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Posts from February 2006

Concert

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 23.2.06 à 20h
Orchestre National de France, Kurt Masur. Beaux-Arts Trio (Menahem Pressler, piano - Daniel Hope, violon - Antonio Meneses, violoncelle).

Beethoven :
Ouverture Leonore III
Triple concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre en ut majeur op. 56
Symphonie n° 7 en la majeur op. 92

BatCe n'est pas facile à admettre, mais je ne suis pas un inconditionnel de Beethoven, et il me faut toujours quelques efforts pour rester concentré, surtout quand le programme d'un concert lui est intégralement consacré comme ici. Heureusement, la 7ème symphonie est de loin ma préférée... et, même dans Beethoven, c'est toujours un plaisir d'entendre l'Orchestre National, surtout sous la baguette d'un Kurt Masur apparemment remis de ses soucis de santé. Belle occasion également d'entendre une formation de musique de chambre mythique, le Beaux-Arts Trio, le surlendemain du magnifique récital du Quatuor Alban Berg. Même si le pianiste Menahem Pressler est le seul membre fondateur encore présent, le nom Beaux-Arts Trio est resté synonyme de grande qualité. Les deux bis donnés après le concerto, issus de trios de Chostakovitch et de Beethoven, en ont témoigné.


Concert

Théâtre Mogador, Paris • 22.2.06 à 20h
Orchestre de Paris, Paavo Järvi. Kun Woo Paik, piano.

Kodály: Concerto pour orchestre
Bartók: Concerto pour piano et orchestre n° 2
Bartók: Musique pour cordes, percussion et célesta

Kwp_1Décidément, la saison musicale nous réserve de très bonnes surprises. Ce concert a été rien moins qu'électrisant. L'Orchestre de Paris a démontré l'ampleur du génie de Bartók, du mouvement lent crépusculaire du concerto aux pages rythmiques et hallucinées - pour ne pas dire hallucinantes - jouées par l'orchestre dans un ensemble irréprochable. La virtuosité déconcertante du pianiste coréen Kun Woo Paik laisse sans voix.


Récital Quatuor Alban Berg

Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 21.2.06 à 20h
Mozart : Quatuor à cordes en ré mineur K. 421
Bartók : Quatuor à cordes n° 6 Sz. 114
Mozart : Quatuor à cordes en ré majeur K. 499 “Hoffmeister”

Berg Très beau récital. Le Quatuor Alban Berg, doté d’une nouvelle altiste à la suite du décès de Thomas Kakuska en 2005, donne l’impression saisissante de “parler d’une seule voix”. Le fil mélodique se déroule dans une symbiose parfaite des quatre instruments, le discours étant totalement homogène, coordonné, équilibré. Ce qui n’empêche pas une palette expressive très large jouant beaucoup des contrastes dynamiques. Cela donne beaucoup de caractère aux quatuors de Mozart. Le quatuor de Bartók est une petite merveille, jouée de manière parfaitement captivante. En bis, l’adagio molto du quatuor n°5 de Bartók est le sommet du concert.


“Bin-jip”

DVD • 20.2.06 à 21h30
Film coréen de Kim Ki-Duk. Traduction littérale du titre : Maisons vides. Titre anglais : 3-Iron. Titre français : Les Locataires.

3iron Étrange et fascinant film du réalisateur de Printemps, été, automne, hiver... et printemps autour d’un scénario qui semble d’abord réaliste avant de devenir onirique et poétique. Un jeune-homme s’introduit dans des appartements, mais il n’y vole rien, y reste quelques instants, se fait à manger, répare les objets cassés, prend quelques photos et fait la lessive avant de partir... Une rencontre avec une jeune-femme battue qui va le suivre, quelques incidents de parcours, des policiers corrompus... À la fin du film, le jeune-homme est devenu une ombre. Tel un courant d’air, il continue à influencer la vie des autres sans plus être vu, sauf de celle qu’il aime et qui l’aime. Superbement interprété et réalisé.


