Opéra de Massy • 13.1.12 à 20h
Poulenc (1957)
Orchestre National d’Île-de-France, Yoel Levi. Mise en scène : Éric Perez. Avec Karen Vourc’h (Blanche de la Force), Sylvie Brunet (Madame de Croissy), Isabelle Cals (Madame Lidoine), Géraldine Chauvet (Mère Marie de l’Incarnation), Pauline Courtin (Sœur Constance), Philippe Kahn (le Marquis de la Force), Sébastien Droy (le Chevalier de la Force), Léonard Pezzino (l’Aumônier), …
Il y a à peu près exactement 17 ans, je découvrais Dialogues des Carmélites dans ce même Opéra de Massy. L’expérience figure dans le Top 10 de mes expériences les plus inoubliables, comme la découverte du CD de la comédie musicale Kiss of the Spider Woman ou encore la dégustation de mon premier sandwich jambon-fromage à Bilbao.
Après beaucoup d’autres belles rencontres avec l’œuvre — en particulier la mise en scène de Robert Carsen à Amsterdam, Vienne et Anvers, celle de Jean-Claude Auvray à Liège et Marseille, ou encore celle de Francesca Zambello à l’Opéra-Bastille —, force est de constater que cette nouvelle production (créée à l’Opéra de Dijon en 2002) atteint de vertigineux sommets. Le génie profond de l’œuvre est sublimé par une interprétation intensément inspirée et par une mise en scène d’une beauté simple et déchirante.
Difficile d’énumérer toutes les qualités de cette production, mais il faut souligner en particulier la qualité superlative du travail musical : l’Orchestre National d’Île-de-France produit une pâte sonore irrésistible, qui combine une forme de luminosité diaphane avec des accents d’une bouleversante intensité intérieure, sans aucun effet mal venu. Yoel Levi se hisse aisément au niveau de la version quasi-mythique de Kent Nagano. Il est par ailleurs merveilleusement attentif aux chanteurs, qu’il soutient autant qu’il les accompagne.
L’homogénéité et la cohésion de la distribution produisent des effets miraculeux. À une exception près (la Mme Lidoine d’Isabelle Cals, qui compense par la beauté du timbre et une remarquable maîtrise du souffle ce qu’elle n’offre pas en intelligibilité), la qualité du français chanté est sans égale. Dès le lever du rideau, on se régale avec le Marquis de Philippe Kahn et le Chevalier de Sébastien Droy. Même constat avec une Sylvie Brunet incandescente, une Mme de Croissy extraordinairement intense, sans excès de pathos.
L’un des coups de génie de la mise en scène d’Éric Perez est d’avoir choisi de mettre en exergue le parcours de Mère Marie de l’Incarnation — l’intense et illuminée Géraldine Chauvet — autant que celui de Blanche de la Force. Trouver ainsi un second fil rouge dans cette œuvre magnifique redouble sa force déjà considérable et rend la scène finale encore plus dévastatrice que d’habitude.
Perez enchaîne par ailleurs des tableaux d’une beauté presque picturale (il est très bien épaulé sur ce plan par les lumières magnifiques de Joël Fabing). Il est également extraordinairement attentif à la partition. Le seul choix potentiellement contestable est celui de baisser le rideau entre chaque tableau au risque de casser quelque peu la continuité dramatique… un risque qui, en l’occurrence, ne se réalise pas compte tenu de la force émotionnelle de la mise en scène, dont la tension subsiste de manière extrêmement frappante pendant les inter-tableaux.
Tu avais quel âge pour le sandwich de Bilbao?
Rédigé par : gvgvsse | 21 janvier 2012 à 12:19
> 30 ans et quelques mois. Pourquoi ?
Rédigé par : Laurent | 21 janvier 2012 à 19:32