Notes dans la catégorie "Comédie musicale" Flux

“Victor Victoria”

Stadttheater, Klagenfurt • 23.5.15 à 19h30
Musique : Henry Mancini. Lyrics : Leslie Bricusse. Livret : Blake Edwards. Musique additionnelle : Frank Wildhorn. Adaptation en allemand : Vicki Schubert.

Mise en scène : Vicki Schubert. Direction musicale : Günter Wallner. Avec Ann Mandrella (Victoria), Erich Schleyer (Toddy), Tim Grobe (King Marchan), Ines Hengl-Pirker (Norma Cassidy), Rafael Banasik (Squash Bernstein), Andy Hallwaxx (Henri Labisse), …

VictorEn 1982, Blake Edwards concevait le film musical Victor Victoria sur mesure pour sa femme, Julie Andrews, en s’inspirant d’un film allemand de 1933, Viktor und Viktoria. La combinaison de la fantaisie réjouissante d’Edwards et d’une partition jubilatoire de Henry Mancini donna naissance à l’un des films musicaux les plus excitants de l’histoire de Hollywood.

Quand il s’agit d’adapter le film à la scène, au milieu des années 1990, toujours pour Julie Andrews, les bonnes fées s’étaient éloignées. Non seulement Henry Mancini n’était plus là pour écrire de nouvelles chansons, mais le compositeur approché pour enrichir la partition, Frank Wildhorn, se montra nettement moins inspiré que son illustre prédécesseur. Pour couronner le tout, on décida de supprimer deux excellentes chansons du film, “Gay Paree” et “The Shady Dame From Seville”, sous prétexte qu’elles se prêtaient mal à une version scénique.

L’œuvre conserve malgré tout un charme considérable, grâce à son excellente histoire comique et à ce qu’il reste de la partition de Henry Mancini. C’est pourquoi je n’hésite pas à voyager pour aller la voir, d’autant que je vis avec le regret d’avoir manqué la dernière représentation de Julie Andrews à Broadway à quelques jours près.

J’avais déjà vu une très bonne production du trop rare Bettelstudent de Millöcker à Klagenfurt, aussi n’ai-je pas hésité lorsque j’ai vu qu’on y donnait Victor Victoria… en allemand, bien sûr.

Surprise en arrivant : on annonce une représentation de 3h15, ce qui semble bien long. Un coup d’œil au programme révèle que “The Shady Dame From Seville” a été réintégrée, à la fois dans le premier acte (chantée par Victoria) et comme numéro final (“chantée” par Toddy). La pièce, du coup, ressemble beaucoup plus au film… et la chanson écrite par Frank Wildhorn pour servir de numéro final à Broadway, “Victor Victoria”, a été repoussée après les saluts, où elle permet aux comédiens comme au public de prolonger un peu le plaisir avant de s’égayer dans la nuit carinthienne.

Cette production est, du coup, d’une grande générosité… et pleine de clins d’œil au film de Blake Edwards, en particulier quant à l’humour physique de l’impayable personnage d’Henri Labisse, qui poursuit Victor partout, persuadé (à juste titre) qu’il s’agit d’une femme et non d’un homme.

Dans la fosse, le Kärntner Sinfonieorchester fait montre d’un enthousiasme communicatif en embrassant, notamment à l’harmonie, un style très jazzy sans doute très inhabituel pour lui. On savoure chaque instant avec avidité tant il est rare d’entendre de nos jours de tels effectifs orchestraux à Broadway : des cordes nombreuses, un vrai piano, aucune tentative pour remplacer les instruments rares (guitare, accordéon) par un synthétiseur.

Solide distribution, dont on note avec plaisir une réelle prédisposition pour la comédie. Ann Mandrella n’a pas tout à fait la voix de Julie Andrews, mais elle est charmante et charismatique. Aucun maillon faible dans le reste de la distribution, même si Erich Schleyer, qui n’a pas l’air très jeune, est parfois un peu “juste” pour le rôle de Toddy. Mention spéciale pour les prestations de Tim Grobe en King Marchan et de Ines Hengl-Pirker en Norma.


“High Society”

Old Vic, Londres • 16.5.15 à 19h30
Musique et lyrics : Cole Porter. Livret : Arthur Kopit. Lyrics additionnels : Susan Birkenhead. D’après la pièce The Philadelphia Story de Philip Barry et le film High Society.

Mise en scène : Maria Friedman. Direction musicale : Theo Jamieson. Avec Kate Fleetwood (Tracy Lord), Rupert Young (Dexter Haven), Barbara Flynn (Margaret Lord), Jamie Parker (Mike Connor), Jeff Rawle (Uncle Willie), Ellie Bamber (Dinah Lord), Annabel Scholey (Liz Imbrie), Richard Grieve (George Kittredge), Christopher Ravenscroft (Seth Lord).

Society

High Society est avant tout un film de 1956 plein à craquer de standards de Cole Porter. Ce n’est qu’en 1998 qu’une adaptation a été conçue pour Broadway, sur la base d’un livret d’Arthur Kopit.

La comédienne Maria Friedman signe ici sa deuxième mise en scène, après le Merrily We Roll Along de la Menier Chocolate Factory fin 2012. Elle choisit, comme d’autres avant elle, de transformer le Old Vic, un théâtre à l’italienne par excellence, en théâtre “en rond” (“theatre in the round”), qui permet supposément au public de se sentir plus proche de l’action.

En l’occurrence, ce choix, outre qu’il oblige à distordre un peu trop la forme de la salle à mon goût, n’apporte pas grand’ chose à un spectacle qui doit, du coup, se passer de décor… si l’on exclut les quelques pièces qui apparaissent depuis les dessous.

