Queen’s Theatre, Londres • 9.10.11 à 19h30
Musique : George Stiles. Lyrics : Anthony Drewe. Livret : Anthony Drewe & Elliot Davis.
Mise en scène : Jonathan Butterell. Direction musicale : George Stiles. Avec David Bedella (William George), Clive Carter (Lord Bellingham), Suzie Chard (Clodagh), Sharon D Clarke (Chelle), Richard David-Caine (Sasha), Amy Lennox (Velcro), Beverly Rudd (Dana), Jos Slovick (Robbie), Sandi Toksvig (Narrator), Hannah Waddingham (Marilyn Platt), Michael Xavier (James Prince), …
Le duo Stiles & Drewe est surtout connu pour l’irrésistible comédie musicale Honk!, inspirée par le conte du Vilain petit canard, et pour avoir “complété” la partition de Mary Poppins en vue de son adaptation scénique. Ils ont écrit leur version de Peter Pan et, plus récemment, le “succès d’estime” Betty Blue Eyes, qui a fermé ses portes assez rapidement. Stiles est également le compositeur du récent The Three Musketeers, qui m’avait laissé une impression mitigée.
Stiles & Drewe travaillent depuis au moins dix ans à cette nouvelle comédie musicale, vaguement inspirée par l’histoire de Cendrillon. Certaines des chansons avaient déjà été entendues ici ou là (il y en a au moins six sur le CD d’un récent concert intitulé “A Spoonful of Stiles & Drewe”), mais cette représentation unique marque la première fois que l’œuvre est présentée dans son intégralité… dans le décor des Misérables, comme d’ailleurs les deux œuvres de Sondheim présentées récemment par le Donmar.
Dans cette variation moderne sur le thème de Cendrillon, il est question d’un homme politique secrètement amoureux d’un jeune-homme alors qu’il donne le change en public avec l’aide d’une fiancée accomodante. L’écriture n’est pas dénuée d’une certaine facilité et les scènes d’exposition peuvent donner l’impression d’un manque de focus, mais le nœud de l’intrigue se noue rapidement à la fin du premier acte et les résolutions sont joliment menées dans le deuxième acte. L’humour, omniprésent, n’est pas toujours du meilleur goût mais il faut reconnaître que les plaisanteries font mouche à peu près à coup sûr.
Je n’étais pas forcément convaincu par la musique après avoir entendu les extraits déjà disponibles. Mais c’était compter sans le pouvoir des sublimes orchestrations de David Shrubsole, interprétées magnifiquement par un très bel orchestre de quinze musiciens. La partition, très orientée “pop”, est d’une grande richesse mélodique et stylistique et le moins qu’on puisse dire est que les comédiens lui ont fait honneur. À une exception près, chaque chanson aurait le pouvoir de devenir un standard — même si l’une d’entre elles, “Let Him Go”, dépasse peut-être toutes les autres par son potentiel émotionnel.
L’exception est une chanson intitulée “Gypsies of the Ether”, dont les paroles sont consternantes. Le titre, déjà, est un bel exemple de vraie-fausse inspiration (les deux protagonistes correpondent à distance par Internet). Puis on se heurte à des lyrics comme “You are my intimate stranger. You are my far-away friend. Two souls linked by a highway and the messages we send.” et on a envie de se cacher sous les fauteuils.
Décrire cette représentation comme un concert ne lui rendrait pas justice car, si les comédiens sont effectivement assis sur des chaises en attendant leur tour, les scènes sont bel et bien mises en scène… et le talentueux Drew McOnie (Dames at Sea, Grand Hotel) a réglé des chorégraphies ébouriffantes pour un chorus de danseurs superbes.
La distribution est un concentré de talent comme on en voit rarement. Beaucoup d’entre eux ont été vus récemment sur les scènes londoniennes : David Bedella dans Road Show ; Clive Carter un peu partout et notamment dans Priscilla Queen of the Desert ; Sharon D Clarke dans Ghost the Musical ; Hannah Waddingham dans A Little Night Music et The Wizard of Oz ; Michael Xavier dans Love Story et Into the Woods…
Mais ce sont certains des comédiens les moins connus qui m’ont le plus impressionné, à commencer par celui qui joue le “Cendrillon” de service, l’étonnant Jos Slovick qui, dans le rôle de Robbie, se révèle à la fois comme un comédien charismatique et comme un chanteur absolument hors pair. Trois autres prestations sont tellement éblouissantes qu’on se demande où ces trois comédiennes se cachaient : Amy Lennox dans le rôle de la bonne amie Velcro et Suzie Chard et Beverly Rudd dans les rôles des demi-sœurs Clodagh et Dana. (J’avais vu Chard dans Fings Ain’t Wot They Used T’Be et Rudd dans Into the Woods.)
Je pense que Soho Cinders a le potentiel de devenir un gros succès. Il faut espérer que ce concert aura permis d’intéresser un éventuel producteur. Je ne me souviens pas de la dernière fois qu’une œuvre nouvelle m’a autant enthousiasmé. En attendant, on se régalera à écouter et réécouter le CD enregistré au cours de la représentation (et pour lequel quelques prises complémentaires ont été réalisées à la fin du concert, ce qui m’a rappelé l’âge heureux où la BBC produisait des comédies musicales en concert en vue d’une diffusion radiophonique).
Journée à thème puisque Anthony Drewe est aussi le metteur en scène de You’re a Good Man Charlie Brown et que son co-librettiste Elliot Davis en est le directeur musical…
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