Notes dans la catégorie "Comédie musicale" Flux

“Nick & Nora”

Eureka Theatre, San Francisco • 11.4.15 à 18h
Musique : Charles Strouse. Lyrics : Richard Maltby, Jr. Livret : Arthur Laurents, d’après le roman The Thin Man de Dashiell Hammett.

Mise en scène : Greg MacKellan. Direction musicale : Dave Dobrusky. Avec Ryan Drummond (Nick Charles), Brittany Danielle (Nora Charles), Allison F. Rich (Tracy Gardner), Reuben Uy (Yukido), Davern Wright (Selznick / Another Juan), Brian Herndon (Max Bernheim), William Giammona (Victor Moisa), Justin Gillman (Spider Malloy / Juan), Nicole Frydman (Lorraine Bixby), Michael Kern Cassidy (Edward J. Connors), Michael Barrett Austin (Lt. Wolfe), Megan Stetson (Maria Valdez), Cindy Goldfield (Lily Connors), …

Pre-show :

Post-show :

PS : J’ai oublié de parler d’Asta, le chien de Nick de Nora Charles, qui avait semble-t-il séduit le public de la production originale (ah, les enfants et les chiens sur scène…) Cette production se contente de l’évoquer par le biais d’aboiements enregistrés chaque fois que retentit la sonnerie de la porte. Malin…


“On the Twentieth Century”

American Airlines Theatre, New York • 5.4.15 à 14h
Musique : Cy Coleman. Livret & lyrics : Betty Comden & Adolph Green, d’après des pièces de Ben Hecht, Charles MacArthur et Charles Bruce Millholland.

Mise en scène : Scott Ellis. Direction musicale : Kevin Stites. Avec Kristin Chenoweth (Mildred Plotka / Lily Garland), Peter Gallagher (Oscar Jaffee), Andy Karl (Bruce Granit), Mark Linn-Baker (Oliver Webb), Michael McGrath (Owen O’Malley), Mary Louise Wilson (Letitia Peabody Primrose), …

CenturyLa petite production du Union Theatre de Londres m’avait déjà enchanté début 2011. Cette comédie musicale de 1978 est en effet une délicieuse farce musicale portée en particulier par la partition du génial Cy Coleman 

Superbe mise en scène de Scott Ellis, qui s’adonne sans réserve aux péripéties de cette comédie burlesque. Le décor somptueux de David Rockwell évoque avec félicité le luxe art-nouveau du train mythique qui reliait Chicago à New York de 1902 à 1967.

L’annonce du casting de Kristin Chenoweth dans le rôle principal de Lily Garland a suscité pas mal d’interrogations. Chenoweth, après avoir été la reine de Broadway, a été aspirée par Hollywood ; son précédent retour, dans Promises, Promises, avait laissé les commentateurs plutôt sceptiques (moi y compris). C’est avec plaisir que l’on constate que Chenoweth retrouve ici son aura : elle est complètement déchaînée… et excelle autant dans la comédie que dans les difficultés vocales de la partition.

On est un peu plus réservé quant à la prestation de Peter Gallagher dans le rôle principal masculin. Le comédien a manqué plusieurs représentations pour cause de problèmes vocaux… et force est de constater qu’il a perdu l’agilité et la puissance pour lesquelles il était connu. Il reste néanmoins très investi sur le plan dramatique, sans parvenir à se hisser tout à fait à la hauteur de sa co-vedette.

Excellente distribution secondaire, au sein de laquelle on a envie de distinguer l’étonnant Andy Karl, qui passe sans difficulté apparente du rôle-titre grave et introverti de Rocky à celui d’un comédien narcissique et présomptueux, qui ne rate aucune occasion de faire rire à ses dépens.

On est particulièrement séduit par le quatuor de grooms chantants et dansants qui apparaît régulièrement. Leurs numéros déchaînés sont particulièrement réjouissants, en particulier lorsqu’ils se mettent à faire des claquettes avec une énergie communicative.


“The King and I”

Vivian Beaumont Theatre, Lincoln Theatre, New York • 4.4.15 à 20h (preview / avant-première)
Musique : Richard Rodgers. Livret & lyrics : Oscar Hammerstein II. D’après le roman Anna and the King of Siam de Margaret Landon.

Mise en scène : Bartlett Sher. Direction musicale : Ted Sperling. Avec Ken Watanabe (The King of Siam), Kelli O’Hara (Anna Leonowens), Ruthie Ann Miles (Lady Thiang), Paul Nakauchi (Kralahome), Ashley Park (Tuptim), Conrad Ricamora (Lun Tha), …

KingCette production très attendue du Lincoln Center Theater (à qui on doit un magnifique South Pacific qui a marqué les esprits) ne réussit que partiellement à transformer l’essai.

Le metteur en scène, Bartlett Sher, cherche à impressionner par son audace visuelle, mais cette tentative d’esbroufe se retourne contre lui. Il ouvre le spectacle sur une image très impressionnante, qui crée à juste titre l’enthousiasme dans le public. Mais voilà : d’une part, cette image ne peut être “démontée” que par des régisseurs intervenant en pleine lumière sur la scène de manière extrêmement maladroite… et, d’autre part, rien dans ce qui suit ne parvient jamais à égaler ce moment.

C’est une règle de base du théâtre que l’on ne peut pas commencer par l’apothéose, faute de quoi la suite n’est qu’une lente glissade vers la déception. D’autant que le décor de Michael Yeargan ne remplit qu’imparfaitement l’immense scène du théâtre… et que l’on fatigue de voir l’immense rideau être fermé puis rouvert pour masquer des changements de décors dont on se demande bien ce qui les empêcherait d’avoir lieu à vue. La récente production du Châtelet était autrement plus satisfaisante d’un point de vue visuel.

Belle distribution, même si l’excellente Kelli O’Hara a un peu de mal à s’approprier le rôle légendaire d’Anna. Elle peine à faire oublier qu’elle est une Américain pur jus en train de jouer une préceptrice anglaise… et son parti pris de tout sous-jouer l’empêche de vraiment s’imposer.