Mais l’enchaînement de chansons magnifiques, combiné à l’énergie collective des comédiens et de l’orchestre, compense ce relatif dénuement. Mention spéciale pour la Tracy délicieusement déjantée de Kate Fleetwood et pour le Mike merveilleusement complexe de Jamie Parker, qui a un charme fou.

Malgré tout, je n’ai pas retrouvé l’état de quasi-euphorie dans lequel m’avait plongé une autre production récente, vue en tournée en juillet 2013.


“An American in Paris”

Palace Theatre, New York • 10.5.15 à 15h
Musique & lyrics : George & Ira Gershwin. Livret : Craig Lucas.

Mise en scène et chorégraphie : Christopher Wheeldon. Direction musicale : Brad Haak. Avec Robert Fairchild (Jerry Mulligan), Leanne Cope (Lise Dassin), Veanne Cox (Madame Baurel), Jill Paice (Milo Davenport), Brandon Uranowitz (Adam Hochberg), Max Von Essen (Henri Baurel), Victor J. Wisehart (Mr. Z), Scott Willis (Monsieur Baurel), Rebecca Eichenberger (Olga), …

AmericanJe n’avais été que modérément convaincu par les avant-premières parisiennes de ce spectacle qui a désormais pris ses quartiers à Broadway. Comme les critiques ont été largement positives, je me suis senti obligé de retourner voir la pièce.

J’ai accroché un peu plus que la première fois, mais à peine. Je ne m’habitue toujours pas à cette réserve, à ce spleen de l’après-guerre qui semble obséder Wheeldon.

Vu comme un spectacle de danse, An American in Paris ne manque ni de fantaisie ni de charme. Vue comme une œuvre dramatique, la pièce manque terriblement de substance, de relief et, paradoxalement, de rythme. Le moment qui devrait fonctionner comme un bouquet final, “I’ll Build a Stairway to Paradise”, fait l’effet d’un pétard mouillé, entre le charisme tout relatif de Max Von Essen et l’absence toujours aussi impardonnable de grand escalier.

Le seul personnage qui ait un peu de substance est l’excellent Adam de Brando Uranowitz — l’un des seuls, paradoxalement, à ne pas danser du tout. (Et chapeau à Uranowitz d’avoir terminé la représentation vaillamment alors qu’il s’est manifestement blessé à la jambe à l’occasion d’une chute mal gérée.)

Oui, les décors sont très beaux, et les lumières assez magnifiques. Oui, la musique est généralement somptueuse. Mais tout cela ne réussit pas à faire une pièce convaincante… en tout cas pas à l’aune de ma sensibilité.


“Something Rotten!”

St. James Theatre, New York • 9.5.15 à 20h
Musique & lyrics : Wayne & Karey Kirkpatrick. Livret : Karey Kirkpatrick & John O’Farrell.

Mise en scène : Casey Nicholaw. Direction musicale : Phil Reno. Avec Brian d’Arcy James (Nick Bottom), John Cariani (Nigel Bottom), Christian Borle (Shakespeare), Heidi Blickenstaff (Bea), Brad Oscar (Nostradamus), Kate Reinders (Portia), Brooks Ashmanskas (Brother Jeremiah), Peter Bartlett (Lord Clapham), Gerry Vichi (Shylock), Michael James Scott (Minstrel), …

RottenCette comédie musicale arrive à Broadway auréolée de la distinction d’être la seule création récente à n’être inspirée d’aucun film, roman ou autre. Elle a réussi à créer le buzz en décidant de ne pas jouer ses tryouts à Seattle comme prévu afin d’arriver plus rapidement à Broadway lorsque Side Show a libéré le St. James Theatre.

Something Rotten s’intéresse aux frères Bottom, deux auteurs dramatiques de la fin du 16e siècle, qui cherchent désespérément à percer alors que Shakespeare, véritable rock star avant l’heure, leur vole systématiquement la vedette. Un voyant leur révèle le “truc” pour réussir au théâtre dans l’avenir : écrire une comédie musicale.

Le livret, les lyrics et le style musical brassent joyeusement les anachronismes ; les citations de Shakespeare abondent… ainsi que les citations musicales de grands succès de Broadway — globalement assez faciles à repérer. La bonne humeur générale est largement communicative ; le public est déchaîné.

Something Rotten doit beaucoup selon moi à Mel Brooks, qui a créé avec The Producers et avec Young Frankenstein un style libéré et joyeux. Les dernières scènes de la pièce ressemblent d’ailleurs beaucoup à la fin de The Producers.

L’atout-maître de cette production, c’est la qualité d’une distribution totalement impliquée et au talent collectif considérable, que ce soit dans les rôles principaux (Brian d’Arcy James, Christian Borle, John Cariani, Kate Reinders) ou dans les rôles secondaires (Heidi Blickenstaff, Brad Oscar, Brooks Ashmanskas). Tous sont absolument irrésistibles, même s’il faut reconnaître que les rôles masculins sont autrement mieux écrits que les rôles féminins.


“Zorba”

New York City Center • 9.5.15 à 14h
Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb. Livret : Joseph Stein, d’après le roman de Nikos Kazantzakis.

Mise en scène : Walter Bobbie. Direction musicale : Rob Berman. Avec John Turturro (Zorba), Santino Fontana (Niko), Marin Mazzie (The Leader), Zoë Wanamaker (Hortense), Elizabeth A. Davis (The Widow), Adam Chanler-Berat (Mimiko), Robert Cuccioli (Mavrodani), Robert Montano (Manolakas), Carlos Valdes (Pavli), …

ZorbaZorba est avant tout un roman à succès de 1952 et le célèbre film qui en a été tiré avec Anthony Quinn en 1964. Quelques années plus tard, le grand Hal Prince eut l’idée d’en faire une comédie musicale. Ce furent finalement Kander & Ebb qui s’y collèrent, avec l’aide précieuse du librettiste Joseph Stein.