“Cléo de 5 à 7”

DVD • 19.2.06 à 22h

Cleo J’avais découvert ce petit bijou de 1961 réalisé par Agnès Varda par hasard à ce qui s’appelait encore la Vidéothèque de Paris. C’est avec un bonheur immense que j’ai pu le revoir. Le film suit une heure et demie de la vie de Cléo, une chanteuse un peu fantasque, qui attend avec angoisse les résultats d’un examen médical. Au cours d’un périple pendant lequel la caméra d’Agnès Varda compose une véritable ode à Paris, elle rencontre divers personnages tous superbement interprétés, avant de faire la connaissance d’Antoine, un soldat sur le point de partir pour l’Algérie. Dans le rôle de Cléo, Corinne Marchand (qui, d’après l’IMDB, fait une apparition non créditée dans Gigi) est absolument lumineuse. Au cours d’un “film dans le film”, on a la surprise de découvrir Jean-Luc Godard, Anna Karina, ou encore Jean-Claude Brialy. La musique de Michel Legrand est très présente, et contribue grandement à l’émotion suscitée par la séquence dans laquelle Cléo chante pour la première fois la magnifique chanson “Sans toi”...


“Death on the Nile”

DVD • 19.2.06 à 18h30

Nile Cette aventure d’Hercule Poirot est très réussie, grâce au scénario bien ficelé par Antony Shaffer (l’auteur de la géniale pièce Sleuth) et à une distribution en or : Peter Ustinov (crédible dans le rôle du détective belge car il parle français sans accent), une Bette Davis déchaînée qui, à soixante-dix ans, semble parfaitement à l’aise sous le soleil égyptien, une Maggie Smith impayable qui lui donne la réplique à la perfection, Angela Lansbury, absolument géniale dans le rôle de la romancière alcoholique Salome Otterbourne, Mia Farrow, David Niven, etc. Amusant de retrouver Simon MacCorkindale, le héros d’une série aujourd’hui oubliée, Manimal, que les enfants de mes amis anglais regardaient en boucle lorsque je leur rendais visite il y a une bonne vingtaine d’années...


“Pride & Prejudice”

UGC Forum Orient-Express, Paris • 18.2.06 à 21h35

Pp L’idée de faire une adaptation cinématographique de Pride and Prejudice peut sembler curieuse. En effet, le roman de Jane Austen, publié en 1813, est long, descriptif, linéaire... même s’il contient une dose d’humour. En outre, il doit bien y avoir eu déjà une bonne dizaine d’adaptations cinématographiques (comme celle de 1940 avec Laurence Olivier) et télévisuelles (comme celle de 1995 avec Colin Firth).

Ce qui sauve ce film de Joe Wright, c’est la qualité de la réalisation mais surtout celle de la distribution. Les premières scènes font craindre le pire : la caméra semble être en mouvement permanent, un peu comme dans un clip de MTV. Mais on se rend vite compte que ce qui aurait pu tuer le film est en réalité l’une de ses qualités salvatrices, car la réalisation soutient le flux dramatique et contribue grandement à rendre l’histoire prenante, poignante et presque haletante.

Quant à la distribution, elle est tout simplement remarquable. Brenda Blethyn et Donald Sutherland sont épatants dans le rôle des parents Bennet. Tom Hollander rend le personnage de Mr. Collins merveilleusement grotesque. Simon Woods est un Bingley éminemment aimable. On ne se lasse évidemment jamais de voir Judi Dench, ici dans le rôle de la fort déplaisante Lady Catherine de Bourg. Mais ce sont surtout Matthew Macfadyen et Keira Knightley, dans le rôle des personnages principaux Darcy et Elizabeth, qui crèvent l’écran. Leur alchimie est palpable ; ils contribuent grandement à maintenir une bonne dose de tension dramatique jusqu’à l’émouvante résolution finale.

Il faut sans doute être un peu fleur bleue pour se laisser emporter par ce film. En tout cas, il parvient à faire preuve de personnalité tout en restant parfaitement fidèle à sa source.


“Le Butin”

Théâtre Fontaine, Paris • 18.2.06 à 18h
Loot
de Joe Orton. Adaptation française, Dominique Deschamps. Mise en scène, Marion Bierry. Avec Marie-Anne Chazel (Fay), Christian Pereira, Jacques Boudet, Benoît Giros, Yann Tregouet et Olivier Chauvel.

