Royal Albert Hall, Londres • 27.8.12 à 20h
John Wilson Orchestra, Maida Vale Singers, John Wilson. Avec Sierra Boggess, Anna-Jane Casey, Rodney Earl Clarke, Elizabeth Llewellyn, Seth MacFarlane, Julian Ovenden.
Difficile de traduire en mots l’état de surexcitation dans lequel m’a plongé ce concert… un état manifestement partagé par le public du Royal Albert Hall à en juger par le volume sonore des ovations destinées aux interprètes.
Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer, l’une des grandes spécialités du John Wilson Orchestra est l’interprétation de partitions de l’âge d’or de la comédie musicale dans des conditions luxueuses : reconstitution méticuleuse des orchestrations originales, effectif orchestral pléthorique… et une capacité particulièrement précieuse à laisser exploser le génie des grands compositeurs (et de leurs précieux acolytes de l’ombre, les orchestrateurs).
Après un concert consacré aux comédies musicales hollywoodiennes l’année dernière, c’est du côté de Broadway que John Wilson est allé chercher la matière pour construire un programme éblouissant et jubilatoire, qui a enchaîné les moments de pur bonheur. L’orchestre est dans une forme évidemment olympique et Wilson s’est entouré comme d’habitude de solistes aussi intelligents que talentueux — la merveilleuse Anna-Jane Casey, vue trois jours plus tôt dans Guys & Dolls, étant particulièrement éblouissante.
Citer les points forts du concert reviendrait à en détailler le programme dans son intégralité. Mais j’ai été particulièrement impressionné par deux séquences instrumentales : “Slaughter on Tenth Avenue” de Richard Rodgers, le grand ballet de la comédie musicale On Your Toes, et “Imaginary Coney Island”, celui de On the Town de Leonard Bernstein, si sublimement orchestré par Hershy Kay.
La dernière ligne droite du concert fut marquée par une succession de trésors merveilleux : “Tonight” (West Side Story), interprété avec beaucoup d’intensité par Sierra Boggess et Julian Ovenden ; puis l’une des plus belles chansons du répertoire, “Don’t Rain on My Parade” (Funny Girl de Jule Styne, dans des orchestrations à tomber de Ralph Burns), chantée avec un panache extraordinaire par Anna-Jane Casey ; et enfin la chanson-titre de Mame de Jerry Herman, une sorte de jumeau cosmique de “Hello, Dolly!”.
Le meilleur est arrivé à la fin : après que chanteurs et orchestre eurent salué (John Wilson prenant le temps de faire applaudir particulièrement les altos, pour une raison que je n’ai pas décryptée), Anna-Jane Casey est revenue entourée d’une poignée de danseurs et tous se sont lancés dans une interprétation décoiffante et absolument irrésistible de “Tap Your Troubles Away”, la chanson à claquettes de Mack & Mabel, toujours de Jerry Herman.
De ma place à l’arrière scène (dans la section appelée “choir”, comme dans une église), j’étais idéalement situé pour observer le travail de l’orchestre, et notamment les trompettistes, complètement déchaînés pendant tout le concert. L’endroit n’était pas idéal pour les entendre les voix qui, même sonorisées, étaient projetées de l’autre côté de la salle… mais il serait indécent de s’en plaindre devant une telle abondance de merveilles absolues.
John Wilson va devoir réfléchir longtemps au programme de l’année prochaine car il a lui-même placé la barre très très haut.

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