Salle Pleyel, Paris • 1.2.10 à 20h
New York Philharmonic, Alan Gilbert
Magnus Lindberg : EXPO (commande du NYP, création française)
Prokofiev : concerto pour piano n° 2 (Yefim Bronfman, piano)
Rachmaninov : symphonie n° 2
Ah, mes aïeux, quel concert ! Du genre qui requinque pour au moins deux mois. Ma dernière rencontre avec le New York Philharmonic avait eu lieu sur ses terres ; c’est avec plaisir que l’on retrouve les musiciens américains à Paris, en grande forme, dans une Salle Pleyel à l’acoustique métamorphosée et voluptueuse (est-ce parce que les praticables ont disparu ? ou a-t-on déplacé les panneaux mobiles qui, paraît-il, modifient considérablement l’expérience sonore ?)
La pièce de Lindberg, créée à l’occasion de la prise de fonction d’Alan Gilbert comme directeur musical de la phalange new-yorkaise, est une pièce riche, foisonnante, qui constitue une entrée en matière idéale en mettant — déjà — à l’honneur la beauté des timbres de l’orchestre.
L’interprétation du sublime deuxième concerto pour piano de Prokofiev par Yefim Bronfman est à couper le souffle. On se demande par quel miracle il conserve autant d’énergie jusqu’à la fin. L’interprétation est aussi pleine de force qu’elle est subtile et réellement bouleversante. Je suis complètement essoufflé à la fin tant la performance est étonnante. L’orchestre, parfaitement dirigé par Gilbert, fournit le support idéal à la prestation du pianiste.
(Mes archives me révèlent qu’il y a exactement neuf ans, le 1er février 2001, j’avais une réaction similaire en entendant l’étonnant Alexander Toradze interpréter le troisième concerto de Prokofiev en compagnie de l’Orchestre du Mariinsky dirigé par Gergiev au Théâtre du Châtelet.)
La deuxième symphonie de Rachmaninov est l’une de mes œuvres fétiches. L’enregistrement du Los Angeles Philharmonic dirigé par Rattle est l’œuvre classique la plus jouée sur mon iPhone. Aller travailler le matin en écoutant le deuxième ou le troisième mouvement garantit une journée radieuse où tous les problèmes semblent se résoudre d’eux-mêmes.
Stephen Sondheim cite souvent Rachmaninov comme l’un des compositeurs les plus injustement sous-estimés. Ses talents mélodiques et harmoniques sont pourtant tellement foisonnants qu’ils en sont désarmants. La deuxième symphonie est comme un fascinant et haletant voyage, soixante minutes de bonheur dont la destination finale n’est autre que le fameux “dim - ba - da - doum”, la signature musicale du compositeur qui conclut aussi les deuxième et troisième concertos pour piano.
On y retrouve, au milieu d’une luxuriance quasi-tropicale, des atmosphères qu’il est impossible d’associer à un autre compositeur.
Et quel talent a Gilbert pour célébrer cette richesse ! Là où Rattle met les cordes résolument au premier plan pour tracer une ligne mélodique assurée, Gilbert choisit au contraire de mettre en évidence la belle épaisseur de l’écriture de Rachmaninov en faisant étinceler tous les pupitres d’un orchestre vraiment exceptionnel. Quels équilibres ! On entend tous les instruments de manière quasi-équivalente, le temps de se délecter par exemple de la performance d’un tubiste fascinant (superbe Alan Baer).
La fin arrive trop vite car il semble qu’on pourrait continuer à se laisser porter encore longtemps par la poésie de cette musique. Expérience miraculeuse, qui dépasse largement les deux dernières rencontres avec l’œuvre en concert (ici et là). Tant de concerts oubliables sont enregistrés ces jours-ci ; celui-ci ne pourra survivre que dans la mémoire des spectateurs présents car il n’y a aucun micro.
Gilbert a l’élégance d’annoncer le bis (une page délicieusement atmosphérique intitulée “Lonely Town” extraite de On the Town de Bernstein, l’un des dieux tutélaires du New York Philharmonic, toujours crédité comme “Conductor Laureate” dans les programmes de l’orchestre). Rien que pour ça, il mérite notre gratitude et notre respect.
Laurent,
Je tombe par un beau hasard (merci google) sur votre texte. Merci. En vous lisant je me sentais à nouveau bercé par les notes de cet orchestre exceptionnel... Ce concert était grandiose et je n'en rajouterais pas.
En ces temps troublés, j'espère juste que le New York Philharmonic et ses musiciens continueront à nous surprendre encore longtemps avec des interprétations d'une telle qualité !
Je me permet une remarque toute personnelle, destinée à une personne très importante : oui, l'espace d'un instant j'ai appercu bambie salle pleyel.
Rédigé par : Cecil Jon | 03 février 2010 à 15:04