Loot Joe Orton est une curiosité parmi les auteurs anglais. Il ne s’écoulera que quatre ans entre le moment où sa première pièce radiophonique, The Ruffian on the Stair, est acceptée par la BBC en 1963 et son meurtre par son amant Kenneth Halliwell en 1967 (cf. le film Prick Up My Ears de Stephen Frears). Il ne laissera qu’une poignée de pièces curieuses, dont Loot est sans doute la plus connue. C’est une comédie mêlée de “nonsense” typiquement britannique, dont Orton disait qu’elle devait être jouée très sérieusement. Elle connut un gros succès à Londres, mais fut incapable de traverser durablement l’Atlantique, la production de Broadway ayant fermé ses portes après 22 représentations.

Cette version française a le mérite de présenter cette pièce au public parisien. Menée par une Marie-Anne Chazel jouant son personnage habituel, on sent la troupe parfois un peu embarrassée devant un style d’humour très particulier. Le résultat est néanmoins assez réussi, notamment dans l’emballement final.


“Prairie Fire”

18.2.06

Newyorker060116 Article très perturbant signé Eric Konigsberg dans le New Yorker daté du 16 janvier dernier, sur Brandenn Bremmer, un gamin surdoué qui s’est suicidé à l’âge de 14 ans en mars 2005. Comme toujours dans le New Yorker, le journaliste avance pas à pas, reste très factuel en citant abondamment, évite les généralisations hâtives ou les commentaires personnels.

Ce qui crée le malaise, ce n’est pas le suicide lui-même, c’est l’évolution de la perception qu’on a de ceux qui entouraient Brandenn. Ainsi, on apprend dès la troisième page de l’article que ses parents l’ont emmené, dès l’âge de quatre ans, voir une psychologue, Linda Silverman, spécialisée dans le soutien aux gamins surdoués. Ce n’est que huit pages plus loin que l’on apprend que cette dame est mariée à un type qui se dit voyant et qui prétend guérir le cancer. Il dit qu’il a communiqué avec Brandenn avec sa mort, qu’il est en réalité un ange et qu’il est retourné au ciel après sa mort afin de continuer à exercer son ministère. “Everything worked out in the end.” Et sa femme est d’accord, bien sûr ! Ce qui les conduit à dire que Brandenn est un ange, c’est que les organes prélevés sur lui après sa mort ont permis de réaliser plusieurs greffes, dont certaines ont vraisemblablement contribué à sauver des vies. Comment ne pas penser que de tels tordus ne peuvent avoir une influence négative sur des gamins déjà fortement perturbés ?

Même évolution dans la perception des parents. Au début de l’article, on se dit que ce sont des gens simples mais suffisamment intelligents pour essayer de s’adapter à des circonstances exceptionnelles. À la fin, on ne sait plus quoi penser. L’isolement dans lequel ils ont maintenu Brandenn dans leur ferme du Nebraska, leur obstination à ne pas accepter les signes tangibles de la dépression de leur fils présents dans les e-mails qu’il adressait à ses amis,... autant d’éléments qui contribuent à créer dans les dernières lignes de l’article un malaise qui n’est pas foncièrement différent de celui que l’on ressent dans les films d’horreur.


“Bells are Ringing”

DVD • 17.2.06 à 22h

Bells Dernier film réalisé par Vincente Minnelli pour la célèbre “Arthur Freed Unit” de la MGM en 1960, Bells are Ringing est l’adaptation cinématographique de la comédie musicale de Jule Styne (musique) et Betty Comden & Adolph Green (livret et lyrics) jouée à Broadway de novembre 1956 à mars 1959 et couronnée par deux Tony Awards, l’un pour sa vedette féminine, la délicieuse Judy Holliday, et l’autre pour sa vedette masculine, Sidney Chaplin (le fils de Charlie).