Cela d’autant plus que le Roi de Ken Watanabe, lui, sur-joue systématiquement toutes ses scènes, en multipliant les gestes larges et en recherchant les effets comiques. Et il m’a fallu du temps pour m’habituer à son accent et pour le comprendre. L’émergence d’un sentiment amoureux entre les deux protagonistes ne semble, du coup, jamais vraiment plausible.

La pièce n’a pas encore officiellement ouvert ses portes, donc des ajustements sont peut-être encore possibles. Mais Bartlett Sher n’a pas réussi à faire coup double avec ce King and I, nettement moins inoubliable que son South Pacific


“The Hunchback of Notre-Dame”

Paper Mill Playhouse, Millburn (NJ) • 4.4.15 à 13h30
Musique : Alan Menken. Lyrics : Stephen Schwartz. Livret : Peter Parnell. D’après le roman de Victor Hugo, avec les chansons du dessin animé Disney.

Mise en scène : Scott Schwartz. Direction musicale : Brent-Alan Huffman. Avec Michael Arden (Quasimodo), Erik Liberman (Clopin Trouillefou), Patrick Page (Dom Claude Frollo), Ciara Renée (Esmeralda), Andrew Samonsky (Captain Phoebus de Martin), …

HunchbackCe n’est pas la première fois que ce dessin animé mythique des Studios Disney est porté à la scène.

La première fois, c’était… à Berlin, en 1999, dans une somptueuse production dirigée par James Lapine. La représentation que j’avais vue avait dû être interrompue deux fois à cause de dysfonctionnements du décor, mais les effets visuels étaient saisissants et enthousiasmants. Je n’ai jamais compris pourquoi Disney s’est abstenu de présenter cette version à Broadway.

Et voici qu’une autre version, beaucoup plus modeste, est présentée dans des théâtre régionaux américains sous la houlette de Scott Schwartz, le fils du lyriciste du film. Le nom de Disney est quasiment absent du programme, si ce n’est pour rappeler que les chansons proviennent, pour partie, du film de Disney. Et on doit se contenter d’un unique décor fixe qui contraste beaucoup avec la démesure de Berlin.

Curieusement, et bien que le décor unique m’ait un peu chagriné, j’ai beaucoup aimé aussi cette nouvelle version.

D’abord parce que la partition d’Alan Menken me plaît toujours autant. Et qu’elle est ici interprétée avec l’aide d’un chœur (oui, d’un chœur) de plus de trente personnes installé à l’arrière du décor. Cette configuration, inédite à ma connaissance, permet à certains airs — en particulier les nombreux passages de Requiem — de prendre un essor considérable.

Ensuite parce que Scott Schwartz réussit particulièrement bien à faire oublier son décor fixe. Il utilise, sans affectation excessive, un procédé qui m’agace souvent mais qui, dans ce contexte, m’a convaincu : les comédiens, qui portent au début tous une sorte de robe de bure, l’enlèvent les uns après les autres pour incarner leur personnage. Un peu comme si nous assistions à une forme de passion médiévale.

L’entrée en scène de Quasimodo, qui répond à cette même logique, est la plus réussie. Michael Arden, qui arrive depuis le fond de la scène, enlève sa robe, ajuste sa fausse bosse, enfile son costume, se passe une main dans les cheveux pour les mettre en bataille et l’autre sur son visage pour le barbouiller ; puis il prend sa position tordue pour achever la métamorphose.

Le processus s’inverse à la fin de la représentation, lorsque les personnages s’effacent peu à peu… et que les comédiens reviennent tous, y compris ceux dont le personnage est mort, interpréter les dernières mesures de la musique.

On ne voit guère ce Hunchback traverser l’Hudson pour venir s’installer à Broadway. La partition de Menken & Schwartz est pourtant l’une des plus belles créations proposées par Disney dans les années 1990. 


“Doctor Zhivago”

Broadway Theatre, New York • 3.4.15 à 20h (preview / avant-première)
Musique : Lucy Simon. Lyrics : Michael Korie & Amy Powers. Livret : Michael Weller, d’après le roman de Boris Pasternak.

Mise en scène : Des McAnuff. Direction musicale : Ron Melrose. Avec Bradley Dean (Yurii Zhivago [understudy / remplaçant]), Kelli Barrett (Lara Guishar), Tom Hewitt (Viktor Komarovsky), Paul Alexander Nolan (Pasha Antipov / Strelnikov), Lora Lee Gayer (Tonia Gromeko), Jamie Jackson (Alexander Gromeko), Jacqueline Antaramian (Anna Gromeko), …

ZhivagoC’est en 2006 que cette comédie musicale a été créée à San Diego, puis elle a été présentée en Australie en 2011 avant que ne se profile la perspective d’une production new-yorkaise. La musique est signée par Lucy Simon, surtout connue pour avoir écrit la partition de la comédie musicale The Secret Garden, créée à Broadway en 1991. 

C’est l’une des toutes premières représentations que je voyais, la pièce n’ouvrant officiellement ses portes que le 21 avril. La veille, la représentation avait été annulée pour cause de maladie du comédien interprétant Jivago, Tam Mutu, car son understudy n’était pas encore prêt à le remplacer au pied levé. C’était donc également la toute première  représentation de Bradley Dean à laquelle j’assistais.

Adapter une épopée de l’ampleur de Docteur Jivago est un sacré défi. Le livret de cette comédie musicale a le mérite d’avoir resserré l’action autour de quelques personnages-clés et de rendre l’histoire compréhensible. Mais, en dépit d’une mise en scène spectaculaire dans un décor en constante transformation, l’action manque de souffle.

La responsabilité en revient sans doute au premier chef à une partition qui ne prend que rarement son envol malgré deux ou trois chansons un peu plus mémorables. Il est possible aussi que Bradley Dean n’ait pas été en mesure de “porter” les moments-clés de l’action autant que ne l’aurait fait Tam Mutu.

