Salle Pleyel, Paris • 6 et 7.2.12 à 20h
New York Philharmonic, Alan Gilbert
6.2.12
Beethoven : concerto pour violon (Frank Peter Zimmermann, violon)
Stravinski : symphonie en trois mouvements
Ravel : Daphnis et Chloé — Suite n° 2
7.2.12
Magnus Lindberg : Feria
Bartók : concerto pour piano n° 2 (Lang Lang, piano)
Prokofiev : symphonie n° 5
Deux concerts passionnants et débordants d’énergie.
Ce sont les deux concertos qui constituent les moments forts de ces deux concerts. Le Beethoven est une indescriptible splendeur, d’une opulence sonore exceptionnelle, un déluge de couleurs, un déchaînement de tensions exquises. Zimmerman est le premier violoniste que j’entends saturer ainsi l’acoustique de la Salle Pleyel, d’habitude plutôt peu amène à l’endroit des solistes à cordes. Sa technique est époustouflante… et le son qu’il tire de son Stradivarius est quasiment solaire. Quand Beethoven est joué comme ça (c’est-à-dire quasiment jamais), je n’ai vraiment aucun problème.
Pour le concerto de Bartók, l’orchestre est installé de manière bien peu conventionnelle — l’harmonie à gauche du chef, les cordes à droite (ce qui permet de spatialiser le son de manière très spécifique dans les deux premiers mouvements). Le piano se fond un peu dans l’orchestre. Gilbert et Lang Lang, dont l’entente est frappante, vont chercher de longues phrases très lyriques et très expressives. Les exigences techniques phénoménales de la partition empêchent Lang Lang de s’adonner à ses maniérismes agaçants et canalisent parfaitement son étonnante virtuosité. L’attaque du deuxième mouvement par un orchestre sublimement crépusculaire est vraisemblablement le moment le plus magique de ces deux concerts. Très belle prestation du timbalier tout au long du concerto.
Les autres œuvres interprétées pêchent un peu par excès de brillance. La symphonie de Prokofiev est magnifiquement bien jouée (par des musiciens dont les visages sont souvent illuminés par le plaisir de jouer), mais elle manque de rugosité. La suite de Daphnis et Chloé, trop monochrome, oublie de se laisser pénétrer par les clairs-obscurs ravéliens. On dirait qu’elle a été écrite par un lointain cousin américain : à sa façon, cette œuvre “nouvelle” est assez captivante.
Abondance de bis. Le mardi, ils me rappellent à quel point Berlioz me laisse indifférent et combien le New York Philharmonic est irrésistible quand il interprète Bernstein.
Il faut vraiment qu’Alan Gilbert change de tailleur…
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