Bayerische Staatsoper, Munich • 15.7.12 à 17h
Wagner (1876)
Direction musicale : Kent Nagano. Mise en scène : Andreas Kriegenburg. Avec Stephen Gould (Siegfried), Iain Paterson (Gunther), Eric Halfvarson (Hagen), Wolfgang Koch (Alberich), Nina Stemme (Brünnhilde), Anna Gabler (Gutrune), Michaela Schuster (Waltraute), Eri Nakamura (Woglinde), Angela Brower (Wellgunde), Okka von der Damerau (FLoßhilde), Jill Grove, Jamie Barton, Irmgard Vilsmaier (les Nornes).
Curieuse fin pour ce Ring munichois : si la qualité de l’interprétation reste globalement excellente, ce dernier épisode est plombé par une mise en scène pataude et par un public curieusement anémique.
On comprend où Kriegenburg veut en venir : la scène des Nornes a lieu dans une sorte d’abri où l’on prend soin des victimes de quelque calamité biologique ou nucléaire… une vision qui, à défaut d’être originale, est plutôt bien réalisée. Puis on voit apparaître le Palais des Gibichung : sorte de monument au capitalisme débridé, on y célèbre l’argent facile et le culte futile des biens matériels sur un fond d’amoralité et de dépravation sexuelle, tandis qu’une armée d’employés anonymes en costumes gris, le portable collé à l’oreille, s’affaire à des tâches bureaucratiques. Là aussi, rien de très nouveau. Petit coup de génie du décorateur, la structure du décor reflète en miroir celle du théâtre, une façon peut-être d’inciter les spectateurs à une forme d’instrospection.
Ce parti pris pose problème.
En premier lieu, Kriegenburg abat toutes ses cartes dans le premier acte. Le Palais des Gibichung ne quitte plus la scène jusqu’à la fin… et il ne s’y passe pour ainsi dire plus rien. J’espérais secrètement qu’il disparût pour le troisième acte, tout en étant conscient qu’il était peu probable qu’il pût être démonté pendant l’entracte compte tenu de sa complexité. Le lien implicite qu’il semble faire entre le capitalisme triomphant et l’état d’un monde livré aux calamités diverses n’est jamais vraiment explicité, et encore moins exploité. Ce décor spectaculaire, une fois dévoilé, se révèle terriblement statique et encombrant.
Par ailleurs, cette mise en scène de Götterdämmerung s’inscrit en rupture avec le parti pris des épisodes précédents, avec leur économie de moyens, leurs décors minimalistes et leur exploitation originale des figurants. On se souvient avoir été tout aussi surpris par le Götterdämmerung de Krämer à Bastille, qui oubliait de “boucler la boucle”. La scène finale est ratée… et le fait qu’elle n’évoque nullement la chute de Walhalla constitue une anomalie majeure. (On passera charitablement sur la sortie pathétique de Brünnhilde, qui sort de scène en évitant très ostensiblement le bûcher au lieu de s’y jeter.)
Enfin, Kriegenburg oublie, comme beaucoup de metteurs en scène, que la chute des Gibichung n’est qu’un épiphénomène presque marginal de Götterdämmerung, dont le sujet est bien l’aboutissement de la volonté de Wotan de faire renaître un monde pur sur les cendres d’un monde corrrompu par l’entremise de Siegfried, le héros pur et naïf, relayé par une Brünnhilde transfigurée. Ce faisant, il trivialise pas mal le propos et oublie, là aussi, de “boucler la boucle”. Son Götterdämmerung est un épisode autonome, ce n’est pas le point culminant d’un cycle conçu pour s’achever en apothéose. Ce faisant, naturellement, il perd beaucoup de sa force potentielle.
Accessoirement, on s’interroge sur certains partis pris, comme celui de faire jouer Waltraute comme si elle était à moitié demeurée… ou celui de faire jouer l’acte trois non comme une scène de chasse, mais comme un lendemain de noces, le sol jonché de bouteilles vides. On se demande aussi comment le public du parterre peut se rendre compte que l’immense table qui occupe la scène à la fin de l’acte 2 et au début du 3 a la forme du symbole de l’euro, comme l’espèce de balançoire vaguement obscène sur laquelle Gutrune semble prendre régulièrement du bon temps.
Heureusement, l’interprétation est de très haut vol. L’orchestre ne semble pas lire à vue comme dans certains passages des épisodes précédents et on y gagne beaucoup en cohérence et en énergie. Le Siegfried de Stephen Gould est remarquablement lyrique (je l’avais pourtant trouvé assez mou dans le Siegfried de Vienne) et Nina Stemme confirme qu’elle est l’une des meilleures Brünnhilde du moment. Beaucoup de très belles prestations dans les seconds rôles.

Globalement, ça vaut le déplacement ?
Rédigé par : Philippe[s] de l'Escalier | 22 juillet 2012 à 09:46
> Avec une telle distribution, sans hésiter.
Rédigé par : Laurent | 22 juillet 2012 à 10:20