Zorba ouvrit ses portes en novembre 1968 et les referma en août de l’année suivante. La pièce n’obtint qu’un seul Tony Award, pour son décorateur, Boris Aronson — le Tony de la meilleure comédie musicale fut décerné cette année-là à 1776.

Quinze ans plus tard, une reprise, dans laquelle Anthony Quinn lui-même jouait le rôle-titre, tint l’affiche un peu plus longtemps que la production originale, d’octobre 1983 à septembre 1984. Une nouvelle reprise avec Antonio Banderas fut annoncée pour la saison 2011-2012 mais ne vit jamais le jour.

J’étais d’autant plus heureux d’apprendre que la série des Encores! avait programmé Zorba que je n’avais jamais vu cette comédie musicale. L’écoute des enregistrements disponibles, si elle confirme la qualité de la partition, ne permet pas de cerner complètement le charme de la pièce.

C’est que Zorba, une fois n’est pas coutume, vaut aussi largement par son livret. Cette touchante histoire d’une amitié improbable entre un Grec hédoniste et fataliste à la fois et un Américain un peu coincé est fichtrement bien écrite. Sa philosophie sous-jacente, qui est de profiter de chaque instant avec avidité, me touche beaucoup. “The only death”, nous dit Zorba dans sa séduisante sagesse, “is the death we die every day by not living.” 

Pour cette série de représentations, c’est John Turturro qui joue le rôle éponyme. Dieu sait comment l’idée de lui confier ce rôle a pu naître car il n’a aucune expérience connue en matière de comédie musicale ; je ne suis même pas sûr qu’il ait beaucoup joué au théâtre. De fait, sa voix laisse beaucoup à désirer. Mais on lui pardonne volontiers tant son interprétation est attachante.

Verdict strictement identique pour Zoë Wanamaker, qui est irrésistible de drôlerie et d’émotion dans le rôle d’Hortense, la Française au grand cœur blessé.

Parmi le reste de la distribution, deux immenses professionnels brillent au contraire par la beauté de leur voix : la splendide Marin Mazzie, qui se débrouille très bien du rôle bizarre du Leader, une espèce de narrateur, et l’irrésistible Santino Fontana, qui apporte beaucoup de chaleur au rôle de Niko, l’Américain arrivé par accident en Crète à cause d’un héritage.

Tous incarnent avec talent la séduisante philosophie qui sous-tend l’œuvre, qui n’est pas pour autant dépourvue de pages plus sombres, interprétées avec sobriété et intensité.

La belle partition de John Kander est jouée superbement par un grand orchestre en belle forme, augmenté pour l’occasion d’un bouzouki, d’un oud et d’une mandoline.

Un régal.


“The Visit”

Lyceum Theatre, New York • 8.5.15 à 20h
Musique : John Kander. Lyrics : Fred Ebb. Livret : Terrence McNally, d’après la pièce de Friedrich Dürrenmatt.

Mise en scène : John Doyle. Chorégraphie : Graciela Daniele. Direction musicale : David Loud. Avec Chita Rivera (Claire Zachanassian), Roger Rees (Anton Schell), Michelle Veintimilla (Young Claire), John Riddle (Young Anton), Elena Shaddow (Ottilie), David Garrison (Peter Dummermut), Diana Dimarzio (Annie Dummermut), Mary Beth Peil (Matilde), Timothy Shew (Hans Nusselin), Aaron Ramey (Otto Hahnke), Rick Holmes (Father Josef), George Abud (Karl), Jason Danieley (Frederich Kuhn), Tom Nelis (Rudi), Matthew Deming (Louis Perch), Chris Newcomer (Jacob Chicken).

VisitInitialement prévue pour ouvrir ses portes à Broadway pendant la saison 2000-2001, cette adaptation de La Visite de la vieille dame de Dürrenmatt par Terrence McNally (livret), John Kander (musique) et Fred Ebb (lyrics) a connu de nombreuses contrariétés. D’abord, la défection d’Angela Lansbury, pour qui la pièce était conçue, qui s’est retirée à l’été 2000 pour s’occuper de son mari malade. Puis, les événements du 11 septembre, qui se sont produits quelques semaines avant le début des tryouts à Chicago.

Il aura finalement fallu attendre quinze ans pour que The Visit arrive à Broadway. C’est Chita Rivera qui porte le rôle depuis la défection de Lansbury. Après les représentations de Chicago en 2001 et le décès de Fred Ebb en 2004, une nouvelle version a été montée à Arlington, au Signature Theatre, en 2008… puis une version révisée en un acte a été présentée à Williamstown, Massachusetts pendant l’été 2014.

C’est cette version en un acte conçue par John Doyle, expressionniste à l’extrême, qui est finalement arrivée à Broadway.

Consécration justifiée pour Chita Rivera, impériale, qui propose une incarnation géniale et glaçante de la Vieille dame qui vient chercher dans sa ville natale un mélange explosif de revanche et d’amours perdues. À 82 ans, Rivera conserve une maîtrise étonnante de sa voix : à part le vibrato hors de contrôle, son interprétation des chansons de Kander & Ebb révèle une maîtrise et une intelligence qui en décuplent l’effet.

Le reste de la distribution est, à 80 %, identique à celle de Williamstown. On y retrouve malheureusement le même premier rôle masculin, Roger Rees, encore moins convaincant qu’à Williamstown. On le sent mal à l’aise avec son texte… et il est incapable de chanter de manière même vaguement acceptable.