On ne peut s’empêcher de penser à Les Misérables, adaptation autrement plus convaincante d’un roman à peu près aussi long et à peu près aussi épique. Lucy Simon et les autres créateurs de ce Doctor Zhivago n’ont pas réussi à  insuffler à cette comédie musicale la dose de pathos et d’exaltation nécessaire.

Il reste encore quelques jours avant la première officielle. Des améliorations peuvent encore être intégrées… et le retour du comédien principal changera peut-être la donne.


“La S.A.D.M.P.”

Opéra Grand Avignon • 27.3.15 à 20h30
(La Société Anonyme des Messieurs Prudents)
Musique : Louis Beydts (1931). Livret : Sacha Guitry.

Mise en espace : Christophe Mirambeau. Orchestre Régional Avignon-Provence, Samuel Jean. Avec Isabelle Druet (Elle), Mathias Vidal (Le Gros Commerçant), Jérôme Billy (Henri Morin), Thomas Dolié (Le Comte Agenor de Machinski), Dominique Côté (Le Grand Industriel).

Première partie :
– Jean Rivier : Ouverture pour une opérette imaginaire
– Marcel Lattès : “Intermezzo” extrait de Arsène Lupin Banquier
– Arthur Honegger : Suite des Aventures du Roi Pausole
– Louis Beydts : “Hue !”

SadmpL’Opéra d’Avignon et l’Orchestre Régional Avignon-Provence nous donnent l’occasion unique d’entendre cette superbe (j’insiste : superbe) comédie musicale de Louis Beydts, sur un livret infiniment charmant du grand Sacha Guitry. Il s’agit d’une œuvre courte, présentée à l’origine à  la fin d’une soirée de “Six Pièces” programmée par Sacha Guitry en 1931 dans “son” Théâtre de la Madeleine et mettant en vedette sa muse, Yvonne Printemps.

L’une des chansons, “Sourire aux lèvres”, reste relativement connue, mais le reste de la partition est tombé dans un oubli bien navrant. L’élégance infinie de l’écriture de Louis Beydts y rencontre pourtant avec félicité la finesse et l’élégance de la prose assonancée de Guitry, qui réserve un nombre étonnant de surprises délicieuses.

Interprétation enthousiasmante de la part d’un groupe de chanteurs talentueux, aussi attentifs à la clarté du texte qu’à l’incarnation de la dimension comique de l’œuvre. La “mise en espace” de Christophe Mirambeau est bien plus que cela… et elle confine même à la chorégraphie dans les numéros d’ensemble, très bien réglés.

En première partie, l’Orchestre propose un florilège de cette musique française “légère” de l’entre-deux-guerres qui, de manière absurde, semble avoir été balayée par l’histoire. Malgré les difficultés de mise en place qui trahissent sans doute un nombre très limité de répétitions, le plaisir va crescendo… jusqu’à la sublime (j’insiste : sublime) suite de thèmes musicaux des Aventures du Roi Pausole de Honegger.

Full disclosure : Christophe Mirambeau est un ami… mais j’ai payé ma place.


“Singin’ in the Rain”

Théâtre du Châtelet, Paris • 26.3.15 à 20h
D’après le film de la MGM. Scénario et adaptation : Betty Comden & Adolph Green. Chansons : Nacio Herb Brown & Arthur Freed.

Mise en scène : Robert Carsen. Chorégraphie : Stephen Mear. Orchestre de chambre de Paris, Gareth Valentine. Avec Dan Burton (Don Lockwood), Daniel Crossley (Cosmo Brown), Clare Halse (Kathy Selden), Emma Kate Nelson (Lina Lamont), Robert Dauney (R. F. Simpson), Matthew Gonder (Roscoe Dexter), Jennie Dale (Dora Bailey / Miss Dinsmore), Matthew McKenna (Tenor), …

RainCette deuxième visite confirme les qualités et les défauts soulignés lors de la première. Petit plaisir particulier dû au fait que l’ami qui m’accompagne n’a jamais vu le film — je pense qu’il appartient à une minorité.

Quelques transitions ont été resserrées… une erreur de régie repérée à la première ne s’est pas reproduite (l’affiche du Royal Rascal était toujours présente sur la façade du cinéma à un moment où elle aurait dû être remplacée par celle du Duelling Cavalier)… et j’ai été perturbé par le constat que toutes les femmes portaient le même modèle de collants.

Je suis encore plus enthousiasmé que la première fois par la prestation de l’orchestre… et tout particulièrement par celle, incandescente, des trompettistes. Gareth Valentine possède vraiment un talent fou pour porter les orchestres qu’il dirige vers des cimes vertigineuses… mais je parie que même lui n’a pas dû souvent entendre de telles prestations.


“Into the Woods”

Laura Pels Theatre, New York • 22.3.15 à 14h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim (1987). Livret : James Lapine.

Mise en scène : Noah Brody & Ben Steinfeld. Direction musicale :Matt Castle. Avec Ben Steinfeld (Baker), Jessie Austrian (Baker’s Wife), Jennifer Mudge (Witch), Claire Karpen (Cinderella / Granny), Noah Brody (Lucinda / Wolf / Cinderella’s Prince), Emily Young (Little Red Ridinghood / Rapunzel), Patrick Mulryan (Jack / Steward), Liz Hayes (Cinderella’s Stepmother / Jack’s Mother), Andy Grotelueschen (Milky White / Florinda / Rapunzel’s Prince), Paul L. Coffey (Mysterious Man).

WoodsQuelle meilleure façon de fêter le 85e anniversaire de Stephen Sondheim que d’aller voir l’une de ses œuvres ? Eh bien peut-être rester chez soi à écouter certains de ses enregistrements.