C’est Judy Holliday qui reprend son rôle dans le film. Ce sera malheureusement sa dernière apparition cinématographique avant d’être emportée par le cancer en 1965 à l’âge de 44 ans. Elle est associée à l’excellent Dean Martin, alors au sommet de sa gloire. Tous deux crèvent littéralement l’écran, même si Holliday était peu satisfaite par le scénario et ne cachait pas qu’elle n’avait qu’une confiance limitée en Minnelli. Il est vrai que le film est un tout petit peu statique par moment — un défaut courant parmi les adaptations d’œuvres théâtrales, mais il brille grâce à la très belle partition de Jule Styne, peut-être le meilleur compositeur de comédie musicale de la deuxième moitié du 20ème siècle, et les orchestrations d’Alexander Courage. On apprécie également beaucoup la façon dont Vincente Minnelli, avec la complicité de son directeur de la photographie, Milton Krasner, filme New York, notamment dans le générique de début et dans la scène située à Times Square — scène pendant laquelle, d’ailleurs, on aperçoit un cinéma annonçant Gigi, un autre film de Minnelli.

Pour mémoire, la liste des films du duo Arthur Freed / Vincente Minnelli :

  • Strike Up the Band (1940)
  • Babes on Broadway (1941)
  • Panama Hattie (1942)
  • Cabin in the Sky (1943)
  • Meet Me in St. Louis (1944)
  • The Clock (1945)
  • Yolanda and the Thief (1945)
  • Till the Clouds Roll By (1946)
  • Ziegfeld Follies (1946)
  • The Pirate (1948)
  • An American in Paris (1951)
  • The Bad and the Beautiful (1952)
  • The Band Wagon (1953)
  • Brigadoon (1954)
  • Kismet (1955)
  • Gigi (1958)
  • Bells Are Ringing (1960)

Pauvre langue...

15.2.06

Dans le métro, une affiche pour le film Braqueurs amateurs. Quelqu’un a été payé pour trouver ce titre ? Slogan un tantinet tautologique : “Quand on a tout perdu, on n'a plus rien à perdre”. Quelqu’un a été payé pour inventer ça ? Bon, d’accord, c’est peut-être efficace. Le hic, c'est qu'ils ont écrit : “on a plus rien à perdre”. On écarte vite l’hypothèse de la faute volontaire du type "il a plus rien à perdre" pour que ça fasse moins guindé. Donc c'est une énorme faute. Ça fait sans doute vieux croûton de le faire remarquer, mais je trouve cela bien triste.


Charlène Duval : “Charlène is Back”

Vingtième Théâtre, Paris • 14.2.06 à 20h

CharleneCharlène Duval, icône des nuits parisiennes, ancienne égérie du légendaire Piano Zinc, se fait rare. Mais elle sait réapparaître de temps en temps, pour le plus grand plaisir de ses admirateurs fidèles, qui lui vouent une admiration à la limite du culte. Cette représentation exceptionnelle, donnée à l'occasion de la Saint-Valentin, a permis de revivre quelques grands classiques de son répertoire (Line Renaud chantant “Le Soir” en français et en anglais, Marlene Dietrich écrasant “La Vie en rose”,...), mais aussi quelques nouveautés bien choisies, dont certaines écrites pour elle par Pascal Mary et Caroline Roëlands. Il faut dire que la Duval a le chic pour dégotter des bijoux du répertoire : quand elle ne vante pas les mérites des tomates ou des ananas, c’est à la gloire du nougat de Montélimar qu’elle adresse une ode aussi lyrique qu’enflammée. Les amateurs de comédie musicale auront reconnu également une adaptation du “Ah! Paris!” de Stephen Sondheim (extrait de Follies). Mais la nouveauté la plus marquante de cette soirée est sans doute la version française de la célèbre chanson de Torch Song Trilogy, “I Puke”, devenue, par la magie de l’adaptation, “Je gerbe”. Charlène Duval : si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer.


“Götterdämmerung”

Théâtre du Châtelet, Paris • 12.2.06 à 15h
Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach. Mise en scène, Robert Wilson. Avec Nikolaj Andrej Schukoff (Siegfried), Dietrich Henschel (Gunther), Kurt Rydl (Hagen), Sergei Leiferkus (Alberich), Linda Watson (Brünnhilde), Christine Goerke (Gutrune)...