Cette mise en scène de John Doyle, très stylisée, en déroutera sans doute plus d’un… et le thème très noir de l’histoire risque de ne pas attirer le public — le théâtre est d’ailleurs loin d’être plein —, mais c’est un aboutissement mérité pour cette belle comédie musicale de se retrouver enfin à Broadway, dans le même théâtre qui avait accueilli The Scottsboro Boys, un autre Kander & Ebb tardif, en 2010.

Un bonus aux auteurs pour l’évocation de Wagner et de Parsifal à Ravello.


“Closer To Heaven”

Union Theatre, Londres • 3.5.15 à 14h30
Musique & lyrics : The Pet Shop Boys. Livret : Jonathan Harvey.

Mise en scène : Gene David Kirk. Direction musicale : Patrick Stockbridge. Avec Katie Meller (Billie Tricks), Jared Thompson (Straight Dave), Amy Matthews (Shell), Connor Brabyn (Mile End Lee), Ben Kavanagh (Flynn), Craig Berry (Vic), Ken Christiansen (Bob), … 

HeavenPour une raison que l’Histoire n’a pas retenu, je n’étais pas allé voir cette comédie musicale lors de sa création dans le West End en 2001. L’affiche était pourtant intéressante : le livret est de Jonathan Harvey, l’auteur du touchant Beautiful Thing, et la partition est signée par le duo The Pet Shop Boys.

Le résultat ne convainc malheureusement pas beaucoup plus aujourd’hui qu’à l’époque. Closer To Heaven est une curieuse bluette qui a beaucoup de mal à décider de quoi elle parle. La plupart des personnages sont laissés à l’état d’ébauche, sauf peut-être l’intéressante Billie Tricks, qui semble avoir passé sa vie à se réinventer : punk, artiste, égérie, … sans se préoccuper de savoir si elle était au sommet ou au fond du gouffre. Elle est ici remarquablement interprétée par l’attachante Katie Meller.

Pour le reste, on ne sait pas très bien quoi faire de l’histoire de ce garçon qui se croit hétérosexuel pour finalement découvrir son homosexualité après s’être fait engager comme danseur dans un club gay. L’absence de réelle substance est rendue plus sensible encore par une partition sans saveur et sans relief.


“Redhead”

Bridewell Theatre, Londres • 2.5.15 à 19h30
Musique : Albert Hague. Lyrics : Dorothy Fields. Livret : Herbert & Dorothy Fields, Sidney Sheldon & David Shaw.

Mise en scène : Hannah Chissick. Direction musicale : Sarah Travis. Avec Katie Ann Dolling (Elsie), Robson Ternouth (Tom), Steven Dalziel (George), …

Pre-show

Post-show


“Carrie”

Southwark Playhouse, Londres • 2.5.15 à 15h
Musique : Michael Gore. Dean Pitchford. Livret : Lawrence D. Cohen, d’après son scénario pour le film de Brian de Palma, lui-même tiré du roman de Stephen King.

Mise en scène : Gary Lloyd. Direction musicale : Mark Crossland. Avec Evelyn Hoskins (Carrie White), Kim Criswell (Margaret White), Sarah McNicholas (Sue Snell), Greg Miller-Burns (Tommy Ross), Jodie Jacobs (Miss Gardner), Gabriella Williams (Chris Hargensen), Dex Lee (Billy Nolan), …

Pre-show :

Post-show :


“Calamity Jane”

Theatre Royal, Brighton • 1.5.15 à 19h45
Musique : Sammy Fain. Lyrics : Paul Francis Webster. Livret : Charles K. Freeman, d’après le scénario de James O’Hanlon pour le film du studio Warner Bros.

Mise en scène: Nikolai Foster. Direction musicale : Bobby Delaney. Avec Jodie Prenger (Calamity Jane), Tom Lister (Wild Bill Hickok), Alex Hammond (Danny Gilmartin), Phoebe Street (Katie Brown), …

Pre-show :

Post-show :


“Nick & Nora”

Eureka Theatre, San Francisco • 11.4.15 à 18h
Musique : Charles Strouse. Lyrics : Richard Maltby, Jr. Livret : Arthur Laurents, d’après le roman The Thin Man de Dashiell Hammett.

Mise en scène : Greg MacKellan. Direction musicale : Dave Dobrusky. Avec Ryan Drummond (Nick Charles), Brittany Danielle (Nora Charles), Allison F. Rich (Tracy Gardner), Reuben Uy (Yukido), Davern Wright (Selznick / Another Juan), Brian Herndon (Max Bernheim), William Giammona (Victor Moisa), Justin Gillman (Spider Malloy / Juan), Nicole Frydman (Lorraine Bixby), Michael Kern Cassidy (Edward J. Connors), Michael Barrett Austin (Lt. Wolfe), Megan Stetson (Maria Valdez), Cindy Goldfield (Lily Connors), …

Pre-show :

Post-show :

PS : J’ai oublié de parler d’Asta, le chien de Nick de Nora Charles, qui avait semble-t-il séduit le public de la production originale (ah, les enfants et les chiens sur scène…) Cette production se contente de l’évoquer par le biais d’aboiements enregistrés chaque fois que retentit la sonnerie de la porte. Malin…


“On the Twentieth Century”

American Airlines Theatre, New York • 5.4.15 à 14h
Musique : Cy Coleman. Livret & lyrics : Betty Comden & Adolph Green, d’après des pièces de Ben Hecht, Charles MacArthur et Charles Bruce Millholland.

