Fred Kavli Theatre, Thousand Oaks (Los Angeles) • 21.1.12 à 14h
Musique : Frederick Loewe (1956). Livret et lyrics : Alan Jay Lerner, d’après Pygmalion de George Bernard Shaw.
Mise en scène : Jeffrey B. Moss. Direction musicale : John Tarbet. Avec Aurora Florence (Eliza Doolittle), Chris Carsten (Henry Higgins), Richard Springle (Pickering), Jesse Graham (Mrs. Pearce), Joyce Gilbert Bohus (Mrs. Higgins), Arthur Wise (Alfred P. Doolittle), Daniel Cardenas (Freddy Eynsford-Hill), Kate Scott (Mrs. Eynsford-Hill)…
Non, je ne suis pas venu à Los Angeles pour assister à une énième production de My Fair Lady. Mais voilà, la raison pour laquelle j’ai organisé ce voyage ayant disparu, il a bien fallu s’occuper. Un ami qui avait vu cette tournée à Detroit me l’a recommandée : je n’ai donc pas trop hésité à aller faire un tour du côté de Thousand Oaks, à 45 minutes de route environ du centre de Los Angeles.
C’est une production de très bonne qualité qui est proposée par les concepteurs de cette tournée. À part pour l’intérieur du domicile du Professeur Higgins, elle utilise uniquement de bonnes vieilles toiles peintes, très belles et également très bien éclairées. On s’habitue assez vite à l’orchestre de neuf musiciens, qui réussit assez bien à rendre justice à la belle partition de Frederick Loewe.
La scène du bal est coupée… ce qui se révèle être une excellente idée. Du coup, le premier acte (qui est déjà bien assez long comme ça) s’achève sur le départ des protagonistes pour le bal : la partition donne tellement l’impression qu’on est sur le point d’entamer l’entracte que j’ai souvent vu des spectateurs commencer à quitter la salle à ce moment-là. Le deuxième acte commence avec une scène où les personnages, de retour du bal, en racontent le déroulement. On ne manque donc rien… si ce n’est la magnifique valse, qui aurait pu être transformée en ouverture pour le deuxième acte (mais ce n’est pas le cas).
La mise en scène est attentive à la fois au texte et à la musique : bien que “traditionnelle”, elle est parfaitement réussie… et certains passages en ressortent mis en valeur comme rarement. C’est un vrai plaisir, par exemple, d’entendre le public s’amuser de voir Freddy toujours posté devant le 27A Wimpole Street comme s’il y avait campé jour et nuit lorsque vient la scène où il reprend “On the Street Where You Live”.
De manière générale, cette production se caractérise par un sens visuel particulièrement affûté, qui compense souvent de manière très efficace la modestie des moyens engagés. Tableaux vivants, chorégraphie inventive, lumières de grande qualité : tout y contribue. La mise en scène de “Take Me To the Church On Time” est l’une des plus réussies que j’aie vues.
La distribution est solide et associe de jeunes comédiens tout juste sortis de l’école avec des vétérans des tournées nationales. L’alchimie fonctionne très bien. On remarque notamment le Higgins assez peu conventionnel de Chris Carsten, qui propose une très intéressante lecture du personnage, caractérisée notamment par un débit assez rapide, autant dans les passages parlés que dans les séquences chantées.
Je trouve assez rafraîchissant de revenir de temps à autre à des productions qui ne reposent pas sur la débauche de moyens que peuvent s’autoriser les productions de Broadway. Quand elles sont aussi attentives au détail et aussi inventives que celle-ci, on ne peut qu’être convaincu.
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