Staatsoper Unter den Linden, Berlin • 7.3.10 à 18h
Charles Gounod (1859), livret de Jules Barbier et Michel Carré, d’après
Goethe.
Direction musicale : Alexander Vitlin (remplaçant Alain Altinoglu). Mise en scène : Karsten Wiegand. Avec Charles Castronovo (Faust), René Pape (Méphistophélès), Marina Poplavskaya (Marguerite), Alfredo Daza (Valentin)…
René Pape a laissé entendre il y a quelques mois qu’il allait lever le pied sur ses engagements d’opéra, ce qui m’a aussitôt poussé à rechercher des occasions de le voir.
Quitte à affronter une mise en scène largement incompréhensible de Karsten Wiegand. Wiegand enferme le deuxième et le troisième actes dans une structure à trois étages au sommet de laquelle se trouve le lit de Marguerite et munie d’escaliers que les chanteurs passent leur temps à monter et descendre. Il y a des machines à sous, des poupées gonflables, etc. Ça s’arrange nettement après l’entracte car le quatrième et le cinquième actes sont joués sur une scène vide, ce qui est autrement plus efficace sur le plan dramatique. Et, surprise, Wiegand réussit même un coup de maître en plaçant le chœur en forme de croix sur la scène, formant une barrière que Marguerite tente de franchir sans succès lorsqu’elle essaie de se réfugier à l’église pour calmer ses tourments.
La direction musicale d’Alexander Vitlin manque de punch et devient même carrément soporifique par endroits. On est loin de la très belle version de Bertrand de Billy entendue à Vienne. Heureusement, la belle atmosphère du quatrième acte avec son orgue omniprésent contribue à rétablir l’intérêt. On a même droit au sublime “Il ne revient pas…” (dans un tableau assez inspiré sur le plan de la mise en scène, avec une Marguerite errant sur une scène parcourue par des figurants-zombies qu’elle dévisage les uns après les autres dans l’espoir d’y voir le visage de Faust — pas très original, mais efficace). Il me semble, en revanche, qu’il manque une partie du début du cinquième acte.
René Pape est impérial, même s’il laisse très occasionnellement entrapercevoir une forme de lassitude — Dieu sait combien de fois il a chanté Méphisto dans sa carrrière. Il est de loin celui dont le français est le plus compréhensible. Charles Castronovo, déjà vu à Paris dans L’Elixir d’amour et dans Mireille, campe un Faust aimable mais un peu éthéré, sans doute pénalisé par le fait que la mise en scène le relègue un peu au deuxième plan.
Quant à Marina Poplavskaya, je ne comprends toujours pas vraiment ce qu’on lui trouve. Je l’avais trouvée sans intérêt en Tatyana dans l’Eugène Onéguine de Londres et elle m’avait laissé bien perplexe aussi en Élisabeth dans Don Carlo, toujours à Londres. Elle fait partie de ces chanteuses qui semblent tellement concentrées sur leur chant que rien n’existe au-delà ; or sa technique est crispante au mieux, poussive au pire. Et son français est une bouillie inextricable.
Quant au rôle de Valentin, j’ai bien regretté l’excellent Adrian Eröd.
Curieuse coïncidence : je me suis retrouvé deux rangs devant Mariss Jansons dans le vol Londres-Berlin.

tu aurais du le saluer
Rédigé par : gvgvsse | 11 mars 2010 à 18:49