Stephen Sondheim Theatre, New York • 3.4.11 à 14h
Musique et lyrics : Cole Porter (1934). Livret de Guy Bolton & P.G. Wodehouse, révisé par Howard Lindsay & Russel Crouse, puis par Timothy Crouse & John Weidman.
Mise en scène et chorégraphie : Kathleen Marshall. Direction musicale : James Lowe. Avec Sutton Foster (Reno Sweeney), Joel Grey (Moonface Martin), Colin Donnell (Billy Crocker), Laura Osnes (Hope Harcourt), Adam Godley (Lord Evelyn Oakleigh), Jessica Walter (Mrs. Evangeline Harcourt), John McMartin (Elisha J. Whitney), …
Anything Goes est l’un des chefs d’œuvre de Cole Porter. Créée en 1934, cette délicieuse comédie musicale maritime ne semble constituée que d’une succession de “tubes” : “I Get a Kick Out Of You”, “You’re the Top”, “Easy to Love”, “Friendship”, “It’s De-Lovely”, “Blow, Gabriel, Blow”, “All Through the Night”… sans compter bien sûr la chanson-titre elle-même. Les sublimes ballades romantiques alternent avec de solides numéros comiques et, surtout, avec une incroyable série de morceaux survoltés permettant à l’ensemble de la troupe de se lancer dans d’enivrants numéros de claquettes.
Cole Porter et ses librettistes (nombreux, car chaque reprise a été “remaniée” par de nouveaux auteurs) brillent par la richesse de leur inventivité et par la somptueuse classe de leur écriture.
Cette nouvelle reprise, manifestement conçue pour plaire, a été confiée à une série de talents reconnus de Broadway et d’ailleurs. La troupe est menée par la désormais incontournable Sutton Foster qui, à 35 ans, provoque à chaque prise de rôle des réactions d’adulation d’une intensité étonnante. Pour ma part, à l’exception d’une prestation assez réussie dans Shrek the Musical, j’ai toujours trouvé le phénomène Sutton Foster incompréhensible : elle chante juste et fort, mais sans caractère ; elle danse avec une virtuosité saisissante, mais sans dégager d’émotion ; elle joue à peu près aussi faux qu’une comédienne française fraîchement sortie du conservatoire ; et elle a le charisme d’une majorette qui s’agite au bord d’un terrain de basket.
La juxtaposition avec la classe inoxydable du merveilleux Joel Grey (Cabaret) est d’une cruauté inouië : à 79 ans, Grey est toujours un modèle de professionnalisme irréprochable et le personnage qu’il façonne pour le plus grand plaisir du public est un triomphe. D’autres vétérans comme John McMartin (même s’il a quelques problèmes de mémoire) ou la délicieuse Jessica Walter sont l’illustration permanente de l’expression “brûler les planches”.
Même les comédiens plus jeunes éclipsent assez facilement Foster, en particulier l’excellent Colin Donnell, qui rayonne dans le rôle du jeune premier romantique… qui demande en l’occurrence aussi un bon instinct de comédien.
Le spectacle reste malgré tout très agréable, car les somptueuses chansons de Cole Porter donnent lieu à d’irrésistibles explosions de joie, même s’il faut se contenter d’une troupe et d’un orchestre de tailles moyennes. La fosse du théâtre peut cependant s’enorgueillir d’accueillir un trompettiste d’une virtuosité qui rappelle le légendaire Dick Perry (dont le solo dans l’ouverture de Gypsy est peut-être le passage de comédie musicale le plus orgastique jamais enregistré).

je vais à NYC le week end prochain. C'est ta recommandation?
Rédigé par : gvgvsse | 15 avril 2011 à 13:45
> Oui. L'alternative étant How To Succeed in Business Without Really Trying. Dans les deux cas, ne t'attends pas à la richesse instrumentale que tu avais appréciée dans Finian's Rainbow. La tendance à la réduction des orchestres est malheureusement inéluctable. C'est désormais au Châtelet ou au Volksoper que l'on peut entendre les comédies musicales américaines telles que leurs auteurs les ont conçues... ce qui constitue un paradoxe particulièrement savoureux.
Je serai aussi à New York le week-end prochain...
Rédigé par : Laurent | 15 avril 2011 à 13:59