Dernier épisode de la saga. Et quel suspens ! On nous annonce que Kurt Rydl est très souffrant, mais qu’il a tenu à chanter quand même. On retient son souffle. Performance impeccable. Deuxième annonce avant le deuxième acte : encore plus souffrant, mais il va essayer quand même. On remarque à peine quelques raclements de gorge et une respiration un peu bruyante... J'aimerais bien savoir chanter aussi mal que Kurt Rydl quand il est très malade ! Quel dommage qu’il ne soit pas venu saluer : il aurait eu droit à la plus belle ovation de sa carrière !

La star incontestée de ce dernier volet de la Tétralogie, c’est la partition de Wagner, à laquelle l’Orchestre de Paris a su faire honneur. Les cuivres sont amples et précis ; le phrasé des violoncelles est merveilleux ; Eschenbach donne un souffle magistral à l’ensemble... seuls les harpistes s’illustrent une fois encore par leur agitation permanente et leur manque de professionnalisme. Le final du deuxième acte donne la chair de poule. Les funérailles de Siegfried sont magnifiquement poignantes. Le final laisse la gorge serrée et les yeux humides.

Le début est un peu poussif, avec des Nornes qui ne s’accordent pas très bien entre elles et ne font pas décoller le prologue, même si le visuel est assez réussi. Mais on passe très vite à la vitesse supérieure en découvrant le Siegfried d'Andrej Schukoff : il a une voix suave et puissante... et il est beau ! Les adieux avec Brünnhilde sont ébouriffants. Linda Watson semble s’être réveillée depuis la semaine dernière. Quelle frustration de ne pas pouvoir applaudir !

Et puis tout s’enchaîne superbement. Le duo de Brünnhilde avec Waltraute (Mihoko Fujimura) est un moment très fort. Le Gunther de Dietrich Henschel manque un peu d’assurance. Il n’est jamais complètement en mesure et parfois un peu faux. La Gutrune de Christine Goerke est tout en puissance, mais elle n’a pas grand chose à faire. Kurt Rydl, malgré ses soucis de santé, nous donne à apprécier une belle voix grave très assurée. Son duo avec l’Alberich toujours aussi impressionnant de Sergei Leiferkus est magnifique.

La mise en scène de Wilson n’a jamais été si efficace que dans ce dernier volet. Les lumières de Kenneth Schutz font beaucoup pour créer des visuels frappants. La lance de Hagen, baignée de lumière rouge, est une vraie trouvaille.

À peine rentrés, nous avons pris des places pour revoir ce spectacle en avril... Trois Götterdämmerung prévus dans les deux prochains mois (Cologne, Châtelet encore, puis Londres)... après, on fera une pause !


“Dirty Rotten Scoundrels”

DVD 9.2.06 à 21h30

DrsCette comédie de 1988 réalisée par Frank Oz et mettant en vedette Michael Caine et Steve Martin est la source de la comédie musicale éponyme actuellement à l'affiche à New York (mes commentaires ici). Je ne savais pas à quoi m'attendre, d'autant que Steve Martin est généralement associé à un type de comédie qui ne me passionne pas. La surprise a été d'autant plus agréable de découvrir un film solide, bien réalisé, construit autour d'un scénario bien écrit... dont la comédie musicale a d'ailleurs repris l'essentiel quasiment à l'identique.

La distribution est impeccable. On y retrouve notamment la délicieuse Barbara Harris, qui a eu une carrière à Broadway dans les années 1960, et dont le nom reste principalement attaché à la comédie musicale à sketchs The Apple Tree de Jerry Bock et Sheldon Harnick. Dana Ivey a été et reste une comédienne très en vue ; elle figurait dans la distribution originale de la comédie musicale Sunday in the Park With George. Anton Rodgers est un habitué, quant à lui, des scènes londoniennes, où on l'a encore vu récemment jouer le rôle de Grandpa Potts dans Chitty Chitty Bang Bang. On remarque également Frances Conroy (de Six Feet Under) et Ian McDiarmid, l'inimitable empereur / sénateur Palpatine de Star Wars.


