Bayerische Staatsoper, Munich • 13.7.12 à 17h
Wagner (1876)
Direction musicale : Kent Nagano. Mise en scène : Andreas Kriegenburg. Avec Lance Ryan (Siegfried), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Mime), Thomas J. Mayer (Wotan), Wolfgang Koch (Alberich), Rafal Siwek (Fafner), Jill Grove (Erda), Catherine Naglestad (Brünnhilde), Anna Virovlansky (Waldvogel).
On franchit un grand pas vers le sublime avec ce Siegfried passionnant, foisonnant et fréquemment électrique.
Lorsque le rideau se lève, les figurants forment un cercle au centre du plateau. Aidés par des projections, ils incarnent le feu qui, timide, d’abord, prend de plus en plus d’assurance. C’est joliment réalisé, beau à regarder… et parfaitement synchronisé avec la musique. Ce sera la première d’une série d’images pleines d’invention et, parfois, d’humour : la forêt où Sieglinde donne naissance à Siegfried, les flashbacks pendant la séance de questions, le traitement de Fafner (magnifique !), les arbres, l’apparition d’Erda au milieu d’une mer de créatures rappelant Gollum, la grande voile écarlate qui sert de toile de fond au dernier duo.
Le début du premier acte est marqué par un coup de théâtre visuel : la forge de Mime se matérialise en quelques instants sur scène lorsque des figurants assemblent des morceaux de cloison et des meubles en provenance des quatre coins de la scène — le toit descendant des cintres pour fermer la construction. C’est un effet que j’ai déjà vu, sous une forme un peu différente, à Broadway (dans Spider-Man). La forge peut ensuite se désintégrer et se reconstruire à l’envi en quelques instants, notamment pendant la scène entre Mime et Wotan, ce qui permet de révéler chaque fois une illustration différente : le Niebelheim, les Géants, Walhalla, etc.
À la fin du premier acte, les figurants se transforment en autant de “petites mains” (on pense aux nains de Blanche-Neige ou aux animaux de Cendrillon) qui vont aider Siegfried à forger son épée tandis que Mime lui prépare un ragoût répugnant, pour lequel il tue d’ailleurs un énorme rat de manière spectaculaire. La scène grouille : les figurants actionnent un gigantesque soufflet, installent le matériel de la forge, font jaillir des étincelles lorsque Siegfried frappe Notung avec le marteau… tandis que d’autres assistent Mime en cuisine. La scène se termine dans une très belle montée de tension collective.
Kriegenburg semble enfin avoir maturé suffisamment son concept pour donner de la cohérence à sa vision. Le premier acte est pour moi un triomphe sans nuance… et je ne comprends pas les quelques huées isolées entendues au premier rideau. J’aurais mieux compris si elles s’étaient manifestées aux actes suivants, car Kriegenburg ose l’humour dans des passages (notamment la dernière scène) où on n’est jamais très loin du sacrilège ou de la trivialisation. Il est cependant cohérent d’un bout à l’autre dans son traitement de Siegfried comme un gros nigaud assez maladroit. (Son seul faux pas, à mon avis, est la gestion de la scène où Siegfried n’arrive pas à se synchroniser avec le cor qui joue son thème depuis la coulisse : c’est de l’humour gratuit, ça ne dit rien et ça casse trop la convention dramatique en faisant sortir le chanteur de son personnage.)
Superbe distribution, dans laquelle on aurait du mal à trouver un maillon faible. Lance Ryan est dans un de ses (très) bons jours, et son Siegfried est un régal, d’autant qu’il fournit bien plus que le minimum syndical pour donner vie à la vision du metteur en scène. Même constat du côté du Mime de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, qui est un comédien fort attachant en plus d’être l’un des meilleurs titulaires actuels du rôle. Tous les autres chanteurs sont excellents, y compris Catherine Naglestad, qui fait honneur à la plus courte des trois Brünnhilde — j’allais ajouter “mais pas la plus facile”, mais je me rends compte que je serais bien en peine de classer les trois rôles par ordre de difficulté tant ils sont redoutables chacun à sa façon.
Je trouvais Nagano un peu inégal dans le premier acte, et sans doute un peu trop respectueux des chanteurs (d’aucuns me rétorqueront peut-être que c’est une grande qualité). Il semble néanmoins s’être réveillé au deuxième acte et a conduit l’orchestre avec une belle énergie. Quelques toutes petites défaillances dans certains solos n’empêchent pas la prestation de l’orchestre d’être globalement somptueuse. Orchestre qui s’est d’ailleurs pris la lance de Wotan sur la tête au début de l’acte 3 (je pense qu’elle a atterri sur un contrebassiste) : la fosse de l’Opéra de Munich, contrairement à d’autres, n’est pas recouverte d’un filet pour protéger l’orchestre des chutes d’objets ou de chanteurs.

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