Deutsche Oper, Berlin • 21.10.12 à 16h
Wagner (1882)
Direction musicale : Donald Runnicles. Mise en scène : Philipp Stölzl. Avec Klaus Florian Vogt (Parsifal), Evelyn Herlitzius (Kundry), Matti Salminen (Gurnemanz), Thomas Johannes Mayer (Amfortas), Thomas Jesatko (Klingsor), Albert Pesendorfer (Titurel), …
Le Deutsche Oper de Berlin propose avec cette nouvelle production un Parsifal extrêmement solide, d’une très grande qualité musicale. Runnicles, dont j’avais beaucoup aimé la conduite du Ring de San Francisco (Rheingold, Walküre, Siegfried, Götterdämmerung), confirme ses excellents instincts wagnériens. Il joue moins sur les tensions qu’un Gatti, préférant mettre en exergue la sublime luxuriance orchestrale de l’écriture. Il multiplie les intuitions géniales et la manière dont il pousse les feux dans des passages fort bien choisis se révèle d’une redoutable efficacité.
Il faut dire qu’il dispose d’un orchestre de très grande qualité avec des cordes merveilleuses et des cuivres réellement irrésistibles.
Je n’arrive pas à décider qui me fait le plus vibrer en Gurnemanz de Kwangchul Youn ou de Matti Salminen… mais je crois que Salminen se détache légèrement. Bien que les effets de l’âge se fassent légèrement sentir, son Gurnemanz est d’une fabuleuse autorité grâce à la combinaison d’une projection étonnante et d’une précision quasiment diabolique.
Klaus Florian Vogt m’avait déjà enchanté en Siegmund à Munich. Sa voix remarquablement souple et expressive le rend irrésistible. Il semble l’avoir épaissie pour ce Parsifal, en allant chercher une forme de gravité qui lui manquait jusque là. Le résultat est un enchantement… et son deuxième acte est d’une intensité étonnante.
Le reste de la distribution est à l’avenant, avec notamment un Amfortas (Thomas Johannes Mayer) d’une force magnifique.
La représentation a commencé avec une vingtaine de minutes de retard en raison de problèmes techniques avec l’ascenseur de scène et je me suis soudain pris à rêver d’une mise en scène complexe avec moult décors. Mes espoirs furent vite déçus.
Par certains côtés, la mise en scène de Philipp Stölzl est extrêmement classique. Pendant le prologue, le rideau s’ouvre sur un tableau figurant la crucifixion du Christ, le temps originel de la Sainte Lance et du Saint Calice. Les protagonistes du premier acte sont habillés en croisés (à part Parsifal, en costume et cravate). Au troisième acte, ils occupent toujours le même décor, mais ils sont en costumes contemporains.
D’autres aspects surprennent, comme le choix — très allemand — de placer des néons visibles sur le côté et au-dessus de la scène, ce qui “casse” quand même beaucoup l’imagerie créée par les costumes d’époque. Le décor du deuxième acte fait un peu trop penser à Tintin et le temple du soleil. Klingsor y porte un costume vaguement évocateur des Indiens d’Amérique, qui serait sans doute considéré comme offensant aux États-Unis.
Bref, l’équipe qui a conçu cette nouvelle production se fait huer par une partie du public au moment des saluts (c’était la première). Alors que le chef et les chanteurs reçoivent tous des ovations enthousiastes bien méritées.

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