Car cette production, malgré quelques trouvailles, ne met nullement en valeur le génie du maître. La partition, interprétée par un piano et quelques instruments périphériques, dont la guitare (!), n’est le plus souvent que l’ombre d’elle-même. Péché ultime, les harmonies originales sont parfois déformées par des arrangements quelque peu révisionnistes. 

L’idée de concevoir un Into the Woods minimaliste avec un décor plus que rudimentaire et dix comédiens seulement peut séduire, mais la réalisation n’est guère à la hauteur. On aime bien l’idée de faire interpréter la vache par un comédien… ainsi que l’utilisation des ombres chinoises… mais ces idées ne parviennent pas à effacer l’impression que l’on est en train d’assister à une production d’amateurs.

D’autant que les comédiens, pour sympathiques qu’ils soient, ne sont pas d’excellents chanteurs, ce qui est un vrai problème dans Into the Woods, qui possède une partition harmoniquement complexe.

Le décor à base de pianos déstructurés (les cadres sur les côtés, les claviers le long du cadre de scène, les cordes au fond figurant les arbres) est peut-être la plus belle idée de la production, mais la vue tous ces pianos désossés a quelque chose d’un peu déprimant.


“Paint Your Wagon”

New York City Center • 21.3.15 à 20h
Musique : Frederick Loewe. Livret & lyrics : Alan Jay Lerner.

Mise en scène : Marc Bruni. Direction musicale : Rob Berman. Avec Keith Carradine (Ben Rumson), Alexandra Socha (Jennifer Rumson), Justin Guarini (Julio Valveras), Nathaniel Hackmann (Steve Bullnack), Jenni Barber (Elizabeth Woodling), William Youmans (Jacob Woodling), Melissa van der Schyff (Sarah Woodling), Caleb Damschroder (Jake Whippany), …

WagonLa série des “Encores !”, qui fait revivre des œuvres plus ou moins oubliées de l’âge d’or de Broadway le temps de quelques représentations, me permet de voir pour la première fois l’une des pièces les moins connues de Loewe & Lerner, les auteurs de My Fair Lady.

Créée en 1951, Paint Your Wagon n’a jamais été reprise à Broadway… et n’est, à ma connaissance, que très rarement jouée de nos jours. L’histoire, qui se déroule en Californie pendant la ruée vers l’or au milieu du 19e siècle, est en effet un peu légère. En outre, certaines péripéties seraient considérées comme impardonnables aujourd’hui, comme l’histoire de ce mormon qui accepte de mettre l’une de ses deux femmes aux enchères pour contribuer à calmer les quatre cents mineurs privés de présence féminine. (La femme en question est enthousiasmée par l’idée, mais cela ne rend pas forcément cette péripétie plus digeste.)

La partition est pourtant magnifique, même si elle ne présente pas la même variété stylistique que My Fair Lady. La plupart des grands airs, comme “I Talk to the Trees” ou “They Call the Wind Maria”, sont devenus des standards du genre. J’ai pour ma part été particulièrement impressionné par “Another Autumn”, une chanson d’une belle complexité harmonique qui se transforme en un  impressionnant ballet.

L’avantage de cette série des “Encores !” est qu’on y présente les partitions dans d’excellentes conditions, avec un grand orchestre… et que, si l’on y pratique des coupes dans les livrets, la musique est généralement interprétée intégralement. En l’occurrence, la superbe partition de Frederick Loewe, magnifiée par les orchestrations de Ted Royal, en sort particulièrement à son avantage.


“It Shoulda Been You”

Brooks Atkinson Theatre, New York • 21.3.15 à 14h (preview / avant-première)
Musique : Barbara Anselmi. Livret et lyrics : Brian Hargrove.

Mise en scène : David Hyde Pierce. Direction musicale : Lawrence Yurman. Avec Tyne Daly (Judy Steinberg), Harriet Harris (Georgette Howard), Lisa Howard (Jenny Steinberg), Josh Grisetti (Marty Kaufman), Edward Hibbert (Albert), Chip Zien (Murray Steinberg), Michael X. Martin (George Howard), David Burtka (Brian Howard), Sierra Boggess (Rebecca Steinberg), Montego Glover (Annie Shepard), Nick Spangler (Greg Madison), Adam Heller (Walt / Uncle Morty), Anne L. Nathan (Mimsy / Aunt Sheila). 

BeenyouJe m’étais extasié devant cette comédie musicale lorsque je l’avais découverte en novembre 2011 au George Street Playhouse de New Brunswick, dans le New Jersey. Je m’étonnais alors qu’une comédie aussi réussie n’ait pas sa place à Broadway.

Eh bien mon souhait se trouve exaucé, puisque la pièce est à l’affiche du Brooks Atkinson Theatre depuis quelques jours, avant une première prévue mi-avril.

It Shoulda Been You est écrit comme une sitcom. La situation de départ est simple : une fille juive s’apprête à épouser un garçon issu de la grande bourgeoisie de la Nouvelle Angleterre. Le livret exploite tous les poncifs connus pour accumuler les plaisanteries et provoquer une véritable explosion de fous-rires. 

Mais là où l’écriture est maligne, c’est qu’un rebondissement inattendu vient rebattre complètement les cartes aux deux tiers de la pièce (présentée ici en un acte unique, contrairement à 2011). Les dernières scènes se trouvent, du coup, infusées d’une émotion assez intense et absente jusque là. Le résultat, mêlant émotion et hilarité, est particulièrement efficace.

La distribution reste assez proche de celle de 2011. Les rôles des deux mères, en particulier, restent tenus par ces poids lourds comiques que sont Tyne Daly et Harriet Harris. Parmi les “nouveaux”, on est heureux de voir l’excellent Chip Zien prendre le rôle du père de la mariée.

Le décor et la mise en scène sont très proches de la version originale. Je me suis un peu moins régalé avec la musique que dans mes souvenirs… d’autant que certains comédiens avaient l’air de se débattre un peu pour chanter juste et complètement en mesure. Ce n’était cependant que la première semaine de représentations et la première officielle est encore loin : beaucoup de choses peuvent s’améliorer d’ici là.

