Union Theatre, Londres • 10.6.12 à 14h
Musique : Frank Wildhorn. Livret et lyrics : Leslie Bricusse.
Mise en scène : Luke Fredericks. Direction musicale : Dean Austin. Avec Tim Rogers (Henry Jekyll / Edward Hyde), Joanna Strand (Emma Carew), Madalena Alberto (Lucy Harris), Mark Turnbull (Sir Danvers Carew), Antony Lawrence (Simon Stride), Michael Blore (Sir Archibald Proops), Rodney Ward (Lord Savage), Tim Benton (General Glossop / Bisset), Andrea Miller (Lady Beaconsfield), Paul Tate (Bishop of Basingstoke), Mark Goldthorp (John Utterson), Lydia Jenkins (Nellie), John McLarnon (Spider), Patsy Blower (Poole), Hayley Driscoll (Frankie), Louise Stanton (Nina).
Comme je l’expliquais récemment, le compositeur Frank Wildhorn n’a connu que deux succès relatifs à Broadway malgré de nombreuses tentatives. Jekyll and Hyde, qui a ouvert ses portes en 1997 et a tenu l’affiche presque quatre ans, est celui qui le plus attiré le public… alors qu’il s’agit selon moi de sa moins bonne partition, si l’on excepte une poignée de chansons à la mélodie aguicheuse mais bien peu théâtrales. C’est pour cela que je n’ai jamais vu le spectacle à Broadway. Ni ailleurs… alors que c’est sans doute la plus représentée des œuvres de Wildhorn. (La production de Broadway a été filmée commercialement et est disponible en DVD… avec David Hasselhoff dans le(s) rôle(s)-titre(s).)
L’occasion s’est finalement présentée de voir Jekyll and Hyde dans un petit théâtre londonien réputé pour la qualité de ses productions, le Union Theatre, ce qui m’a permis de combler une lacune.
J’ai surtout été frappé par l’état de délabrement vocal des comédiens, dont les voix semblent avoir durement souffert du style très déclamatoire des chansons de Wildhorn, qui exigent de longues notes tenues et des excursions régulières aux extrémités de la tessiture — surtout dans l’aigu. On devine que Tim Rogers, qui tient le rôle sans doute épuisant de Jekyll & Hyde, doit avoir d’habitude une voix plutôt agréable et stylée… mais elle ne tient plus qu’à force d’artifices assez pénibles. Même constat du côté des deux rôles principaux féminins, et tout particulièrement pour Madalena Alberto, que l’on a entendue en meilleure forme lorsqu’elle interprétait Fantine dans la production du 25ème anniversaire des Misérables à Paris (elle était déjà fatiguée à Londres). Parmi les seconds rôles, certains semblent avoir complètement perdu leur voix.
La représentation m’a par ailleurs confirmé le manque d’attrait de la partition, pourtant interprétée avec beaucoup de soin par un bel ensemble de cinq instruments (piano, synthétiseur, flûte/saxophone, violoncelle et guitare). C’est le type de musique qui pourrait être supportable si les interprètes étaient tous au sommet de leur art (comme dans le CD de la distribution originale). Mais, compte tenu du niveau général de fatigue, il y a des passages franchement désagréables.
Reste que cette production est sauvée en partie par sa remarquable conception scénique. Luke Fredericks a fait des miracles dans le minuscule Union Theatre, qui utilise une configuration que l’on n’avait pas revue depuis Assassins. Son décorateur, Stewart Charlesworth, multiplie les idées géniales pour repousser virtuellement les murs du théâtre… et quelques projections viennent utilement compléter le dispositif. Fredericks se distingue par une direction d’acteurs exemplaire et l’on ne peut être que très impressionné par la fluidité qu’il parvient à donner à une œuvre manifestement conçue pour un grand théâtre. La mise en scène du tableau “Murder, Murder” du début du deuxième acte est presque une “masterclass” à lui tout seul.
Fredericks a transposé l’action à l’époque contemporaine, ce qui a le double effet de rendre l’histoire moins “gothique”, mais aussi, paradoxalement, d’en souligner les invraisemblances, dans la mesure où la confrontation avec un environnement moins exotique ne peut que souligner le côté fantasmatique de l’intrigue.
On aurait aimé, du coup, entendre des chanteurs en meilleure forme. Le comédien principal, Tim Rogers, est manifestement doué : c’est sur lui seul, ou presque, que repose le contraste entre Jekyll et Hyde car il n’est pas possible de jouer sur le maquillage ou sur d’autres effets. Sur ce chapitre, il est plutôt convaincant. Sa scène finale est aussi particulièrement réussie. Mais avec une voix aussi fatiguée, on ne peut être complètement satisfait.

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