Royal Opera House, Londres • 11.6.12 à 20h
Richard Strauss (1905). Livret d’après la traduction en allemand (par Hedwig Lachmann) de la pièce Salomé d’Oscar Wilde.
Direction musicale : Andris Nelsons. Mise en scène : David McVicar. Avec Angela Denoke (Salomé), Stig Andersen (Hérode), Egils Silinš (Jochanaan), Rosalind Plowright (Hérodias), Will Harmann (Narraboth), Sarah Castle (le Page d’Hérodias), Scott Wilde (Premier Soldat), Alan Ewing (Deuxième Soldat), Peter Bronder, Hubert Francis, Timothy Robinson, Pablo Bemsch, Jeremy White (les Juifs), …
Cette mise en scène de David McVicar avait été remarquée lors de sa création en 2008, en particulier à cause de sa transposition au 20ème siècle, vraisemblablement pendant les années 1930. Le décor monumental de Es Devlin — en haut, une salle à manger ; en bas, une gigantesque cuisine servant de salle commune où sont satisfaits les besoins les plus… bas — est à la hauteur des ambitions du metteur en scène.
Après un spectaculaire changement à vue, la danse des sept voiles nous entraîne dans une longue enfilade de sept pièces où Salomé, seule avec Hérode, semble revivre ou représenter tous les fantasmes qu’elle lui inspire. La conception visuelle en est extraordinaire.
On avait aussi beaucoup parlé au moment de la création du comédien choisi pour jouer le bourreau, un body-builder remarqué par McVicar dans la rue, où il s’enduisait de peinture pour figurer une statue. Duncan Meadows est d’ailleurs visible sur la pochette de l’enregistrement DVD du spectacle.
Belle distribution dans l’ensemble, avec notamment un Hérode particulièrement lubrique de la part de Stig Andersen. Angela Denoke a la voix un peu fatiguée, mais elle reste une Salomé extraordinairement charismatique, dont l’engagement dramatique ne peut que susciter l’enthousiasme. Très belle prestation également de Will Harmann en Narraboth.
Mais la soirée appartient à Andris Nelsons, qui transforme la partition de Strauss en une sorte de feu d’artifice d’une beauté déchirante, d’une crudité primale, d’une énergie transcendante. Jamais je n’avais entendu Salome comme ça. C’est viscéral, brut, violent… et tout bonnement bouleversant.

Commentaires