Royal Albert Hall, Londres • 29.8.11 à 19h30
Le John Wilson Orchestra et les Maida Vale Singers, sous la direction de John Wilson. Avec Annalene Beechey, Charles Castronovo, Matthew Ford, Sarah Fox, Caroline O'Connor, Clare Teal.
Ce sera mon seul concert des Proms cette année. Mais un concert incontournable, tant les prestations du John Wilson Orchestra en 2009 (je n’y étais malheureusement pas) et en 2010 avaient été électriques. Comme l’année dernière, les billets sont partis comme des petits pains dans les minutes qui ont suivi l’ouverture de la location (il y doit tout de même y avoir autour de 5000 places).
Le John Wilson Orchestra est cette phalange incroyable, constituée des meilleurs instrumentistes des meilleurs orchestres européens, qui se consacre aux inoubliables partitions de l’âge d’or de la comédie musicale américaine. Car Hollywood employait alors les meilleurs compositeurs, les meilleurs musiciens… et, de manière capitale, les meilleurs arrangeurs/orchestrateurs, des génies dont le talent ne peut être surestimé. C’est d’ailleurs parfois au prix d’un travail minutieux que le matériel d’orchestre a pu être reconstitué car tous les studios n’ont pas conservé leurs archives.
Après avoir rendu un hommage particulier à la MGM en 2009 et s’être concentré sur les comédies musicales de Rodgers & Hammerstein en 2010, John Wilson a décidé de construire pour 2011 un programme racontant en quelques séquences l’histoire de l’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne, des années 1930 aux années 1960, en se concentrant en particulier sur les studios moins représentés les années précédentes : RKO, Warner Brothers, 20th Century Fox.
Comme d’habitude, l’excitation est à son comble. L’orchestre est dans un état de grâce permanent, avec des cordes d’une irrésistible onctuosité et des cuivres survoltés. Le programme inclut un peu plus de ballades que les années précédentes, mais les chanteurs ont été manifestement choisis pour leur capacité à infuser un véritable style à des mélodies souvent géniales. L’un des sommets inattendus de la représentation est d’ailleurs la prestation impeccable du chanteur d’opéra Charles Castronovo dans la “Sérénade” du Student Prince de Sigmund Romberg — le souvenir de Mario Lanza est pourtant difficile à effacer.
C’est malgré tout lorsque l’orchestre passe en mode “survolté” que le plaisir atteint des sommets. L’ouverture — arrangée pour l’occasion par John Wilson —, le “Strike Up the Band” irrésistible de Caroline O’Connor (qui se débrouille aussi très bien plus tard du redoutable “The Man That Got Away”, qui est presque la propriété exclusive de Judy Garland), le “Clap Yo’ Hands” extrait de Funny Face, le “Sit Down, You’re Rockin’ the Boat” de Guys and Dolls… sont autant de moments irrésisitbles. Mais c’est sans conteste la sublimissime ouverture de Gypsy qui bat tous les records : frissons, larmes, tout sort d’un coup. Et, à en juger, par la folle ovation qui suit, je ne suis pas le seul.
On ne peut qu’être emballé par autant de talent et d’enthousiasme. Les Maida Vale Singers, en particulier, font montre d’un investissement d’une justesse incroyable. Chaque fois que l’un des chanteurs sort des rangs pour interpréter un solo (il faut parfois compenser la sur-représentation des femmes parmi les solistes), il se révèle proprement éblouissant.


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