Théâtre des Champs-Élysées, Paris • 27.1.12 à 20h
Philharmonia Orchestra, Esa-Pekka Salonen
Bartók :
- Suite de danses
- concerto pour violon n° 2 (Christian Tetzlaff, violon)
Debussy : Prélude à l’après-midi d’un faune
Bartók : Le Mandarin merveilleux, suite
Pour moi, Bartók ne prend réellement vie que si on ose le traiter avec une forme de sauvagerie primordiale. Non seulement les interprètes de ce concert en sont-ils manifestements conscients, mais ils assument sans aucun complexe l’espèce d’état d’abandon dans lequel ils livrent la musique au public.
Ce qui n’empêche nullement l’orchestre de conserver une étonnante discipline collective, perceptible dès la magnifique Suite de danses, dans laquelle on est frappé par l’unité d’intention et d’expression des pupitres de cordes.
Sous la baguette de Salonen, qui est en ce moment l’un des chefs qui me font le plus vibrer, le concert est un moment magnifique et incroyablement énergisant. Le Philharmonia se donne corps et âme, avec une forme de rugosité primale et viscérale qui parle aux entrailles autant qu’à la tête.
Tetzlaff, que je trouve d’habitude plutôt froid et mécaniquement virtuose, s’accorde ici parfaitement au programme. Il produit dans le concerto un son rude, cru et délicieusement intense, semblant puiser dans le sol une force tellurique qui passe de manière extrêmement visible par les pieds. Le Bach obligatoire qu’il propose en bis est joli mais tellement peu à sa place qu’il en serait presque désagréable.
Le point bas du concert est un Prélude à l’après-midi d’un faune trop brillant, qui oublie de flâner et de se laisser imprégner par la sublime poésie en demi-teinte d’une partition dans laquelle il faut savoir se perdre.
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