Opéra de Sydney • 6.10.12 à 19h30
Donizetti (1835). Livret de Salvatore Cammarano, d’après The Bride of Lammermoor de Walter Scott.
Direction musicale : Christian Badea. Mise en scène : John Doyle. Avec Emma Matthews (Lucia), James Valenti (Edgardo), Giorgio Caoduro (Enrico), Andrew Brunsdon (Arturo), Richard Anderson (Raimondo), Teresa La Rocca (Alisa), Jonathan Abernethy (Normanno).
Tant qu’à aller voir un opéra à Sydney, autant aller y voir Lucia, l’un des rôles fétiches de Joan Sutherland, qu’elle a chanté au moins jusqu’en 1986 (elle avait quand même 60 ans…)
L’expérience est assez curieuse : la salle est loin d’être remplie, et il me semble que le public est majoritairement composé de touristes pour qui l’Opéra constitue une étape sur un itinéraire. La pénombre règne dans les foyers, ce qui me perturbe beaucoup — la pénombre, c’est pour la représentation ; “dehors”, il doit y avoir de la lumière, sinon la frontière entre le théâtre et la vie s’estompe trop pour mon cerveau.
Les sièges baquets ancrent sans doute possible l’architecture intérieure dans les années 1970. À cause de l’histoire compliquée de la construction des lieux et à la suite d’imprécisions dans le cahier des charges initial, la salle d’opéra (1500 places) est beaucoup plus petite que la salle principale (2600 places), consacrée aux concerts symphoniques. Cela limite la taille des productions qu’elle peut accueillir et les problèmes logistiques semblent nombreux, à commencer par ceux dont l’exiguïté de la fosse est responsable.
Peut-être en raison de sa taille, l’acoustique de la salle est excellente. Elle est tellement naturelle qu’elle peut être cruelle pour les voix, dont on entend clairement chaque respiration, chaque inflexion.
J’ai été un peu surpris, m’étant réfugié aux antipodes, de tomber sur une mise en scène de John Doyle, qui sévit beaucoup dans le monde de la comédie musicale et dont la spécialité consiste à faire jouer la musique des spectacles par les comédiens eux-mêmes. Heureusement qu’il ne s’est pas adonné à son péché mignon en l’occurrence, sinon Lucia aurait sans doute dû jouer elle-même les traits de flûte de la scène finale.
La mise en scène n’a aucun intérêt, même si elle doit être très photogénique. Le décor unique représente des nuages peints sur des toiles et un rideau de scène (rigide) est monté de telle façon qu’il peut se décaler sur le côté ou même pivoter pour descendre sur une pointe (une idée qui rappelle vaguement le basculement général du décor dans la mise en scène de Robert Carsen). Ce rideau passe son temps à monter, à descendre et à pivoter tandis que les chanteurs, cantonnés à l’avant-scène, jouent comme au 19ème siècle, face à la salle, presque toujours campés devant le chef pour les solos. (Quant à la gestion du sextuor… quel gâchis !)
Doyle n’est pas beaucoup plus inspiré pour gérer les mouvements du chœur et des figurants et il fait montre d’une curieuse fascination pour des configurations symétriques aussi décoratives qu’elles sont vides de sens.
Bonne surprise du côté de l’orchestre, qui s’acquitte très honnêtement et qui épouse sans broncher les tempos très élastiques de Christian Badea. On est puriste, à Sydney, aussi a-t-on droit au fameux “harmonica de verre” dans la scène finale — c’est forcément subjectif, mais ça a tendance à me mettre les nerfs à vif (on me répondra que c’est un peu l’effet recherché… soit). La flûtiste prend place à côté du chef à la fin — on ne sait pas très bien si c’est pour qu’on l’entende mieux… ou pour que Lucia la voie… ou si c’est simplement une fantaisie locale.
La distribution est correcte. À part des trilles un peu plats, Emma Matthews passe à peu près toutes les difficultés techniques, même si le chef prend beaucoup soin d’elle en ralentissant nettement les passages les plus difficiles. Le Enrico de Giorgio Caoduro est solide bien qu’il recherche les effets “payants” et James Valenti serait un Edgardo de classe internationale s’il n’avait pas autant de mal à accrocher ses aigus (une difficulté déjà évidente en Pinkerton). Excellente Alisa de Teresa La Rocca, qui remonte le niveau des rôles secondaires car le Normanno de Jonathan Abernethy est inaudible et Richard Anderson (Raimondo) dit son texte avec la même passion que s’il lisait le mode d’emploi d’un four à micro-ondes.

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