Mise en scène : Scott Ellis. Direction musicale : Kevin Stites. Avec Kristin Chenoweth (Mildred Plotka / Lily Garland), Peter Gallagher (Oscar Jaffee), Andy Karl (Bruce Granit), Mark Linn-Baker (Oliver Webb), Michael McGrath (Owen O’Malley), Mary Louise Wilson (Letitia Peabody Primrose), …

CenturyLa petite production du Union Theatre de Londres m’avait déjà enchanté début 2011. Cette comédie musicale de 1978 est en effet une délicieuse farce musicale portée en particulier par la partition du génial Cy Coleman 

Superbe mise en scène de Scott Ellis, qui s’adonne sans réserve aux péripéties de cette comédie burlesque. Le décor somptueux de David Rockwell évoque avec félicité le luxe art-nouveau du train mythique qui reliait Chicago à New York de 1902 à 1967.

L’annonce du casting de Kristin Chenoweth dans le rôle principal de Lily Garland a suscité pas mal d’interrogations. Chenoweth, après avoir été la reine de Broadway, a été aspirée par Hollywood ; son précédent retour, dans Promises, Promises, avait laissé les commentateurs plutôt sceptiques (moi y compris). C’est avec plaisir que l’on constate que Chenoweth retrouve ici son aura : elle est complètement déchaînée… et excelle autant dans la comédie que dans les difficultés vocales de la partition.

On est un peu plus réservé quant à la prestation de Peter Gallagher dans le rôle principal masculin. Le comédien a manqué plusieurs représentations pour cause de problèmes vocaux… et force est de constater qu’il a perdu l’agilité et la puissance pour lesquelles il était connu. Il reste néanmoins très investi sur le plan dramatique, sans parvenir à se hisser tout à fait à la hauteur de sa co-vedette.

Excellente distribution secondaire, au sein de laquelle on a envie de distinguer l’étonnant Andy Karl, qui passe sans difficulté apparente du rôle-titre grave et introverti de Rocky à celui d’un comédien narcissique et présomptueux, qui ne rate aucune occasion de faire rire à ses dépens.

On est particulièrement séduit par le quatuor de grooms chantants et dansants qui apparaît régulièrement. Leurs numéros déchaînés sont particulièrement réjouissants, en particulier lorsqu’ils se mettent à faire des claquettes avec une énergie communicative.


“The King and I”

Vivian Beaumont Theatre, Lincoln Theatre, New York • 4.4.15 à 20h (preview / avant-première)
Musique : Richard Rodgers. Livret & lyrics : Oscar Hammerstein II. D’après le roman Anna and the King of Siam de Margaret Landon.

Mise en scène : Bartlett Sher. Direction musicale : Ted Sperling. Avec Ken Watanabe (The King of Siam), Kelli O’Hara (Anna Leonowens), Ruthie Ann Miles (Lady Thiang), Paul Nakauchi (Kralahome), Ashley Park (Tuptim), Conrad Ricamora (Lun Tha), …

KingCette production très attendue du Lincoln Center Theater (à qui on doit un magnifique South Pacific qui a marqué les esprits) ne réussit que partiellement à transformer l’essai.

Le metteur en scène, Bartlett Sher, cherche à impressionner par son audace visuelle, mais cette tentative d’esbroufe se retourne contre lui. Il ouvre le spectacle sur une image très impressionnante, qui crée à juste titre l’enthousiasme dans le public. Mais voilà : d’une part, cette image ne peut être “démontée” que par des régisseurs intervenant en pleine lumière sur la scène de manière extrêmement maladroite… et, d’autre part, rien dans ce qui suit ne parvient jamais à égaler ce moment.

C’est une règle de base du théâtre que l’on ne peut pas commencer par l’apothéose, faute de quoi la suite n’est qu’une lente glissade vers la déception. D’autant que le décor de Michael Yeargan ne remplit qu’imparfaitement l’immense scène du théâtre… et que l’on fatigue de voir l’immense rideau être fermé puis rouvert pour masquer des changements de décors dont on se demande bien ce qui les empêcherait d’avoir lieu à vue. La récente production du Châtelet était autrement plus satisfaisante d’un point de vue visuel.

Belle distribution, même si l’excellente Kelli O’Hara a un peu de mal à s’approprier le rôle légendaire d’Anna. Elle peine à faire oublier qu’elle est une Américain pur jus en train de jouer une préceptrice anglaise… et son parti pris de tout sous-jouer l’empêche de vraiment s’imposer.

Cela d’autant plus que le Roi de Ken Watanabe, lui, sur-joue systématiquement toutes ses scènes, en multipliant les gestes larges et en recherchant les effets comiques. Et il m’a fallu du temps pour m’habituer à son accent et pour le comprendre. L’émergence d’un sentiment amoureux entre les deux protagonistes ne semble, du coup, jamais vraiment plausible.

La pièce n’a pas encore officiellement ouvert ses portes, donc des ajustements sont peut-être encore possibles. Mais Bartlett Sher n’a pas réussi à faire coup double avec ce King and I, nettement moins inoubliable que son South Pacific


“The Hunchback of Notre-Dame”

Paper Mill Playhouse, Millburn (NJ) • 4.4.15 à 13h30
Musique : Alan Menken. Lyrics : Stephen Schwartz. Livret : Peter Parnell. D’après le roman de Victor Hugo, avec les chansons du dessin animé Disney.

Mise en scène : Scott Schwartz. Direction musicale : Brent-Alan Huffman. Avec Michael Arden (Quasimodo), Erik Liberman (Clopin Trouillefou), Patrick Page (Dom Claude Frollo), Ciara Renée (Esmeralda), Andrew Samonsky (Captain Phoebus de Martin), …

HunchbackCe n’est pas la première fois que ce dessin animé mythique des Studios Disney est porté à la scène.