Concert

Opéra Bastille, Paris • 8.2.06 à 20h
Orchestre de l’Opéra de Paris, Jiří Bělohlávek.

Bedrich Smetana (1824-1884) : Ma Vlast (Ma Patrie)

Œuvre phare du répertoire tchèque, Ma Patrie rassemble six poèmes symphoniques composés par Smetana entre 1872 et 1879, dont le célébrissime La Moldau. Behlolávek est bien entendu dans son élément, et l’orchestre de l’Opéra de Paris fait une fois de plus la démonstration d’une remarquable plasticité. Je dois avouer avoir eu un peu de mal à rentrer dans l’œuvre, alors que la musique slave met généralement met gênes en résonance assez rapidement...


“Hoodwinked”

UGC Ciné Cité les Halles, Paris • 7.2.06 à 22h05

Hoodwinked Un petit film d’animation fort distrayant malgré une qualité d’image un peu décevante. L’humour au second degré fuse en permanence... sauf dans les sous-titres, qui manquent plus de la moitié des clins d’œil. Le casting des voix est particulièrement réussi, avec notamment Glenn Close, David Ogen Stiers (un habitué des films d’animation et des films de Woody Allen) et Anne Hathaway, vue récemment dans le rôle de la femme texane de Jack Twist dans Brokeback Mountain.


“Juliette ou la clé des songes”

Opéra Bastille, Paris • 6.2.06 à 20h
Un opéra de Bohuslav Martinu (1880-1959), créé en 1938, d’après la pièce (1930) de Georges Neveux. Orchestre de l’Opéra de Paris, Jirí Behlolávek. Mise en scène, Richard Jones. Décors et costumes, Antony McDonald. Lumières, Matthew Richardson. Avec John Graham-Hall (Michel) et Elena Semenova (Juliette).

Juliette Ce Juliette sera pour moi la révélation de la saison. Combinaison magique d’un livret surréaliste et onirique, d’une partition à la slavitude débordante dirigée par un Jirí Behlolávek qui laisse parler ses gênes et de l’une des plus belles mises en scène vues à Bastille, à égalité peut-être avec les Contes d’Hoffmann de Robert Carsen.

Le livret est étonnamment bien écrit pour les standards habituels de l’opéra. Un homme, perdu dans ses rêves, croise des personnages qu'on penserait sortis d'Alice au pays des merveilles, qui ont tous la particularité de ne pas avoir de souvenirs, ainsi que Juliette, dont il va s'éprendre. Il émerge de son rêve au "Bureau Central des Rêves", une officine digne de Brazil ou de George Orwell, qui organise les rêves de la population. Pour retrouver Juliette, il préfère se perdre à jamais dans ses rêves, comme les fous, ceux qui ont trouvé le bonheur dans un rêve éternel. Que de poésie dans ces idées comme dans les personnages du "Père la Jeunesse", de la diseuse de bonne aventure qui ne voit que le passé, ou encore du marchand de souvenirs...

Les amateurs de comédie musicale reconnaîtront le nom de Richard Jones, metteur en scène de la version originale du Into the Woods de Stephen Sondheim à Londres en 1990 et de la version originale du Titanic de Maury Yeston à New York en 1997. Sa mise en scène est lumineuse, grandement aidée en cela par les décors-accordéons magnifiques d'Antony McDonald et les lumières de Matthew Richardson. Les trouvailles abondent, du piano qui dérive lentement en fond de scène pendant le solo de piano qui accompagne l’air du “Père la Jeunesse” à l’apparition du marchand de souvenirs dans une armoire qui glisse sur scène.

Quant à la musique... Multiforme, elle est remarquable par la présence soutenue du piano, qui a quelques solos de toute beauté. Elle sait se faire onirique, mystérieuse, poétique. Pas d'erreur, c’est une musique slave, à la sensibilité exacerbée et éminemment romantique.

Dommage que le public parisien n’ait pas répondu à l’invitation de l’Opéra de Paris. Il était bien triste de voir une salle au tiers vide pour un spectacle d’une telle qualité.


