Concert Philharmonia Orchestra / Ashkenazy au TCE
Récital E. Pahud / É. Le Sage au TCE

“Einstein on the Beach”

Théâtre du Châtelet, Paris • 11.1.14 à 18h40

Musique et lyrics : Philip Glass. Mise en scène : Robert Wilson. Chorégraphie : Lucinda Childs. Direction musicale : Michael Riesman. Avec Helga Davis, Kate Moran, Antoine Silverman, The Lucinda Childs Dance Company, The Philip Glass Ensemble.

EinsteinEt de trois ! Après Londres et Amsterdam, l’occasion s’est enfin présentée de voir cette œuvre fascinante et monumentale à Paris. Œuvre d’art totale, Einstein on the Beach combine de manière indissociable l’instinct visuel de Bob Wilson, la somptueuse créativité de la chorégraphe Lucinda Childs et la partition étrange et entêtante de Philip Glass.

Einstein on the Beach repose sur un art subtil d’introduire en permanence de légères variations apparemment aléatoires dans un flux répétitif. Toujours pareil mais jamais semblable. Pendant la représentation, je pensais à Verlaine : “Ni tout à fait la même / Ni tout à fait une autre”.

Le premier “Knee Play” m’a plongé dans un état d’euphorie profonde : Philip Glass, les yeux fermés, dirige la fameuse séquence dans laquelle les chanteurs répètent “one two three four / one two three four five six / one two three four five six seven eight” pendant qu’un orgue électrique joue la séquence descendante “la / sol / do”. D’un geste des deux mains, il indique aux chanteurs à quel moment substituer un silence à l’un ou plusieurs des “one”. Émaillée de ces petits accidents irréguliers qui semblent décidés de manière aléatoire, la trame répétitive devient une suite de phrases imprévisibles. Sublime et scotchant.

Les tableaux chorégraphiés de Luncinda Childs produisent exactement le même effet : sur la base de quelques cellules de base, les mouvements se déploient de manière apparemment aléatoire. Les cellules s’associent et se dissocient comme mues par des forces aussi implacables qu’imprévisibles, comme celles qui guident les électrons et les protons dans des atomes en mouvement. C’est un monde d’une variété infinie qui se déploie sur la base d’un vocabulaire volontairement restreint. Sublime, encore.

On retrouve avec plaisir les sympathiques et solides chanteurs, aussi différents dans leur apparence physique — beaucoup de bouilles improbables, avec leurs sourcils de Martiens — qu’homogènes dans les redoutables et pyrotechniques numéros choraux. Les danseurs, quant à eux, sont étonnamment homogènes dans la facilité avec laquelle ils donnent vie aux tableaux imaginés par Childs. C’est la lumineuse et fascinante Kate Moran qui attire le plus les regards. Malhreusement, on entend beaucoup moins sa voix qu’à Londres et Amsterdam pendant le tableau où elle répète une cinquantaine de fois “I was in this prematurely air-conditioned supermarket…”, le passage le plus hypnotique du spectacle.

L’exécution de la partition est de loin supérieure à tout ce qui existe jusqu’à présent en CD. Espérons que cette production soit enregistrée car Philip Glass peut s’enorgueillir de léguer à la postérité l’un des spectacles les plus indescriptiblement fascinants de ces cinquante dernières années.

Commentaires

Matoo

Et de 3 pour moi aussi (Montpellier pour la première !) et toujours autant de plaisir, même si le Châtelet n'était pas le meilleur choix pour un spectacle aussi moderne je trouve. Amsterdam ou Montpellier étaient mieux adaptés notamment pour se lever sans trop déranger les gens. ^^

J'étais peut-être un peu trop devant en revanche, mais j'ai plus été troublé par quelques couacs ou raccords visibles sur la scène... Un peu comme si la prod s'était usée depuis la première fois il y a deux ans. Mais choré, chanteurs et ambiance sont toujours aussi extraordinaires et scotchantes.

Laurent

> J'étais au deuxième rang du parterre et j'ai adoré les gros plans :) Mais tu as raison, il y a eu plein de petits problèmes "made in France"... comme la barre lumineuse qui termine sa rotation de manière brutale ou l'autocar de la fin qui grince...

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