Évidemment, la pièce “marche” moins bien quand on connaît déjà le rebondissement qui en perturbe le cours… même si cela permet de repérer quelques indices annonciateurs disséminés ici et là. Mais le mélange d’émotion et de rire, surtout quand on rit à gorge déployée, est particulièrement efficace. It Shoulda Been You est un excellent exemple de ce que peut être la comédie musicale au sens premier du terme : un excellent divertissement.


“First Wives Club”

Oriental Theatre, Chicago • 20.3.15 à 19h30
Music & lyrics : Brian Holland, Lamont Dozier & Eddie Holland. Livret : Linda Bloodworth Thomason, d’après le scénario du film.

Mise en scène : Simon Phillips. Direction musicale : Kenny Seymour. Avec Faith Prince (Brenda Cushman), Carmen Cusack (Annie Walker), Christine Sherrill (Elise Acton), Seán Murphy Cullen (Morty Cushman), Gregg Edelman (Aaron Walker), Mike McGowan (Bill Acton), Patrick Richwood (Duane Fergusson), …

ClubTrois amies d’enfance abandonnées par leurs maris tombés sous le charme de femmes plus jeunes décident de se venger en le leur faisant payer cher : telle est l’intrigue du film de 1996 dont le scénario fournit l’inspiration à cette nouvelle comédie musicale actuellement en tryout à Chicago avant de s’installer à Broadway.

Par certains côtés — et bien que l’intrigue soit différente —, on retrouve un peu l’atmosphère de 9 to 5 et ses trois femmes embarquées sur le chemin de la vengeance. Bien que les trois héroïnes ressortent plutôt à leur avantage, l’intrigue n’a pas peur des clichés et nul doute que les gardiens du politiquement correct s’en émouvront. 

On ressort assez peu convaincu par le traitement d’une histoire qui semble pouvoir assez facilement se passer de musique. Paradoxalement, ce sont les scènes sans musique qui exploitent le mieux le potentiel comique de l’histoire et qui sont, de loin, les plus plaisantes. À l’opposé, les chansons ne se distinguent guère avec leurs mélodies sans aspérité et leurs lyrics d’une totale banalité.

La distribution est de grande qualité. Elle est dominée par l’immense Faith Prince, une comédienne hors pair. Et la mise en scène parvient à être d’une très belle fluidité grâce à l’ingénieux décor de Gabriela Tyloseva, dont les transformations successives sont très réussies.

Une histoire plutôt bien ficelée, une belle distribution, une production soignée : on a envie d’aimer. Et, de fait, on passe un bon moment. Mais la faiblesse de la partition plombe suffisamment la pièce pour que l’on reste finalement plutôt sur sa faim. Dommage.


“Jerry’s Girls”

St. James Theatre (Studio), Londres • 15.3.15 à 14h45
Musique et lyrics : Jerry Herman

Mise en scène : Kate Golledge. Avec Anna-Jane Casey, Ria Jones, Sarah-Louise Young.

GirlsCette “revue” retraçant les grandes étapes de la carrière de Jerry Herman a été présentée à Broadway en 1985 par les légendaires Chita Rivera, Dorothy Loudon et Leslie Uggams.

C’est un plaisir de voir les trois énergiques comédiennes de cette petite production londonienne interpréter avec un plaisir évident les bijoux du répertoire de Herman — dont quelques raretés datant de l’époque où il écrivait pour des revues de cabaret.

La mise en scène, simple et sobre, s’accommode avec ingéniosité de la petite taille de la scène du “Studio” du St. James Theatre et parvient même à y présenter un énergique et entraînant numéro de claquettes.

Herman est universellement reconnu comme un mélodiste de grand talent. C’est, d’une certaine façon, sa malédiction, car il est aussi un véritable orfèvre des mots… et ses lyrics sont toujours d’une ingéniosité et d’une élégance remarquables.

Dommage que les producteurs n’aient pas jugé utile de fournir un programme.


“Singin’ in the Rain”

Théâtre du Châtelet, Paris • 12.3.15 à 20h
D’après le film de la MGM. Scénario et adaptation : Betty Comden & Adolph Green. Chansons : Nacio Herb Brown & Arthur Freed.

Mise en scène : Robert Carsen. Chorégraphie : Stephen Mear. Orchestre de chambre de Paris, Gareth Valentine. Avec Dan Burton (Don Lockwood), Daniel Crossley (Cosmo Brown), Clare Halse (Kathy Selden), Emma Kate Nelson (Lina Lamont), Robert Dauney (R. F. Simpson), Matthew Gonder (Roscoe Dexter), Jennie Dale (Dora Bailey / Miss Dinsmore), Matthew McKenna (Tenor), …

Singin'Le Châtelet continue à proposer aux Parisiens du théâtre musical de grande qualité avec ce Singin’ in the Rain mis en scène par le génial Robert Carsen.

S’il ne faut surtout pas bouder son plaisir de voir à Paris une production d’un professionnalisme sans concession, force est de noter que l’ensemble est légèrement moins réussi que la récente production anglaise, vue à Chichester en 2011 puis à Londres en 2012 : Dan Burton est moins bon danseur qu’Adam Cooper ; Clare Halse est moins bonne chanteuse que Scarlett Strallen ; Emma Kate Nelson n’a pas le comic timing de Katherine Kingsley… et le génial Daniel Crossley, commun aux deux productions, a l’air bien fatigué. Les chorégraphies de Stephen Mear sont aussi malheureusement un peu moins inspirées que celles d’Andrew Wright.

C’est bien sûr éminemment subjectif, mais je ne suis pas non plus fan de l’idée de Carsen de monter le tout dans un décor en vrai-faux noir et blanc (comme le récent Chaplin de Broadway) : le parti pris est pertinent sur le plan dramatique, mais cette monotonie visuelle finit par lasser quelque peu. On sait aussi que Carsen a une affinité particulière pour “le cinéma dans le théâtre” (son Sunset Boulevard était grandiose)… mais il en abuse un peu, notamment dans l’interminable scène d’ouverture.

