Arts Educational Schools, Londres • 11.6.11 à 19h30
Livret : Luther Davis. Musique et lyrics : George Forrest et Robert Wright. Musique et lyrics additionnels : Maury Yeston.
Mise en scène : Paul Foster. Chorégraphie : Drew McOnie. Direction musicale : John Owen Edwards. Avec Jamie Papanicolaou (Otto Krigelein), Matt Burn (Baron Felix Von Gaigern), Tori Hargreaves (Elizaveta Grushinskaya), Rebekah Thawley (Flaemmchen), Nicola Munns (Raffaela), Gary Jerry (Colonel-Doctor Ottenschlag), James Alexander-Taylor (Herman Preysing), Scott Royle (Erik), Karl James-Wilson (Chauffeur), Lewis J. Oatley (Zinnowitz), Matt Gillett (Rohna), Benjamin Brook (Witt), Fela Lufadeju (Jimmy 2), Jonny Godbold (Gigolo — Bolero Dancer), Ben Irish (Sandor), Lizzie Stavrou (Jimmy 1), Rachel Moran (Countess / Bolero Dancer).
Je n’ai peut-être pas besoin de rappeler à quel point j’aime cette comédie musicale que j’ai déjà vue à Londres (au Donmar Warehouse), à Chicago et, récemment, à Munich. Mon sang n’a fait qu’un tour lorsque j’ai appris qu’elle allait être présentée par les étudiants de l’école de formation aux arts du spectacle connue sous le nom de “ArtsEd”… d’autant que des expériences précédentes de productions similaires m’avaient enthousiasmé… et que la mise en scène est signée de Paul Foster, dont le Bells Are Ringing est l’un de mes meilleurs souvenirs de ces dernières années (et qui était l’assistant de Robert Carsen au Châtelet pour le merveilleux My Fair Lady de l’hiver dernier).
Cette production de Grand Hotel est une superbe réussite. Dès la longue et complexe scène d’exposition, on est frappé par l’intelligence de l’utilisation de l’espace et par la clarté du propos. Il y a beaucoup d’histoires qui s’enchevêtrent, dans Grand Hotel : Foster réussit à rendre chaque fil de l’intrigue parfaitement clair et chaque personnage parfaitement cohérent. Il se révèle même particulièrement inspiré dans des passages toujours un peu délicats, notamment la chanson “The Crooked Path” du Directeur Général Preysing et la scène délicate dans laquelle le même Preysing doit rendre des comptes à ses actionnaires.
Foster reçoit une aide précieuse du concepteur des lumières, Richard Howell, dont le travail est absolument bluffant et constitue à lui seul une forme de récit. Il est aussi très bien épaulé par les chorégraphies épatantes de Drew McOnie (parfois un peu encombrantes, mais on imagine que le fait de présenter le maximum d’étudiants dans les scènes dansées fait partie du cahier des charges). McOnie parvient même à donner une fraîcheur inattendue à “We’ll Take a Glass Together”, dont le génie de la version originale ne pourra jamais être égalé (je ne peux toujours pas regarder cet extrait sans que les larmes me viennent aux yeux).
Côté musique, on est plus qu’étonné de la qualité de ce que produit le quatuor emmené par l’excellent John Owen Edwards (croisé pour la dernière fois à Vienne). Même s’il y a un synthétiseur, heureusement discret 95 % du temps, les arrangements pour piano, percussions et contrebasse sont magnifiques et donnent à certains moments presque l’impression d’entendre un orchestre au grand complet.
Comme toujours avec des étudiants, les comédiens ne sont pas tous prêts pour les scènes du West End. Certains sont un peu trop intenses (un défaut de jeunesse habituel) ; l’un au moins n’a pas l’air de vraiment savoir de quoi parle son personnage et ne trouve pas toujours des intonations très convaincantes. Mais, à côté de cela, on est scotché par la performance de Jamie Papanicolaou en Kringelein : ce garçon est bouleversant de la première à la dernière minute. Jolies prestations également de Matt Burn en Baron, de Tori Hargreaves en Elizaveta et de Rebekah Thawley en Flaemmchen. Beaucoup de jolis rôles secondaires, dont notamment la Raffaela de Nicola Munns.
Ce qui frappe aussi beaucoup, c’est que la qualité et la précision de la mise en place égalent largement, quand elles ne dépassent pas, ce que l’on observe sur les scènes professionnelles… ce qui est d’autant plus remarquable qu’il y a deux distributions qui alternent (heureusement que les photos du programme sont ressemblantes, parce que personne dans le théâtre n’a su me dire quelle était la distribution qui jouait). C’est vrai pour la mise en scène, mais aussi pour les ensembles vocaux et les numéros dansés, extrêmement impressionnants.
Je suis enchanté d’avoir vu une des mes pièces fétiches aussi bien traitée. Quel dommage que la salle ait été aussi peu remplie. L’expérience justifie largement de se taper la redoutable District Line du métro.
Bizarrement, le programme ne mentionne pas le nom des auteurs de la pièce. Oubli ? Omission volontaire ?
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