à bon port une vision dramatique cohérente. Le tableau final est une merveille visuelle digne du coup de théâtre final du Capriccio que Carsen a mis en scène au Palais Garnier.


Concert

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 13.3.06 à 20h
Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Riccardo Chailly. Nelson Freire, piano.

Brahms : Concerto pour piano et orchestre n° 1 en ré mineur op. 15
Berg : Sonate pour piano en si mineur op. 1 (orchestrée par Theo Verbey)
Brahms : Symphonie n° 2 en ré majeur op. 73

Chailly Il est parfois difficile d’entendre au concert des œuvres dont on a trop écouté certains enregistrements. Je ne sais si c’est pour cette raison que les Brahms de Chailly m’ont profondément assommé. Le concerto commençait pourtant de manière intéressante, avec un premier mouvement très contrasté, presque orageux — la tempête du Vaisseau fantôme. Mais l’ennui s’est installé dès le deuxième mouvement, joué très lent et très piano, sans aucun relief, l’orchestre et le piano semblant concourir à qui jouerait le moins fort. Le troisième mouvement fut pâle et sans saveur, et surtout riche en fausses notes et en notes manquantes, les doigts de Nelson Freire n’étant plus tout jeunes.

Quant à la symphonie, je l’ai trouvée d’une prétention écrasante, avec des tempi mortellement lents, sauf dans les tutti, où curieusement le mouvement s’agitait brusquement. (On apprend pourtant aux jeunes qui étudient la musique qu’il n’est pas du meilleur effet de ralentir les passages piano et d’accélérer les passages forte.)

Finalement, seule la sonate de Berg a été rafraîchissante au milieu de ce marasme. Il faut que j’écoute la version originale pour piano, car la version orchestrée est très dense ; je me demande si tout cela vient de la partition de piano. Si oui, elle doit être injouable.

Je dois à l’honnêteté de dire que le public a semblé enthousiaste à la fin. J’étais peut-être dans un mauvais jour... et la chaleur accablante qui est devenue habituelle au Théâtre des Champs-Élysées n’arrangeait sans doute pas les choses.


“Fauteuils d’orchestre”

UGC Ciné-Cité les Halles, Paris • 12.3.06 à 20h15
Un film de Danièle Thompson, avec Cécile de France, Valérie Lemercier, Albert Dupontel, Laura Morante, Claude Brasseur, Christopher Thompson, Dani, Suzanne Flon…

Fauteuils Ce film me semble rassembler tout ce que le cinéma français peut avoir de bon, notamment un scénario solide construit sur des personnages profonds et attachants et une distribution impeccable. Le film parvient à être comique (Valérie Lemercier et Dani, impayables), touchant (Albert Dupontel, inattendu, mais aussi Claude Brasseur, Suzanne Flon) ou tout simplement juste (Cécile de France, Christopher Thompson). Pour les habitués des théâtres de l’avenue Montaigne, le film évoque des lieux familiers et pénètre les coulisses de manière fascinante. La musique est omniprésente ; la scène où Dupontel (avec l’aide de François-René Duchâble) joue la 3ème Consolation de Liszt à des malades de la Pitié-Salpétrière est un joli moment de cinéma.


“Assassins”

Crucible Theatre, Sheffield • 11.3.06 à 19h30

Qui sont John Wilkes Booth, Leon Czolgosz, Giuseppe Zangara, Lee Harvey Oswald, Samuel Byck, Lynette Fromme, Sara Jane Moore, John Hinckley ? Ils ont en commun d’avoir essayé de tuer un Président des États-Unis, d'Abraham Lincoln (1865, tué par Booth) à Ronald Reagan (1981, seulement blessé par Hinckley).

Le concept étonnant d’Assassins est de rassembler tous ces personnages sur une même scène. Tantôt ils interagissent, tantôt on nous montre l’un ou l’autre dans le contexte de son passage à l’acte, tantôt c’est le "Balladeer", une sorte de ménestrel, qui se charge de la maïeutique. La pièce est évidemment non-linéaire, étonnante, presque choquante parfois et mêle des scènes parlées assez longues et des numéros musicaux qu’on peut assez difficilement qualifier de chansons. Sa pénultième scène a lieu en 1963, le jour de l’assassinat de John F. Kennedy à Dallas.

