Kansallisooppera, Helsinki • 11.9.11 à 17h
Wagner (1876)
Direction musicale : Leif Segerstam. Mise en scène : Götz Friedrich. Avec Catherine Foster (Brünnhilde), Jürgen Müller (Siegfried), Matti Salminen (Hagen), Tommi Hakala (Gunther), Esa Ruuttunen (Alberich), Jenni Lättilä (Gutrune, Troisième Norne), Lilli Paasikivi (Waltraute), Sari Nordqvist (Première Norne), Niina Keitel (Deuxième Norne), Anna-Kristiina Kaappola (Woglinde), Tove Åman (Wellgunde), Riikka Rantanen (Floßhilde).
Un Crépuscule de très bon niveau malgré un départ un peu poussif à l’orchestre, dont les cuivres accumulent les petits incidents dans le premier acte.
Sur le plan visuel, c’est un des Götterdämmerung les plus impressionnants que j’aie vus. Lorsque le rideau se lève, les Nornes sont affairées à manipuler une grosse corde rouge qui, une fois cassée, restera visible jusqu’à la fin de la pièce. Pendant le voyage de Siegfried sur le Rhin, des néons horizontaux blancs et bleus descendent des cintres et oscillent : l’effet est d’autant plus réussi que le plancher de scène est brillant. C’est, bien sûr, ce même dispositif qui est utilisé au début du troisième acte pour la scène des Filles du Rhin.
Le décor du palais des Gibichung est magnifique et fait appel notamment à de gigantesques loupes, qui agrandissent considérablement les visages qui se postent derrière elles — l’effet est frappant et la thématique de la loupe convient très bien aux Gibichung, une famille de troisième zone qui essaie de se mettre en valeur par le truchement de tiers. Le metteur en scène nous suggère d’ailleurs que Gutrune et Gunther s’adonnent à une relation incestueuse — rien que de très normal dans le Ring et une bonne façon d’introduire la nécessité qu’ils trouvent à se marier.
La destruction du monde est mise en scène de manière fort spectaculaire, avec le bûcher de Siegfried à l’arrière-scène tandis que le décor du palais des Gibichung s’effondre littéralement. Seuls les derniers instants ne sont pas totalement convaincants : Brünnhilde a, curieusement, survécu… et le metteur en scène nous rappelle ce que disent tous les commentaires du Ring, qu’un personnage a survécu au carnage : Alberich, qui passe à l’avant-scène, quelque peu interloqué.
L’orchestre n’est pas le seul à avoir quelques difficultés au démarrage. C’est également le cas de Catherine Foster, qui erre plusieurs fois à la limite de la justesse pendant sa première scène. Elle se reprendra ensuite et nous proposera même dans le deuxième acte une prestation d’une intensité inhabituelle — la plupart des Brünnhilde préfèrent s’économiser en vue du finale.
Pour le reste, difficile de trouver un maillon faible. Matti Salminen domine la distribution de son autorité magistrale. Il n’a plus son souffle de jeune-homme, mais il a encore plus d’un tour dans son sac grâce à une technique en bêton. Jürgen Müller reste un Siegfried extrêmement séduisant, avec un joli mélange de fragilité et de fougue juvénile. Je suis impressionné qu’il arrive à chanter les deux Siegfried (celui de Siegfried et celui de Götterdämmerung) à deux jours d’intervalle sans y laisser son larynx : les aigus de l’oiseau “passent” sans trop de difficulté dans sa dernière scène, même si les efforts sont perceptibles.
Lilli Paasikivi, une habituée de la troisième de Mahler, qui était la Fricka et la Deuxième Norne d’Aix-en-Provence, est une Waltraute puissante et altière. Tant les Nornes que les Filles du Rhin sont absolument magnifiques. Gunther et Gutrune sont solides. Il n’y a guère qu’Alberich qui laisse un peu à désirer.
Une fois leur sang froid retrouvé, les musiciens proposent des pages absolument magnifiques dans les deuxième et troisième actes. C’est parfois un tout petit peu trop lent (comme dans Siegfried, d’ailleurs), mais c’est plusieurs fois somptueux.
Tout ça me donne envie de revenir voir Rheingold et Walküre si l’occasion se présente…
Et un petit album photo d’Helsinki. On y trouvera notamment le fameux monument à SIbelius (dont une copie se trouve, paraît-il, à l’Unesco à Paris, mais je n’y ai jamais mis les pieds), une statue d’un autre compositeur finlandais, Toivo Kuula, ainsi que quelques photos de l’impressionnant Musiikkitalo, un lieu de concerts flambant neuf qui accueille désormais l’Orchestre symphonique de la radio finlandaise, l’Orchestre philharmonique d’Helsinki et la prestigieuse Académie Sibelius.
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