La première fois, c’était… à Berlin, en 1999, dans une somptueuse production dirigée par James Lapine. La représentation que j’avais vue avait dû être interrompue deux fois à cause de dysfonctionnements du décor, mais les effets visuels étaient saisissants et enthousiasmants. Je n’ai jamais compris pourquoi Disney s’est abstenu de présenter cette version à Broadway.

Et voici qu’une autre version, beaucoup plus modeste, est présentée dans des théâtre régionaux américains sous la houlette de Scott Schwartz, le fils du lyriciste du film. Le nom de Disney est quasiment absent du programme, si ce n’est pour rappeler que les chansons proviennent, pour partie, du film de Disney. Et on doit se contenter d’un unique décor fixe qui contraste beaucoup avec la démesure de Berlin.

Curieusement, et bien que le décor unique m’ait un peu chagriné, j’ai beaucoup aimé aussi cette nouvelle version.

D’abord parce que la partition d’Alan Menken me plaît toujours autant. Et qu’elle est ici interprétée avec l’aide d’un chœur (oui, d’un chœur) de plus de trente personnes installé à l’arrière du décor. Cette configuration, inédite à ma connaissance, permet à certains airs — en particulier les nombreux passages de Requiem — de prendre un essor considérable.

Ensuite parce que Scott Schwartz réussit particulièrement bien à faire oublier son décor fixe. Il utilise, sans affectation excessive, un procédé qui m’agace souvent mais qui, dans ce contexte, m’a convaincu : les comédiens, qui portent au début tous une sorte de robe de bure, l’enlèvent les uns après les autres pour incarner leur personnage. Un peu comme si nous assistions à une forme de passion médiévale.

L’entrée en scène de Quasimodo, qui répond à cette même logique, est la plus réussie. Michael Arden, qui arrive depuis le fond de la scène, enlève sa robe, ajuste sa fausse bosse, enfile son costume, se passe une main dans les cheveux pour les mettre en bataille et l’autre sur son visage pour le barbouiller ; puis il prend sa position tordue pour achever la métamorphose.

Le processus s’inverse à la fin de la représentation, lorsque les personnages s’effacent peu à peu… et que les comédiens reviennent tous, y compris ceux dont le personnage est mort, interpréter les dernières mesures de la musique.

On ne voit guère ce Hunchback traverser l’Hudson pour venir s’installer à Broadway. La partition de Menken & Schwartz est pourtant l’une des plus belles créations proposées par Disney dans les années 1990. 


“Doctor Zhivago”

Broadway Theatre, New York • 3.4.15 à 20h (preview / avant-première)
Musique : Lucy Simon. Lyrics : Michael Korie & Amy Powers. Livret : Michael Weller, d’après le roman de Boris Pasternak.

Mise en scène : Des McAnuff. Direction musicale : Ron Melrose. Avec Bradley Dean (Yurii Zhivago [understudy / remplaçant]), Kelli Barrett (Lara Guishar), Tom Hewitt (Viktor Komarovsky), Paul Alexander Nolan (Pasha Antipov / Strelnikov), Lora Lee Gayer (Tonia Gromeko), Jamie Jackson (Alexander Gromeko), Jacqueline Antaramian (Anna Gromeko), …

ZhivagoC’est en 2006 que cette comédie musicale a été créée à San Diego, puis elle a été présentée en Australie en 2011 avant que ne se profile la perspective d’une production new-yorkaise. La musique est signée par Lucy Simon, surtout connue pour avoir écrit la partition de la comédie musicale The Secret Garden, créée à Broadway en 1991. 

C’est l’une des toutes premières représentations que je voyais, la pièce n’ouvrant officiellement ses portes que le 21 avril. La veille, la représentation avait été annulée pour cause de maladie du comédien interprétant Jivago, Tam Mutu, car son understudy n’était pas encore prêt à le remplacer au pied levé. C’était donc également la toute première  représentation de Bradley Dean à laquelle j’assistais.

Adapter une épopée de l’ampleur de Docteur Jivago est un sacré défi. Le livret de cette comédie musicale a le mérite d’avoir resserré l’action autour de quelques personnages-clés et de rendre l’histoire compréhensible. Mais, en dépit d’une mise en scène spectaculaire dans un décor en constante transformation, l’action manque de souffle.

La responsabilité en revient sans doute au premier chef à une partition qui ne prend que rarement son envol malgré deux ou trois chansons un peu plus mémorables. Il est possible aussi que Bradley Dean n’ait pas été en mesure de “porter” les moments-clés de l’action autant que ne l’aurait fait Tam Mutu.

On ne peut s’empêcher de penser à Les Misérables, adaptation autrement plus convaincante d’un roman à peu près aussi long et à peu près aussi épique. Lucy Simon et les autres créateurs de ce Doctor Zhivago n’ont pas réussi à  insuffler à cette comédie musicale la dose de pathos et d’exaltation nécessaire.

Il reste encore quelques jours avant la première officielle. Des améliorations peuvent encore être intégrées… et le retour du comédien principal changera peut-être la donne.


“La S.A.D.M.P.”

Opéra Grand Avignon • 27.3.15 à 20h30
(La Société Anonyme des Messieurs Prudents)
Musique : Louis Beydts (1931). Livret : Sacha Guitry.

Mise en espace : Christophe Mirambeau. Orchestre Régional Avignon-Provence, Samuel Jean. Avec Isabelle Druet (Elle), Mathias Vidal (Le Gros Commerçant), Jérôme Billy (Henri Morin), Thomas Dolié (Le Comte Agenor de Machinski), Dominique Côté (Le Grand Industriel).