Une telle idée ne pouvait germer que dans la tête de Stephen Sondheim (pour la musique et les lyrics) et du librettiste John Weidman. Originalement créé Off-Broadway en 1990, Assassins n’a fait sa première apparition à Broadway qu’en 2004. Cette production du Crucible Theatre de Sheffield était la troisième version que je voyais, après une version en catalan à Barcelone en 1997 et la récente version de Broadway. C’est de loin la meilleure des trois par la qualité de la mise en scène de Nikolai Foster et de l’interprétation d’une troupe magnifique.

Assassins n’est pas une œuvre d’accès facile et la qualifier de “comédie musicale” ne rend compte que très imparfaitement de sa nature. Cette nouvelle production donne du sens et de la cohérence à une pièce hautement conceptuelle. L’impact est considérable et met magnifiquement en valeur la qualité de l’écriture de Sondheim et Weidman.


“Kát’a Kabanová”

Teatro alla Scala, Milan • 9.3.06 à 20h
Direction : John Eliot Gardiner. Mise en scène : Robert Carsen. Avec Janice Watson (Kát’a), Peter Straka (Boris), Elena Zhidkova (Varvara)...

Katia Premier choc : pénétrer pour la première fois à la Scala, lieu mythique que je ne connaissais qu’en photo. L’intérieur est majestueux, avec ses six étages presque identiques. Lorsque la lumière baisse, elle reste allumée quelques instants dans les seules loges ; on en frissonnerait presque.

Deuxième choc : John Eliot Gardiner, que l’on n’attendait pourtant pas tellement dans ce répertoire, donne à la partition de Janáček un souffle d’un extraordinaire romantisme, aux antipodes de la direction sèche et monotone de Sylvain Cambreling à Bastille à l’automne 2004. On se laisse volontiers entraîner par la musique, dont les envolées lyriques se déversent en vagues successives. L’acoustique de la salle est étonnante.

Troisième choc : le visuel composé par Robert Carsen (et par le décorateur Patrick Kinmonth) est saisissant, aux antipodes là aussi de la vision hideuse composée par Christophe Marthaler dans la version de Bastille. Dès l’ouverture, le ton est donné : la scène est recouverte d’eau. La Volga, présente au début comme à la fin de l’ouvrage, est omniprésente. Tantôt témoin silencieux de l’action, elle en devient parfois le miroir... pour en devenir un acteur principal à la fin. Pendant l’ouverture, des figures féminines fantomatiques hantent le fleuve. Spectres des autres femmes livrées à la Volga ou préfigurations du sort de Kát’a, elles reviendront régulièrement modifier la configuration de la scène. Dommage d’avoir choisi des places d’orchestre : il fallait être en hauteur pour apprécier la création de Carsen à sa juste valeur.

La distribution est honnête, avec une mention particulière à la Varvara d'Elena Zhidkova. Le tout crée un spectacle d’une forte intensité, sagement représenté sans entracte. Le public ne semblait cependant pas totalement conquis si on doit en juger par l’intensité des applaudissements. Seules les galeries supérieures ont manifesté un enthousiasme significatif.


“Shadow of a Doubt”

DVD • 4.3.06 à 21h

ShadowFilm très réussi d'Alfred Hitchcok de 1943, dont on nous rappelle à de nombreuses reprises sur le boîtier du DVD qu'il était "le préféré" du réalisateur. Le scénario de Thornton Wilder joue subtilement sur le contraste entre l'atmosphère paisible d'une petite ville américaine et ce qu'on va progressivement nous révéler du personnage principal. J'ai du mal à comprendre, néanmoins, l'utilité des scènes d'ouverture, qui atténuent considérablement l'impact de la suite du film en nous donnant pas mal d'éléments sur le personnage principal (un peu à la Columbo, où le spectateur sait tout dès le début). Le film reste malgré tout très efficace, grâce à une réalisation impeccable et une distribution uniformément magnifique, menée par un Joseph Cotten dans un rôle qui lui va comme un gant.