“Siegfried”

Théâtre du Châtelet, Paris • 5.2.06 à 15h
Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach. Mise en scène, Robert Wilson. Avec Jon Fredric West (Siegfried), Volker Vogel (Mime), Jukka Rasilainen (Wotan), Sergei Leiferkus (Alberich), Kurt Rydl (Fafner), Linda Watson (Brünnhilde), Qiu Lin Zhang (Erda), Natalie Karl (l’oiseau).

Après une pause hivernale, le Châtelet nous présente donc la troisième époque (ou deuxième journée, pour les puristes) de cette Tétralogie dont les deux premiers épisodes ont été des moments forts de mon automne musical. Il faut dire que je suis arrivé assez remonté contre la critique de Renaud Machart dans Le Monde, dont la méchanceté me semble inexplicablement gratuite. On pense ce qu’on veut des visuels stylisés de Robert Wilson, mais dire de Christoph Eschenbach que sa direction est “sèche, un peu raide” et parler de “conduite morcelée du discours musical” ne peut relever que du règlement de comptes ou de la crise d’hystérie. Dans Das Rheingold et Die Walküre, Eschenbach a porté l’Ochestre de Paris à des hauteurs rarement atteintes par cette formation. L’émotion engendrée par la musique m’avait accompagné plusieurs jours après les représentations. Pourquoi les critiques aiment-ils à ce point verser dans la caricature, l’épigramme et l’excès ? La qualité moyenne de la production musicale est telle, de nos jours, que bien peu de représentations méritent des commentaires au cyanure. Il peut y avoir des faiblesses, certes, et il est normal de les pointer du doigt, mais pas au point d’emporter le tout dans les abîmes et d'indiquer dans le titre que le spectacle est "à périr d'ennui" !

Bref, que penser de ce Siegfried ? C’est, pour moi, le moins intéressant des quatre volets de la Tétralogie. Curieusement, c’est dans le troisième acte qu’il prenait vie dans la mise en scène récente de Jean-Louis Grinda à Liège. Ici, le troisième acte est au contraire bien peu vivant et sombre dans la monotonie pendant les interminables échanges de Siegfried et Brünnhilde. Les deux premiers actes, en revanche, sont très réussis, notamment parce que Wilson semble résister à la stylisation à outrance (on voit vraiment des enclumes, des marteaux, des arbres, ... et une tête de dragon - pas très réussie, d'ailleurs !) La confrontation de Mime et Siegfried au premier acte est superbe, grâce notamment à l’interprétation de Volker Vogel, à qui on pardonne bien volontiers, du coup, de manquer un peu de puissance vocale. L’Alberich de Sergei Leiferkus et le Wotan de Jukka Rasilainen sont toujours aussi poignants et permettent au deuxième acte de s'élever rapidement. J’attendais plus de la Erda de Qiu Lin Zhang, pourtant remarquable dans Das Rheingold. Son apparition marque le début du déclin du troisième acte, qui se poursuit rapidement avec la Brünnhilde de Linda Watson, en petite forme, tandis que Siegfried, fatalement après cinq heures, commence à fatiguer. Quant à l’orchestre, il a été une fois de plus absolument remarquable. Dommage cependant que l’enclume du premier acte n’ait pas été sonorisée...


Récital Nelson Freire

Théâtre du Châtelet, Paris • 3.2.06 à 20h
Bach, Mozart, Beethoven, Chopin...
[parti à l'entracte]

Nfreire Ce récital produit par la société Piano **** relève purement et simplement de la publicité mensongère, puisque le programme de la saison annonçait notamment le Carnaval de Schumann, les Klavierstücke de Brahms, une sonate de Scriabine, du Debussy... Au lieu de cela, on nous donne la sonate “alla Turca” de Mozart et la “Clair de Lune” de Beethoven, avant une deuxième partie s’ouvrant par une grosse louche de Chopin. Je comprends qu’on puisse tolérer des changements de programme mineurs, mais dans ce cas il y a tromperie sur la marchandise. Inacceptable.