Concertgebouworkest, Mariss Jansons
Mahler : symphonie n° 3 (Bernarda Fink, mezzo-soprano)
Tout simplement la troisième à l’aune de laquelle juger toutes les autres, passées ou futures.
Il s’est produit quelque chose de rare pendant ce concert, quelque chose qui ne peut résulter que de la rencontre d’un orchestre d’exception avec un chef extraordinaire. Vers le milieu du premier mouvement, la Musique s’est emparée de l’orchestre, qui, d’une juxtaposition de musiciens, s’est mué en une sorte d’être collectif organiquement enraciné dans la partition de Mahler. Cette coalescence fondamentalement révélatrice de sens crée chez l’auditeur un bouleversant éblouissement, une épiphanie.
Jansons est le catalyseur de cette illumination. La profondeur de son intimité avec le discours du compositeur semble insondable. La rencontre avec un orchestre aussi manifestement avide de sens ne peut que produire une réaction explosive. Le fil du discours, du coup, est d’une évidence qui n’a d’égale que la désarmante virtuosité de l’orchestre. La prestation du trombone solo est époustouflante ; les cors sont duveteux comme jamais. L’emballement final du premier mouvement laisse dans un état second, mélange d’effroi, d’incrédulité et d’exaltation.
Le deuxième mouvement est un miracle de légèreté, d’élégance et d’équilibre. Le troisième mouvement est sublimé par la mélancolie du cor de postillon, dont le solo envoûtant semble ouvrir une lucarne sur la profondeur de l’âme. Le quatrième mouvement réalise un dialogue d’un équilibre rare entre la mezzo et un orchestre parfaitement à l’écoute.
Après les “ding dong” du cinquième mouvement est venu le véritable tour de force. Car Jansons a réussi à faire du sixième mouvement beaucoup plus que l’habituel parcours vers un dénouement débridé. Il démarre relativement lent et parvient à conserver jusqu’à la dernière note une tension qui remue jusqu’au tréfonds des entrailles. C’est là que la rencontre avec l’orchestre produit les miracles les plus étonnants, car même de longues notes tenues semblent porter un discours d’une richesse merveilleuse.
Les dernières mesures sont à peine supportables tant elles sont intenses : l’impression de relâchement faussement créée par l’augmentation régulière de la dynamique est en effet contrariée par l’adhérence à un tempo immuable et par le poids des tensions internes à la musique. L’accord final, tenu très longtemps, couronne cet épisode déchirant sans le résoudre vraiment.
La salle est debout comme un seul homme avant même que Jansons n’ait
le temps de se retourner.
Le concert de l’année ? Plutôt de la décennie. Il rappelle beaucoup, en la dépassant, la sublime interprétation de Claudio Abbado avec l’Orchestre du Festival de Lucerne… et permet, heureusement, d’oublier des expériences décevantes ou carrément consternantes.
ce ne sont pas des ding dong, ce sont des bimm bamm :)
Rédigé par : gvgvsse | 06 février 2010 à 13:08
> C’est vrai, ça change tout :-)
Rédigé par : Laurent | 06 février 2010 à 23:33