Staatsoper, Vienne • 8.4.12 à 17h30
Wagner (1882)
Direction musicale : Christian Thielemann. Mise en scène : Christine Mielitz. Avec Simon O’Neill (Parsifal), Angela Denoke (Kundry), Kwangchul Youn (Gurnemanz), Falk Struckmann (Amfortas), Wolfgang Bankl (Klingsor), Andreas Hörl (Titurel), …
Un Parsifal assez éblouissant.
Ayant la chance d’être assis au premier rang, je me concentre tout particulièrement sur les cors, les clarinettes et les harpes qui sont juste devant moi. Bruits permanents de quincaillerie du côté des cors, qui passent leur temps à démonter et à remonter leur instrument pour le purger. Le corniste solo du premier acte disparaît au premier entracte pour laisser la place à un autre musicien qui n’était pas présent auparavant : je me demande si c’est une façon de se répartir l’effort pour ne pas finir épuisé ou s’il y a une interférence avec le planning des Philharmoniker. En tout cas, on y gagne en musicalité à partir du deuxième acte.
Plus de décontraction du côté des clarinettes, qui font leur planning de la semaine à venir pendant les pauses. L’une des pages de la partition de clarinette 3 est ornée d’une délicieuse caricature de chef bedonnant : je ne suis pas complètement sûr que ce soit Thielemann, mais ce n’est pas impossible.
Il n’y a quasiment qu’à Vienne que l’on surprend ces regards appréciatifs que se lancent les musiciens lorsqu’ils trouvent une prestation réussie. Les chefs de pupitres ont aussi tendance à féliciter leurs collègues lorsqu’ils ont pris en charge un solo délicat. Comme la fosse est très peu profonde, les musiciens s’intéressent aussi régulièrement à ce qui se passe sur scène… et on note un intérêt tout particulier lorsque la Kundry d’Angela Denoke fait son apparition avec un sein dénudé.
Thielemann impulse une interprétation magnifique, dans un style très différent de celui de Gatti — beaucoup plus “rond”, avec moins de ruptures. Je suis mal placé pour juger des équilibres compte tenu de ma proximité des cors, mais la musique est d’une lumineuse beauté. Je suis impressionné par l’intensité de l’attention que porte Thielemann à tout ce qui se passe dans l’orchestre et par son regard qui passe de pupitre en pupitre pour communiquer ses intentions. Le résultat de cette conduite est d’autant plus miraculeux que certains musiciens donnent au contraire l’impression de ne jamais regarder le chef.
La mise en scène de Christine Mielitz est un salmigondis visuel sans doute d’autant plus difficile à déchiffrer qu’il s’agit d’une énième reprise vraisemblablement répétée à la va-vite sous la direction d’un assistant d’assistant qui n’a peut-être jamais vu l’original. On apprécie néanmoins l’utilisation des ascenseurs de la scène pour réaliser quelques effets visuellement réussis. Distribution solide et globalement de très bon niveau, dont se distinguent l’Amfortas magnifique de Falk Struckmann et, surtout, le Gurnemanz décidément sublime de Kwangchul Youn.

Suite à votre compte-rendu, je regretterai presque de ne pas avoir eu droit à Kwangchul Youn au Théâtre des Champs-Elysées même si j'avais trouvé Kurt Rydl plutôt bon.
Au final je comprends que vous avez préféré la direction de Thielemann à celle de Gatti (que j'avais personnellement beaucoup aimé :)
Rédigé par : Fab Parisien | 15 avril 2012 à 19:22
L'année prochaine avec Jonas Kaufmann !
Rédigé par : Philippe[s] de l'Escalier | 15 avril 2012 à 19:40
Fab Parisien > Youn est pour moi *le* Gurnemanz du moment, même s’il y a d’autres excellents interprètes du rôle. Un rôle au demeurant assez flatteur… et qui bénéficie de son quasi-statut de narrateur. Rydl est un peu en fin de parcours, même s’il était très bon au TCE.
Thielemann et Gatti sont deux excellents interprètes de Parsifal. Avec Gatti, il faut apprécier une certaine gratification différée : lorsqu’il lâche la bride après avoir aussi savamment entretenu la tension, l’impression de libération est d’une intensité extrême. Avec Thielemann, on est plus dans la gourmandise, dans le plaisir immédiat et sans retenue. Les deux approches se défendent et fonctionnent.
Philippe[s] > J’essaierai de voir Kaufmann à New York. J’ai plutôt prévu Munich à Pâques, histoire de varier les plaisirs.
Rédigé par : Laurent | 16 avril 2012 à 02:04