Bayerische Staatsoper, Munich • 10.7.12 à 19h30
Wagner (1869)
Direction musicale : Kent Nagano. Mise en scène : Andreas Kriegenburg. Avec Johan Reuter (Wotan), Stefan Margita (Loge), Wolfgang Koch (Alberich), Catherine Wyn-Rogers (Erda), Thorsten Grümbel (Fasolt), Phillip Ens (Fafner), Sophie Koch (Fricka), Aga Mikolaj (Freia), Levente Molnár (Donner), Thomas Blondelle (Froh), Ulrich Reß (Mime), Eri Nakamura (Woglinde), Angela Brower (Wellgunde), Okka von der Damerau (Floßhilde).
Lorsque le public pénètre dans la salle, les nombreux figurants, tout de blanc habillés, sont en train de pique-niquer sur la scène. Une tâche noire et trois tâches bleues parmi eux trahissent la présence d’Alberich et des trois Filles du Rhin. Lorsque l’orchestre entame son interminable hommage à la gloire du mi bémol majeur, les figurants enlèvent leur vêtements (ils portent des maillots couleur chair en-dessous), s’enduisent de peinture bleue et viennent gigoter à l’avant-scène. Mais bien sûr, c’est le Rhin qui prend ainsi vie devant nos yeux ébahis.
C’est la première image d’une longue série. Andreas Kriegenburg semble avoir voulu donner une forte dimension humaine à son Ring (tout en rentabilisant le budget consacré aux figurants nécessaires à la scène du Niebelheim). Sa conception manque cependant beaucoup de cohérence et il donne l’impression de prendre ses idées comme elles viennent, sans réelle conception d’ensemble. D’autant que faire jouer des objets par des figurants (ou des phénomènes météorologiques : ils font le tonnerre à la fin) n’est peut-être pas le meilleur témoignage d’humanité que l’on puisse imaginer, surtout dans une œuvre dont les humains “normaux” sont largement absents.
Ça rappelle plutôt de mauvais souvenirs (ça, ça)… mais on ne peut pas dire non plus que ce soit ridicule. On est à Munich, après tout… une ville où la capacité du public à accepter des mises en scène étranges semble curieusement proportionnelle à son conservatisme vestimentaire (Munich reste le seul Opéra où je me sens mal à l’aise si je n’ai pas de costume).
Le plus gros péché de Kriegenburg, au fond, est son manque d’instinct dramatique, son incapacité à s’appuyer sur la musique et sur le livret pour bâtir des moments forts (l’image finale est particulièrement insipide), ce qui ne me rend pas très optimiste pour la suite du cycle. Il se fiche aussi éperdument de certains détails qui perturbent pourtant d’habitude beaucoup les metteurs en scène : par exemple, il fait sortir les dieux du plateau en quatrième vitesse lorsque Wotan et Loge s’apprêtent à descendre au Niebelheim alors qu’il vient de les montrer de manière insistante pendant de longues minutes dans la quasi-impossibilité de se mouvoir après le départ de Freia.
Le dispositif scénique de Harald B. Thor me plaît pourtant beaucoup : un plancher dont l’inclinaison est variable, un plafond capable de s’incliner de manière symétrique (si bien que plancher et plafond peuvent se rejoindre en fond de scène pour créer un angle), des ascenseurs en fond de scène, … Il n’est malheureusement pas exploité au maximum de ses possibilités.
Après un Lohengrin d’anthologie et une Walküre trop agitée, je ne savais pas quoi attendre de Nagano. Je n’ai pas été emballé. C’est, comme dit l’un de mes amis, “mou du genou”. À part quelques pages interprétées de manière quasi-hystérique, le plus gros de la partition est joué sans esprit et sans génie, dans une sorte de ronronnement routinier. Je ne pensais pas dire ça un jour de Rheingold, mais certains passages sont, du coup, un peu longuets.
Belle distribution très homogène et très impliquée au service de la “vision” du metteur en scène. Après San Francisco, on retrouve avec plaisir le Loge atypique de Stefan Margita, même si ses aigus fluides et légers me paraissent cette fois par moments un peu trop décalés sur le plan stylistique. Le Fasolt de Thorsten Grümbel est idéalement sonore et expressif. Belle Fricka de Sophie Koch : on l’attend de pied ferme dans Walküre.

Le prelude de l'or du Rhin est interminable ? Ah Bon????????
Rédigé par : gvgvsse | 12 juillet 2012 à 19:13
> Aucune connotation péjorative ! On aimerait d'ailleurs que ça ne se termine jamais...
Rédigé par : Laurent | 12 juillet 2012 à 19:23