Prestation exceptionnelle de l’Orchestre de chambre de Paris, emmené par le talentueux Gareth Valentine, sans doute le meilleur chef anglais de comédie musicale, dont c’est sauf erreur la première fois qu’il se produit à Paris. La partition, interprétée par plus de trente musiciens, ressort particulièrement à son avantage. Un bravo tout particulier aux trompettistes et au pianiste. Tout ça doit changer les musiciens de Haydn et de Mozart.

Il y a beaucoup de très jolis moments. Après un départ un peu laborieux, à partir de “Moses Supposes…”, la pièce s’envole de sommet en sommet vers sa conclusion triomphale. Carsen et Mear ont notamment eu l’excellente idée de concevoir le grand ballet “Broadway Melody” de manière assez différente de ce que l’on voit d’habitude. Carsen peut s’adonner sans modération à sa fascination pour “le théâtre dans le théâtre”… et Mear semble vouloir imaginer ce que serait la pièce interprétée par la troupe de A Chorus Line.

Je retournerai voir la pièce dans deux semaines pour voir si les petites imperfections résiduelles de la première se sont estompées. Le Châtelet continue à étonner et à enthousiasmer avec sa programmation ; espérons seulement que la saison prochaine verra le retour de comédies musicales  conçues pour la scène, après cette avalanche d’adaptations scéniques de comédies musicales cinématographiques.

Le Monde nous apprend qu’il est question du Passion de Sondheim avec… Natalie Dessay ; mon vœu se trouverait exaucé, mais de fort curieuse manière.


“Kid Victory”

Signature Theatre, Arlington VA • 6.3.15 à 20h
Musique : John Kander. Livret et lyrics : Greg Pierce, sur une histoire de John Kander & Greg Pierce.

Mise en scène : Liesl Tommy. Direction musicale : Jesse Kissel. Avec Jake Winn (Luke), Jeffry Denman (Michael), Christiane Noll (Mom), Christopher Bloch (Dad), Sarah Litzsinger (Emily), Laura Darrell (Kimberly, Suze, Mara), Bobby Smith (Franklin, Detective Marks), Donna Migliaccio (Gail), Parker Drown (Andrew).

KidvicSon partenaire historique, Fred Ebb, est décédé depuis plus de dix ans, mais le légendaire compositeur John Kander, 87 ans, continue à apporter sa contribution à l’histoire de la comédie musicale. Non content d’avoir légué à la postérité des chefs d’œuvre comme Cabaret ou Chicago, Kander a continué à pousser des projets démarrés avec Ebb (Curtains, The Scottsboro Boys, The Visit) tout en nouant un nouveau partenariat avec Greg Pierce, avec qui il a déjà écrit le curieux The Landing, présenté Off-Broadway fin 2013.

On ne pourra pas reprocher à Kander de se répéter. Cette nouvelle pièce constitue une tentative plutôt réussie de repousser encore un peu les limites du genre en s’attaquant à un sujet franchement sombre, un sujet que la frange la plus traditionnelle du public jugerait sans doute incompatible avec un traitement musical. Bien que ni le sujet ni le style musical ne s‘en rapproche, on ne peut s’empêcher de penser à la façon dont Next to Normal semble avoir élargi la palette des sujets “acceptables” sur une scène de comédie musicale.

L’histoire suit un adolescent de retour dans sa famille après avoir été enlevé et séquestré de longs mois par un prédateur sexuel rencontré par le truchement d’un jeu en réseau sur Internet. Cette prémisse à elle seule suffirait à perturber une partie du public, d’autant qu’une scène dépeint sans complaisance le traitement violent infligé par le bourreau à sa victime.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là… et c’est, en partie, pourquoi elle est si forte. La complexité des sentiments entre le prédateur et sa proie — ils avaient, après tout, fait longuement connaissance à distance en marge du jeu en ligne — apporte nombre de nuances inattendues à l’histoire. On découvre notamment que le héros se savait homosexuel et que sa captivité lui a apporté au moins en partie une occasion d’échapper à une famille écrasante et écrasée par la bigoterie.

Le personnage de la mère castratrice, aveuglée par sa foi aveugle et faussement protectrice, est superbement écrit, dans les dialogues comme dans les lyrics ; elle est interprétée par l’excellente Christiane Noll, vue pour la dernière fois à Broadway dans Chaplin.

Toute la science des auteurs consiste à tisser un subtil camaïeu de gris, sans jamais excuser l’inexcusable, là où la comédie musicale voit souvent du blanc ou du noir. Leur grand talent permet d’achever la pièce sur une scène d’une force considérable entre le personnage principal et son père. C’est du beau, du grand théâtre, et ça laisse sans voix.

La distribution est superbe. La mise en scène, fluide, souligne habilement les traits d’humour distillés çà et là pour alléger un peu l’atmosphère. La sublime partition, orchestrée avec une belle sensibilité par Michael Starobin,  prouve que John Kander est encore l’un des meilleurs compositeurs vivants. La pièce respire un grand coup lorsqu’un garçon rencontré par le héros sur Internet lui vante sa philosophie hédoniste dans la chanson “What’s the Point?”, un bon vieux numéro de claquettes irrésistible de fantaisie.

On ne trouvera sans doute jamais de réponse universellement partagée à la question de savoir jusqu’où peut aller la comédie musicale — après tout, des livrets comme ceux de Cabaret ou de Sweeney Todd ne sont pas d’innocentes bluettes. Les auteurs de Kid Victory apportent à mon sens une démonstration probante de la capacité du genre à s’attaquer à des sujets sombres, voire perturbants.


“She Loves Me”

Landor Theatre, Londres • 15.2.15 à 15h
Musique : Jerry Bock. Lyrics : Sheldon Harnick. Livret : Joe Masteroff. D’après la pièce Illatszertár de Miklós László.