“Northern Lights”

3.3.06
De Philip Pullman
. Premier volume de la trilogie His Dark Materials.

Nl Je ne lis presque plus d’œuvres de fiction, à part les nouvelles du New Yorker... et je ne pense pas avoir lu de science-fiction depuis La Nuit des temps de Barjavel il y a au moins quinze ans. Cependant, n’ayant lu ni Lord of the Rings de J. R. R. Tolkien, ni The Chronicles of Narnia de C. S. Lewis, ni les aventures de Harry Potter de J. K. Rowling, je me sentais animé d’une réelle curiosité envers la littérature anglaise fantastique pour adolescents réels et attardés. J’ai donc choisi la trilogie His Dark Materials de Philip Pullman qui, si on doit croire l’IMDB, va faire l’objet d’une adaptation cinématographique à partir de 2007.

Que dire ? Avant tout, que j’ai dévoré les 400 pages en trois jours, et que je n’ai qu’une envie : commencer le deuxième volume. Pullman a un véritable style, et ses personnages sont fort attachants. Une bonne partie de l’intrigue tourne autour d’une idée qui confine au poétique, selon laquelle, dans le monde dans lequel se déroule ce premier volume, tout être humain né doté d’un “dæmon”, un petit animal qui ne le quitte jamais et qui est en quelque sorte son âme. Cette idée à elle seule fournit beaucoup de matière à des épisodes extrêmement touchants. Ce qu’on peut reprocher à Pullman, en revanche, c’est qu’il nous distille des informations au fur et à mesure des étapes du voyage initiatique de son héroïne Lyra (et de son dæmon Pantalaimon) sans que celle-ci fasse finalement quoi que ce soit pour “mériter” ces informations supplémentaires. L’aventure de Lyra est somme toute trop facile, des dei ex machina surgissant systématiquement chaque fois qu’elle connaît des difficultés. Malgré cela... vivement la suite !


Quelques bonnes nouvelles...

2.3.06

Les premières informations qui filtrent sur la programmation de la saison prochaine sont plutôt positives pour les amateurs de comédie musicale.

  • Stage Holdings, la société néerlandaise qui a pris récemment le contrôle du Théâtre Mogador, annonce une nouvelle production de Cabaret, non à Mogador mais aux Folies-Bergère, à partir d’octobre 2006. Il s’agira de la version de Sam Mendes et Rob Marshall, créée à Broadway en 1998 (quatre Tony Awards), d’après une mise en scène de Mendes pour le Donmar Warehouse de Londres. Je l’ai vue plusieurs fois à New York avec plusieurs distributions, puis à Madrid — où je crois qu’elle se donne toujours. Elle est aussi en ce moment à l’affiche du Theatre Carré d’Amsterdam. C’est une version très forte, qui donne une coloration très sombre à cette œuvre de 1966. Le seul reproche qu’on puisse lui faire est d’avoir lancé la malencontreuse mode consistant à faire jouer la musique d’un spectacle musical par ses comédiens... même s’il faut reconnaître que le concept marche plutôt bien en ce qui concerne Cabaret.
  • Le futur nouveau directeur du Châtelet, Jean-Luc Choplin, avait déjà laissé entendre qu’il souhaitait renouer à sa façon avec l’héritage un peu oublié de la maison dont il a désormais la charge. Ce souci est visible dans le programme de la saison 2006-2007, qui s’ouvrira et se fermera avec une reprise de l’opérette Le Chanteur de Mexico. Mais la divine surprise (hors l’annonce dans une interview donnée au Monde d’une production du Follies de Stephen Sondheim lors d’une prochaine saison) est la programmation, en décembre 2006, du chef d’œuvre de Leonard Bernstein, Candide, dont la mise en scène est confiée au génial Robert Carsen, avec la sublime Kim Criswell dans le rôle de la Vieille Femme.

