La Monnaie, Bruxelles • 16.3.12 à 19h
Dvořák (1901). Livret : Jaroslav Kvapil.
Direction musicale : Ádám Fischer. Mise en scène : Stefan Herheim. Avec Myrtò Papatanasiu (Rusalka), Paval Černoch (Prince), Annalena Persson (Princesse étrangère), Willard White (Vodník), Renée Morloc (Ježibaba), Julian Hubbard (Chasseur & Prêtre), Ekaterina Isachenko, YoungHee Kim, Nona Javakhidze (Nymphes des bois), André Grégoire (Boucher), Marc Coulon (Policier).
Les performances vocales ne sont malheureusement pas inoubliables mais, pour le reste, quelle merveille !
La direction musicale d’Ádám Fischer — que je peux très bien observer depuis ma place — met idéalement en valeur le relief dramatique de la partition. L’orchestre, magnifique, semble se trouver en état de grâce. (C’est la dernière représentation : lorsqu’il revient dans la fosse au début du troisième acte, Fischer trouve un cœur rouge — qui fait d’ailleurs écho à un accessoire de la mise en scène — sur son pupitre. Des bonbons ?) On distingue une influence wagnérienne dans la gestion des leitmotive, mais aussi dans l’écriture des fins d’actes : les emballements à la fin des premier et deuxième actes ne sont pas sans rappeler ceux de la Valkyrie. Ils laissent sur le même sentiment d’euphorie.
Je me déclare officiellement inconditionnel de Stefan Herheim. Après son Parsifal de Bayreuth, son Eugène Onéguine d’Amsterdam, sa Bohème d’Oslo, j’ai été conquis par une vision qui combine une fois encore une véritable intelligence du texte et de la musique à un instinct visuel éminemment théâtral. Herheim est le metteur en scène qui réconcilie le Regietheater avec l’intelligence.
La Rusalka d’Herheim est racontée du point de vue de l’Esprit du Lac, devenu un homme commun dans une ville grise et pluvieuse. Les personnages masculins et les personnages féminins ont tendance à y être superposables, à devenir des archétypes de l’Homme et de la Femme, grâce à des trouvailles visuelles étonnantes — dont certaines se trouvaient malheureusement hors de mon champ de vision en raison d’un angle mort depuis ma place (mais, heureusement, il y a des miroirs en fond de scène). Ce parti pris semble d’autant plus défendable pour une œuvre où les personnages sont tous désignés par des noms génériques (l’Ondine, le Prince, l’Esprit du Lac, la Sorcière, etc.)
Le rideau se lève sur une longue et virtuose scène silencieuse montrant des gens s’engoufrant dans une bouche de métro un jour de pluie dans une ville grisâtre : elle m’a beaucoup rappelé la pièce The Hour We Knew Nothing of Each Other de Peter Handke, un auteur que Herheim, sauf erreur, a déjà mis en scène.
Mon plaisir aurait été parfait si mon voisin n’avait pas choisi de faire un malaise — cardiaque, je pense — environ dix minutes avant la fin de la représentation, à un moment particulièrement intense sur le plan musical et dramatique. Le temps nécessaire pour aller chercher les secours m’a privé de quelques instants assurément délicieux. (C’était la deuxième fois que cela m’arrivait : jamais deux sans trois ?)

Cher Laurent,
J'ai vu cet opéra l'année passée (même production, à la Monnaie), une fois lors de la générale et une seconde fois accompagné de mon mari. C'étais mon premier opéra ! J'étais déjà passionné de Comédie Musicale et grâce à Rusalka, je le suis d'opéra. Et tu ne peux pas savoir comme cela me fait plaisir de savoir, que toi aussi, tu as aimé cette version. Je devais aller le voir pour une troisième fois (vu que je suis abonné cette année) mais j'étais moi-même en générale de théâtre... Encore merci pour tes articles passionnants. Robert.
Rédigé par : Robert Hellinckx | 19 mars 2012 à 19:14
> Merci pour ce message sympathique, mon cher Robert. Ta dernière phrase m’encourage à persévérer : j’avoue avoir parfois du mal à trouver la motivation de rédiger mes billets compte tenu du temps que cela me prend.
Rédigé par : Laurent | 20 mars 2012 à 01:43