Grand Palais, Paris • 15.6.08 à 21h
C’est donc à Richard Serra que revient cette année le privilège d’occuper la monumentale nef du Grand Palais, avec une sculpture intitulée Promenade, composée de cinq plaques d’acier posées verticalement dans la halle. Il s’agit de ma troisième rencontre significative avec le sculpteur américain, après le Guggenheim de Bilbao en 1999 et la rétrospective du MoMA de New York l’année dernière.
Au premier abord, les cinq sculptures en acier se font discrètes sous la somptueuse verrière monumentale, ce qui est inhabituel pour Serra, dont les œuvres ont plutôt tendance à prendre le dessus dans les espaces clos compte tenu de leur taille. Malgré cela, on fait un premier tour en longeant les murs, comme tenu à distance par une force invisible. On s’amuse des configurations différentes que prennent les cinq pièces selon le point de vue — un peu comme dans les jardins japonais.
Ce n’est qu’au deuxième tour que l’on ose s’approcher, regarder de près la texture du métal, se mesurer aux masses d’acier, qui sont particulièrement imposantes lorsqu’on se trouve juste devant elles et qu’on lève les yeux pour en chercher le sommet. De profil, en revanche, elles disparaissent presque complètement : paradoxe de ces blocs à la fois si imposants et si diaphanes. Plusieurs visiteurs éprouvent le besoin de toucher, voire de taper — ce qui déclenche d’étonnants phénomènes acoustiques. On se demande un peu par quel miracle les cinq plaques tiennent debout.
Petit à petit, la lumière extérieure décline. Assis, on observe la métamorphose progressive de l’espace. La lumière artificielle intérieure ne compense que très partiellement l’assombrissement venu de l’extérieur. La halle semble se rétrécir, devenir plus intime. Plus on les regarde et plus les cinq sculptures évoquent une présence certes imposante, mais aussi paisible et protectrice. Il est 22h30 : il ne reste que 60 ou 70 visiteurs. Il n’y a pas de bruit, pas de musique, seulement quelques échos étouffés et déformés des bruits extérieurs. Le temps semble suspendu. On bénit les organisateurs d’avoir prévu de véritables nocturnes. Dans quelques instants, l’exposition fermera ses portes, définitivement.
Vous pouvez voir quelques photos de l’exposition en cliquant sur l’album ci-dessous :
Au retour, je laisse mon Vélib’ comme souvent à proximité du Conservatoire du 10ème arrondissement, logé dans ce petit bijou qu’est l’Hôtel Gouthière. Dans la cour, les élèves de différentes classes du Conservatoire répètent Dialogues des Carmélites, qui sera représenté les 19, 21 et 23 juin. J’arrive vers le premier tiers de l’Acte 2, à la fin de la visite du Chevalier. Très impressionné par la qualité moyenne des prestations, notamment du côté des femmes (Blanche est superbe, malgré sa tendance à prononcer les "é" comme des "a"), je reste jusqu’à la fin, trop content de pouvoir savourer le “Salve Regina”, qui ne manque jamais de me tirer des larmes. Je suis infiniment touché par l’air que chante Madame Lidoine aux sœurs après leur première nuit en prison. L’orchestre fatigue un peu à la fin, mais on entend de très belles choses aux bois… et les trompettes s’accrochent assez vaillamment dans le passage qui précède la scène finale.
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