Les bonnes nouvelles abondent aussi outre-Atlantique, puisqu’on attend à Broadway :

  • une reprise du légendaire A Chorus Line à l'automne 2006,
  • une vraisemblable reprise du mythique Pal Joey, avec Hugh Jackman dans le rôle principal, au printemps 2007,
  • une reprise de la très belle comédie musicale 110 in the Shade, adaptée de la pièce The Rainmaker de N. Richard Nash (également à la base du film éponyme de 1956 avec Burt Lancaster et Katharine Hepburn).

“The Pajama Game”

American Airlines Theatre, New York • 1.3.06 à 14h

Pg Reprise à New York d’un classique du répertoire, The Pajama Game, créé en mai 1954, couronné par le “Tony Award” de la meilleure comédie musicale en 1955 et qui tiendra l’affiche deux ans et demi avant d’être immortalisé par Hollywood dans un film de 1957 avec Doris Day dans le rôle principal féminin. Comme l’autre grand succès de Richard Adler et Jerry Ross, Damn Yankees, c’est une œuvre dont le potentiel commercial semble s’être émoussé avec le temps, même si le film jouit d’une notoriété très forte et bien que nombre de chansons soient devenues des classiques (“Hey, There”, “Hernando’s Hideaway”, etc.)

Les pronostics étaient donc mitigés pour cette production confiée à Kathleen Marshall (la sœur du Rob Marshall de Chicago) pour la mise en scène et la chorégraphie... d’autant que le producteur, la Roundabout Theatre Company, s’est montrée dans le passé capable du meilleur comme du pire... et que d’aucuns s’interrogeaient sur le choix de Harry Connick, Jr, un chanteur talentueux mais sans expérience de comédien, pour tenir le rôle principal de Sid Sorokin.

Eh bien, le verdict est clair : cette production est superbe. Certes, le livret est conforme à ce qu’on attendait d’un livret de comédie musicale en 1954 : qu’il soit léger et qu’il permette un enchaînement rapide des numéros musicaux. (On peut bien sûr trouver des exceptions — dès 1927 avec Show Boat, par exemple — mais on considère généralement que l’époque des livrets sérieux et profonds s’ouvre avec la “révolution” West Side Story en 1957.) Les revendications salariales des ouvriers de la fabrique de pyjamas Sleep-Tite ne seront donc pas prétexte à une fresque sombre de la condition ouvrière, mais elles fourniront une toile de fond plutôt colorée à une comédie délicieusement sentimentale dont le sujet principal est le coup de foudre entre Sid Sorokin, le “superintendant” de l’usine, joué par Harry Connick, et Babe Williams, la meneuse syndicale, jouée par Kelli O’Hara.

Kathleen Marshall, dont on avait déjà pu admirer le talent dans la magnifique reprise de Wonderful Town, mène le spectacle avec beaucoup d’assurance, concevant des chorégraphies assez époustouflantes (notamment pour “Her Is” et pour “Hernando’s Hideaway”), y compris pour un numéro comme “Steam Heat” dont la chorégraphie originale de Bob Fosse est un peu considérée comme une relique sacrée à laquelle on ne touche pas impunément.

Harry Connick a sans doute trouvé une vocation : il ne fait aucun doute qu’il sache jouer la comédie, et chaque chanson qu’il interprète fait progresser d’un cran dans l’échelle du plaisir. Sa partenaire Kelli O’Hara, que l’on avait vue dans des rôles beaucoup moins extravertis (récemment dans The Light in the Piazza, mais aussi dans Dracula, Follies, ou Sweet Smell of Success), montre qu’elle a le calibre d’une véritable star. Les rôles secondaires sont tous remarquables, en particulier la superbe Megan Lawrence dans le rôle en or de Gladys (qui valut un Tony Award à son interprète originale, Carol Hainey) et Peter Benson dans le rôle largement réécrit de Prez.

La comédie se déroule donc avec style et rythme vers un final heureux et coloré, le tout dans un visuel assez réussi, grâce à la vision d’une metteur en scène / chorégraphe dont on espère qu’Hollywood ne la volera pas trop vite, au talent d’une distribution de premier ordre... et aux solides fondations d’une œuvre qui prouve qu’elle mérite sa qualification de classique.