Public Theater, New York • 20.5.12 à 14h
Musique et lyrics : Gabriel Kahane. Livret : Seth Bockley.
Mise en scène : Davis McCallum. Avec Stanley Bahorek (Benjamin Britten), Ken Barnett (Peter Pears), Ken Clark, Julian Fleisher (George Davis), Stephanie Hayes (Erika Mann), Josh Lamon, Erik Lochtefeld (W. H. Auden), Kacie Sheik (Gypsy Rose Lee), A. J. Shively (Chester Kallman) et Kristen Sieh (Carson McCullers).
Le hasard fait parfois bien les choses. Je devais voir la comédie musicale Leap of Faith, mais celle-ci ayant fermé ses portes prématurément, je me suis rabattu sur cette nouveauté étonnante et attachante proposée par le Public Theater, une maison qui propose généralement des choses un peu plus expérimentales et nettement moins commerciales que ce qui figure à l’affiche des théâtres de Broadway.
February House s’inspire de faits réels : au début des années 1940, tandis que la guerre fait rage, un journaliste et écrivain, George Davis, transforme une maison de Brooklyn en une sorte de maison commune pour artistes. La liste des artistes qui furent en résidence dans cette maison, surnommée February House en raison du nombre d’anniversaires tombant en février, est hallucinante : le compositeur Benjamin Britten et son amant le ténor Peter Pears, le poète W. H. Auden et son amant Chester Kallman, l’actrice Erika Mann (fille de Thomas Mann et épouse de… W. H. Auden), l’écrivain Carson McCullers, la strip-teaseuse Gypsy Rose Lee (bien connue des amateurs de comédie musicale), etc. C’est pendant cette période, par exemple, que Britten et Auden travaillent ensemble à leur opérette Paul Bunyan.
Cette concentration de talent dans des conditions rappelant un peu La Bohème est un sujet fertile, que les auteurs de cette comédie musicale ont traité de fort belle manière. La pièce est un peu longue compte tenu du nombre de personnages… et sans doute assez prévisible, également (ils arrivent… puis ils s’en vont), mais j’ai été conquis par la partition de Gabriel Kahane, qui n’est pas sans rappeler le style d’un Adam Guettel. Kahane et Bockley ont réussi l’exploit de donner à chaque personnage une belle aura et une voix propre. La chanson de Carson McCullers est particulièrement envoûtante ; et il est assez touchant d’entendre W. H. Auden chanter son propre poème “Stop All the Clocks…” rendu si célèbre par le film Four Weddings and a Funeral.
February House est une belle pièce d’atmosphère, portée par d’excellents comédiens, dont l’irrésistible Julian Fleisher, qui incarne merveilleusement George Davis, le créateur du lieu et son âme. (Davis, bien qu’homosexuel, épousera Lotte Lenya, la veuve de Kurt Weill, dans les années 1950…)

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