De Nederlandse Opera, Amsterdam • 14.1.12 à 13h30
Stravinski
Direction musicale : Xian Zhang. Mise en scène : Robert Lepage.
I. Petites Pièces, dont Ragtime, concertino pour cymbalum et petit orchestre
II. Renard, histoire burlesque pour deux ténors et deux basses
III. Le Rossignol, opéra en trois actes, sur un livret de Stépane Mitousoff. Avec Olga Peretyatko (le Rossignol), Elena Semenova (la Cuisinière), Edgaras Montvidas (le Pêcheur), Ilya Bannik (l’Empereur de Chine), Nabil Suliman (le Chabellan), Yuri Voroblov (le Bonze), Maryam Sokolova (la Mort), …
On savait que ce spectacle avait connu une réception enthousiaste aussi bien à Lyon qu’à Aix-en-Provence, aussi était-on impatient de le voir enfin. Je suis sorti avec les yeux écarquillés et humides, reconnaissant à Robert Lepage d’avoir su réveiller une forme d’émerveillement que je pensais indissociable de l’enfance, d’une époque où chaque étape dans la découverte du vaste monde est source d’enchantement.
Le programme, pour commencer, est composé avec intelligence : c’est un assortiment de pièces composées pour l’essentiel à la même époque que Le Rossignol ; le thème animalier y est dominant.
Le dispositif scénique est singulier. L’orchestre est sur scène et la fosse est remplacée par un bassin à la japonaise… ou plutôt à la chinoise. D’un rôle purement décoratif dans les séquences introductives, le bassin devient par la suite le lieu principal de l’action dans Le Rossignol.
Lepage, qui confirme à chaque nouvelle mise en scène qu’il possède l’un des génies visuels les plus remarquables de notre époque, déploie tour à tour de multiples procédés étonnants : ombres chinoises, théâtre d’ombres, ballet derrière un écran éclairé de telle sorte qu’il ne laisse passer que certaines images… et marionnettes en tous genres. Chaque nouvelle trouvaille est la source d’un émerveillement nouveau. C’est extraordinairement onirique, comme une promenade dans un jardin enchanté. Chaque pas découvre un nouveau secret étrange et fascinant.
La magie fonctionne d’autant mieux que les pièces choisies sont superbes et qu’elles sont magnifiquement interprétées, tant par les musiciens que par les chanteurs, tous remarquables et tous parfaitement impliqués.
Le Rossignol est un chef d’œuvre. Le pêcheur arrive sur une barque munie d’une lanterne en papier : c’est une marionnette extraordinairement expressive, manipulée par le chanteur lui-même (magnifique Edgaras Montvidas), qui marche dans la piscine, dont l’eau lui arrive à la taille. La musique enchanteresse se combine aux images d’une intense poésie… et on est terrassé par le plaisir (je suis au tout premier rang, ce qui ne gâte rien).
Chaque tableau nouveau amène son lot de surprises. Les chanteurs manipulent presque toujours les marionnettes de leur personnage : il le font avec un naturel étonnant. Olga Peretyatko est un Rossignol magnifique, à la voix claire et ductile, chaude et légère.
Le dernier tableau s’achève alors qu’une multitude de petits lumignons flottent à la surface de l’eau. C’est une fin magnifique… qui n’est pas sans rappeler le poignant Metamorphoses de Mary Zimmerman à Broadway il y a une dizaine années.
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