Metropolitan Opera, New York • 11.2.12 à 12h
Le Crépuscule des Dieux, Wagner (1876)
Direction musicale : Fabio Luisi. Mise en scène : Robert Lepage. Avec Jay Hunter Morris (Siegfried), Deborah Voigt (Brünnhilde), Hans-Peter König (Hagen), Iain Paterson (Gunther), Eric Owens (Alberich), Wendy Bryn Harmer (Gutrune), Waltraud Meier (Waltraute), Maria Radner (Première Norne), Elizabeth Bishop (Deuxième Norne), Heidi Melton (Troisième Norne), Erin Morley (Woglinde), Jennifer Johnson Cano (Wellgunde), Tamara Mumford (Floßhilde).
Une fin bien décevante pour ce Ring new-yorkais conçu par Robert Lepage. Das Rheingold m’avait pourtant enthousiasmé, en avril 2011. Die Walküre était également d’excellente tenue le mois suivant. Les choses avaient commencé à se gâter avec un Siegfried assez terne en novembre dernier. Au lieu de redresser la barre, ce Crépuscule m’a plongé dans un ennui rare.
La responsabilité en est bien partagée, mais je suis tenté d’en attribuer la plus grande part à la direction musicale de Fabio Luisi. J’avais aimé son Rheingold, mais il remplaçait alors James Levine au pied levé. Ici, il interprète l’essentiel de la partition dans une sorte de nuance médiane dont il ne s’éloigne qu’exceptionnellement. Le relief de l’œuvre s’en trouve considérablement écrasé. Et c’est lent, si lent qu’on dirait du Maazel. On en entend que mieux les accidents des cuivres, un peu trop fréquents.
Les chanteurs n’impressionnent pas non plus beaucoup, même si Hans-Peter König est, une fois de plus, éblouissant en Hagen. Belles prestations de Iain Paterson en Gunther, de Wendy Bryn Harmer en Gutrune et de Waltraud Meier en Waltraute. Jay Hunter Morris démarre doucement, si bien que son Siegfried ne devient véritablement convaincant que dans le dernier acte. Quant à Deborah Voigt, elle n’a ni la puissance, ni l’endurance voulues pour rendre justice au rôle de Brünnhilde.
La mise en scène de Robert Lepage continue à s’appuyer sur son impressionnant dispositif scénique, qui démontre de nouvelles possibilités admirables. On regrette un peu la disparition des idées les plus originales, comme les vues “par dessus” qui étaient particulièrement impressionnantes dans Rheingold.
Les images finales sont incroyablement décevantes : si Lepage parvient à suivre le livret pas à pas en montrant Brünnhilde se précipiter dans le bûcher sur le dos de son cheval, puis les Filles du Rhin attirant Hagen dans le fleuve, puis Walhalla qui s’effondre… il ne se passe rien — mais rien — ensuite pendant les dernières mesures, au moment où tous les metteurs en scène s’efforcent d’évoquer un monde qui renaît. La scène est dans la pénombre, la machine ne bouge plus, on attend que la musique s’achève pour que le rideau puisse tomber. Bizarre.
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