Festsaal, Ingolstadt • 12.7.12 à 19h30
Budapesti Fesztiválzenekar (Orchestre du Festival de Budapest), Iván Fischer
Liszt : Mephisto-Valse n° 1
Bartók : concerto pour piano n° 3 (Igor Levit, piano)
Brahms : symphonie n° 2
Ma semaine à Budapest m’avait furieusement donné envie de réentendre très vite des musiciens hongrois, de préférence dans leur répertoire national. Aussi n’ai-je pas hésité lorsqu’il est apparu que je pouvais profiter de cette première respiration du Ring pour aller entendre le Budapesti Fesztiválzenekar au festival d’été d’Ingolstadt, patrie de Frankenstein, à mi-chemin de Nuremberg, facilement accessible en train depuis Munich. Ingolstadt se situe de surcroît sur le Danube : on se plaît à imaginer l’orchestre faisant le voyage en barge depuis Budapest, jouant des airs de Franz Lehár au clair de lune.
Concert extraordinaire et enthousiasmant, qui ne peut que confirmer mon amour grandissant pour ces musiciens qui combinent une forme de primalité tellurique avec un lyrisme empoignant.
La Mephisto-Valse est une entrée en matière idéale : dès les premières mesures, les cordes attaquent avec ce mordant si caractéristique du style hongrois… pour enchaîner sans transition sur des traits d’une étonnante légèreté et des pizzicati miraculeux. L’homogénéité de l’orchestre reste parfaite alors que le tempo se tend et se détend comme le tangage d’un bateau ivre.
Sublime concerto ensuite… qui confirme que la récente version Salonen / Lugansky était un peu à côté de la plaque sur le plan stylistique. Le toucher sensationnel du jeune Igor Levit lui permet de se marier idéalement au style de l’orchestre, tant dans les passages mouvementés, où le piano semble décocher des flèches en tous sens tant sa dimension percussive est mise en exergue… que dans le sublime deuxième mouvement, où Levit semble aller chercher tout au fond des touches du clavier une capacité expressive supplémentaire, d’une beauté confondante.
La symphonie de Brahms est comme une célébration des talents multiples de l’orchestre. Les cordes se distinguent en permanence par de fascinantes articulations, notamment ce legato qui n’empêche pas d’attaquer chaque note clairement ; je ne sais plus si c’est du marcato, du tenuto, du portamento, ou tout simplement le style d’une école hongroise mâtinée d’influences tziganes. Les violoncelles sont particulièrement à la fête, mais c’est l’incroyable solo de cor du premier mouvement — qui passe inaperçu dans tant d’interprétations — qui laisse bouche bée tant il touche au sublime (celui du deuxième mouvement n’est pas mal non plus).
En bis, l’orchestre propose encore une Danse slave de Dvořák et une Danse hongroise de Brahms… et le concert se termine bien trop vite.
Dans le train de l’aller, je remercie mentalement Richard Strauss (qui n’y est pour rien) car j’entends dans une annonce le nom de la gare à laquelle je descends (Ingolstadt Nord) et les mots “vier letzte”… J’en déduis qu’il faut être (ou ne pas être) dans les quatre dernières voitures du train pour pouvoir descendre, ce qui me permet de demander de l’aide à un voyageur anglophone.

Je crois qu'il va falloir se mettre sérieusement au hongrois...
Rédigé par : Joël | 13 juillet 2012 à 11:05
Yep. Moi j'adore les chroniquettes de Laurent, qui prend de surcroit le temps de mettre tous les accents sur les voyelles hongroises.
On remarquera déjà l'aisance avec laquelle L. jongle avec les différentes formes de génitif à la hongroise, choisissant avec justesse 'Budapesti Fesztiválzenekar' et non 'Budapestnek a zenekara', n'est-ce-pas ?
(attention toutefois , le 'sz' se prononce 'ssss' comme dans sifflet, le 's' ch comme dans Boudapechte, Fesztivál prend donc un 'sz')
J'ai eu l'impression d'avoir à nouveau le Bfz dans les oreilles, merci mille fois pour cette chronique!
(les imaginer jouer du Lehár, par contre, je bloque)
Rédigé par : klari | 13 juillet 2012 à 16:19
> Zut, il va falloir que je change de lunettes… C’est corrigé, merci.
Rédigé par : Laurent | 13 juillet 2012 à 16:31
"C'est corrigé, merci".
Oh, il ne fallait pas, c'était pour le plaisir de la taquinade. Je le répète, tu es mon meilleur élève en hongrois.
(et le seul)
Rédigé par : klari | 14 juillet 2012 à 09:10