National Symphony Orchestra, Christoph Eschenbach
Verdi : Requiem
(Twyla Robinson, soprano ; Mihoko Fujimura, mezzo-soprano ; Nikolai Schukoff, ténor ; Evgeny Nikitin, baryton-basse)
Décidément, Eschenbach s’entend à merveille avec les orchestres américains : je garderai toujours le souvenir d’une sublime première symphonie de Mahler qu’il avait dirigée à Carnegie Hall avec l’Orchestre de Cleveland. Son Requiem est une merveille : tour à tour profondément recueilli (le pianissimo introductif des violoncelles est saisissant) et violemment exalté, il prend plus d’une fois à la gorge. Eschenbach obtient notamment du chœur et de l’orchestre (dont il deviendra le directeur musical en septembre prochain) une performance éblouissante : resserrée, intense, profondément tragique, infiniment touchante.
Il faut dire que les solistes lui facilitent considérablement la tâche : à part Twyla Robinson, à côté de la plaque sur le plan stylistique et dont le vibrato est fatigant, on est enthousiasmé par la qualité de l’engagement et par l’intensité des émotions. Nikolai Schukoff (remarqué dans le Götterdämmerung de Wilson au Châtelet et plus récemment en Pollione dans Norma, toujours au Châtelet) est remarquable : comme lorsque je l’ai vu récemment chanter Das Klagende Lied (encore au Châtelet, décidément), il vit la représentation avec une intensité qui ne semble pas feinte et qui fait réellement plaisir. Très belles performances également de Mihoko Fujimura, si irrésistiblement sombre, et de Evgeny Nikitin, si subtilement puissant (et tellement couvert de tatouages qu’il y en a même sur le dos de ses mains) : je les ai déjà croisés souvent l’un et l’autre sur des scènes wagnériennes.
Eschenbach parvient à retenir les applaudissements une bonne vingtaine de secondes, après quoi le public se lève comme un seul homme. Une fois n’est pas coutume, je me joins volontiers à la standing ovation.
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