Première partie :
– Jean Rivier : Ouverture pour une opérette imaginaire
– Marcel Lattès : “Intermezzo” extrait de Arsène Lupin Banquier
– Arthur Honegger : Suite des Aventures du Roi Pausole
– Louis Beydts : “Hue !”

SadmpL’Opéra d’Avignon et l’Orchestre Régional Avignon-Provence nous donnent l’occasion unique d’entendre cette superbe (j’insiste : superbe) comédie musicale de Louis Beydts, sur un livret infiniment charmant du grand Sacha Guitry. Il s’agit d’une œuvre courte, présentée à l’origine à  la fin d’une soirée de “Six Pièces” programmée par Sacha Guitry en 1931 dans “son” Théâtre de la Madeleine et mettant en vedette sa muse, Yvonne Printemps.

L’une des chansons, “Sourire aux lèvres”, reste relativement connue, mais le reste de la partition est tombé dans un oubli bien navrant. L’élégance infinie de l’écriture de Louis Beydts y rencontre pourtant avec félicité la finesse et l’élégance de la prose assonancée de Guitry, qui réserve un nombre étonnant de surprises délicieuses.

Interprétation enthousiasmante de la part d’un groupe de chanteurs talentueux, aussi attentifs à la clarté du texte qu’à l’incarnation de la dimension comique de l’œuvre. La “mise en espace” de Christophe Mirambeau est bien plus que cela… et elle confine même à la chorégraphie dans les numéros d’ensemble, très bien réglés.

En première partie, l’Orchestre propose un florilège de cette musique française “légère” de l’entre-deux-guerres qui, de manière absurde, semble avoir été balayée par l’histoire. Malgré les difficultés de mise en place qui trahissent sans doute un nombre très limité de répétitions, le plaisir va crescendo… jusqu’à la sublime (j’insiste : sublime) suite de thèmes musicaux des Aventures du Roi Pausole de Honegger.

Full disclosure : Christophe Mirambeau est un ami… mais j’ai payé ma place.


“Singin’ in the Rain”

Théâtre du Châtelet, Paris • 26.3.15 à 20h
D’après le film de la MGM. Scénario et adaptation : Betty Comden & Adolph Green. Chansons : Nacio Herb Brown & Arthur Freed.

Mise en scène : Robert Carsen. Chorégraphie : Stephen Mear. Orchestre de chambre de Paris, Gareth Valentine. Avec Dan Burton (Don Lockwood), Daniel Crossley (Cosmo Brown), Clare Halse (Kathy Selden), Emma Kate Nelson (Lina Lamont), Robert Dauney (R. F. Simpson), Matthew Gonder (Roscoe Dexter), Jennie Dale (Dora Bailey / Miss Dinsmore), Matthew McKenna (Tenor), …

RainCette deuxième visite confirme les qualités et les défauts soulignés lors de la première. Petit plaisir particulier dû au fait que l’ami qui m’accompagne n’a jamais vu le film — je pense qu’il appartient à une minorité.

Quelques transitions ont été resserrées… une erreur de régie repérée à la première ne s’est pas reproduite (l’affiche du Royal Rascal était toujours présente sur la façade du cinéma à un moment où elle aurait dû être remplacée par celle du Duelling Cavalier)… et j’ai été perturbé par le constat que toutes les femmes portaient le même modèle de collants.

Je suis encore plus enthousiasmé que la première fois par la prestation de l’orchestre… et tout particulièrement par celle, incandescente, des trompettistes. Gareth Valentine possède vraiment un talent fou pour porter les orchestres qu’il dirige vers des cimes vertigineuses… mais je parie que même lui n’a pas dû souvent entendre de telles prestations.


“Into the Woods”

Laura Pels Theatre, New York • 22.3.15 à 14h
Musique et lyrics : Stephen Sondheim (1987). Livret : James Lapine.

Mise en scène : Noah Brody & Ben Steinfeld. Direction musicale :Matt Castle. Avec Ben Steinfeld (Baker), Jessie Austrian (Baker’s Wife), Jennifer Mudge (Witch), Claire Karpen (Cinderella / Granny), Noah Brody (Lucinda / Wolf / Cinderella’s Prince), Emily Young (Little Red Ridinghood / Rapunzel), Patrick Mulryan (Jack / Steward), Liz Hayes (Cinderella’s Stepmother / Jack’s Mother), Andy Grotelueschen (Milky White / Florinda / Rapunzel’s Prince), Paul L. Coffey (Mysterious Man).

WoodsQuelle meilleure façon de fêter le 85e anniversaire de Stephen Sondheim que d’aller voir l’une de ses œuvres ? Eh bien peut-être rester chez soi à écouter certains de ses enregistrements.

Car cette production, malgré quelques trouvailles, ne met nullement en valeur le génie du maître. La partition, interprétée par un piano et quelques instruments périphériques, dont la guitare (!), n’est le plus souvent que l’ombre d’elle-même. Péché ultime, les harmonies originales sont parfois déformées par des arrangements quelque peu révisionnistes. 

L’idée de concevoir un Into the Woods minimaliste avec un décor plus que rudimentaire et dix comédiens seulement peut séduire, mais la réalisation n’est guère à la hauteur. On aime bien l’idée de faire interpréter la vache par un comédien… ainsi que l’utilisation des ombres chinoises… mais ces idées ne parviennent pas à effacer l’impression que l’on est en train d’assister à une production d’amateurs.

D’autant que les comédiens, pour sympathiques qu’ils soient, ne sont pas d’excellents chanteurs, ce qui est un vrai problème dans Into the Woods, qui possède une partition harmoniquement complexe.