Mise en scène : Robert McWhir. Direction musicale : Iain Vince-Gatt. Avec John Sandberg (Georg Nowack), Charlotte Jaconelli (Amalia Balash), Emily Lynne (Ilona Ritter), Matthew Wellman (Steven Kodaly), Ian Dring (Mr. Maraczek / Waiter), David Herzog (Ladislav Sipos), Joshua LeClair (Arpad Laszlo), …
 
PerfumerieLe Landor Theatre continue à enchanter avec une magnifique petite production de l’une des plus charmantes partitions des années 1960, She Loves Me. Le décor art déco de David Shields (qui rappelle beaucoup les arabesques d’Hector Guimard) est une petite merveille ; la mise en scène de Robert McWhir est fluide et pleine d’idées ; la réduction pour piano, violon et violoncelle est presque parfaite.
 
On remarque tout particulièrement la prestation charismatique et chaleureuse de l’excellent John Sandberg, dont le seul défaut est de ne pas être maigre, ce qui pose plusieurs problèmes de cohérence avec le livret. Charlotte Jaconelli, qui lui donne la réplique en Amalia, est apparemment issue d’une émission de télé-réalité ; elle se distingue grâce à une voix aux jolis aigus pleins de pureté — elle va chercher sans effort visible la note de bravoure de son grand air de l’Acte II, “Vanilla Ice Cream”.
 
Dans une distribution globalement excellente, on remarque tout particulièrement le Ladislav génialement quelconque de David Herzog et l’Arpad de Joshua LeClair, au sourire irrésistible. Mention spéciale pour Ian Dring, un habitué des productions du Landor, qui étonne par son énergie inépuisable à un âge que l’on devine quelque peu avancé.

“City of Angels”

Donmar Warehouse, Londres • 31.1.15 à 19h30
Musique : Cy Coleman (1989). Lyrics : David Zippel. Livret : Larry Gelbart.

Mise en scène : Josie Rourke. Chorégraphie : Stephen Mear. Direction musicale : Gareth Valentine. Avec Hadley Fraser (Stine), Tam Mutu (Stone), Rosalie Craig (Gabby/Bobbi), Rebecca Trehearn (Donna/Oolie), Peter Polycarpou (Buddy Fidler), Katherine Kelly (Carla/Alaura Kingsley), Cameron Cuffe (Peter Kingsley), Samantha Barks (Avril Raines/Mallory Kingsley), Tim Walton (Jimmy Powers), Marc Elliott (Pancho Vargas/Lieutenant Munoz), Sandra Marvin, Jennifer Saayeng, Kadiff Kirwan, Jo Servi (Angel City Four), …

AngelsUn mois après ma première visite, cette production a conservé son charme irrésistible. Le niveau global d’énergie semble même encore plus intense. Même si la distribution est globalement excellente, les deux comédiens que j’avais déjà cités la première fois, Hadley Fraser et Rebecca Trehearn, continuent à fasciner par la beauté de leurs voix.

Un livret virtuose, une partition enchanteresse, une production magnifique, des comédiens superbes : City of Angels coche toutes les cases. Je continue à espérer un transfert dans le West End.


“Sunny Afternoon”

Harold Pinter Theatre, Londres • 31.1.15 à 14h30
Musique & lyrics : Ray Davies. Livret : Joe Penhall, d’après une histoire originale de Ray Davies.

Mise en scène : Edward Hall. Direction musicale : Elliott Ware. Avec John Dagleish (Ray Davies), George Maguire (Dave Davies), Ned Derrington (Pete Quaife), Adam Sop (Mick Avory), …

SunnyJ’hésite toujours à aller voir les spectacles dont la partition est puisée dans le catalogue d’un chanteur ou d’un groupe… surtout lorsque le livret n’a d’autre ambition que de raconter l’histoire dudit chanteur ou dudit groupe (à la façon de Jersey Boys). J’ai décidé d’aller voir Sunny Afternoon quand même parce que j’aime assez ce que je connais des Kinks, ce groupe anglais qui, malgré une impressionnante longévité, ne s’est jamais tout à fait hissé à la hauteur des Beatles ou des Who.

Si le spectacle ne décolle jamais vraiment sur le plan dramatique et donne l’impression d’enchaîner les clichés, l’évocation musicale des Kinks est plutôt plaisante et on tombe assez facilement sous le charme des comédiens qui donnent vie aux quatre garçons de Muswell Hill, et notamment aux deux frères Davies.

Reste qu’on aimerait que la pièce soit un peu plus théâtrale… et notamment qu’elle ne se contente pas de ce hideux décor unique au plancher vert gazon. J’ai réussi à m’intéresser à l’histoire jusqu’à l’entracte, mais j’ai complètement décroché pendant le deuxième acte, lorsque le procédé dramatique sous-jacent commence sérieusement à montrer ses limites.


“A Little Night Music”

Palace Theatre, Londres • 26.1.15 à 19h15
Musique et lyrics : Stephen Sondheim. Livret : Hugh Wheeler.

Mise en scène : Alastair Knights. Direction musicale : Alex Parker. Avec Janie Dee (Desirée Armfeldt), Anne Reid (Madame Armfeldt), David Birrell (Fredrik Egerman), Jamie Parker (Count Carl-Magnus Malcolm), Joanna Riding (Countess Charlotte Malcolm), Laura Pitt-Pulford (Petra), Fra Fee (Henrik Egerman), Anna O’Byrne (Anne Egerman), Bibi Jay (Fredrika Armfeldt)…

NmusicIl faut remercier l’excellent Alex Parker, par ailleurs directeur musical de cette soirée, d’avoir eu l’idée de célébrer le quarantième anniversaire de A Little Night Music (la pièce ouvrit ses portes à Londres en 1975) en faisant appel à une distribution aussi exceptionnelle… l’envoûtante partition de Stephen Sondheim — peut-être sa plus voluptueuse — étant par ailleurs magnifiquement servie par un orchestre autrement plus étoffé que la norme actuelle.

