Ethel Barrymore Theatre, New York • 15.9.12 à 14h
Musique & lyrics : Christopher Curtis. Livret : Christopher Curtis & Thomas Meehan.
Mise en scène : Warren Carlyle. Direction musicale : Bryan Perri. Avec Rob McClure (Charlie Chaplin), Jim Borstelmann (Alf Reeves), Jenn Colella (Hedda Hopper), Erin Mackey (Oona O’Neill), Michael McCormick (Mack Sennett), Christiane Noll (Hannah Chaplin), Zachary Unger (Young Charlie Chaplin), Wayne Alan Wilcox (Sydney Chaplin).
J’ai récemment eu l’occasion de dresser l’inventaire des comédies musicales consacrées à Charlie Chaplin lors de la création londonienne du Chaplin de Roger Anderson et Lee Goldsmith, qui date du début des années 1980. Or voici qu’une nouvelle œuvre fraîchement écrite est présentée à Broadway sous le même titre (bien qu’elle ait été créée sous le titre Limelight à San Diego il y a deux ans).
Ce Chaplin est dû à un certain Christopher Curtis, dont la bio laisse entendre qu’il doit s’agir de sa première incursion dans l’univers de la comédie musicale. Il s’agit d’un récit extrêmement linéaire de la vie de Chaplin, depuis le moment où, jeune comédien londonien, il reçut une proposition du célèbre Mack Sennett pour aller s’essayer devant les caméras hollywoodiennes… jusqu’au jour où il put enfin retourner aux États-Unis après un exil de plus de 20 ans pour y recevoir un Oscar d’honneur à la fin de sa vie.
Le produit fini est assez peu enthousiasmant.
Certes, la prestation de Rob McClure dans le rôle-titre est phénoménale… et il mériterait largement d’être distingué par un Tony Award, même si ces “Oscars de Broadway” ont traditionnellement tendance à oublier les spectacles qui ont ouvert leurs portes en début de saison.
Mais le fil conducteur de la pièce est trop ténu et trop sombre. Le rideau s’ouvre sur une sorte de prémonition du moment où Chaplin, victime du maccarthysme, se trouvera confronté à la perspective de l’exil (“What’cha gonna do when it all falls down?”). Du coup, la suite ne s’autorise jamais à être vraiment joyeuse, tant le spectre de ce moment noir semble ne plus jamais quitter la scène.
Une impression renforcée par le monochromatisme visuel du spectacle, entièrement conçu en noir et blanc, à l’exception d’une rare touche de rouge pour la fleur que Charlot porte à sa boutonnière. Et par l’absence d’un réel décor, remplacé par quelques meubles et accessoires censés évoquer les lieux successifs de l’action.
La musique de Christopher Curtis est bien peu inspirée ; ses lyrics, encore moins, qui égrainent abondamment les clichés les plus éculés. Le ton de la partition reste également trop sombre… et il est symptomatique que la première chanson un peu rythmée soit réservée à un personnage secondaire, Hedda, et qu’elle arrive dans le deuxième acte.
Rob McClure n’est pas le seul à briller en scène : la totalité de la distribution secondaire est absolument épatante, avec une mention spéciale du côté des femmes : Christiane Noll, qui joue la mère de Chaplin ; Erin Mackey, qui interprète le rôle de sa dernière femme, Oona O’Neill ; et Jenn Colella, qui incarne la redoutable échotière Hedda Hopper, qui contribua grandement aux déboires de Chaplin avec le maccarthysme (et qui joue son propre rôle dans le Sunset Boulevard de Billy Wilder).
Bien que le public ait semblé accrocher lors de cette représentation, je ne donnerais pas cher de la peau de ce Chaplin, dont je ne pense pas qu’il soit destiné à connaître une grande longévité.

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