Lucille Lortel Theatre, New York • 11.2.12 à 20h
Musique : Michael Gore. Lyrics : Dean Pitchford. Livret : Lawrence D. Cohen, d’après le roman de Stephen King.
Mise en scène : Stafford Arima. Direction musicale : Mary-Mitchell Campbell. Avec Marin Mazzie (Margaret White), Molly Ranson (Carrie White), Christy Altomare (Sue Snell), Carmen Cusack (Lynn Gardner), Jeanna de Waal (Chris Hargensen), Derek Klena (Tommy Ross), Ben Thompson (Billy Nolan), Wayne Alan Wilcox (Mr. Stephens, Mr. Morton, …), Corey Boardman (George), Blair Goldberg (Norma), F. Michael Haynie (Freddy), Andy Mientus (Stokes), Elly Noble (Helen), Jen Sese (Frieda).
En 1988, la Royal Shakespeare Company tenta d’amener à Broadway une comédie musicale inspirée du roman Carrie de Stephen King (devenu un célèbre film de Brian De Palma) après quelques semaines de previews à Stratford-Upon-Avon. Mais contrairement à Les Misérables, une autre production de la Royal Shakespeare Company, la réception fut désastreuse et le spectacle ferma ses portes en quelques jours. On attribue le plus souvement cet échec cuisant au sujet de la pièce — après tout, qui a envie de voir des adolescents s’acharner en chansons sur une pauvre fille dotée de pouvoirs télékinétiques à l’occasion d’une soirée qui s’achèvera, dans tous les sens du terme, en bain de sang ? Il est intéressant de constater, cependant, qu’un article du New York Times publié peu après la dernière représentation insiste davantage sur l’inexpérience générale des créateurs du spectacle : producteurs, auteurs, comédiens (à une exception près) et, de manière centrale, le metteur en scène, Terry Hands, pourtant une figure majeure du théâtre britannique.
Depuis 1988, Carrie intrigue beaucoup les amateurs de comédie musicale, un intérêt sans doute amplifié par le fait qu’un auteur, Ken Mendelbaum, ait choisi d’y faire référence dans le titre de son livre consacré aux flops de Broadway, Not Since Carrie. Les enregistrements dont on dispose permettaient également de se faire une idée sur la partition assez écoutable de Michael Gore et Dean Pitchford.
C’est donc avec une certaine joie que l’on avait appris que la compagnie théâtrale MCC Theater avait décidé de donner une deuxième chance à Carrie dans un des théâtres mythiques du Off-Broadway, le Lucille Lortel.
L’expérience est parfaitement concluante. Le metteur en scène Stafford Arima a fait plusieurs choix très pertinents, dont celui de faire jouer les rôles d’adolescents à des comédiens réellement jeunes et celui de confier le rôle mythique de la mère de Carrie, interprété en 1988 par la redoutable Betty Buckley, à l’excellente Marin Mazzie, l’inoubliable Mother de Ragtime (dont Arima était le metteur en scène assistant).
Le décor est extrêmement dépouillé, mais il prend vie de manière fort réussie grâce à des projections conçues avec intelligence. La célèbre scène où Carrie déchaîne ses pouvoirs après avoir reçu un seau de sang sur la tête est ainsi réalisée avec une remarquable économie de moyens qui lui évite de sombrer dans le ridicule.
On est surtout conquis par l’excellente qualité de la distribution, d’un engagement et d’un professionnalisme totaux.
Bien sûr, on passe beaucoup de temps pendant la représentation à redouter l’arrivée des scènes finales… d’autant que l’histoire fonctionne finalement assez bien même sans recourir aux pouvoirs surnaturels de Carrie. Mais on ressort convaincu que l’œuvre est assez solide et que l’erreur principale de l’équipe de 1988 a sans doute été de penser qu’elle avait sa place dans un théâtre de Broadway.

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