Malgré l’absence de décor, la représentation est bien plus qu’un simple concert grâce à la mise en scène espiègle d’Alastair Knights et aux belles chorégraphies de Andrew Wright. Dès les premières scènes — la présence du quintette dans la salle, l’entrée onirique des personnages sur les rythmes de la Night Waltz —, on succombe sans réserve aux charmes de cette œuvre majeure du répertoire.

Janie Dee est une Désirée de rêve — on lui pardonne bien volontiers, du coup, ses hésitations… et son blocage causant une brève interruption dans la reprise de “Send in the Clowns”. Anna O’Byrne fait sensation avec une Anne Egerman irrésistiblement décervelée… tandis que Joanna Riding l’emporte largement à l’applaudimètre grâce aux répliques sarcastiques et désespérées de Charlotte.

Belles prestations d’une magnifique brochette d’habitués du West End : Jamie Parker (actuellement dans Assassins), Fra Fee (dont le si aigu n’a malheureusement pas vraiment voulu sortir), David Birrell, Laura Pitt-Pulford. Irrésistible Madame Armfeldt d’Anne Reid, peut-être la prestation la plus originale et la plus réussie de la soirée.


“Gigi”

Kennedy Center, Eisenhower Theatre, Washington DC • 25.1.15 à 13h30
Musique : Frederick Loewe. Livret et lyrics : Alan Jay Lerner, d’après le roman de Colette. Adaptation du livret : Heidi Thomas.

Mise en scène : Eric Schaeffer. Chorégraphie : Joshua Bergasse. Direction musicale : James Moore. Avec Vanessa Hudgens (Gigi), Howard McGillin (Honoré), Corey Cott (Gaston), Victoria Clark (Mamita), Dee Hoty (Alicia), Steffanie Leigh (Liane), …

GigiLe Kennedy Center présente une nouvelle production de cette œuvre dont j’ai déjà décrit la genèse ici. Cette production prend quelques semaines à Washington pour régler les derniers détails avant d’ouvrir ses portes à Broadway dans deux mois environ.

Gigi tient une place particulière dans la carrière de Lerner & Loewe, pas tellement parce qu’elle a été écrite pour le cinéma avant d’être adaptée pour la scène… mais parce que le livret y pose de réels problèmes, puisqu’on y prépare la jeune Gigi à prendre de manière bien singulière sa place dans le monde. Pour le reste, la partition est merveilleuse, même si elle rappelle souvent My Fair Lady.

Les concepteurs de cette nouvelle production semblent avoir réussi la quadrature du cercle : en exploitant une nouvelle version du livret qui n’insiste pas trop sur le destin de Gigi comme une demi-mondaine, ils ont réussi à ne mettre l’accent que sur la musique… et sur l’humour relativement subtil qui parcourt l’histoire.

Visuellement, on est aux anges : le décor magnifique de Derek McLane, les costumes sublimes de Catherine Zuber, superbement éclairés par Natasha Katz, constituent un régal permanent pour les yeux.

Le rythme est plaisant, les enchaînements, réussis… et on est tout particulièrement séduit par la distribution, en particulier les excellents vétérans que sont Victoria Clark, Dee Hoty et Howard McGillin, absolument impeccables. On découvre avec plaisir le jeune Corey Cott, révélé dans Newsies, et l’excellente Vanessa Hudgens, qui réussit à allier fraîcheur et élégance dans le rôle-titre.

Bref, c’est un Gigi bien meilleur qu’attendu que l’on nous propose… et on ne peut que souhaiter une belle et longue vie à une production aussi attachante.


“Diner”

Signature Theatre, Arlington VA • 24.1.15 à 20h
Musique & lyrics : Sheryl Crow. Livret : Barry Levinson.

Mise en scène et chorégraphie : Kathleen Marshall. Direction musicale : Lon Hoyt. Avec John Schiappa (Older Boogie), Derek Klena (Boogie), Matthew James Thomas (Fenwick), Adam Kantor (Eddie), Aaron C. Finley (Billy), Josh Grisetti (Shrevie), Bryan Fenkart (Modell), Erika Henningsen (Beth), Tess Soltau (Elyse), Whitney Bashor (Barbara), …

DinerLe film Diner de 1982, écrit et réalisé par Barry Levinson, marque le début de sa “tétralogie de Baltimore”. Situé en 1959, le film suit six jeunes-hommes en train d’entrer dans l’âge adulte alors que les années 1950 arrivent à leur terme.

Cette adaptation en comédie musicale était annoncée à Broadway en 2013 après diverses lectures et présentations les années précédentes, mais elle n’ouvrit jamais ses portes à New York. On la retrouve finalement au petit Signature Theatre, dans la banlieue de Washington.

On pouvait légitimement se demander si la belle histoire imaginée par Barry Levinson résisterait à une telle adaptation. Le résultat est un oui sans réserve. Le travail sur les personnages est tellement talentueux qu’on a presque l’impression que Diner retrouve d’une certaine façon son medium naturel, le théâtre, après un détour provisoire par le cinéma.

L’ajout d’un narrateur, l’alter ego âgé du personnage de Boogie, est d’autant plus réussi que la ressemblance entre les deux comédiens est frappante.

La partition de Sheryl Crow semble naître organiquement de l’inévitable juke-box du diner où se retrouvent quotidiennement les jeunes-gens, pour devenir progressivement la belle expression de leurs tourments et de leurs aspirations.

La brochette de comédiens est magnifique. On y remarque notamment le Eddie délicieusement névrosé de Adam Kantor et le Fenwick époustouflant de Matthew James Thomas, le superbe Pippin de la récente reprise de Broadway. On retrouve également avec beaucoup de plaisir l’excellent Derek Klena, que l’on avait tant apprécié dans Dogfight.