Theatre Row (Clurman Theatre), New York • 14.9.12 à 20h
Chansons : Stephen Sondheim. Conçu par Craig Lucas & Norman René
Mise en scène : Jonathan Silverstein. Direction musicale : John Bell (piano). Avec Jason Tam et Lauren Molina.
Marry Me A Little est une revue conçue en 1980 pour servir d’écrin à des chansons de Sondheim “coupées” des spectacles pour lesquels elles avaient été conçues dans le cadre du processus créatif (ou, dans le cas de Saturday Night, écrites pour un spectacle jamais produit).
Son principal mérite est de nous permettre d’entendre des chansons rarement interprétées, même si elles sont désormais toutes devenues familières aux amateurs et n’apparaissent sans doute pas aussi inédites qu’à l’époque. Une proportion significative des chansons incluses proviennent de Follies, et c’est un plaisir d’entendre par exemple la chanson “All Things Bright And Beautiful”, dont la mélodie a été conservée dans l’ouverture de Follies… ou encore la façon exquise dont Sondheim joue avec les mots et les rimes internes dans “Can That Boy Foxtrot” (“Sometimes in a clerk / You find a Herc-ules” ou “A imitation Hitler / But with littler charm”).
Depuis 1980, beaucoup de ces chansons sont sorties de l’ombre, ne serait-ce parce que Saturday Night, écrit en 1955, a enfin été produit officiellement en 1997… ou parce que “Marry Me A Little” a plus ou moins été officiellement réintégrée dans Company.
Mais les concepteurs de cette nouvelle production ont fait d’autres choix curieux qui éloignent un peu le programme du catalogue de raretés, par exemple en remplaçant la chanson “Uptown, Downtown” (écrite pour Follies) par “Ah, But Underneath”, écrite pour la production londonienne, et bien plus connue. Cela nous donne cependant l’occasion d’entendre d’autres lyrics prodigieusement ingénieux, comme “If his idea of ecstasy’s / To see what he expects to see”.
On perd aussi la très rare chanson “Pour le Sport”, remplacée par l’une des chansons du film Evening Primrose, pourtant disponible maintenant en CD et en DVD.
J’avais vu Marry Me a Little à Londres en 1996 et cette nouvelle version appelle à peu près la même réaction : les chansons de Sondheim supportent mal d’être sorties de leur contexte. Elles sont souvent virtuoses, toujours magnifiques sur le plan mélodique, mais l’enchaînement de chansons écrites dans des cadres différents crée un sentiment artificiel… paradoxalement souligné par la ténuité du semblant de fil conducteur (deux célibataires habitant des appartements adjacents finissent par se croiser au rideau final).
Interprétation correcte, même si Lauren Molina se débrouille plutôt mieux que Jason Tam, qui semble se demander parfois ce qu’il est en train de chanter (un sentiment qu’on peut lui pardonner compte tenu du côté artificiel de l’exercice). Le metteur en scène permet à Molina de jouer un peu du violoncelle qu’elle transportait dans la production de Sweeney Todd de John Doyle dans laquelle elle interprétait le rôle de Johanna. Petit clin d’oeil : elle joue le solo de violoncelle de Henrick dans A Little Night Music.
Les pianistes new-yorkais me donnent généralement de gigantesques complexes, mais ce n’est pas le cas de John Bell, qui donne l’impression de lire à vue. Son ouverture n’est vraiment pas terrible.

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