Le décor à base de pianos déstructurés (les cadres sur les côtés, les claviers le long du cadre de scène, les cordes au fond figurant les arbres) est peut-être la plus belle idée de la production, mais la vue tous ces pianos désossés a quelque chose d’un peu déprimant.


“Paint Your Wagon”

New York City Center • 21.3.15 à 20h
Musique : Frederick Loewe. Livret & lyrics : Alan Jay Lerner.

Mise en scène : Marc Bruni. Direction musicale : Rob Berman. Avec Keith Carradine (Ben Rumson), Alexandra Socha (Jennifer Rumson), Justin Guarini (Julio Valveras), Nathaniel Hackmann (Steve Bullnack), Jenni Barber (Elizabeth Woodling), William Youmans (Jacob Woodling), Melissa van der Schyff (Sarah Woodling), Caleb Damschroder (Jake Whippany), …

WagonLa série des “Encores !”, qui fait revivre des œuvres plus ou moins oubliées de l’âge d’or de Broadway le temps de quelques représentations, me permet de voir pour la première fois l’une des pièces les moins connues de Loewe & Lerner, les auteurs de My Fair Lady.

Créée en 1951, Paint Your Wagon n’a jamais été reprise à Broadway… et n’est, à ma connaissance, que très rarement jouée de nos jours. L’histoire, qui se déroule en Californie pendant la ruée vers l’or au milieu du 19e siècle, est en effet un peu légère. En outre, certaines péripéties seraient considérées comme impardonnables aujourd’hui, comme l’histoire de ce mormon qui accepte de mettre l’une de ses deux femmes aux enchères pour contribuer à calmer les quatre cents mineurs privés de présence féminine. (La femme en question est enthousiasmée par l’idée, mais cela ne rend pas forcément cette péripétie plus digeste.)

La partition est pourtant magnifique, même si elle ne présente pas la même variété stylistique que My Fair Lady. La plupart des grands airs, comme “I Talk to the Trees” ou “They Call the Wind Maria”, sont devenus des standards du genre. J’ai pour ma part été particulièrement impressionné par “Another Autumn”, une chanson d’une belle complexité harmonique qui se transforme en un  impressionnant ballet.

L’avantage de cette série des “Encores !” est qu’on y présente les partitions dans d’excellentes conditions, avec un grand orchestre… et que, si l’on y pratique des coupes dans les livrets, la musique est généralement interprétée intégralement. En l’occurrence, la superbe partition de Frederick Loewe, magnifiée par les orchestrations de Ted Royal, en sort particulièrement à son avantage.


“It Shoulda Been You”

Brooks Atkinson Theatre, New York • 21.3.15 à 14h (preview / avant-première)
Musique : Barbara Anselmi. Livret et lyrics : Brian Hargrove.

Mise en scène : David Hyde Pierce. Direction musicale : Lawrence Yurman. Avec Tyne Daly (Judy Steinberg), Harriet Harris (Georgette Howard), Lisa Howard (Jenny Steinberg), Josh Grisetti (Marty Kaufman), Edward Hibbert (Albert), Chip Zien (Murray Steinberg), Michael X. Martin (George Howard), David Burtka (Brian Howard), Sierra Boggess (Rebecca Steinberg), Montego Glover (Annie Shepard), Nick Spangler (Greg Madison), Adam Heller (Walt / Uncle Morty), Anne L. Nathan (Mimsy / Aunt Sheila). 

BeenyouJe m’étais extasié devant cette comédie musicale lorsque je l’avais découverte en novembre 2011 au George Street Playhouse de New Brunswick, dans le New Jersey. Je m’étonnais alors qu’une comédie aussi réussie n’ait pas sa place à Broadway.

Eh bien mon souhait se trouve exaucé, puisque la pièce est à l’affiche du Brooks Atkinson Theatre depuis quelques jours, avant une première prévue mi-avril.

It Shoulda Been You est écrit comme une sitcom. La situation de départ est simple : une fille juive s’apprête à épouser un garçon issu de la grande bourgeoisie de la Nouvelle Angleterre. Le livret exploite tous les poncifs connus pour accumuler les plaisanteries et provoquer une véritable explosion de fous-rires. 

Mais là où l’écriture est maligne, c’est qu’un rebondissement inattendu vient rebattre complètement les cartes aux deux tiers de la pièce (présentée ici en un acte unique, contrairement à 2011). Les dernières scènes se trouvent, du coup, infusées d’une émotion assez intense et absente jusque là. Le résultat, mêlant émotion et hilarité, est particulièrement efficace.

La distribution reste assez proche de celle de 2011. Les rôles des deux mères, en particulier, restent tenus par ces poids lourds comiques que sont Tyne Daly et Harriet Harris. Parmi les “nouveaux”, on est heureux de voir l’excellent Chip Zien prendre le rôle du père de la mariée.

Le décor et la mise en scène sont très proches de la version originale. Je me suis un peu moins régalé avec la musique que dans mes souvenirs… d’autant que certains comédiens avaient l’air de se débattre un peu pour chanter juste et complètement en mesure. Ce n’était cependant que la première semaine de représentations et la première officielle est encore loin : beaucoup de choses peuvent s’améliorer d’ici là.

Évidemment, la pièce “marche” moins bien quand on connaît déjà le rebondissement qui en perturbe le cours… même si cela permet de repérer quelques indices annonciateurs disséminés ici et là. Mais le mélange d’émotion et de rire, surtout quand on rit à gorge déployée, est particulièrement efficace. It Shoulda Been You est un excellent exemple de ce que peut être la comédie musicale au sens premier du terme : un excellent divertissement.