Symphony Hall, Birmingham • 3.3.12 à 16h
Richard Wagner (1865)
City of Birmingham Symphony Orchestra, Andris Nelsons. Avec Stephen Gould (Tristan), Lioba Braun (Isolde), Christianne Stotijn (Brangäne), Matthew Best (Marke), Brett Polegato (Kurwenal), Benedict Nelson (Melot / Helmsman), Ben Johnson (Sailor / Shepherd).
Une représentation proprement époustouflante, qui confirme la réputation qu’Andris Nelsons est en train d’acquérir à la tête de l’Orchestre symphonique de Birmingham, dont il est le directeur musical depuis 2008. Une version concert de Lohengrin en 2010 avait déjà fait grand bruit : j’avais prévu d’y assister, mais j’avais changé mon programme au dernier moment.
Ce Tristan est une merveille : le jeu de l’orchestre balaie une gamme infinie d’émotions… avec des pointes dramatiques littéralement à couper le souffle — je me suis trouvé plusieurs fois en apnée pendant le troisième acte, qui était par moments rien moins qu’incandescent. Nelsons utilise intelligemment la géographie du magnifique Symphony Hall pour spatialiser quelques interventions.
Distribution très solide, manifestement choisie pour sa capacité à rivaliser avec l’orchestre quand il se lâche.
Stephen Gould, qui ne m’avait jamais impressionné par sa capacité à tenir la distance, se donne avec un abandon total. Il rencontre quelques microscopiques difficultés techniques (émission peu maîtrisée dans les pianissimi, quelques respirations mal placées, un aigu craqué), mais ce n’est rien à côté d’une prestation impériale combinant sensibilité et puissance, intériorité et abandon. Sa prestation du troisième acte, renforcée par une symbiose totale avec l’orchestre, restera dans ma mémoire comme l’un des moments d’opéra les plus époustouflants que j’aie vus de ma vie. J’espère pour lui qu’il arrivera à la reproduire car il semblait porté par les dieux.
L’Isolde de Lioba Braun est un régal. Elle aussi possède une étonnante puissance naturelle qu’elle utilise sans compromettre une belle subtilité interprétative. Ses aigus vibrés ne sont peut-être pas du goût de tout le monde, mais le talent est considérable. Tous les autres rôles sont remarquables, avec des mentions particulières pour la Brangäne de Christianne Stotijn et le Marke de Matthew Best.
C’est l’unité d’intention générale qui frappe le plus : sans doute grâce à la conduite de Nelsons, orchestre et chanteurs vivent le relief dramatique considérable de la partition dans un total synchronisme. La force déjà considérable de l’œuvre s’en trouve démultipliée. Je suis sorti de là particulièrement secoué.

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