Walt Disney Concert Hall, Los Angeles • 20.1.12 à 20h
Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel
Mahler : symphonie n° 1
J’ai souvent photographié le Walt Disney Concert Hall, œuvre de l’architecte Frank Gehry, à qui l’on doit également le Musée Guggenheim de Bilbao… mais je n’avais encore jamais réussi à y entendre un concert.
Cette lacune est donc désormais comblée. L’intérieur de la salle offre un écrin particulièrement chaleureux à la représentation musicale, un contraste certain par rapport aux accents métalliques des façades. La visibilité semble excellente depuis chacun des sièges, et l’acoustique est étonnante de chaleur et de précision.
Lorsque le Los Angeles Philharmonic était passé par Paris l’année dernière, je m’étais interrogé à haute voix sur la désignation de Gustavo Dudamel comme Directeur Musical de l’excellente phalange, encore largement marquée par les années Salonen. Dudamel sait se rendre sympathique, et son enthousiasme non feint est touchant… mais il semble encore un peu jeune, encore un peu tendre, pour ce poste.
Dudamel s’est lancé dans une entreprise aux accents “gergieviens” : il va diriger en cinq semaines l’intégrale des symphonies de Mahler, avec “ses” deux orchestres, le Los Angeles Philharmonic et le Simón Bolívar Symphony Orchestra du Venezuela, d’abord à Los Angeles puis à Caracas — les deux orchestres joignant leurs forces pour la huitième.
La première symphonie interprétée lors de ce concert est beaucoup plus convaincante que celle avec laquelle Dudamel avait inauguré son poste. Le chef et l’orchestre se sont manifestement apprivoisés. La communion d’intention et de ressenti est plus grande… et il est évident que Dudamel a communiqué à l’orchestre une partie de son enthousiasme juvénile.
Je n’adhère toujours pas à ces contrastes extrêmes dans les tempos, mais certains des passages lents sont superbes. Et il faut reconnaître que l’emballement final a vraiment de la gueule : le son des cuivres est magnifique (même si les cors ont connu quelques faiblesses) et l’acoustique très détaillée de la salle met en valeur l’ensemble impeccable de l’orchestre.
Ce que j’ai surtout compris, à l’occasion de cette visite, c’est que “l’effet Dudamel” est bien plus qu’un coup marketing réussi de la part du Los Angeles Philharmonic. L’orchestre est en train de construire un nouveau type de relation avec son public, et tout le monde y trouve son compte.
Le public de ce concert était d’une variété incroyable : beaucoup de jeunes, beaucoup de latinos, … Dans cette série des “Casual Fridays”, les musiciens gardent leurs vêtements de ville, comme pour une répétition (l’occasion de voir quelques horreurs, mais passons). Dudamel dirige en jeans et Converse. L’un des musiciens, le violoncelliste Barry Gold, fait une petite présentation avant le concert. Après le concert, Gold, Dudamel et Deborah Borda, la présidente du Los Angeles Philharmonic, proposent un dialogue avec le public : plus de la moitié des spectateurs restent dans la salle ! L’amour réciproque est palpable.
Cette relation renouvelée entre l’orchestre et son public est une très belle réussite et on sent qu’elle crée beaucoup d’émotion de part et d’autre. J’étais moi-même extrêmement touché d’en être le témoin.
À un spectateur venu de Russie qui lui fait une remarque sur le fait qu’il dirige sans partition, Dudamel répond “ne vous inquiétez pas, je sais lire la musique”, ce qui fait beaucoup rire.
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